La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Apologétique scientifique

Mythes scientifiques et foi chrétienne

L‘apologétique est la défense et l’illustration de la foi catholique par la seule raison naturelle, en tout ce qui lui est accessible, pour convaincre les incroyants et aussi pour assurer les croyants de la solidité des fondements et de la valeur intellectuelle de leur religion.

Si l’univers et tout ce qu’il contient est son premier objet d’étude, c’est pour constater, après avoir entendu les savants, que cet objet ne se suffit pas à lui-même et qu’il doit être, probablement, comme un piédestal pour quelque chose d’autre, pour quelque statue… Telle est l’apologétique scientifique générale.

Dès lors elle recherche, avec plus de précision et des méthodes plus fines, s’il n’existe pas en quelque endroit de ce piédestal de visibles points d’ancrage pour la statue supposée. Et elle en trouve  : les miracles et les prophéties, dans leurs documents archéologiques et historiques considérables, font le joint entre le piédestal et la statue, c’est-à-dire entre le monde visible et l’invisible mystère de Dieu. Telle est l’apologétique historique.

Alors l’apologétique considère la religion catholique dans son mystère révélé, pour en apprécier la cohérence interne et aussi la convenance, l’imbrication, l’adaptation à l’univers et à l’histoire des hommes  : c’est une belle statue, et cette statue paraît exactement proportionnée à notre piédestal, au point d’en être sans doute la raison d’être… Oui, ce doit être son piédestal. Telle est l’apologétique chrétienne proprement dite.

Reste alors, pour en avoir le cœur net, à passer en revue les autres statues ou objets, c’est-à-dire les religions et sagesses inventées par les hommes, pour voir s’il en est de comparables à la religion chrétienne, en beauté intrinsèque et en adaptation aux conditions générales de la vie des hommes en ce monde. Et s’il s’en trouve, vérifier leurs points d’ancrage dans notre histoire. C’est l’apologétique comparée.

Seule la foi catholique ose recourir à cette science implacable de la démonstration de ses fondements par la raison, parce que seule elle y triomphe. Les autres religions, les sectes chrétiennes dissidentes, ne s’y hasardent pas  ; elles y trouveraient trop clairement leur condamnation. (…)

L’APPARITION DE LA GNOSE SCIENTIFIQUE

Or voici que l’intelligence moderne se détourne de cette science de la religion, comme tout à fait inutile, pour s’adonner à la religion de la science. (…) Pour reprendre notre comparaison, c’est l’étude approfondie de l’univers qui nous le révélerait enfin dans sa suffisance parfaite, statue et non pas piédestal, chef-d’œuvre de l’artiste qui n’attend rien d’autre, voire l’Artiste lui-même réclamant nos adorations. Le cosmos ne serait plus une pierre d’attente pour un autre mystère, mais il serait l’idée, l’idole, la vie, l’esprit, le dieu  ! (…)

Cette gnose substitue à la transcendance d’un Dieu créateur, l’immanence d’un Esprit, d’un Logos, verbe ou raison universelle, voire d’un «  tenseur  » mathématique considéré comme «  le Réel voilé  », la réalité au-delà des phénomènes, bref, ce que le vieil Aristote appelait la «  matière  » mais que la gnose pare de toutes les perfections, la concevant comme la mère de toutes les formes et lois de l’univers.

Pareille révélation, évidemment exclusive de toute religion véritable  ! se fonderait sur la connaissance approfondie des structures et de l’évolution de l’univers. Ainsi, contre notre religion qui est incarnation de Dieu dans le monde et modification de l’histoire, cette nouvelle gnose prétend atteindre l’Être cosmique comme une conscience, une liberté, une subjectivité d’où émanerait tout esprit pour y revenir infailliblement.

