La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Apologétique catholique

L’existence de Dieu

Vision de DieuÉTANT donné que nous n’avons aucune expérience du transcendant dont nous puissions immédiatement faire état dans notre discours, nous sommes conduits à rechercher la Vérité dans le monde dont nous sommes tous membres, en nous aidant des sciences et de la philosophie qui nous en livrent les premières certitudes, physiques et métaphysiques, historiques et humaines.

Et d’abord, nous demandons au monde  : L’Univers et nous-mêmes, sommes-nous le tout de l’Être ou existe-t-il un Être supérieur qui en est le Créateur et le Seigneur  ? Dieu existe-t-il  ?

DÉMONSTRATION DE L’EXISTENCE DE DIEU

L’IMPOSSIBLE NÉGATION DE DIEU

À la négation provocante de Monod  : «  Impensable que cette merveilleuse machine (de l’univers) ait été conçu par un ingénieur suprême… Elle est trop compliquée  », on aimera opposer l’affirmation sereine d’Einstein  : «  Ma religion consiste en une humble admiration envers l’esprit supérieur et sans limites qui se révèle dans les plus minces détails que nous puissions percevoir avec nos esprits faibles et fragiles. Cette profonde conviction sentimentale de la présence d’une raison supérieure et puissante, se révélant dans l’incompréhensible univers, voilà mon idée de Dieu  » (12-1-1935). (…) Que l’univers soit trop vaste pour être compris par une intelligence humaine, certes  ! Mais cette immense complexité prouve au contraire l’existence d’une Pensée créatrice d’une infinie perfection  ! (…)

La plupart de ceux qui, aujourd’hui, se disent athées acceptent au moins l’idée de cette Cause Première de l’univers qui elle-même serait sans cause, Dieu  ; mais par manque d’esprit métaphysique et d’objectivité historique, ils refusent tout ce que la philosophie et la religion pourraient leur en apprendre. Ils s’enferment avec volupté dans l’agnosticisme, dont ils tirent, il est vrai, les plus grands avantages, d’indépendance rationnelle, de liberté morale et politique, d’idolâtrie de soi, des autres, de l’Humanité divinisée. (…)

Dans son admirable livre “ Les problèmes de l’athéisme  ”, Claude Tresmontant souligne que trop souvent les croyants s’imaginent qu’ils ont seuls la charge de la preuve et que l’athéisme repose au contraire dans la tranquillité de sa négation, parce que nul ne peut faire la preuve d’une absence, nul n’est tenu en droit d’établir un fait négatif. Son livre démontre au contraire que l’athéisme doit lui aussi affronter les problèmes qui nous sont familiers et qu’il n’a jamais su les résoudre ni même les poser correctement, lui.

«  L’athéisme se proclame. Il se met en chansons. Il s’impose d’une manière tyrannique  ; ici ou là. Reste à savoir s’il est pensable, et s’il a jamais été pensé, sans paralogisme ni contradiction.  ». (…) «  L’athéisme pur, absolu, est impensable, il implique contradiction, il ne peut pas se formuler lui-même d’une manière rationnelle, dès lors qu’on tient compte du monde, et de tout ce que nous savons du monde, de son évolution, et de tout ce qu’il contient  » (…) L’athéisme devient insoutenable tandis que seul le déisme, lui, est certain. (…)

La vraie question sur laquelle se joue donc la certitude de Dieu et le tout de la religion par conséquent, est celle de l’existence de l’univers et de son ordre merveilleux. Mais pour en traiter avec les athées dans le cadre de notre science apologétique, il faut tout d’abord mettre entre parenthèses le contenu de la Révélation, pour revenir à la première et pure interrogation, avant de rien savoir de Jésus-Christ et du reste  : Dieu existe-t-il  ? Et encore auparavant  : Que nous reste-t-il d’indubitable pour résoudre ce problème  ?

