La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Commentaire de l’Évangile de saint Jean

Avant-propos

Nous avons relu l’Évangile de saint Jean, aidés de plusieurs travaux récents, de grande qualité. Nous avons tiré de cette relecture un tel profit que nous voudrions la faire partager à nos amis en toute simplicité, de telle manière que notre commentaire leur soit accessible à tous et les conduise, sans appareil scientifique rebutant, au mystère de JÉSUS-CHRIST, FILS DE DIEU, dans cette plénitude de vérité que saint Jean contempla et fut inspiré de révéler au monde.

Car cet Évangile n’est pas un récit quelconque. C’est la déposition d’un témoin privilégié, à vrai dire du témoin principal, dans le PROCÈS DE JÉSUS, son Maître, son Ami intime, procès intenté contre Lui en un premier temps par les autorités juives de Jérusalem, mais poursuivi à travers tous les temps par les Juifs mais aussi par les Gentils, procès devenu le procès le plus considérable de l’Histoire des hommes, que le Monde jusqu’à la fin des siècles ne cessera de rouvrir et de conduire à la même sentence de condamnation de Jésus-Christ et des siens confondus justement avec Lui.

Saint Jean dépose en témoin des faits, mais aussi, volontairement, en témoin du Mystère. Il racontera certes ce qu’il a vu, entendu, constaté, touché de ses mains, mais il attestera la vérité de ce que son cœur a découvert et contemplé de l’Invisible rendu manifeste par cette suite d’événements – la vie d’un homme  ! – qu’il saura résumer, mettre en ordre, pour en faire saisir la valeur de signe de la Gloire unique, incomparable de son Maître injustement condamné par ses frères de race, crucifié par la main des païens, cloué au bois d’infamie comme le Serpent du désert et, ainsi exalté au-dessus de tout, paradoxalement, attirant les cœurs purs là où il est, dans le sein de Dieu, son Père et notre Père, dans l’attente de son Avènement au jour de la résurrection des morts et de la Vie éternelle.

Il témoigne, mais aussi il plaide. Il entend secouer la léthargie de son auditoire, de grands juges ecclésiastiques et civils, de jurés contraints par la Loi à se prononcer au nom du Peuple, juif jadis, païen hier, aujourd’hui apostat. Les faits qu’il évoque sont évidemment vrais, historiques. Car son témoignage date de la plus haute antiquité. Antérieur à l’an 100, il a été reçu par les Églises pour son intime concordance avec leurs traditions orales vénérables et les Évangiles déjà reconnus. Sa propre autorité d’ailleurs est une garantie suffisante  ; nous n’en discuterons même pas ici. L’interprétation qu’il donne des événements, qu’il atteste avec une entière conviction intellectuelle et morale de dire la Vérité, a toujours paru aux chrétiens la marque d’une inspiration divine et non pas seulement le fruit d’une longue rumination d’un vieillard mystique.

Volontairement, l’être incomparable, les paroles et les œuvres de Jésus nous sont rappelés par saint Jean dans le cadre surprenant et l’atmosphère scandaleuse d’un procès, où le témoin à décharge d’avance engage le fer, contredit, accable l’autre partie, celle des accusateurs de son Maître, dont il met en cause dès l’abord, autant que des juges et des procureurs du tribunal, les partis pris, la perversité, la haine meurtrière.

C’est entre requérants et défenseurs, mais bien pire  ! entre l’Innocent et ses juges, une question d’honneur décisive, pour mieux dire, de vie ou de mort éternelles. Et l’on s’étonne qu’il soit question dans cette affaire criminelle, de vérité et de beauté, de foi, d’amour fidèle et de liberté des cœurs. Cette amande douce, sous une noix si dure et ligneuse, est une découverte bouleversante, qui fait preuve. Saint Jean s’avère le plus puissant avocat qu’en pareille affaire, la plus grande de tous les temps, le plus abandonné mais le plus divin des condamnés ait pu élire pour défenseur en cour suprême.

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AVERTISSEMENT AUX JURÉS, EN CE PROCÈS

Mesdames, Messieurs,

Soyez attentifs durant cette dernière déposition. Elle est capitale. Vous en avez entendu d’autres, de Marc, de Matthieu, de Luc, d’un ton et d’un contenu très différents, en faveur de Jésus de Nazareth. Vous aurez à peser leur valeur à toutes. Pour moi, je suis commis à la fonction de conseil auprès du jury que vous formez.

Nous ne cherchons pas en ce tribunal à déterminer dans cette succession de dépositions, leurs divergences ou leurs lacunes, et l’étendue de leur accord  ; cela revient aux universitaires. Nous ne suspectons pas ces témoins, car nous ne sommes pas des moralistes. Nous sommes des juges. En tant que tels, nous devons d’abord entendre ces témoignages et nous efforcer de comprendre au fond l’objet de ce procès, qui est la vérité de Jésus de Nazareth.

Jugeant une nouvelle fois, la centième peut-être, en appel, Jésus déjà condamné par les Juifs, par les païens et par les apostats, sachons que nous encourons tous une écrasante responsabilité. C’est nous qui nous jugeons nous-mêmes en jugeant cet Homme, et qui nous sauverons ou nous condamnerons par notre propre verdict. Nous nous sauverons devant le Monde, si nous déclarons Jésus digne de mort. Nous nous condamnerons au regard du Monde si nous proclamons Jésus-Christ innocent, vrai Christ et Fils de Dieu. Mais alors, c’est Lui qui nous sauvera de la haine du monde et nous proclamera innocents avec Lui devant son Père, le Juge souverain des vivants et des morts.

Saint Jean l’Évangéliste est appelé à la barre. Il doit parler environ trois heures  ; sa déposition comporte vingt et un chapitres, plus une assez longue et importante annexe. Nous l’entendrons donc en trois audiences majeures, coupées de suspensions brèves afin de maintenir vive notre attention.

Cependant, le témoin a voulu commencer sa déposition par une profession de foi originale. C’est une déclaration d’identité, non la sienne mais celle, qu’il estime seule authentique et véritable, de son Maître Jésus-Christ. D’ailleurs publiquement revendiquée par Celui-ci, indissociable de sa vie, de sa doctrine et de tout son comportement, objets mêmes de ce procès, on peut admettre l’entendre d’abord, à charge pour le témoin de l’éclairer et de la démontrer, s’il est possible, par l’ensemble de sa déposition.

C’est son Prologue. Écoutez-le.

Extrait de la CRC n° 269 de décembre 1990,
et de Bible, Archéologie, Histoire, tome 2, p. 135

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