La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Anthropogenèse : les origines de l’homme

Pour en finir avec Teilhard

DE LA CONNAISSANCE SCIENTIFIQUE

DU MATÉRIALISME MÉTHODIQUE

Le matérialisme scientifique auquel nous nous tenons obstinément consiste à connaître les êtres corporels, leurs propriétés et leurs natures, par expérience, c’est-à-dire par ce qu’ils nous montrent  : leurs structures et leurs relations, leurs actions et leurs réactions physico-chimiques. Ce matérialisme méthodique observe selon les règles de l’empiriste Stuart Mill, mesure autant qu’il est possible, formule mathématiquement, enfin met en pleine lumière tout mécanisme, toute suite de cause à effet, que gouverne un déterminisme certain.

Ce «  positivisme  », ou ce «  réalisme méthodique  », ne serait-ce que pour relater ses observations, distingue les corps, énonce leurs lois particulières, classe leurs divers éléments ou leurs types de relations. Pour ce faire, le savant use d’une multitude croissante de concepts, ou abstractions, qui atteignent en toute vérité la réalité profonde, ou plutôt les divers aspects et éléments de la réalité, qui donnent des formes diverses mais chacune en son domaine universelle et nécessaire, à ce qui serait, autrement, un noir chaos. Nos idées, contrairement à ce que prétendait Kant, atteignent le «  noumène   », disons mieux les structures et les forces, les natures des corps, et ainsi rendent compte des phénomènes. (…)

La force de ce matérialisme méthodique, qui nous met en communication avec tous les (vrais) savants et en opposition à tous les gens d’esbroufes et de farces, magiciens, gnostiques et sorciers, tient à ce qu’il n’accepte pour réels que les concepts et les lois que les faits imposent et qui puisent en eux seuls toute leur vérité. Cette méthode est si féconde que bientôt l’univers paraît même au savant matérialiste parfaitement intelligible, tellement tout y est savamment ordonné.

Cet ordre de l’univers, ces degrés d’être harmonieux, que reflètent nos sciences ne vont pourtant pas sans susciter des explications ultimes, de type métaphysique. (…)

LE MATÉRIALISME DOGMATIQUE

Pour échapper à de telles conclusions métaphysiques ou religieuses, les athées se contraignent à sortir des rails dangereux du matérialisme scientifique et à en trahir la méthode. Leur matérialisme dogmatique les oblige au «  réductionnisme   », à cet aplatissement de tous les étages des sciences sur le premier, par une confusion voulue de toutes les structures et de toutes les énergies avec les plus élémentaires. (…)

Par exemple, Pollock, l’élève de Jacques Monod, raconte que certains mots utilisés communément en biologie «  irritaient tellement Jacques, tel celui d’adaptation, qu’il ne supportait plus l’idée de les employer dans son domaine à lui   ». Pourquoi  ? À cause de leur «  connotation théologique   », c’est-à-dire de l’exigence de finalité qu’ils comportaient, et aussitôt, de l’explication créationniste qui s’ensuivrait fatalement  ! «  Il y a là, soit dit en passant, un signe intéressant du désarroi philosophique, c’est Martin Pollock qui parle  ! engendré chez Jacques par l’idée de finalité, censément inhérente au concept d’adaptation, désarroi qui apparaît si nettement dans Le Hasard et la nécessité.  » (…)

Ainsi le grand Monod, en refusant jusqu’aux mots d’adaptation et de finalité, se livrait-il au réductionnisme le plus antiscientifique qui soit, par athéisme dogmatique  ! (…) Il s’irritait de devoir constamment manquer à la rigueur du matérialisme scientifique, pour demeurer dans son matérialisme athée. L’antiscientifique, aujourd’hui, c’est l’athéisme  ! (…)

LE «  SPIRITUALISME  » TEILHARDIEN

Teilhard de Chardin Certains savants athées ne peuvent se satisfaire ni ne peuvent contenter leurs lecteurs avec un tel réductionnisme antiscientifique. Alors, pour fuir Dieu, créateur des genres, des espèces, des natures et de leurs lois, cette nouvelle génération de «  chercheurs  » double la matière universelle de confuses fictions panthéistes, la Vie, l’Esprit, l’Âme du monde, l’Évolution. N’importe quoi et même un dieu quelconque, pourvu que cela soit uniformément répandu dans l’univers, en mouvement progressif et perpétuel, faisant naître avec le temps, par hasard et par nécessité dialectique, tout de la seule matière.

Tel est le spiritualisme à la mode. Le «  chaînon manquant  », mi-matérialiste, mi-chrétien, qui a fourni l’alibi nécessaire, c’est le jésuite Teilhard de Chardin. (…) Teilhard, citation du Phénomène humain à l’appui, dissuade de poser aucune question métaphysique sur ce passage, hautement improbable, de la matière à la vie. Son évolutionnisme panthéiste efface les degrés d’être, dispense d’aucun recours à une Cause première, à un Dieu créateur  ! C’est le Cosmos qui évolue, c’est la matière qui se complexifie, emportée dans son tourbillon autocréateur. (…) Teilhard de Chardin a été, du commencement à la fin, l’alibi de l’athéisme militant qui s’en est servi, en le méprisant secrètement, tant pour s’évader des contraintes embarrassantes du matérialisme scientifique, que pour échapper à la rigueur de l’interrogation métaphysique. Il a été la marionnette de Satan, et l’idiot du Musée de l’homme. C’est encore pour égarer la science et tromper sur la foi qu’on le ressort de sa boîte. Ses rares écrits scientifiques, isolés de ses rêveries panthéistes, ont principalement trait à deux découvertes paléontologiques qui eurent en leur temps une importance considérable, celles de Piltdown au début de sa carrière (1913) et de Chou Kou Tien à la fin (1924-1942). Il est remarquable que l’une et l’autre constituent des fraudes, pour ne pas dire des forfaitures. (…)

En conséquence, je réitère ma profession solennelle de matérialisme méthodique et je rejette tout spiritualisme vague comme antiscientifique. Qu’on nous montre des fossiles, qu’on nous parle paléontologie, biologie et embryologie comparées, cytologie, c’est le seul langage que nous voulons comprendre en cette étude des origines de l’homme.