Délaissant les formes bâtardes de l’athéisme, nous nous attaquons donc à l’athéisme le plus dur, l’athéisme logique, celui qui pose le problème de Dieu indépendamment de toutes ses conséquences, religion, morale, problème du mal, etc., celui qui se concentre sur cette seule question métaphysique et répond négativement. À cette négation la plus dure, nous ne voulons pas opposer une affirmation molle, esthétique, sentimentale ou morale. Nous devons répondre par une démonstration scientifique et métaphysique indiscutable, probante, décisive. Ce sera la base de toute apologétique chrétienne valable.

LA BASE DE LA DÉMONSTRATION  : L’UNIVERS ET SON HISTOIRE

Discutons avec notre athée. Il nous faut trouver avec lui une certitude commune, une base de départ qui nous réunisse dans un même assentiment. C’est déjà difficile, alors qu’il semblerait tout de suite acceptable de fonder notre démonstration sur l’ensemble de nos évidences sensibles — les données premières de l’expérience — interprétées à la lumière de nos évidences intellectuelles — les principes premiers de la raison.

Malheureusement notre temps s’est inventé des philosophies contraires au sens commun, qu’il faut commencer par détruire dans l’esprit de l’homme moderne pour faire place nette et le rendre à ses évidences premières.

Il faut persuader l’homme moderne que le monde existe, avant lui, en dehors de lui, sans lui, étrange besogne  ! Et que son intelligence est faite pour connaître ce monde, capable d’en découvrir les lois et d’en savoir la cause ultime.

L’EXISTENCE DU MONDE EXTÉRIEUR

D’abord, il faut reconnaître que rien ne vient à notre esprit par une autre voie que celle de la connaissance sensible, et cela contre l’Idéalisme absolu pour lequel rien n’existe d’autre que les idées que l’esprit se fait des choses en lui-même. Les réalités extérieures ne seraient donc que des produits de notre esprit  ! Évidemment, à partir de tels présupposés, il ne serait d’aucun intérêt d’affirmer Dieu, comme il serait sans plus de valeur de le nier.

Tresmontant réfute fort bien cet idéalisme. Je me donne le plaisir de citer de lui ce fragment d’une suprême, d’une victorieuse ironie  : «  Pauvre diplodocus  : au temps où il recouvrait la terre, au Secondaire, il n’y avait pas encore d’homme pour le connaître, et donc il n’existait pas. Et maintenant que l’homme est là pour le connaître, le diplodocus, lui, n’existe plus. En somme, il n’a jamais réussi à exister d’aucune façon. Seul son squelette au Muséum d’Histoire naturelle a la chance d’exister.  » (cf.  : Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu  ?)

Il conclut  : «  Le savant considère le réel comme un donné qu’il n ‘a pas produit et qu’il doit étudier, explorer, écouter, étudier… Le philosophe de tendance idéaliste estime, pour sa part, que cette réalité objective… est en fait produite par la conscience humaine. En sorte que la démarche de la pensée est, chez le philosophe idéaliste, inverse de ce qu’elle est dans le sens commun et chez le savant qui expérimente. Le savant comme le sens commun part du donné. Le philosophe idéaliste part du sujet connaissant. Et le philosophe idéaliste accuse le sens commun et les savants qui s’y rallient — presque tous — d’être atteints d’une incurable naïveté qu’il appelle le préjugé objectiviste.  »

Moins naïfs qu’on nous dit, nous accusons plus sûrement l’idéaliste de protéger son athéisme a priori par le plus abracadabrant des préjugés philosophiques, le préjugé subjectiviste. Car le monde existe  ! Et la terre tourne  ! Etc.

«  Le point de départ  » obligé reste donc la considération empirique ou mieux, scientifique, de «  l’Univers envisagé dans son ensemble  ». Le monde existe avec ses lois, ses essences, toute une harmonie, des degrés de perfection, une complémentarité  ; et ce monde s’est comme déployé dans une «  évolution  », une histoire, où il semble que toutes les sortes d’êtres aient paru au long des temps dans un certain ordre de «  complexification croissante  » pour constituer enfin l’univers tel que nous le connaissons.

