La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Biogenèse : Évolution et création

Pour en finir avec Darwin

Darwin L’idée de l’Évolution est un de ces brûlots que nous ont légués les XVIIIe et XIXe siècles. Ils alimentent nos guerres de religion et ne laissent aucun esprit indifférent. Évolutionnisme, transformisme riment avec athéisme. Fixisme rime avec biblisme et christianisme. Sans qu’il puisse y avoir de compromis, ni de solution intermédiaire. D’un côté comme de l’autre, c’est tout ou rien. (…) S’il y a évolution il n’y a pas création, partant pas de Dieu. S’il n’y a pas évolution, il doit y avoir création et donc Dieu. Incroyable misère de la philosophie, et égale misère de la théologie au XIXe siècle  !

Incroyable misère de la théologie qui s’attache littéralement à quelques versets du premier récit biblique de la création, en omettant ce qui ne cadre pas, dans ce texte même, avec les imaginations infantiles créationnistes, et en négligeant le second récit, qui ne s’y accorde, lui, plus du tout. Suffocante absence de réflexion sur les procédés d’une création où toute espèce serait sortie de rien, du tohu-bohu originel, par simple décret divin, et les arbres à fruit avant le soleil  ! Misère de concordisme plat dont le fondamentalisme protestant ne peut sortir tandis que l’herméneutique catholique en est à jamais délivrée par le magistère romain lui-même, de Pie X à Pie XII. (…)

Qui a manqué d’honnêteté dans cette épuisante querelle  ? (…) Mon avis est que les savants évolutionnistes manquèrent passionnément d’objectivité, faute majeure, et les prêtres, subissant leur soudaine agression, manquèrent malheureusement de sérénité, faute mineure.

UNE QUESTION SCIENTIFIQUE

L’objectivité scientifique consiste à observer les phénomènes, à en relever les rapports constants, à les expliquer le plus avant possible, par mécanisme et déterminisme, par causes et effets plutôt que par raisons et fins. En procédant par analyse, jusqu’aux éléments premiers, puis par synthèse complète, pour éviter tout réductionnisme. (…)

L’unique question scientifique, en biogenèse, est celle-ci  : Avez-vous une idée du mécanisme de l’évolution  ? (…) Répondre à cette question n’impose pas d’ignorer l’Auteur de toute vie, qui est Dieu. Nous ne feindrons de rejeter aucun de nos dogmes dans cette étude, en particulier celui de la création intégrale de toutes choses par Dieu. Ils nous sont trop connus et trop certains pour que nous les oubliions un seul instant. Mais ils nous laissent libres d’exercer notre raison scientifique  : Supposons que Dieu agit par des causes secondes, par toutes sortes de mécanismes bien montés, et cherchons dans la suite des phénomènes les processus qui en expliquent le cours. (…)

À QUOI TENDENT LES FORMES VIVANTES  ?

Trop d’évolutionnistes, de Lucrèce à Wintrebert, de Leibniz à Bergson et à Teilhard, ont pris le problème de l’évolution à rebours, en supposant une Vie, élan vital, Évolution créatrice, parée d’attributs aussi merveilleux qu’illusoires. Partons plutôt de ce que nous observons  : en chaque organisme, la puissance structurante de sa propre vie, l’âme est incontestablement individuante, individuelle. Celle-ci impose à sa chair un certain type d’être, sa forme spécifique. Tout cela on le voit.

Mais ce «  modèle   », cette «  information   », se limitent-ils à leur réalisation présente, individuelle  ? Ne la débordent-ils pas  ? Ne tendent-ils pas au-delà, à une réussite future, spécifique  ? Générique  ? Cette puissance d’organisation est-elle toute absorbée par la constitution et la conservation du seul individu  ? N’y a-t-il pas anthropomorphisme à concevoir ainsi l’âme du végétal ou de l’animal  ? N’est-elle pas orientée au-delà de sa réalisation immédiate, vers une forme future que s’efforceront d’accomplir les générations successives  ?

Si nous le savions, nous aurions la clef de l’évolution. Mais en découvrant les mécanismes du transformisme, nous finirons peut-être par discerner cet effort héréditaire des âmes individuelles organiques, au-delà de leur réussite propre, vers leur «  idiomorphon   » (Grassé), vers la réalisation enfin parfaite de l’idée qu’elles portent en elles, comme le moteur de leur évolution millénaire.