L’HOMME DESCEND-T-IL, PAR ÉVOLUTION PROGRESSIVE,
DE QUELQUE SOUCHE ANIMALE  ?

POUR DARWIN, L’HOMME DESCEND DU SINGE

Linné, en 1758, avait créé l’expression d’homo sapiens, supposant l’existence de préhominiens, animaux proches de l’homme mais encore dépourvus de raison. Pourtant, c’est Darwin en 1871 qui lança ce slogan, pernicieux entre tous, que l’Homme descend du Singe, dans son second ouvrage dont le retentissement fut extraordinaire, “ La descendance de l’Homme ”. Il affirmait  : «  L’Homme est, avec d’autres espèces, le codescendant de quelque forme ancienne et éteinte.  » Et plus précisément  : «  L’Homme a une structure extrêmement voisine de celle des grands singes, il a donc avec eux une parenté réelle, il descend de quelqu’un de ceux-ci.   » C’est l’aboutissement normal de la théorie évolutionniste. Si ressemblance implique descendance (ou parenté), alors l’homme descend des grands singes ou il est leur cousin. Telle est la thèse universelle de l’anthropologie moderne. (…)

ÉVITER LE «  TOUT OU RIEN  » DU FANATISME

L’homme, nous l’avons scientifiquement démontré dans notre étude précédente, n’est pas un animal ordinaire, un animal comme les autres. Descend-il cependant, par évolution progressive, de quelque souche animale  ? Oui, à coup sûr, répondent les matérialistes athées, avant tout examen. Oui, nécessairement… parce qu’il est impensable, impossible qu’il provienne d’ailleurs. Non, répondent catégoriquement les fixistes, parce qu’il est une créature de Dieu, corps tiré du limon de la terre, esprit émané de son Souffle. Quant aux spiritualistes à la Teilhard, impossible d’en tirer rien de clair.

Pour nous, en matérialistes scientifiques conséquents, éprit de science honnête, empirique, positive, nous demandons à examiner les documents avant de répondre à ces deux questions  : Y a-t-il continuité biologique  ? Y a-t-il davantage, continuité totale, physiologique et psychologique, organique et socio-culturelle  ? (…)

CONCLUSION DE LA PALÉONTOLOGIE  :
ÉVOLUTION BIOLOGIQUE, OUI. ÉVOLUTION PSYCHIQUE, NON.

Dans son article, “ L’État de nos connaissances sur les origines de l’homme ”, le professeur Arambourg présente des conclusions qui, malgré leur darwinisme obligé, peuvent servir de base à une honnête discussion. En voici l’essentiel  :

1° L’Humanité s’est progressivement dégagée du tronc commun à tous les Primates en passant par une série de stades successifs de plus en plus humains et de moins en moins simiens, dont chacun a prédominé tour à tour, dans l’ensemble du Vieux Monde.

2° Les divers stades industriels qui les accompagnent, correspondent aux différentes étapes d’un psychisme croissant dont chacune paraît ainsi étroitement liée à l’un de ces stades physiques.

3° Il existe toutefois, à l’intérieur de chacun de ces stades, une certaine marge de variabilité telle que des termes de passage peuvent se manifester de l’un à l’autre  : c’est le cas, pour les Néanderthaliens, des types extrêmes, les uns à tendances Homo sapiens, les autres à souvenirs préhominidés.

4° Il faut, en outre, noter que, aussi bien sur le plan physique que sur le plan industriel (et psychique par conséquent), l’évolution qui conduit des types primitifs aux types modernes subit une accélération progressive  : nous avons vu que les Australopithécidés prennent peut-être leur départ vers le début du Pliocène, il y a 25 ou 30 millions d’années environ  ; les Préhominidés auraient débuté vers la fin du Pliocène, il y a environ 1 million d’années  ; l’Homo sapiens fossilis, apparu su cours du dernier glaciaire, n’aurait pas plus de 100 000 ans d’existence, les races modernes, une quinzaine de mille ans seulement.

5° Nous retrouvons d’autre part, à l’origine de chacun des stades humains, un fait paléontologique bien connu  : celui d’un foisonnement de formes diverses dont la plupart avortent précocement, un petit nombre seulement ou une seule poursuivant leur course évolutive  : c’est le cas des Australopithécidés, représentés par plusieurs genres, des Préhominidés avec les formes diverses récemment découvertes à Java, et aussi de divers fossiles, actuellement encore sujets à controverse comme le crâne de Piltdown, mélange inadaptatif probable chez un Anthropoïde (Arambourg flairait-il l’énorme canular  ? C’est tout à son honneur de n’y être pas entré tête baissée), d’une boîte crânienne d’aspect Homo sapiens et d’une dentition franchement simienne (Année biologique, t. 23, p. 303).

Voilà qui nous ravit, nous finalistes, créationistes, car enfin, quelle évolution merveilleusement dirigée par la sagesse du Créateur  ! Peu nous chaut que pour ces messieurs “ darwinistes ” du Musée de l’homme, que le terrorisme universitaire contraint au plus absurde matérialisme dogmatique, le hasard et la nécessité, aidés par le Temps et la sélection naturelle, voire dame Nature et son accoucheuse la déesse Évolution, expliquent tout. L’important est cette montée vers l’Homme. Au vu des impressionnantes séries de fossiles (authentiques), nul ne me paraît aujourd’hui fondé à en contester la continuité anatomique et physiologique. De là à admettre une continuité parallèle du psychisme, que prouveraient les séries d’outillages recueillis sur le terrain, il y a un monde. Tout le débat de l’anthropogenèse est là actuellement. (…)

UNE HYPOTHÈSE EXEMPTE DE TOUT PRÉJUGÉ

Admettons comme démontré que, durant des millions d’années, avant l’apparition de l’Homo sapiens, ont existé des Anthropomorphes «  habiles  », capables de maîtriser le feu, de construire des abris rudimentaires, de faire usage de galets éclatés comme de coups-de-poing ou de tranchoirs, et même d’en fabriquer. Faut-il en conclure que ces Primates étaient déjà des Hommes proprement dits, doués de raison, ou des hommes en voie d’émergence  ? En bref, quel statut leur donner  ? (…) L’Australopithèque qui casse des galets pendant un million d’années, si vraiment il en est resté là, ne le fit que par instinct, non par intelligence. Il est absolument antiscientifique, même si c’est la règle dans la corporation des paléontologistes, de voir dans des comportements stéréotypés, figés pendant des millions d’années, donc infrahumains, le moindre éclair d’intelligence. Ce sont des aptitudes innées développées par le mimétisme et l’apprentissage. C’est là sans doute une étape ultime avant l’apparition de l’Homme, la suite de l’histoire nous l’apprend, mais fermée sur elle-même, psychiquement nulle. Il est abusif d’en faire une émergence lente, insensible, progressive de l’esprit.

