La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Science, philosophie et religion

Alexandre Koyré

Alexandre Koyré

«  La science moderne n’a pas seulement bouleversé notre représentation du monde, elle a subverti le monde. (…) Assurée a priori de sa vérité, la science ne cherche pas tant à interpréter les phénomènes naturels qu’à produire techniquement des phénomènes qui lui donnent réalité. Se saisissant de la technique, elle ne nous a pas rendus “ maîtres et possesseurs de la nature ”, elle nous a conduits à créer de toutes pièces en un tout autre monde.  » (…) Je tire cette admirable pensée de l’avant-propos du livre que Gérard Jorland vient de consacrer aux Recherches épistémologiques d’Alexandre Koyré, La science dans la philosophie. Livre difficile, qui illustre et aurait pu accompagner tout notre propos, depuis notre critique de Kant, à travers le large éventail des sciences modernes. Koyré a étudié, sa vie durant, l’époque fascinante de l’éveil des sciences modernes, depuis Copernic jusqu’à Newton… (…)

Tout le monde croit que la pensée universelle a suivi et a bien fait de suivre la Loi des trois états d’Auguste Comte. Qu’elle s’est successivement libérée du joug prélogique de la Religion puis de la Philosophie, et qu’enfin parvenue à la pleine liberté de la raison, elle est entrée avec le positivisme dans l’âge de la Science, connaissance pleine et définitive de l’univers tel qu’il est. Or, Koyré montre que la science féconde des XVIIe et XVIIIe siècles a été, au contraire, soutenue et non pas retenue par la théologie et la métaphysique de ses plus grands inventeurs. Alors que notre science moderne, faute de ces deux consoles auxquelles appuyer ou suspendre ses principes, perdue dans le mathématisme, vacille sans plus trouver d’appui dans le réel. Des lumineuses (mais difficiles) explications de Koyré nous pourrions tirer la récapitulation et les conclusions de nos cours de cette année 1980-1981 sur la science moderne  : 1) Ce «  retrait du divin   »,ce manque de théologie mystique et de métaphysique naturelle, a livré les sciences aux imposteurs, aux mages, aux fakirs de toute espèce. 2) Cependant, à travers ces deux siècles de marche titubante, la science moderne demeure une très grande construction, vraie pour l’essentiel, définitive, mais qui, justement à cause de sa stupéfiante vérité, requiert absolument d’être consolidée par une nouvelle et éternelle métaphysique, elle-même accordée à la seule religion révélée qui soit acceptable à l’intelligence humaine aujourd’hui. (…)

MISÈRES DES HOMMES DE SCIENCE

Il est de fait que les hommes de science, ceux qu’hier on appelait les savants, et qui préfèrent le nom apparemment plus modeste de chercheurs, ne font plus jamais appel à la philosophie classique et encore moins à la religion révélée dans leurs travaux, pour les épauler ou les justifier. Même s’ils sont «  par ailleurs   »croyants, ils refusent d’être jugés par quiconque, soit théologien, soit philosophe, et s’ils se jugent et se disputent entre eux, c’est à égalité. (…)

Mais alors, qui croire  ? (…) Je vais donner un exemple complet de cette impuissance où se trouvent les sciences modernes, hors de tout magistère ecclésiastique, philosophique ou corporatiste, à se garantir contre l’imposture, et à mériter ainsi d’être crues. L’exemple ressortit d’un domaine particulier, celui de la connaissance scientifique des textes bibliques, l’exégèse. Cet exemple, je le trouve dans le petit ouvrage, appelé à un très grand retentissement, Peut-on se fier au Nouveau Testament  ? de John A. T. Robinson. (…) Il s’agit, annonce le titre, de savoir si on peut se fier au Nouveau Testament. Or, en réalité, mais nul n’y prête attention, la question réelle est celle-ci  : Peut-on se fier à Robinson qui répond affirmativement, plutôt qu’à la masse des exégètes contemporains qui répond non  ? (…)