LA VALEUR DU RAISONNEMENT HUMAIN

À quoi servirait cette donnée expérimentale si notre raison ne pouvait légitimement en dégager les lois, en découvrir les causes et jusqu’aux raisons ultimes  ? Là, nous nous heurtons dans les esprits modernes au formidable préjugé kantien. Je dois dire qu’il m’a longtemps fait impression, durant mes années d’enseignement de la philosophie. Tout disciple de Kant admet que l’esprit puisse prendre une certaine connaissance du monde, et encore fort entachée de subjectivité, mais il déclare absolument illégitime pour la raison de sortir de ce monde visible pour appliquer ses principes premiers au-delà des limites de l’expérience. Lier les phénomènes entre eux par des lois, c’est admis. Mais bondir du visible à l’invisible, comme des effets à leur Cause transcendante, non, c’est outrepasser la puissance de la raison. C’est un agnosticisme irrémédiable.

Cet interdit kantien a fait des ravages, il a produit des millions – je n’exagère pas – d’apostats, d’athées. Il est pourtant sans valeur. J’ai compris maintenant d’où vient la difficulté de ce piège  : Kant a raison dans son optique, mais cette optique est fausse  ; dans une optique saine, son interdiction perd toute force. Et pour l’expliquer, je prendrai une comparaison, volontairement un peu forcée.

Voici des kantiens avec nous en plein Sahara. Nous trouvons là une auto abandonnée. Pour nous qui sommes réalistes et non idéalistes, il ne fait aucun doute que des voyageurs sont passés par là  ; ils ont abandonné leur machine, et d’ailleurs c’est une Renault, elle en porte la marque, elle en a toutes les caractéristiques. Pour nos kantiens, rien n’est moins sûr. Chacun a son idée, s’en fait une représentation à partir de ses «  catégories a priori  ». L’un y voit un aérolithe, l’autre une tente de touareg, voire un squelette de chameau… Du coup, la cause de cette chose et de sa présence en ce lieu devient pluraliste, discutable, aussi évanescente que ces représentations mentales en lesquelles chacun se complaît et diffère de tous les autres.

Si nous ne connaissons pas vraiment les choses de l’univers dans leur nature profonde et objective, mais selon des schèmes préconçus, nous ne pouvons rien affirmer sur leur cause suprême  ! Cette auto, si nous ne savons pas ce que c’est, nous ne pouvons rien dire de certain concernant ses constructeurs et ses propriétaires  ! Si en revanche, en bonne philosophie réaliste, nous savons bien ce qu’elle est, nous affirmerons aussi certainement l’existence de son constructeur et de son chauffeur… invisibles, lointains, absents, qu’importe  ! Parce qu’ils sont – et voilà qui réfute Kant – présents, réellement présents ici, en plein Sahara, dans l’effet tangible et actuel de leurs actions passées…

La raison d’être des choses visibles se trouve présente dans ces choses-mêmes et l’esprit en affirme légitimement la pleine réalité, la vérité, l’existence, sans pour autant bondir hors des limites de l’expérience sensible. (…)

Il s’agit, conclut Tresmontant de «  penser le réel, tel qu’il nous est donné dans notre expérience, jusqu’au bout, de traiter les problèmes rationnels posés par le réel. Il ne s’agit pas d’ajouter quoi que ce soit au réel, mais de découvrir ce que le réel implique, ce qu’il présuppose, ce qu’il pré-requiert, ce qu’il contient pour être ce qu’il est, ce qui l’habite et travaille en lui.  »

LA CONTESTATION MÉTAPHYSIQUE ET SCIENTIFIQUE

QU’EST-CE QUE L’UNIVERS  ?