L’HOMME EST APPARU IL Y A 60 000 ANS

Il y a des gens que rebute la seule idée d’une continuité biologique entre l’animal et l’homme. Comme si l’homme n’était pas du genre animal. Comme si l’animal avait en soi je ne sais quoi de souillé et d’indigne… Il est plus parfait, plus noble déjà, ne l’oublions pas, que le limon de la terre et mieux disposé à être le lieu, l’instrument, le réceptacle de l’esprit. Laissons donc ces gens à leurs phobies. Demeurons ouverts à toute donnée solide des faits, à tout argument scientifique. La continuité du mouvement évolutif nous a paru, au plan des structures anatomiques et de la physiologie correspondante, aller directement de l’animal à l’homme. Le palier intermédiaire, ou préparatoire, d’un hominien fabricant d’outils, nous a paru moins solidement fondé  ; il demeure une hypothèse, acceptable, sans plus.

Il y a d’autres gens qu’exaspère, au contraire, toute idée de discontinuité de l’animal à l’homme. Il n’est pas sorcier de deviner par quels préjugés, ou plutôt par quel fanatisme  : pour tout réduire à la matière en évolution aveugle et perpétuelle, pour nier Dieu et sa créature sublime, l’homme spirituel. À ceux-là, il faut rappeler d’autres données, également scientifiques, également certaines. À savoir, que l’Homme se définit par la raison, par la vie communautaire, par la religion, et que tout cela se manifeste par l’instrument premier et privilégié du langage, puis par le culte, par l’art et par les civilisations.

Le débat reprend donc, avec une vigueur accrue. Il exclut les demi-teintes de l’évolution «  avec le temps  », et les explications illusoires du lamarckisme et du darwinisme  : ni l’organe cérébral n’a créé la fonction du langage et, par-delà, les facultés spirituelles, ni le besoin n’a inventé les conduites humaines dans des lignées animales. L’esprit est venu à l’homme. Où  ? et quand  ? et comment  ?

Pour le discerner, il est nécessaire de décaper d’abord la paléontologie officielle de toutes les superfétations abusives et, pour dire le mot, des fraudes qui en éteignent la leçon trop claire. Ensuite seulement, on pourra construire une hypothèse sérieuse.

FRAUDES DARWINISTES ET TEILHARDIENNES

Darwin ayant décidé que l’homme descend du singe par évolution lente et sélection naturelle, ses disciples se mirent en quête du «  chaînon manquant   », être intermédiaire qui prouverait indiscutablement le passage de l’un à l’autre. Jusqu’ici, rien que de normal. On trouva donc des fossiles de «  pithécanthropes  », c’est-à-dire de singes-hommes, moitié singe, moitié homme. Une fois, deux fois, trois fois. Quand les fixistes éventèrent les supercheries, ils en firent la matière convaincante de leur réfutation de l’Évolution et le fondement de leur thèse d’une création directe de l’homme par Dieu à partir du limon de la Terre, selon la lettre de la Bible. Et les paléontologistes  ? Si la fraude est patente, ils cessent subitement d’en parler. Si elle reste peu connue du public, ils se débrouillent de leur mieux, pour en parler sans trop s’engager. Mais en observant les deux lois suprêmes de la maffia darwiniste internationale  : on ne se critique pas entre collègues, on fait front contre les cléricaux.

Il est extrêmement instructif, pour qui sait le fond ténébreux, scandaleux, de certaines impostures, d’aller voir chez Piveteau, Arambourg, Coppens, Heim, Caries, Clarke, etc., la manière dont chacun s’en tire. Marcellin Boule lui-même, le plus grand… Les fraudes majeures de la génération fondatrice demeurent ainsi, aujourd’hui encore, les piliers de l’argument paléontologique, darwiniste, d’une continuité biologique et psychique totale de l’animal à l’homme. Ce sont Java, Piltdown et Chou-Kou-Tien. Sur ces fraudes un livre, d’ailleurs créationiste et fixiste, fait la complète lumière, avec honnêteté et compétence, celui du Rev. O’Connell, “ Science d’aujourd’hui et problèmes de la Genèse ” (Action-Fatima 1963). Il est malheureusement épuisé. C’est lui que je suivrai ci-dessous dans ses élucidations des fraudes, sans en adopter les a priori et les conclusions fixistes.

LE FAUX PITHÉCANTHROPE DE JAVA

Le Dr Dubois, médecin militaire hollandais, part pour Java en 1889, avec l’idée bien ancrée qu’il y trouvera le chaînon manquant, selon les prédictions de l’infaillible Darwin. Il le trouve en 1891, le dénomme Pithecanthropus erectus, le Singe-homme dressé, et publie un rapport convaincant sur sa découverte en 1895.

Il exhibe une calotte crânienne, d’apparence simienne, dont il évalue le volume cérébral à 850 cc., à peu près à égale distance de celui du chimpanzé et de celui de l’homme. Et un fémur de type humain, dont il omet de préciser qu’il l’a trouvé à 15 m de la dite calotte. Mais il ne souffle mot des deux crânes humains de 1550 et 1650 cc. qu’il a trouvés dans les parages  ! Il les exhibera trente ans plus tard, en 1925. Ces crânes humains ne troublent pas les paléontologistes. Ils les font figurer à part du premier lot sous une autre dénomination, dans leurs nomenclatures, et le tour est joué, la fraude est consolidée  : c’est «  l’Homme de Wadjack  », découvert par Dubois en 1888-1889, date fantaisiste (R. Gessain, Catalogue de l’exposition organisée par le musée de l’Homme en 1977, p.136).