Toute sa thèse sur l’authenticité et la date des écrits néo-testamentaires me paraît justement libératrice (…), mais je suis en désaccord avec la deuxième partie du livre. J’en parle à l’un de mes amis, qui est compétent en ce domaine. Il adhère à tout le livre  ! Et l’ensemble des savants français  ? Ils détestent tant sa première partie que la seconde ne rattrape pas leur confiance. À qui se fier alors  ? pour répondre à la question du titre  : Peut-on se fier au Nouveau Testament  ? Vais-je vous demander de vous fier à moi qui ne suis qu’un exégète d’occasion, plutôt qu’à mon ami qui l’est plus que moi  ? et plus qu’à Robinson lui-même  ? Mais pourquoi à Robinson plutôt qu’à Bultmann son opposé, mondialement connu comme «  le plus grand exégète du XXe siècle  »  ? Nous sommes au rouet. (…)

METTRE DES LISIÈRES À LA SCIENCE

Je prévois et pourvois aux nécessités du progrès scientifique et humain aujourd’hui et demain dans notre société de libéralisme avancé.

En premier lieu, un magistère, une autorité protectrice devraient pouvoir épargner à l’opinion publique de prendre pour vérités scientifiquement démontrées, des nouveautés qui outrepassent carrément le domaine des sciences et contredisent outrageusement la philosophie naturelle ou la religion révélée. Même si un tel tribunal ecclésiastique, ou jury de philosophes, devait parfois se tromper, se laisser abuser ou corrompre, la nécessité générale d’un tel magistère me paraît indiscutable, et deux cents ans de guerre civile insensée, menée au nom de la science, et quelle science  ! contre la sagesse universelle et la civilisation, suffisent à le prouver. (…)

En second lieu devrait s’exercer une auto-régulation de type corporatiste, des savants entre eux. Allant plus loin que la seule surveillance des frontières de leur science, de telles commissions se prononceraient sur la vraisemblance des hypothèses, sur le sérieux des observations et des preuves alléguées, sur la solidité de leurs fondements. C’est une telle police intérieure, exercée comme spontanément par l’Europe savante, qui aurait pu et dû régler l’affaire Galilée, avant même que l’Église n’intervienne, puisque notre Florentin se faisait un cheval de bataille contre Aristote et contre les jésuites, d’un héliocentrisme dont il ne savait pas faire la preuve et dont les calculs ne l’intéressaient même pas. (…)

CE QUI REND LA SCIENCE FOLLE

Qui m’accuserait d’orgueil délirant, pour oser me faire juge des plus grands génies scientifiques de l’époque moderne et des savants actuels les plus éminents, s’insulterait lui-même, car c’est notre lot à tous, en ces temps de liberté, de devoir tout juger par nous-mêmes. (…)

Nous avons pourtant sur les géants de la science moderne, nous autres petits curés de campagne, ou charbonniers maîtres chez eux, une supériorité. Figurez-vous  ! Elle est merveilleusement démontrée par Alexandre Koyré auquel je dois revenir encore. (…) «  Si Einstein rejeta les notions de temps absolu et d’espace absolu, admises par Newton qui les fondait en Dieu, c’est bien parce que lui ne pouvait plus le faire (ah  !), et qu’elles devenaient des cadres vides  : alors, l’univers n’est plus dans l’espace et le temps, mais ce sont au contraire l’espace et le temps qui sont dans l’univers, et ce n’est plus Dieu, ni l’homme, mais la nature qui devient la mesure de toute chose.   » Et ceci, mais tenez-vous encore mieux  : «  Si l’idée d’un Dieu créateur, omniprésent, omnipotent et immuable soutenait la représentation classique du monde physique, c’est l’absence de Dieu qui rend compte (  !) de la représentation contemporaine.   » (…)

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le grand philosophe juif Alexandre Koyré. Contre Einstein, Heisenberg et Bohr, mais aussi bien contre Prigogine, Costa de Beauregard  ; contre Darwin, mais aussi contre Monod  ; contre Lorenz et Wilson  ; et enfin contre Marx et contre Freud. C’est parce qu’ils sont athées que leur science est folle, qu’elle doit l’être presque nécessairement. Et, par ricochet, c’est parce que leur science est folle, daignez le reconnaître, que nous la repoussons, et non pas seulement, ni du premier chef, parce qu’elle est athée.