CENT ANS D’EXPLICATIONS ABSURDES

Je trouve le fil conducteur de l’étude qui va suivre dans la distinction suivante. Le lamarckisme sort tout droit de l’épigénétisme. Son transformisme est tout d’invention spontanée de formes successives tandis que le darwinisme suppose un préformisme raide, rigoureux, et n’y introduit l’évolution que de biais, dans le détail, sous le coup du hasard. Qui a bien compris ces deux mentalités, ces deux sensibilités, comprendra tout le reste. (…)

LE LAMARCKISME

Lamarck LAMARCK, dès son Cours d’ouverture au Muséum, en 1800, dans sa Philosophie zoologique, en 1809, inaugure cette science nouvelle qu’il appelle la biologie et qui aura pour objet «  le transformisme   ». Contre Linné, il affirme la variabilité des espèces  ; il classe donc les vivants selon leur «  ordre de naissance   ». Ressemblance implique filiation. (…)

L’épigénétisme est en vogue, selon lequel l’être vivant, d’abord informe, s’organise spontanément sous le choc des influences extérieures. Ce qui est vrai pour l’individu doit être vrai pour toute la lignée. Telle est la théorie transformiste de Lamarck. On croit la connaître. Utile est cependant la remarque de J. Rostand  : «  On répète couramment que Lamarck explique l’évolution des êtres vivants par l’action des circonstances ou du milieu externe. En réalité, pour Lamarck, cette évolution est assurée par les propriétés mêmes de la matière vivante  ; et quant aux circonstances, aux influences du milieu, elles ne font que perturber cette évolution, y introduire les irrégularités, les déviations, les écarts   »… contre lesquels les vivants réagissent en modifiant leurs structures, voire en s’en inventant de nouvelles. (…)

Au lieu de dauber sur les deux éléments faibles du lamarckisme, le slogan simpliste «  la fonction crée l’organe   » et «  l’hérédité des caractères acquis   », il vaudrait mieux souligner son intuition essentielle, d’une force de vie capable de réagir aux pressions extérieures de manière efficace et adaptée. Parce que c’est, de toute façon, le pouvoir caractéristique de la vie. À condition toutefois de n’en point faire, comme son disciple Chambers (1844), une «  impulsion divine   » (J. Rostand, p. 156). Parce que alors c’est trop dire et résoudre les énigmes concrètes de la terre par appel à la Puissance céleste, énervant toute science.

Cuvier critiquera férocement mais utilement Lamarck, par biblisme protestant. Ses objections sont de taille. Ainsi la corrélation des organes fait de chaque espèce, tout au moins de chaque ordre, ou de chaque classe, un ensemble cohérent, pratiquement indéformable. Il préfère, pour expliquer la succession de formes aujourd’hui disparues, seulement connues par leurs fossiles, imaginer une suite de «  révolutions du globe   » renouvelant toute les espèces vivantes. Telle serait l’œuvre des Six Jours  !

Mais c’est la négation de l’hérédité des caractères acquis, considérée comme «  impossible et inconcevable   », et jamais constatée, qui portera le coup final au lamarckisme, et avec lui, croyait-on, à toute idée d’évolution.

LE DARWINISME

Or, au moment où mourait Cuvier, DARWIN entreprenait son fameux voyage autour du monde sur le Beagle du capitaine Fitz-Roy (1831-1836). Il en revenait avec une ample moisson d’observations et professant absolument l’infinie variabilité que l’hérédité retient et capitalise. La lecture de l’Essai sur la population du triste Malthus, paru sur les entrefaites, en 1838, le convainc que les végétaux et les animaux se livrent perpétuellement, comme les humains, une féroce lutte pour la vie d’où résultent la victoire et la domination des plus forts, agissant comme un principe de «  sélection naturelle   ». Tel sera le contenu de son livre, L’origine des espèces, en 1859.

Le préformisme biologique est, cette fois, à la base du système. Sous le nom de pangenèse, Darwin imagine que des gémulles sont mécaniquement causes de la formation, sur un modèle rigoureusement fixe et constant, des cellules et des organismes. Aucun «  fluide interne   », aucune finalité, et surtout pas d’ «  impulsion divine   »  ! Aucune spontanéité ni invention, ni réaction adaptative aux difficultés de l’environnement. Le vivant de Darwin est essentiellement une machine rigoureusement montée et entraînée. (…)

Par le simple jeu de la sélection naturelle, les variations avantageuses, si minimes qu’elles soient, s’additionnant sans cesse finissent par équivaloir à une nouveauté radicale, à une modification profonde de l’organisme. Le paléontologiste qui ignore cette lente poussée du hasard et cette sélection de la lutte, a l’impression d’une montée continue de la vie, d’une finalité, d’une adaptation intelligente, mais c’est pure illusion de l’esprit.