De nouvelles expéditions ont fourni des dents, des crânes (Ngandong, sur la rivière Solo) humains, de 1100 à 1300 cc. Enfin le Dr Koenigswald a trouvé des crânes de volume cérébral intermédiaire, de 800 à 900 cc., sauvant le Pithécanthrope d’un entier discrédit. (…)

La fraude indéniable… et avouée par Dubois trente ans plus tard, a été d’associer par fanatisme évolutionniste, ce fémur d’homme moderne, non pas avec les crânes humains trouvés dans le même champ paléontologique, mais avec un débris de crâne de gibbon, comme s’ils appartenaient l’un et l’autre au même individu. Et les paléontologistes sont des fraudeurs encore aujourd’hui, quand ils exposent ce fémur humain dans la vitrine du Pithécanthrope, comme preuve de son hominisation avancée et de sa station droite d’Homo erectus (Expo., p. 107). Et plus loin, dans une autre salle, celle de l’Homme de Néanderthal, 1 million d’années les séparant, les crânes de l’Homme de Wadjack, de telle manière que les visiteurs ne puissent faire le joint (Expo., p. 136).

Ce joint que la science réclame, dont le darwinisme officiel ne veut pas, le voici  : À Java, il y a 10 000 ans, vivaient des hommes préhistoriques qui chassaient des grands singes dont certaines caractéristiques anatomiques tendent à faire une espèce en évolution vers la forme humaine. (…)

LE FAUX EOANTHROPE DE PILTDOWN

Le 18 décembre 1912, le Manchester Guardian annonce la spectaculaire découverte du «  chaînon manquant  », à Piltdown (Sussex), par les honorables Charles Dawson et Arthur Smith Woodward du British Museum. C’est l’Eoanthropus Dawsoni. Ils ont trouvé un crâne, récemment brisé, privé de sa partie faciale, et une mandibule simiesque munie de deux dents usées à la manière humaine  ; le condyle manque, les canines aussi et l’emboîtement n’est pas évident. Peu importe. La capacité crânienne de 1070 cc., selon l’évaluation de Dawson, en fait l’intermédiaire rêvé.

Toutefois le Dr Keith conteste l’ensemble de la découverte  : le volume cérébral est de 1500 cc., ce crâne ressemble à celui d’un bourgeois de Londres, le moulage endocrânien est d’un homme moderne. Marcellin Boule estime que cette mâchoire de Chimpanzé ne s’accorde pas avec ce crâne d’Homme. Keith demande d’autres éléments, tels que les canines…

Teilhard de Chardin En 1913, le jeune jésuite Pierre Teilhard de Chardin, lié d’amitié intime avec Dawson, au point que celui-ci écrivait à Woodward  : «  Teilhard est parfaitement sûr  » (  !), Teilhard donc trouva, en passant au crible les déblais du site de Piltdown, justement la canine tant désirée  ! ainsi que des outils primitifs, un ivoire sculpté, dix-huit fossiles d’animaux vieux de 500 000 ans. Et l’Homme-Singe de Piltdown prit place parmi les documents les plus probants de la descendance simienne de l’homme.

… Jusqu’en 1953, quarante ans plus tard, où deux tests au fluor ramenèrent l’antiquité des restes de Piltdown de 500 000 à 50 000 ans. L’enquête, reprise avec soin, prouva que le crâne était celui d’un néanderthalien, artificieusement brisé, et la mâchoire celle d’un singe moderne. La dent de Teilhard avait été limée pour faire aller le tout ensemble, les divers os teints pour les vieillir. Le reste avait été ramassé ailleurs. Le bulletin du British Museum rendit compte de la fraude et le silence se fit. Teilhard le naïf (ou le faussaire  ?) avait été joué (ou avait trompé le monde  ?) et s’était fait la garantie bourgeoise de l’énorme escroquerie, y gagnant pour sa part la renommée d’un savant paléontologiste de dimension internationale. Que pensez-vous qu’il fit, en 1953  ? Alors au sommet de sa gloire, il continua à croire àsa «  découverte  » de jeunesse, il ne changea rien à ses théories et n’y perdit rien de son prestige. La très maçonnique UNESCO fête solennellement cette année, avec l’Église postconciliaire, le centenaire de la naissance de cet illustre imposteur (1881).

LE FAUX SINANTHROPE DE CHOUKOUTIEN

C’est le Père Licent, jésuite aussi saint que savant, qui découvre ce site paléontologique de Choukoutien, près de Pékin, et en commence l’exploitation en 1912. Il est bientôt évincé par une équipe internationale abondamment subventionnée par la Fondation Rockefeller. Teilhard y est envoyé par le Musée de l’homme, en 1924, comme «  observateur   ». Marcellin Boule lui trouve cette mission scientifique lointaine fort opportunément, car il a cessé d’être persona grata à l’Institut catholique de Paris où son modernisme fait scandale.

Première version du sinanthrope

Des molaires trouvées en 1922 et en 1927 sont déclarées par Davidson Black et le Chinois Wang appartenir à un «  hominidé inférieur   » qu’ils nomment Sinanthrope. Cette découverte apporte, dit-on dans la presse mondiale, une aide décisive à l’interprétation des fossiles de Piltdown (  !). Teilhard assure la continuité.

En 1929, découverte de nombreux crânes brisés, de grande capacité cérébrale, que Teilhard décrit en 1930 comme simiesques (grande largeur sous-auriculaire, occiput triangulaire); aucune trace de feu ni d’outils. En 1931, Black écrit dans Paleontologia sinica, «  Sur un crâne de Sinanthrope adolescent  ». Curieusement, c’est la description d’un… moulage de crâne, de capacité estimée à 950 cc., intermédiaire, dit Black, entre l’Homme de Java et l’Homme de Néanderthal. Sur le moulage, évidemment  ! n’a pas été représenté ce trou caractéristique que tous les crânes portent à leur sommet, visiblement fait pour en extraire la cervelle. Ont signé Black, Teilhard, Young et Pei.