Ce retournement épistémologique, je ne sais si nous en aurions eu claire conscience, et si même alors nous aurions osé le publier, c’est à Alexandre Koyré que nous en devons la révélation et la preuve. Non, la science moderne n’est pas pure, n’est pas libre, n’est pas loyale comme elle en donne tant l’apparence. Non, ce n’est pas la science qui, par ses découvertes sensationnelles, ses théories audacieuses, ses révolutions coperniciennes, a congédié Dieu comme une notion inutile. C’est la négation de Dieu qui a violenté la raison, troublé l’observation des phénomènes, enfin contraint toute science d’abandonner la normalité de ses concepts, de se dévoyer et d’échafauder maintes constructions fabuleuses, hors du sens commun. Pourquoi  ? (…) Il s’agissait de réduire le réel au point de l’annuler, et la nature jusqu’à la dénaturer, et l’existence du monde aux idées que s’en ferait l’homme… pour se passer de Dieu. (…)

LA SCIENCE S’ORIENTE VERS L’ABSOLU

La science paraît jouir d’une parfaite autonomie, dans sa partie où elle prétend être maîtresse. Elle y avance par inductions successives, à la découverte des lois et des structures de son objet propre. Parfait  ! Elle n’y rencontre pas la religion, du moins a-t-elle des chances infimes de buter sur des miracles, des prophéties, des documents portant témoignage de l’Invisible… C’est vrai. Mais, dès ses premiers pas, elle pose des définitions, elle formule des lois générales, elle discerne des forces en travail, qu’elle n’invente pas mais qu’elle découvre dans la nature, qui ne sont pas des créations de l’esprit, mais… de qui alors, ou de quoi  ? et comment  ? et pourquoi  ? (…)

Notre religion pose en principe que «  la Vérité nous libère   »(Jn 8, 32). La vérité des sciences nous rend libres d’acquiescer à la révélation divine. Quant à celle-ci, déjà elle nous libère pour adhérer d’enthousiasme aux grandes découvertes scientifiques de notre temps. Notre paix ne doit pas cependant nous tromper sur l’état d’esprit de nos contemporains. Tant qu’ils n’auront pas résolu leurs «  problèmes   », philosophiques et religieux, la science ne les laissera pas en paix, elle les inquiétera. (…) Faisons-en la preuve en montrant que les trois grandes affirmations des sciences modernes, malgré toutes les ruses et tous les atermoiements de leurs chercheurs, postulent une explication métaphysique  : l’existence de la Matière, la dynamique de la Vie, la radicale nouveauté de l’Esprit.

LES SCIENCES MODERNES TOUCHENT À LA MÉTAPHYSIQUE

L’EXISTENCE DE LA MATIÈRE

Rien de plus évident, de plus ferme apparemment, de plus accessible à la connaissance scientifique que la matière. Les physiciens au moins savent de quoi ils parlent  ! Ils sont sur un terrain solide, eux  ! Eh bien, non… C’est une stupéfaction d’entendre les plus savants et les plus honnêtes d’entre eux nous détromper. La matière est insaisissable en son fonds, disent-ils. Elle est paradoxale dans ses manifestations. Au total, elle laisse nos esprits stupides en face de son indéchiffrable mystère. (…)

L’espace à ses deux limites, de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, tracasse les savants modernes. Ces deux termes extrêmes que les physiciens ne peuvent atteindre, ni même concevoir comme des limites réelles, demeurent pour eux de pures entités mathématiques. Les atomes sont faits de neutrons, d’électrons, et ceux-ci de quarks. Et les quarks  ? Nécessairement les «  poupées russes   »s’emboîtent dans l’infiniment petit… Et dans l’immensité du ciel astral, qu’y a-t-il au-delà des limites connues de l’univers  ? Si même notre ensemble de galaxies est un atome seulement d’un super-cosmos, celui-ci à son tour baigne-t-il dans le néant  ? Qu’est-ce que le néant  ?

Le temps tracasse aussi les physiciens et astrophysiciens. S’il y a eu, comme il semble avéré, un premier moment à l’expansion de l’univers, l’explosion d’un atome primitif, quel état thermodynamique antérieur l’a-t-il précédé et doit-il l’expliquer  ? De même si le temps est infiniment divisible, comment avance-t-il  ? S’il ne l’est pas, comment assume-t-il de l’être et du mouvement  ? Et qu’arrivera-t-il quand l’état d’entropie universelle sera atteint  ? Que sera un état stationnaire, sans mouvement et donc sans durée  ? Éternel donc  ? ou anéanti  ?