Les données du problème sont donc toutes contenues dans l’univers et son histoire, considérés avec la plus grande acuité intellectuelle possible, avec toutes les ressources de la science et de la philosophie. On ne peut qu’y gagner  : l’athée y trouvera, s’il a raison, les meilleures preuves de la non-existence de Dieu, ou bien, nous n’en toucherons que mieux du doigt l’œuvre de Dieu Créateur, s’il existe. Or, voici l’univers aujourd’hui  :

1) Un immense cosmos physico-chimique, non pas inerte, faussement immuable, comme pensaient les Anciens, mais engagé dans un processus orienté par les deux Lois de la Conservation de la Matière et de la Dégradation de l’Énergie, conduisant le système à une totale et finale “ Entropie ”. Tel est la cadre général, dont il faudra déjà expliquer l’apparition et le mouvement. En particulier le tout premier commencement, et l’existence même.

2) Au sein de cet univers, peuplant la planète Terre, habitant les eaux et volant dans le ciel, toutes espèces de vies, phénomène nouveau, irréductible au premier, qui forme un ensemble complexe et harmonieux qu’on a appelé Biosphère. Deux Lois nouvelles s’y manifestent, de “ Néguentropie ” et de “ Finalité immanente ”, interne et externe, d’où résulte le peuplement croissant et diversifié de la zone écologique totale. Tel est le deuxième ensemble dont il faudra expliquer l’apparition et l’évolution.

3) Enfin, au sein de cette biosphère, parait l’humanité, dans la ressemblance et la dissemblance de tout l’ensemble des vivants dont elle constitue l’ultime espèce et aussi le dépassement. Comportement et conscience manifestent de manière indiscutable la nouveauté de l’Esprit, intelligence et mémoire, volonté et liberté d’action, d’où résultent l’histoire des civilisations, le développement des sciences, de la morale, de la religion. Tel est le troisième ensemble dont il faudra expliquer l’apparition et l’histoire.

STOP MÉTAPHYSIQUE

En fait d’explication, nous nous heurtons d’abord, dans le camp des sans-dieu, à un barrage dogmatique.

A priori, tous ces gens refusent la possibilité d’un Être autre que le Monde. (…) Le Monde par principe est SEUL, il est l’Absolu, il doit donc s’expliquer tout entier par lui-même. Ce dogmatisme inattendu, ce préjugé qui bloque toute connaissance vraie de l’univers, est un STOP MÉTAPHYSIQUE  : L’univers ne peut avoir d’“ origine ”, affirment péremptoirement certains athées puisqu’il représente ce qui est, et que le “ néant ” par définition n’existe pas et n’est pas concevable. (…)

Le plus drôle, c’est que Sartre arrive sur les entrefaites et déclare au monde éberlué  : L’existence est contingente, tout pourrait ne pas être, n’avoir jamais été, etc. Quelle poisse, quelle mélasse gluante  ! Vous avez lu tout cela dans “ La Nausée  ”. Ce monde que les bourgeois voulaient absolu, immuable, éternel, eh  ! bien, il fiche le camp de tous les bords. Alors, demandera-t-on à Sartre, qui l’a fait être  ? Mais lui s’en tire par une pirouette et un pied de nez au lecteur  : C’est la preuve que le monde est “ de trop ”, qu’il est absurde, voilà tout  ! Ce dont le critique Tresmontant, avec sévérité  : cette réponse purement verbale est d’une totale absurdité…

Tout de même, Sartre a fait sauter le verrou dogmatique de l’athéisme officiel  ; il a franchi allègrement le stop, et nous avec lui  : le monde est contingent  ; le dire absurde ou de trop n’explique rien. Il faut se résoudre à en expliquer l’existence, l’ordre naturel, le développement  !

CONTESTATION SCIENTIFIQUE

Tresmontant montre, avec raison, (…) que les scientifiques athées se contentent d’expliquer un ou plusieurs seuils de l’évolution, et encore ces explications ne sont-elles que des reconstitutions de processus auxquels préside quelque grande notion, confuse à souhait, dont ils font leur «  deus ex machina  », c’est bien le cas de le dire  : le dieu qui est dans la machine  ! Extrapolant, ils tirent de ces explications déjà insuffisantes la raison de tout.