En 1932, l’abbé Breuil, paléontologiste éminent autant qu’évolutionniste fanatique, visite les lieux. Son article décrit des débris de cuisine énormes, 10 000 mètres cubes, signale la présence de 2000 pierres taillées amenées de loin, des crânes de Sinanthrope mêlés à des os de différents animaux. Il ne se prononce pas sur le fond de la question. Marcellin Boule a tout de suite estimé que «  le chasseur était un homme véritable dont on a retrouvé l’industrie typique et qui faisait sa victime du Sinanthrope. Celui-ci n’est donc pas le monarque de Chou-Kou-Tien, mais le gibier du roi de ces lieux   », dont on ne retrouvera pas le squelette dans ses débris de cuisine (article de 1934)  ! C’est l’évidence même.

Deuxième version et forfaiture de Teilhard

En 1933, Teilhard relate pour la Revue des questions scientifiques, la découverte des débris de cuisine, des crânes de Sinanthrope, tous de même gabarit du haut en bas du site exploré, et de maints outils de pierre et d’os. Il prend le contre-pied de son maître, Marcellin Boule, en attribuant au Sinanthrope une forte capacité crânienne et en faisant de lui l’auteur de cette cuisine et de cette industrie. C’est la promotion remarquable du Sinanthrope au rang d’Homo faber.

Or, il termine son article cinq mois plus tard, sous le coup de l’émotion, par l’annonce d’une grande découverte  : Pei vient de mettre à jour trois crânes d’adultes non mutilés et, pour la première fois, des fémurs et d’autres parties de squelettes. Teilhard déclare que ce sont des Homo sapiens, mais rapporte qu’on les a trouvés dans un autre site. Explication vague et fourbe qui demeurera parole d’évangile jusqu’à nos jours (Expo., p.137).

Le 15 mars 1934, Black meurt subitement au milieu de ses fossiles. Le Dr Weidenreich lui succède. Chose prodigieuse  : il garde le silence sur ces neuf ou dix squelettes Homo sapiens, découverts en 1933. Pei et Teilhard les lui ont-ils cachés  ? Qui trompe qui  ? Il n’en connaîtra ou n’en avouera l’existence qu’en 1939, et de nouveau en 1945, mais comme de fossiles trouvés dans la couche supérieure, de genre Homo sapiens, mongoloïdes. Teilhard, lui, refusera toujours de reconnaître dans cette petite famille écrasée accidentellement par un éboulis sur les lieux mêmes de ses activités, les chasseurs de Sinanthropes, friands de cervelles, prévus par Boule. Car ce sont des hommes modernes  ! (…)

Le Dr Pei a «  trouvé  », en 1936, trois crânes, d’un mâle, de deux femelles. L’article de vulgarisation de Teilhard n’en donne aucune description, et pour cause  ; il est rempli d’inexactitudes sur le site de Choukoutien, où Teilhard n’allait jamais. Dans cet article, Teilhard osait écrire qu’aucune trace n’avait été trouvée de l’hypothétique Homo sapiens supposé par Boule pour expliquer l’industrie (cf. O’ Connell, p. 89). Il oubliait qu’il en avait signalé lui-même la découverte en 1934. (…) Comment ne pas supposer que cette découverte de 1936 est de pure invention, son seul but étant de faire oublier la petite famille Homo sapiens imprudemment révélée et décrite par ce fou de Teilhard dans les Études de 1934  ?

DERNIÈRE VERSION

En 1939 et plus tard en 1945, revenu en Californie, Weidenreich avouera la vérité, et cela malgré les dénégations de Teilhard. II produira les photos de la petite famille découverte en 1933. Et la vérité se fera jour dans un tout petit cercle d’initiés. Après des centaines de milliers d’années de présence paisible du Sinanthrope en Chine, arrivèrent des représentants de l’espèce Homo sapiens, qui s’établirent à Choukoutien, y firent leurs outils, leur cuisine, et pourchassèrent le Sinanthrope. L’étude objective des sites et de leurs couches superposées de fossiles démontre que la taille des outils et la maîtrise du feu n’apparaissent pas avant la venue de l’Homo sapiens… que nous n’aurions jamais rencontré dans sa cuisine si un grand malheur n’était pas arrivé à cette famille surprise par un éboulement, écrasée avec son gibier prêt à cuire, et retrouvée providentiellement par Pei en 1933  ! (…)

Mais la «  Science  » mondiale, subventionnée par la Fondation Rockefeller et l’Unesco, continue de croire au Sinanthrope de Teilhard. (…) J’accuse la maffia paléontologiste de faux et usage de faux en vue d’abuser le monde sur la descendance simienne de l’Homme. (…)

Quant à Teilhard, laissons le Rev. O’ Connell, qui l’a connu sur le terrain de ses exploits imaginaires, à Pékin, prononcer son oraison funèbre  : «  II était simplement comme un enfant qui n’aurait jamais grandi. Il possédait une connaissance merveilleuse de tous les termes techniques employés par les géologues et les paléontologistes, mais c’était tout. Ce qui est tragique, c’est que les opinions d’un tel homme, absolument sans valeur, aient influencé l’enseignement d’éminents savants catholiques.  » (op. cit., p. 91) (…)

L’ARGUMENT CYTOGÉNÉTIQUE

La biologie moléculaire, science neuve, a fait depuis dix ans irruption dans le domaine réservé de l’anthropogenèse, non sans mauvaise humeur de la part des paléontologistes qui la considéraient comme leur chasse gardée.