L’ÉVACUATION SAVANTE DES PROBLÈMES

Pour échapper à tant de difficultés qui les obsèdent, les savants ont mille ruses. Ils inventent des trucs, ils introduisent dans leurs formules des «  paramètres cachés   »,des symboles opératoires dont ensuite ils donnent des interprétations physiques arbitraires. Ils remodèlent l’univers et lui donnent des bornes, pour leur commodité. On n’y reconnaît plus le monde de notre expérience, et le sens commun s’y perd, ça ne fait rien  ! C’est le sens commun qui nous trompe et notre expérience qui est par trop grossière. (…)

LA MÉTAPHYSIQUE EST LA CARTE FORCÉE

Au total, il nous faut croire – en science moderne il faut toujours croire, croire sans voir et le contraire de ce qu’on voit  ! – que l’univers est peut-être, et peut-être n’est pas. Est ici ou ailleurs. Est maintenant ou plus tard. La pensée brouille son objet, plutôt que de reconnaître l’existence de la matière, pleine, dimensive et permensive, qui n’est pas esprit, ni idée, ni illusion mais chose,qui est un réel autre, que l’intelligence constate mais dont elle n’assimile profondément ni la nature, ni la cause, ni la raison d’être, ni la fin. (…) Il faudra bien un jour, pour expliquer la matière et son foisonnement inouï de structures, d’énergies et de mouvements que les sciences physiques et chimiques ne cessent de découvrir,… entrer sinon en religion, du moins en métaphysique. (…)

LE DYNAMISME DE LA VIE

Durant des millénaires, la reconnaissance de ce mystère splendide de la vie n’étonna pas et ne suscita donc qu’un médiocre intérêt scientifique. (…) Le cadre religieux où se situait la connaissance tranquille du foisonnement harmonieux des espèces vivantes était celui de la création de toutes choses, chacune selon son espèce, par Dieu même. Et la philosophie qui soutenait cette vision théologique était celle de Platon et d’Aristote selon laquelle, comme on dit, «  les idées mènent le monde   ». (…)

LA RUPTURE DE LA SCIENCE MODERNE

La science moderne qui se veut candide, sans a priori, est naturaliste, laïque, agnostique, précisément en ce sens qu’elle aborde tous les phénomènes, et en particulier ceux de la vie, en niant leurs explications traditionnelles par la création divine et par l’autonomie orientée d’âmes matérielles, végétales ou animales, ou humaines. Dans cette «  rupture  », le mystère accepté devient un problème scientifique énorme et irritant. (…)

Les recherches d’une pléiade de biologistes, où Monod s’est adjugé abusivement la première place, ont découvert en nombre infini les mécanismes minutieux, microscopiques, qui exécutent les tâches vitales des cellules, des organes, des organismes, chacun selon son espèce. (…) Il est vrai que ces mécanismes sont réels, et indispensables à l’exécution des tâches de la Vie. Mais c’est une tromperie de les dire messagers, interprètes, sélecteurs, accélérateurs, répresseurs, orienteurs de synthèses organiques aboutissant à des formes et à des équilibres prodigieusement improbables. Exemples entre cent mille  : dire que l’ADN constitue le patrimoine héréditaire de l’espèce est un leurre  ; autant prétendre que le Bottin des professions dirige l’économie française. Dire qu’un ARN est messager,c’est faire d’un brin d’acide un ingénieur chimiste  ! (…) Ainsi, plus avance la découverte des mécanismes de la vie et de l’évolution, plus la distorsion se révèle insoluble entre ceux-ci et le rôle intelligent (eh, oui  !) que la science veut à toute force leur faire jouer.