Le succès du darwinisme fut immédiat, universel et violent. À ce coup, Dieu était détrôné. Par le hasard et par la force. Thomas Huxley, Haeckel, Weismann exploiteront toutes les ressources du système pour faire de l’hypothèse de Darwin la conquête de la raison moderne, et de l’Évolution le champ réservé du matérialisme et de l’athéisme. (…) «  Aujourd’hui, peut écrire Grassé sans risque de démenti, les darwiniens n’adressent plus de critique à leur doctrine  ; ils sont devenus des inconditionnels à la manière des sectateurs. Le darwinisme a pris un caractère dogmatique, que ses troupes acceptent avec enthousiasme. Il s’impose à la recherche biologique et l’inspire dans ses interprétations. Nul n’a le droit de le mettre en doute.   » (L’homme en accusation, p. 20) (…)

LA CRISE DU TRANSFORMISME

En 1900, l’irruption de la génétique dans les sciences de la vie y provoque de bouleversantes remises en cause. (…) La publication des découvertes de Mendel et de Jordan sur l’hérédité prouvant l’invariabilité et la stabilité des caractères héréditaires au sein d’espèces fermées par l’infranchissable barrière de la reproduction sexuée, et la découverte au même moment par Hugo de Vries de «  mutations brusques   » au sein des espèces, portèrent aux deux théories de Lamarck et de Darwin le démenti flagrant de l’expérience. Les espèces étaient nécessairement stables, inaccessibles aux pressions du milieu ou de la sélection naturelle, et leurs mutations n’étaient ni graduelles ni sérielles, mais soudaines et sans suite, élémentaires, isolées.

La crise du transformisme était ouverte. (…) Mais en 1950 la recherche évolutionniste se trouva bloquée par la découverte de l’ADN et de son rôle souverain dans la constitution et la conservation des espèces vivantes. (…) Le dogme central de la biologie moléculaire était formel  : l’anatomie, la physiologie et jusqu’à l’équipement inné des comportements instinctifs dépendaient forcément, à toutes les étapes de la vie, et depuis la bactérie jusqu’à l’homme, exclusivement, intégralement et immédiatement de l’ADN. Quant à lui, ne dépendant de rien, sa faculté d’information demeurait inviolable et immuable. Tel était le mur infranchissable, l’obstacle dressé en 1950 par la génétique, face à toute théorie évolutionniste.

MONOD, JACOB…

Il faudra tout le fanatisme darwinien d’un Jacques Monod, dans Le hasard et la nécessité, ou d’un François Jacob, dans La logique du vivant, pour passer outre. Après avoir accepté le «  dogme central  » (Le hasard et la nécessité, p. 125) et son fixisme conséquent, l’un et l’autre savants tablent sur les divers accidents possibles, ou «  mastics   », qui peuvent et doivent survenir au cours des nombreuses réplications de l’ADN, pour voir apparaître des «  mutants   » dont la sélection naturelle ne gardera que les plus rares et les plus précieuses réussites, donnant ainsi à l’évolution son orientation ascendante. (…) Ce sont les fausses manœuvres des êtres moins parfaits qui leur font procréer les êtres plus parfaits, là où le cours normal de leur activité les maintiendrait nécessairement dans leur condition première  ! Le pur hasard, partout et toujours agent de désordre et de destruction, déclenche de fausses manœuvres où n’intervient plus qu’une aveugle nécessité, et le fruit de ce hasard marié à la nécessité est un ordre nouveau, plus complexe que le précédent. L’erreur est créatrice, le désordre est ingénieux. Et cela, non pas une fois, mais ensemble mille hasards par hasard ordonnés l’un à l’autre  ! et cela encore, non pas une fois dans l’histoire, par miracle, mais des millions et des millions de fois.

SALET, GRASSÉ, KIMURA…

Le Pr Georges Salet s’est attaqué à ce problème du hasard heureux en biogenèse, et l’a définitivement résolu dans son ouvrage magistral, Hasard et certitude (Téqui, 1972). (…) Le Pr Grassé, de son côté, s’attaque à ce néo-darwinisme insensé du point de vue plus direct et descriptif du paléontologiste et du zoologiste qu’il est mieux que personne. (…) Qu’on relise ses preuves par le sabot du cheval (L’Évolution du vivant, p. 95), par l’évolution des serpents (p. 51-52), la formation de l’œil, du cerveau humain, etc. La conclusion est imparable  : aucune mutation stochastique d’un nucléotide ou d’un gène d’ADN, par accident, ne peut être présentée comme la cause proportionnée d’une nouveauté organique même élémentaire, à moins qu’elle ne soit seulement régressive, mutilante ou monstrueuse.