On sait que les éléments nucléaires de toute cellule vivante portent le programme génétique complet, spécifique et même individuel, de l’organisme. L’ensemble des gènes, ou génotype, de l’ADN commande la totalité des caractères anatomiques, ou phénotype. Le classement des espèces, leur degré de parenté ou leur distance doivent donc y apparaître rigoureusement. Cette nouvelle étude taxinomique corrobore-t-elle les données classiques et les hypothèses de la paléontologie  ? (…)

D’ores et déjà, les résultats (me) paraissent satisfaisants en ce qui concerne la séparation des espèces et leur classification. Les paléontologistes devront en tenir compte. En revanche, la prétention des cytogénéticiens à établir une chronologie du passage évolutif d’une espèce à une autre (me) parait franchement abusive. (…) Seuls, les résultats taxinomiques sont valides, même s’ils remettent en cause la petite cuisine de notre maffia darwiniste internationale. (…)

SUR LA PARENTÉ ÉTROITE DU CHIMPANZÉ ET DE L’HOMME

Le tableau comparatif des structures protéiniques impose la proximité, passée de mode chez les paléontologistes, de l’homme et du singe. (…) «  L’homme et le chimpanzé ont en commun 99 % de leur matériel génétique.  » (Sh. Washburn, in Évolution, p.104)

Et Washburn de noter la mauvaise volonté des paléontologistes, qui depuis cinquante ans s’appliquaient à éloigner les Hominidés, ascendance de l’Homme, des Pongidés, repoussant très haut, jusqu’à 40, voire 70 millions d’années leur séparation à partir d’une souche commune. Il faudra bien qu’ils en reviennent.

SUR LE PASSAGE PLAUSIBLE DU CHIMPANZÉ À L’HOMME

La comparaison des cartes d’identité chromosomique conduit aux mêmes conclusions et y ajoute de stupéfiantes précisions. Le nombre et la disposition des chromosomes de toute cellule vivante suffisent à constituer sa carte d’identité spécifique, son caryotype. Reste à établir des comparaisons…

La confrontation des caryotypes de l’Homme et du Chimpanzé donne les résultats suivants. Le Chimpanzé a 24 paires de chromosomes, l’Homme 23. Leur comparaison, paire par paire, révèle huit différences qui constituent d’ailleurs entre les deux espèces une barrière génétique infranchissable. Cependant, si inaltérable que soit en principe cette carte d’identité chromosomique, elle peut subir, lors de sa reproduction, certaines modifications  : fission (rarissime), fusion, translocation, inversions de sens, totale ou partielle, celle-ci dite «  péricentrique  ». Eh bien, pour maquiller la carte Chimpanzé en carte d’identité Homme, il suffit de neuf modifications, «  neuf goulots d’étranglement génétiques  » 1cf. Les chromosomes de nos ancêtres, Les origines de l’Homme – Génétique et origine de l’Homme , Langaney, Science & Vie, déc. 1979 p. 16  : une fusion par translocation, et huit inversions péricentriques. Accidents  ? Pur hasard, commandant l’apparition du phénotype humain  ? en une seule mutation brusque  ? en neuf étapes  ? En tout cas, si cela s’est fait, «  cela s’est fait en une fois  » 1Ibid, p. 25, entendez  : à chaque goulot d’étranglement, par un seul individu mutant. (…)

Évidemment la maffia néo-darwiniste internationale n’acceptera jamais de telles conclusions. (…) Car l’on touche du doigt, déjà, l’événement unique, le changement soudain, la divine surprise de l’apparition du premier Homme, autant dire de sa création par Dieu.

Pourtant, moi aussi, rejoignant paradoxalement le camp des paléontologistes, je résisterais à l’entraînement d’une imagination simpliste. Neuf retouches fines au caryotype du chimpanzé et voici l’homme  ? NON  ! Nous avons suffisamment dénoncé les méfaits du «  dogme central  » d’un ADN considéré comme le programmateur absolu du vivant, pour refuser pareil dogmatisme à propos des chromosomes. Le Pr Grassé a opportunément rappelé que les mutations heureuses, progressives, des espèces, à la différence justement des mutations accidentelles, régressives ou inviables, ne se faisaient pas au hasard ni par la seule force interne de «  la Vie  », mais qu’elles devaient résulter d’un échange d’informations continuel et prolongé entre l’organisme et son milieu. L’animal humain s’est fait par étapes. (…)

UN ESSAI D’ANTHROPOGENÈSE RAISONNABLE

Après avoir lu tant de livres savants, magnifiquement illustrés, fort prétentieux, et y avoir retrouvé en tous les mêmes coins d’ombre irritants, les mêmes explications fuligineuses, je suis revenu à un livre de médiocre apparence, dont l’auteur n’a certainement bénéficié d’aucune subvention, mais qui, dans sa modestie, dépasse tous les autres en clarté scientifique, en intégrité morale, en raison bien française. C’est celui de H. de Nanteuil, Sur les traces d’Adam. Nouvel aperçu sur les origines de l’homme (Spes, 1968), qui fait suite à un autre, au titre aussi déconcertant, Un raz de marée mondial. Nouvel aperçu sur le Déluge (Spes, 1966). La foi chrétienne s’affiche ici, quand ailleurs le fanatisme athée se dissimule. Eh bien, je vous prie de croire que le matérialisme scientifique n’y perd rien, au contraire. Je n’ai lu aucun livre de paléontologie plus libre de tout tabou que celui-là.

Or, voici sa reconstitution de notre plus lointaine préhistoire, résumée, dépouillée de son appareil scientifique, en remontant de l’homme moderne aux origines.

HOMO SAPIENS

«  Juste avant -10000, vivaient des hommes, que l’on a coutume d’appeler homo sapiens, mais qu’il conviendrait aussi bien d’appeler des hommes-comme-nous, tant ils nous ressemblaient du point de vue anatomique, intellectuel, artistique et psychique. Ils étaient apparus très approximativement vers -30000, notamment en Europe, c’est-à-dire à une période correspondant sensiblement au début du dernier grand refroidissement (Würm) et ils n’avaient cessé de se développer et de s’étendre jusque vers -10000, époque où ils ont partout disparu subitement.  » (p. 61)

Ils referont surface ensuite, pareils à eux-mêmes, et rempliront la Terre jusqu’à nos jours. Mais il est inutile d’insister. Tous les savants sont d’accord sur les trois races principales d’Homo sapiens durant le Paléolithique supérieur  : Grimaldi, Chancelade et Cro-Magnon, de même que sur leurs industries, depuis l’Aurignacien, le Solutréen en Europe, jusqu’au Magdalénien  ; sur leurs arts et leurs pratiques de religion ou de magie, Nanteuil dénonce seulement la coutume de représenter l’Homo sapiens sous des apparences encore bestiales (p. 68), alors que celui-ci s’est représenté lui-même dans des fresques, sous des figures fines, gracieuses et enjouées.