L’INÉLUCTABLE SUTURE AVEC LA MÉTAPHYSIQUE

Pour échapper à toute conséquence «  animiste  », ou spiritualiste, ou déiste, physiciens et chimistes nient le déterminisme de la matière. (…) Nous qui le reconnaissons tout bonnement, nous le déclarons évidemment dépassé, surclassé dans le domaine de la vie, en vertu de l’observation empirique mais plus encore en conclusion des immenses découvertes de la biologie moderne. Rejeter le déterminisme n’est pas plaider pour quelque indéterminisme impensable, mais au contraire avancer vers l’affirmation provocante d’un hyperdéterminisme, orienteur, adaptatif, sélectionneur, bref, d’une finalité, type nouveau de structure du réel, irréductible au type précédent. (…)

Toutes les sciences biologiques ne peuvent subsister à l’état de vérité certaine dans l’esprit humain que si elles s’y adossent à l’affirmation métaphysique de l’existence des âmesvégétatives, animales, humaines, et à leur création et leur conservation par Dieu. Toute science de la vie est acculée à le reconnaître ou à vivoter dans l’absurde. (…)

LA NOUVEAUTÉ DE L’ESPRIT

L’idée de la supériorité de l’homme, en vertu de son âme spirituelle, n’est demeurée l’héritage commun de l’humanité qu’en vertu de la religion, et on peut dire ici de toutes les religions, et des philosophies mais surtout de la plus exacte, de la plus rationnelle, celle des Grecs, faisant de l’homme une créature de Dieu, «  à son image et à sa ressemblance   », un esprit personnel, immortel, ouvert sur l’infini de la connaissance et de l’amour.

UNE RUPTURE CATASTROPHIQUE

Les sciences de l’homme, après toutes les autres il est vrai, ont enfin ambitionné de se libérer de toute influence philosophique et, plus encore, de toute influence religieuse. Elles étudieraient l’animal humain, comme un produit de l’évolution, comme un organisme, sans doute plus achevé que les autres, mais de même genre. D’emblée, la méthode contenait en germe l’erreur finale du réductionnisme   :qui consiste à expliquer le supérieur par l’inférieur, et le complexe par ses éléments simples, en oubliant que ceux-ci ne s’y trouvent pas seulement juxtaposés, mais saisis dans une synthèse neuve qu’il faut précisément élucider. On se lança donc dans l’éthologie ; Lorenz étudia les comportements des animaux supérieurs et Wilson leurs instincts grégaires, pour leur assimiler les conduites et la sociabilité humaines. (…)

SUTURES IMPRÉVUES

C’est dans pareille atmosphère, d’un darwinisme irrespirable, d’un scientisme écœurant, qu’ont explosé les bombes bruyantes du marxisme et du freudisme, à l’aube du vingtième siècle. Freud et Marx se sont montrés (…) libérateurs, parce qu’ils ont situé l’homme au-delà de l’animalité, ils lui ont reconnu des passions, une pensée, une volonté  ; capable du meilleur et du pire. Ils ont tout simplement restauré la juste idée de l’homme, individuel et social, dans sa nature immuable, universelle, mais compliquée de tares et de superstructures diverses, autant dire  : dans son être métaphysique et dans son paraître historique,autre que robotique.

Nous nous en sommes fait des alliés contre le scientisme, car l’animalisation de l’homme est la plus grande mutilation et injure que la science puisse lui infliger. Et nous avons reconstitué, élément par élément, cette prodigieuse nouveauté que chaque naissance humaine manifeste  : de l’homo sapiens,par la preuve du langage, de la tradition et de la pensée, de l’homo faber,par les fulgurants progrès de ses techniques, de l’homo politicus,par les institutions qu’il s’est données, enfin, par sa communication avec l’Invisible adoré et aimé, de l’homo religiosus. Il est bien évident que cette reconnaissance de l’homme spirituel ne tient qu’adossée à la double console de la métaphysique et de la religion. (…)

AUJOURD’HUI LA SCIENCE, DEMAIN LA MÉTAPHYSIQUE

En dénonçant l’imposture, en montrant que la science aboutit à l’affirmation métaphysique, qui est encore d’ordre purement intellectuel, nous entendons faire remplir à cette très haute sagesse naturelle le rôle de médiatrice nécessaire et de juge, avant de hasarder la religion dans d’indécises rencontres. Tel est mon dernier mot en science, il est double. Contre Emmanuel Kant, l’ennemi n° 1 de l’esprit humain, j’affirme que la science tend de tout son mouvement à la vérité métaphysique. Avec saint Thomas,le plus grand métaphysicien de tous les temps, j’estime que la raison humaine, par la métaphysique, s’abouche comme naturellement et suavement aux sources de la Révélation divine.

Abbé Georges de Nantes
CRC n° 168, août 1981, p. 3-12

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