Voilà qui serait affolant pour un chrétien (catholique) et couperait court à toute apologétique, si toutefois une telle gnose avait quelque valeur scientifique. (…)

Rien qui montre davantage l’urgence d’une nouvelle incursion de l’apologétique catholique dans tous les domaines réservés de la grande science moderne pour y débusquer les impostures, les mystifications, décrasser la véritable science de toutes ses contrefaçons et libérer l’intelligence humaine des charlatans superbement ésotériques, élitistes, qui la dupent et l’abrutissent. Grand et difficile travail  !

SCIENCES. PHILOSOPHIE. RELIGION

La méthode de l’apologétique scientifique aujourd’hui doit être simple, loyale, rigoureuse. Elle consiste en premier lieu dans l’inventaire exact des connaissances scientifiques de notre époque, les plus neuves, les plus élaborées. Évidemment, nous mènerons cette enquête avec la plus grande humilité et la plus grande prudence. Nous ne sommes pas spécialistes en chaque matière, nous n’avons pas à le feindre. (…) Mais il nous revient de nous prononcer avec courage, le courage de l’intelligence, sur la cohérence, la vraisemblance, l’intelligibilité de ce qui nous est proposé et dont on nous fait juges. (…)

L’EXAMEN CRITIQUE DE LA PHILOSOPHIE

Sur l’immense matière ainsi proposée à notre croyance et à notre admiration, nous avons le droit, et le devoir, d’exercer notre sens critique. La philosophie, non une idéologie quelconque qui usurperait ce nom, mais la codification millénaire et universelle des principes premiers de la raison et des données irrécusables du sens commun, est l’instrument tout à fait légitime de ce contrôle. Le savant s’honore à l’admettre, il se disqualifie tout simplement à le contester. À moins de se prétendre un devin, un magicien, un sorcier, s’il parle, s’il écrit, s’il expose ses expériences, ses hypothèses, ses théories, c’est toujours devant le tribunal de la raison. (…)

L’apologète avec le philosophe doivent courageusement rendre au monde civilisé le grand service de ne pas laisser bafouer la raison humaine, l’intelligence, l’ordre des êtres, par le premier hurluberlu venu, au nom de la Science. Savoir raison garder, quelle entreprise  ! (…)

LA RELIGION CHRÉTIENNE EST D’UN AUTRE ORDRE

La révélation divine dont nous sommes les dépositaires ne fonde pas une théorie scientifique, ni elle ne sort de quelque système du monde. C’est d’un autre ordre. Certes, la science et la religion sont en l’homme, dans le monde et dans l’histoire, mais c’est à peu près leur seul point de rencontre.

La science s’honorerait de s’en tenir à son but déclaré, qui est la connaissance systématique de la nature des choses et des lois universelles et nécessaires de leurs mouvements. (…)

Et de son côté la religion n’a point à s’enrichir, elle qui a la Parole de Dieu, des observations, des découvertes et des hypothèses, des sciences. Elle s’y intéresse de loin, par simple admiration, tout à la fois des ressources de l’intelligence humaine, des merveilles de la création et de l’infinie Sagesse divine, pleine de puissance et d’amour, qui lui est si bien connue par ailleurs.

Enfin, de toute manière, entre la science et la foi s’interpose la philosophie qui est leur juge. Je dis bien  : leur juge, car il n’y a de vérité que raisonnable, même au-delà de la raison. C’est la philosophie qui, en tout conflit, doit tempérer les revendications outrancières de l’une et l’autre partie, ou au contraire dénoncer leur concordisme exagéré. Notre propos dans la suite de cette étude, on l’a déjà compris, ne sera pas de faire des sciences une démonstration de la foi chrétienne ni de l’univers le piédestal évident de notre religion. C’est le rôle de la métaphysique. Présentement, notre volonté est de débusquer les sciences de leurs prétentions outrecuidantes à nous révéler une religion cosmique, parfaitement déraisonnable, et à nous proposer le monde comme un Dieu, prenant le Pirée pour un homme… et un piédestal pour une statue  !

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 158, octobre 1980, p. 5-7

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