HOMO NEANDERTHALENSIS

La race précédente, de Néanderthal, a été, plus grossièrement encore animalisée, par suite d’une erreur d’interprétation des fossiles de La-Chapelle-aux-Saints, qui se trouvent être ceux d’un vieillard bossu, ce que n’avait pas vu Marcellin Boule. Malgré le petit nombre de squelettes retrouvés, il est certain que l’Homme de Néanderthal portait la tête droite, avait la face et le menton droits, parfois prognathe, une capacité cérébrale égale ou supérieure à la nôtre. Par ses rites funéraires comme par ses techniques, il manifeste une intelligence et des sentiments pleinement humains.

Ces Néanderthaliens sont les auteurs de toute la suite continue d’industries connues sous les noms d’Abbevillien, Acheuléen, Levalloisien, Moustérien. C’est l’opinion de l’auteur, je n’en expose pas les raisons ici, bien qu’elles me semblent particulièrement pertinentes.

La continuité des techniques en des lieux constants, qui suppose la continuité des dépôts alluvionnaires pendant toute cette période, semble recommander l’époque de l’interglaciation Riss – Wurm. L’Homme de Néanderthal aurait donc paru il y a 60 000 ans, Homo faber et Homo sapiens tout ensemble (p.103). Nous sommes loin des 4 millions, voire des 70 millions d’années généreusement attribués par la Science moderne à la préhistoire de l’Homme…

LES ANTHROPIENS

Comment expliquer l’erreur des paléontologistes  ? Nanteuil signale évidemment les fraudes de Dubois à Java, de Teilhard et Weidenreich à Pékin. Pourtant, à la différence des fixistes dogmatiques, il reconnaît que l’ensemble de ces fossiles constitue «  une espèce à part, bien déterminée, au crâne caractéristique  ». «  Bref, il n’y a rien là d’hypothétique, ces êtres ont existé, même si les os longs, par exemple, sont mal connus, si le profil facial n’a fait l’objet que de reconstitutions et si l’on peut considérer qu’il y a eu plusieurs races différentes.  »

Mais Nanteuil se refuse à leur attribuer l’intelligence, et des mœurs humaines, et même la fabrication d’outils, faute de preuves suffisantes. Très antérieur à l’Homme, l’Anthropopithèque a subsisté jusqu’à lui être contemporain. Et c’est de cette simultanéité qu’ont résulté toutes les confusions des paléontologistes, attribuant les outils et les traces de feu ou d’habitation du chasseur homme à son gibier animal  !

LES AUSTRALOPITHÈQUES

À plus forte raison, les rarissimes fossiles d’Australopithèques ne peuvent témoigner que de leur lointaine similitude anatomique avec l’Homme. La denture est humanoïde, mais la capacité crânienne est réduite (500 – 700 cc.). Les feux dont on excipe pour en faire des «  hominidés  », sont des traces de feux de brousse, les prétendus lieux de cuisine, des repaires de carnassiers. (…)

«  La question reste quand même de savoir si ce sont des êtres intermédiaires qui ont inventé les tout premiers outils… ou si c’est l’homme.  »(p. 159) Nanteuil répond, tout bien examiné  : c’est l’homme. Et c’est à un tel avis, qui me paraît le plus sage, en définitive, et tout en laissant ouverte l’hypothèse d’une autre solution, que je me rallierai.«  L’apparition de l’homme, il y a environ 60 000 ans, aurait donc jeté brutalement sur le monde une intelligence supérieure qui, d’emblée, a eu toutes les possibilités voulues pour dominer dans tous les domaines.  »

«  DIEU CRÉA L’HOMME À SON IMAGE
HOMME ET FEMME IL LES CRÉA.  »

Il faut renoncer à la théorie darwiniste de la lente émergence de l’homme qui n’a de sens ni en psychologie, ni en éthologie, ni même en génétique. Il faut supposer une variation brusque  : neuf goulots d’étranglement, en série ou simultanés, de probabilité naturelle nulle. Pourquoi ne pas y renoncer en faveur de la représentation traditionnelle, qui dispense de toute difficulté scientifique, de la création directe de l’Homme par Dieu, du limon de la Terre  ? Parce qu’elle ne rend pas compte de la parenté profonde, aussi bien de détails fortuits que de structure essentielle, de l’homme avec l’animal.

LA NAISSANCE DU PREMIER COUPLE

L’homme serait-il né d’un Anthropoïde quelconque  ? Il y aurait fallu deux mutations d’importance  : la transition d’un crâne ossifié à crête sagittale et forme biauriculaire simiennes, à un crâne membraneux, de vaste capacité cérébrale  ; et le ralentissement du développement cérébral – ou néoténie – de deux à vingt ans. «  La probabilité de ces deux mutations étant très faible, on peut en déduire que l’Homme est un être absolument nouveau, tant dans son anatomie que dans son comportement psychologique.  » (Bergounioux)

À supposer que la variation brusque se soit faite, guidée par cette cause mystérieuse que les uns nomment Hasard, et d’autres dame Nature ou déesse Évolution, et que nous appelons de son vrai nom, DIEU… comment cela aura-t-il pu se faire et se perpétuer  ? malgré la barrière interspécifique  ? Je retrouve mes propres conclusions dans Nanteuil auquel je me permets de changer quelques termes pour actualiser sa biologie  : «  Les mutations, semble-t-il, ont beaucoup plus de possibilités de se produire sur un embryon que sur un organisme, donc plutôt avant qu’après sa naissance, d’où il résulte que la mutation doit être héréditaire et non accidentelle.