Motoo Kimura Motoo Kimura, évolutionniste japonais et néo-darwinien convaincu, étudiant les mutations aléatoires de l’ADN, témoigne innocemment du résultat de ses observations… et s’étonne de l’hostilité dont il est partout l’objet. Il soutient depuis dix ans «  qu’il n’existe en fait actuellement aucun moyen de savoir ce qui se passe, au point de vue de l’évolution, au niveau de la structure interne du gène… On s’attendait à ce que le principe de la sélection darwinienne s’appliquât à ce niveau élémentaire (c’était la dernière planche de salut des darwiniens  !).  »(…) En chassant la «  sélection naturelle   » du domaine moléculaire, des aléas des génotypes, il la renvoie dans le domaine de la botanique et de la zoologie, dans les différenciations des phénotypes, où ses collègues savent depuis longtemps qu’on ne la trouvera jamais  ! Alors… le darwinisme est bien mort. (…)

Ce que Grassé dit de Darwin est vrai de nous tous  : «  Dans le système darwinien, l’être vivant est passif, il subit  ; il n’a aucune part active à sa transformation. Par conséquent, la finalité immanente ne peut venir du dedans ; elle est introduite de l’extérieur par un agent transcendant.  » (Évolution du vivant, p. 280) Le mystère de la vie n’est pas expliqué par nos systèmes, il est escamoté. Ce mystère, c’est que toute âme vivante est action, réaction, corrélation, choix, recherches et erreurs, adaptation, … évolution  ! Et non pas une quelconque mécanique montée d’avance pour tourner à vide  ! (…)

LA GENÈSE DES VIVANTS

Alors que tous les vivants sont des individus autonomes, à l’âme ou forme vive tout occupée de leur propre développement, leurs lignées et leurs parentés apparaissent ordonnées à un double but, d’expansion et de perfectionnement de leurs espèces, si mystérieuse ou inaccessible qu’en soit l’explication. Un tel programme met en jeu ensemble les mécanismes physico-chimiques de la matière et… la main de Dieu. «  L’esprit divin planait sur les eaux   », dit le Livre saint (Gn 1, 2). Il a pu faire surgir, si vous y tenez, comme par miracle, des chefs de lignées tout constitués en un instant. Mais les fossiles, leur histoire, leurs variétés semblent plutôt témoigner d’un long travail où des forces organisatrices, descendues sans doute de l’Esprit qui plane haut dans les airs, se battent avec la matière, le milieu géologique, et bien plus, entre elles  ! non sans un indubitable succès dont notre biosphère actuelle est le témoin.

Ainsi y aurait-il Évolution et Création. L’une par l’autre, et non l’une forcément contre l’autre, ou se substituant à l’autre. Non pas Évolution créatrice, car l’Évolution n’est qu’un ordre de succession des vivants, non un être distinct, pas plus que «  la Vie   » n’existe en Évolution purement mécanique, à la manière du déterminisme des corps inertes, mais une Évolution d’un mécanisme conduit, orienté parmi des millions d’autres voies à tout instant ouvertes au hasard, soutenu à rencontre de l’inertie et de l’entropie de la matière, par l’invisible et omniprésente Main créatrice.

Une Création évolutive donc, transformatrice, lente, progressive, limitée dans ses vœux, agissant par des causes secondes et livrant son œuvre aux chocs de millions de hasards et de nécessités. Au point de presque disparaître derrière les formes et les forces qu’elle meut. D’autant plus divine qu’elle s’efface derrière la complexité des mécanismes qu’elle a montés. Et si Grassé a ouvert la voie vers la théorie définitive du transformisme, alors il faudra reconnaître que le mécanisme en est si merveilleux qu’il laisse l’homme stupéfait, au seuil de l’angoisse métaphysique.

À dire vrai, le mécanisme qui, d’une sève toute tirée d’un sol nourricier forme le lis et la rose aux extrémités de leurs tiges végétales, est aussi mystérieux, quoique d’expérience quotidienne, que les plus étranges transformations d’une évolution oubliée. (…)

TROP MÉCANIQUE POUR ÊTRE DIVINE
TROP MERVEILLEUSE POUR ÊTRE MATÉRIELLE

L’histoire de la vie nous paraît à mi-chemin entre l’explication matérialiste pure ou mécaniciste, et l’explication spiritualiste ou vitaliste. Elle n’est pas l’élan vital d’un Esprit partout répandu, le jaillissement perpétuel d’une création immanente. Mais elle n’est pas non plus un produit du hasard et de la nécessité, même brutalement sélectionné par la lutte pour la vie… À garder l’objectivité de la science et la sérénité du croyant, l’Évolution nous paraît mêlée d’étranges faiblesses et comme une lente conquête de la vie sur la matière, avec l’aide supérieure d’une Toute-Puissance invisible.