Première de ces divinités mécaniques, LE HASARD. (…) Tout serait le fruit du hasard… L’explication ne vaut rien, même dans cette perspective matérialiste. Depuis longtemps le calcul des probabilités a prouvé l’impossibilité statistique de chacun de ces passages de structures simples à des structures plus complexes. (…)

Supposer qu’une structure nouvelle d’ADN formée par hasard déclenchera mécaniquement la formation d’un nouvel organisme, c’est intercaler ce coup de hasard miraculeux entre deux séries préparatoire et conséquente de nécessités intelligentes aptes à en tirer parti  ! S’il n’y a que hasard, aucune nécessité ne s’en suivra jamais  ; le hasard ne sera ni remarqué ni exploité… Des singes dactylographes frappant au hasard sur leur machine pourraient bien taper un texte lisible, mais ils n’en sauraient rien et continueraient à taper par-dessus n ‘importe quoi  ! Il est impossible que du hasard jamais rien ne sorte.

La seconde de ces divinités omniprésentes, omniscientes, c’est L’ÉMERGENCE. Elle répond à l’autre inclination de l’esprit, celle qui remarque au contraire la différence irréductible entre structures moins parfaites et plus parfaites. Le savant, confronté alors à «  un problème véritablement diabolique  » comme dit Jacob, le résout par l’invocation d’une autre divinité  : l’émergence. Il y a LATENCE, de la vie dans la matière, du reptile dans le poisson, de la conscience dans le petit lapin. C’est facile, c’est imaginatif  ! Un jour, ce qui était latent apparaît, miracle, c’est L’ÉMERGENCE  !

La réfutation de Tresmontant, là encore, est décisive. Si un petit bateau émerge au bassin du Luxembourg, c’est qu’il était déjà là, visible aux uns, invisible aux autres, mais tout formé, immergé sous les eaux  ! Parler d’émergence, c’est ne rien dire ou prétendre qu’on peut voir, déjà formée, déjà présente sous quelque mode physico-chimique que ce soit, cette structure nouvelle qui se développera plus tard. Mais si rien n’en est ni vu ni connu au stade antérieur, parler de latence et d’émergence c’est faire obstacle à la science en recourant à des fables.

Acceptons même ce postulat. L’esprit est dans l’animal, mais bien caché et la vie dans le caillou, mais invisible  ! Acceptons l’émergence. Cette hypothèse reporte toutes les difficultés à l’origine première de la matière. Cet atome primitif qui recèle déjà toutes les formes minérales, végétales, animales et humaines possibles, quel est-il  ? qui l’a fait  ? Dieu est dans la Matière, latent lui aussi, émergeant peu à peu  ? Nous sommes en pleine mythologie  ! (…)

Tout cela n’est pas scientifique, mais ce recours aux mythes prouve Dieu  !

SCIENCE ET MÉTAPHYSIQUE PROUVENT DIEU

J’aurais envie de m’arrêter là, estimant la victoire acquise. La controverse s’est déplacée de manière étourdissante. Il ne s’agit plus de savoir si Dieu existe ou s’il n’existe pas  ; de toute manière existe une divinité, de quelque nom ou masque qu’on l’affuble, celle qui fait aller la machine. La seule échappatoire où se précipitent les philosophes désespérément athées, c’est «  l’acosmisme  » qui consiste à déclarer péremptoirement qu’il n’y a pas de machine  ! Et de réduire tout dogmatiquement au néant  !

Hors cette folie, l’alternative n’est plus entre athéisme et déisme. Étant évident qu’il y a un «  deus ex machina  », il faut le choisir matière ou Esprit. Il faut se déterminer à croire que LA MATIÈRE EST DIEU sans en rien voir, ce qui est bien croire au plus inconcevable «  miracle  »; ou à penser, chose beaucoup plus simple, rationnelle, pleinement conforme à l’expérience, que DIEU EST ESPRIT, ÊTRE autre que la matière, que la plante, que les bêtes et que l’homme même, UN ÊTRE QUI EST DIEU.