«  De ce fait, la seule manière de résoudre les deux problèmes à la fois, d’une seule mutation sur un seul embryon, mais aussi d’une pluralité d’êtres contemporains pour s’éduquer et donner une descendance, est de supposer la naissance d’un couple de jumeaux vrais, mâlefemelle. Comme jumeaux, ils proviendraient d’un même œuf marqué par la mutation. Comme jumeaux, ils auraient pu résister à l’ambiance. Comme couple, ils auraient pu assurer une descendance.  »

Cette hypothèse simple et élégante trouve un appui inattendu dans la cytogénétique la plus moderne. Un ovule fécondé d’Anthropien aura subi les ultimes modifications chromosomiques nécessaires. Puis, dès son premier développement, se sera produite une gémination avec perte du chromosome sexuel Y, propre au sexe masculin – incident qui s’observe assez fréquemment dans la nature, selon le Pr Lejeune (J. Carles, Le Premier Homme, p. 99). Et ainsi se formèrent les deux corps jumeaux du premier homme et de la première femme, sa jumelle vraie, tirée de lui, sa sœur-épouse, auxquels il ne manqua plus que le souffle de l’Esprit pour recevoir les dons d’intelligence, d’affectivité et de liberté qui seuls constituent vraiment l’être humain.

L’ÉDUCATION DES PREMIERS HOMMES

Encore fallait-il à ces deux humains en état «  néoténique  », d’enfance démunie, pour penser et pour faire, que leur soit appris un langage… Le Pr Grassé nous l’a enseigné  : c’est par le langage que s’achève la formation du cerveau et que l’intelligence humaine se libère du conditionnement biologique, et passe du grégarisme animal à la communauté humaine.

Je préfère laisser dire cela à Sherwood Washburg, darwiniste inconditionnel qu’on ne soupçonnera pas de concordisme biblique. Comme nous, il situe la nouveauté scientifiquement observable, de l’animal à l’homme, dans le don du langage. Lisez plutôt ceci  :

«  La parole est la forme du comportement qui, plus que toute autre, différencie l’homme des autres animaux. Malheureusement, en dépit des nombreux essais ingénieux d’investigations, les origines de la parole restent mystérieuses. (…) L’homme n’a certainement pas été muet pendant la plus grande partie de son évolution (rappelons-nous que l’auteur est darwiniste), mais l’apparition d’une capacité accrue pour la communication verbale peut avoir été le don (je souligne  : le don, mais le don de qui  ? et comment  ?) qui a entraîné l’extraordinaire expansion de l’homme moderne, Homo sapiens-sapiens.  » (p.106)

Alors, j’aime évoquer cette charmante vision, au Livre de la Genèse, où Yahweh-Dieu «  à la brise du jour  » (Gn 3, 8), leur apprend à «  donner des noms à tous les animaux  » (2,19-20) et leur révèle le sens de leur existence et sa loi (1, 29-30; 2,17). (…)

«  Le langage, ce mélange de la parole et de la capacité à s’instruire, semblerait, écrit Washburg, avoir été le détonateur biologique (  ?) critique qui aurait déclenché l’accélération de l’histoire. Tout comme la marche érigée et la fabrication d’outils (  ?) furent les seules adaptations qui apparurent durant les premières phases de l’histoire, la capacité physiologique de parler fut la base biologique des stades ultérieurs. Sans ce mode remarquablement efficace de communication, le progrès des techniques aurait été forcément lent et limité. Grâce à ce système ouvert de communication, un changement rapide fut possible et les systèmes sociaux purent croître en complexité. Le langage est le liant indispensable et unique de tous les systèmes sociaux  ; c’est peut-être pour cette raison qu il n’existe aucune forme de comportement chez les Primates non humains qui corresponde à la religion, à la politique, à l’économie.  » (p.107)

Notre réductionniste impénitent confond l’instrument et l’instrumentiste, l’aptitude physiologique avec la faculté intellectuelle et affective. Car le langage ne ressortit pas au biologique mais au psychique. Il y a fallu le don de la raison, autrement dit, la création de l’esprit humain. Mais que dites-vous de cet accord entre le savant chrétien, de Nanteuil, et le scientifique matérialiste Washburg  ? Sur une date  : il y a environ 40 000 ans. Sur un fait  : le don du langage. Sur une preuve  : l’éclosion soudaine de la civilisation… «  L’accélération de l’histoire humaine ne peut pas être mieux illustrée qu’en comparant les changements survenus dans les 10 000 dernières années avec ceux advenus au cours des quatre millions d’années précédentes  », conclut Washburg, et Nanteuil pense exactement de même. (…)

CONCLUSION IMPORTANTE POUR LES SCIENCES HUMAINES

Depuis quinze milliards d’années le cosmos, nous dit-on, roule par nécessité. Nos matérialistes s’y déclarent à l’aise. Depuis trois ou quatre milliards d’années la biosphère évolue, selon des mécanismes infiniment plus complexes dont nous comprenons des bribes et dont les causes nous échappent. Elle évolue vers l’Homme… Cela ne fait rien, notre néodarwiniste, agacé, se refuse à y reconnaître une finalité qui cependant crève les yeux. C’est de la métaphysique, c’est frôler Dieu  ! Bon, j’accepte le contrat. Je suis et je demeure matérialiste.

Là-dessus, paradoxalement, des paléontologistes ayant trouvé, à Rama ou à Olduvai, quelques galets éclatés, quelques pierres en tas, quelques traces de feu, ces mêmes darwinistes nous jurent leurs grands dieux qu’il y a là déjà finalité, intelligence, émergence de l’homme. Ces éclats, ces murs, ce feu sont «  intentionnels  »  ! Ô matérialistes oublieux de vos propres principes, qui vous l’a dit  ? et d’où vous vient, soudain, cet appel imprudent à l’esprit  ? Fidèle à notre commun positivisme, j’en doute fortement, je n’y crois pas et je m’étonne de votre crédulité  !

En revanche, quand, depuis 40 000 ans jusqu’à nos jours, cet animal parle, peint, sculpte et dessine avec art, enterre ses morts, exprime ses croyances, invente l’écriture, s’affirme esprit libre et conscient, il faudra bien, ne vous en déplaise, que notre matérialisme s’en accommode  ! Puisque, cette fois, nous avons des preuves matérielles de l’esprit, il ne convient plus d’en douter. Et telle est la nouveauté des sciences humaines qu’elles traitent de l’esprit humain en ce corps animal, l’un et l’autre accessibles à notre regard.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 165, mai 1981, p. 3-12

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