Elle est limitée   : on recense une vingtaine d’embranchements pour le règne animal, une dizaine pour le règne végétal, s’éparpillant il est vrai en deux millions d’espèces vivantes, et des millions (  ?) d’autres à jamais disparues. Elle est discontinue   : elle a connu des élans, des arrêts, des reprises imprévisibles  ; et différentielle, car certaines classes se transforment à côté d’autres qui ne bougent plus depuis des millions d’années. Elle est parfois régressive, mais pour la plupart, les atrophies sont programmées par d’intéressantes refontes de l’organisme, telle la perte de leurs quatre pattes par… les Serpents  ! Elle est irrévocable   : toute «  radiation  » sur la lignée commune conduit à une forme de plus en plus déterminée, Vidiomorphon, et jusqu’au plus minime détail, c’est la spéciation, où le mouvement trouve son terme sans plus pouvoir revenir à l’indéterminé, à l’informe primitif. Elle n’est pas toujours harmonieuse ni heureuse   : elle a produit des monstres, elle fabrique parfois des organes inadaptés qui étonnent les observateurs exigeants que nous sommes devenus  !

Enfin, l’Évolution nous paraît aujourd’hui amortie. Elle s’est ralentie à mesure qu’elle atteignait ses buts  : l’occupation dense des biotopes marin, terrestre et aérien, et la diversification fonctionnelle de ses lignées buissonnantes. On peut certes rêver de nouvelles inventions de la Vie, mais c’est faute d’en avoir observé le sens déterminé et le cours. (…)

LE FAIT DU TRANSFORMISME

Fixiste dans mon jeune temps, j’ai bien dû convenir, sous la contrainte des faits, d’une certaine évolution  : la micro-évolution, par opposition à la macro-évolution des partisans d’un transformisme général. (…) La paléontologie dénonce le caractère illusoire de cette frontière entre deux sortes d’évolutions, l’une relevant de la simple mécanique vivante, l’autre mobilisant la Toute-Puissance de Dieu. Les autres sciences de la vie m’ont définitivement contraint d’abandonner cette distinction de facilité. (…) Mais c’est la biologie comparative et dynamique qui m’a définitivement convaincu, parce qu’elle procède, à l’inverse de la paléontologie, non plus des structures mortes à la recherche de leurs «  tendances internes   », mais du dedans au dehors et en pleine vie.

Or, ce que cette science passionnante fait voir, ce sont, dès la première cellule vivante, déjà présentes au grand complet, libres et prodigieusement inventives, les fonctions vitales communes à tous les vivants, qui demeureront identiques à elles-mêmes sous toutes les structures et dans tous les comportements qu’elles se donneront  ! Il y a d’abord la nutrition et après, elle se fait auto ou hétéro ; il y a la reproduction, et d’abord elle est auto, ensuite hétéro. (…)

C’en est assez pour reconnaître dans la biosphère, je ne dis pas une Âme universelle ou un Esprit immanent mais une tendance organisatrice, présente en tout individu vivant et le débordant, dès la Bactérie et le Cyanophycée, inlassable, inventive, ingénieuse à se chercher, à se trouver, à réaliser, vérifier, améliorer des instruments, de véritables outils  ! et des comportements, de vraies techniques  ! pour accomplir de mieux en mieux toutes les tâches de la Vie. Dans un dessein général qui n’est pas tant la «  céphalisation   » dite par Teilhard que «  l’intégration   », véritable critère universel de la montée évolutive des espèces. Alors le transformisme cesse d’être une hypothèse  ? C’est un fait, absolument général  ? Certainement. Et donc l’Homme descend du Singe  ? Nous verrons bien  !

QU’EST-CE QUE CE MYSTÈRE  ?

Le mystère de l’Évolution est impénétrable, ou alors il réside tout dans la perfection de l’âme ou forme vive des organismes végétaux et animaux, que déjà connaissait l’hylémorphisme aristotélicien, orientée – divinement – tout à la fois vers leur propre réalisation individuelle et vers l’épanouissement futur de l’espèce. Mais bien sûr, nous aurons à revenir sur cette impressionnante conclusion.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 163, mars 1981, p. 3-12

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