Ainsi avons-nous, tant au métaphysique qu’au scientifique, le plein avantage sur l’athée qui n’en peut mais et se trouve réduit à empailler des chimères pour opposer à notre vrai Dieu ses idoles magiques, Matière, Hasard, Latence… (…)

LA MÉTAPHYSIQUE DÉMONTRE DIEU

Les métaphysiciens athées s’opposent contradictoirement au sujet de ce monde qui est pour eux le tout de l’Être, les uns depuis Parménide jusqu’à Spinoza le déclarant Absolu, Immuable et Parfait, les autres depuis Héraclite jusqu’à Sartre le disant fluctuant, contingent. Leurs preuves contraires se détruisant annulent leur thèse commune.

Alors, il faudrait savoir  ! Nous, sans parti pris, nous faisant les bénéficiaires de leurs raisons aux uns et aux autres, nous additionnons les vérités qu’ils s’opposent contradictoirement et nous construisons notre religion avec les matériaux mêmes de leurs temples païens, rivaux les uns des autres. Avec Parménide, nous affirmons la nécessité que l’Être soit Un, Immuable, Parfait; avec Sartre, nous constatons que le monde est fluant, imparfait, contingent, et qu’il ne répond donc pas à la définition de l’Être Absolu et Nécessaire auquel on ne pourrait l’identifier que dans l’absurde. Nous en concluons en pleine liberté d’esprit métaphysique, que l’Être existe autre que le monde, avant et au-delà du monde, dont le monde n’est qu’une lointaine participation, un effet, une création  ! (…)

LA SCIENCE DÉMONTRE DIEU

De même les savants athées, s’ils sont d’un accord impressionnant contre nous, pour affirmer catégoriquement qu’il ne saurait être question d’un «  Dieu bouche-trou  », d’un «  Dieu-alibi  », d’un «  Dieu anti-hasard  », (…) s’opposent contradictoirement entre eux au sujet de cette fameuse explication du monde par lui-même. Les uns le ramenant tout, par hasard et nécessité, à la seule Matière physico-chimique diversement arrangée, les autres, distinguant des degrés de «  psychisme  » différents, des niveaux d’organisation irréductibles les uns aux autres qu’ils expliquent par latence puis émergence de l’Esprit au sein de la matière. Et leurs preuves se détruisant annulent leur thèse commune.

Alors, il faudrait savoir  ! Mais nous, en parfaite liberté d’esprit scientifique, nous pouvons donner raison ou tort à chacun selon les résultats de la plus pure science expérimentale. Nous récusons seulement le MIRACLE perpétuel du hasard créateur de l’univers, de l’animal et de l’homme  ; nous récusons LE MYSTÈRE improbable, invisible et impensable, d’une latence de la vie dans la matière, et de la conscience dans l’animal, et pourquoi pas  ? de Dieu dans l’homme. Il y a du plus et du moins dans le monde. Mais le plus ne se ramène pas au moins ni ne peut sortir naturellement de lui.

«  II faut donc reconnaître (en tout cela) l’action d’un principe d’information, distinct de la matière   ». Et en définitive, tout savant dépourvu de préjugé matérialiste et d’a priori athéiste «  sera contraint de reconnaître que, si la vie est apparue, et aussi la pensée dans le monde, c’est que LA MATIÈRE A REÇU UNE INFORMATION, qu’elle a été travaillée du dedans par un principe d’organisation, et que ce Principe est au moins égal à ce qui apparaît dans l’expérience  : il est Être, Vie et Pensée. Car l’être ne peut venir que de l’Être. La vie ne peut venir que de la Vie. La pensée ne peut venir que de la Pensée, et non pas de ce qui n’est pas pensée  »

Et la matière elle-même ne venant pas spontanément du néant, car du néant rien ne vient, elle vient elle-même de l’Esprit qui l’a créée et lui a donné lois, natures et ordre  : DIEU. Le Dieu qui se fait connaître dans un tel don est un Dieu bon, le Bon Dieu, le Dieu Père dont l’Amour certainement se fera connaître par de nouveaux dons à sa créature.

Abbé Georges de Nantes
Extrait de la CRC n° 77, février 1974, p. 3-12

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