La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Commentaire de l’Évangile de saint Jean

Jésus rompt avec la Synagogue

Jean, témoin privilégié, est aussi un excellent avocat. Au cours des terribles altercations dont la fête des Tentes fut l’occasion, le ton est monté, nous l’avons vu, jusqu’à une intensité dramatique insoutenable  : à la lumière qui rayonne de la Personne mystérieuse de Jésus, les pharisiens opposent un aveuglement tel, qu’ils en viennent aux voies de fait.

Avec un art consommé, saint Jean nous procure alors une détente. Après avoir vu Jésus “ sortir du Temple ” pour échapper à la lapidation, voici qu’il semble circuler librement.

CHAPITRE IX

JÉSUS GUÉRIT L’AVEUGLE-NÉ

1-5. «  En passant, il vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent  : “ Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle  ? ”  »

Les disciples, ceux de Jérusalem et de Judée, posent à Jésus une question qui outrepasse la science humaine. Avant la naissance, les enfants n’ont fait ni bien ni mal, comme l’observera saint Paul dans l’Épître aux Romains (Rm 9, 11). Et si ses parents ont péché, pourquoi l’enfant porte-t-il la peine  ? Mystère de la condition humaine. Les disciples interrogent Jésus comme un Maître qui sait tout, de science divine, ou du moins le prétend… La question posée témoigne surtout d’une conscience aiguë du péché, telle qu’on la rencontre dans le rouleau des Hymnes de Qumrân, exprimée avec un accent de contrition vraie, sincère, profonde, aux antipodes de l’orgueil pharisien  :

“ Je suis une créature de boue, un quelque chose de pétri avec de l’eau, réceptacle d’indécence et source d’impureté, fournaise d’iniquité et corps de péché, esprit d’erreur et d’égaré, sans intelligence, terrifié par les jugements justes  ! ” (1QH 1, 21-23)

La réponse de Jésus, inattendue, dépasse tout ce qu’on aurait pu imaginer  ! Il sait et révèle ce que nul homme avant lui n’aura pu savoir  :

“ Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu. ”

Alors, cet aveugle se trouve placé là, sur le passage de Jésus, par une prédestination divine, pour procurer au Fils de Dieu l’occasion de faire un miracle  ? À l’appui de son affirmation selon laquelle il est “ la lumière du monde ”, Jésus ajoute  :

“ Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé. La nuit vient, où nul ne peut travailler. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. ”

Le “ jour ” est celui de son incarnation, le grand jour de son passage sur la terre. La “ nuit ” qui vient est celle de la trahison et de l’épreuve, où nul ne peut travailler parce que la lumière fait défaut. Cette “ lumière ” n’étant pas celle du soleil, évidemment, ni celle des candélabres à sept ou à huit branches, pas plus que la lumière de la Loi. La Lumière, c’est Lui.

Cela dit, il se met à “ travailler ”… un jour de sabbat  !

6. «  Il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l’aveugle et lui dit  : “ Va te laver à la piscine de Siloé ”, ce qui veut dire  :Envoyé. L’aveugle s’en alla donc, il se lava, et revint en voyant clair.  »

Guéri par quoi, par qui  ? Par l’eau de la piscine de Siloé  ? Par cette boue originelle  ? Par la salive de Jésus  ? Ou par sa simple parole  ? Par tout cela en même temps  : chaque élément joue son rôle, comme dans une liturgie hautement symbolique, pour nous faire entrer dans le mystère de Jésus Sauveur.

Et d’abord, il manifeste de nouveau sa divinité, son identité de Verbe créateur par cette salive et cette boue qui rappellent comment Il modela le premier homme (cf. Gn 2, 7), “ créature de boue ” (1QH 1, 21) qu’il est venu guérir de sa cécité.

Ensuite, “ l’Envoyé ” c’est Lui, Jésus  ! Il est aussi la “ source d’eau vive ”, unique source de Jérusalem dont la piscine de Siloé était le bassin collecteur à l’intérieur des remparts. Surtout, il prouve qu’il est la “ lumière du monde  ” en rendant la vue à cet aveugle  : prodige inouï, tellement incroyable que personne ne veut le croire.

8. «  Les voisins et ceux qui étaient habitués à le voir auparavant – car c’était un mendiant – dirent alors  : “ N’est-ce pas celui qui se tenait assis à mendier  ? ” Les uns disaient  : “ C’est lui  ! ” D’autres disaient  : “ Non, mais il lui ressemble  ! ” Lui disait  : “ C’est moi  ! ”  »

La scène est prise sur le vif. Et le témoignage du miraculé, irrécusable. Dans son empressement à obéir ponctuellement en courant se laver à la piscine, il a laissé partir Jésus, comme le paralytique de Béthesda, et ne sait dire où il est allé.

LE MIRACULÉ EXCLU DE LA SYNAGOGUE

On le conduit aux pharisiens. Ceux-ci s’arrogent l’autorité d’un bureau des constatations. L’homme raconte de nouveau son histoire. C’est clair, prononcent “ certains des pharisiens ”  : “ Il ne vient pas de Dieu, cet homme-là, puisqu’il n’observe pas le sabbat. ” En effet, “ c’était sabbat, le jour où Jésus avait fait de la boue, et lui avait ouvert les yeux ” t ravail défendu le jour du sabbat  ! Jésus le ferait-il exprès  ? Assurément, oui.

«  D’autres disaient  : “ Comment un homme pécheur peut-il faire de tels signes  ? ”  » Ceux-là commencent à penser que Jésus pourrait enfreindre la loi de Moïse sans pécher, s’il est vraiment quelqu’un d’important, et plus encore qu’un prophète, voire l’ “ Envoyé ” de Dieu  !

Dans cette contradiction, cette scission qui les oppose, ils se tournent vers “ l’aveugle ”  : “ Toi, que dis-tu de lui, de ce qu’il t’a ouvert les yeux  ? ” Il dit  : “ C’est un prophète  ! ” Constatation de foi minimale, humaine, de simple bon sens  : un homme qui fait un tel miracle est un “ prophète ”, c’est-à-dire un homme de Dieu, cela est évident.

18. Le moyen d’échapper à une conclusion aussi contraignante  ? C’est de nier le fait  : “ Les juifs ne crurent pas qu’il eût été aveugle tant qu’ils n’eurent pas appelé les parents de celui qui avait recouvré la vue. ”

[Avertissement à Mesdames et Messieurs les jurés, de ne pas commettre cette forfaiture ! Malgré l’entraînement d’une génération incrédule refusant de prendre la déposition de Jean en considération : déposition pourtant d’un homme sincère, intelligent, qui raconte ce qu’il a vu et entendu. ]

Ayant convoqué les parents, ils leur demandèrent  : “ Celui-ci est-il votre fils dont vous dites qu’il est né aveugle  ? Comment donc y voit-il à présent  ? ” «  Ses parents répondirent  : “ Nous savons que c’est notre fils et qu’il est né aveugle. Mais comment il y voit à présent, nous ne le savons pas  ; ou bien qui lui a ouvert les yeux, nous, nous ne le savons pas. Interrogez-le, il a l’âge  ; lui-même s’expliquera sur son propre compte. ” Ses parents dirent cela parce qu’ils avaient peur des juifs c ar déjà les juifs étaient convenus que, si quelqu’un reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue.  » C’est d’ailleurs ce qui va advenir à “ l’aveugle ”.

En effet, les pharisiens le soumirent à un nouvel interrogatoire  : ils l’accusèrent d’être disciple de Jésus  ! Puis, en désespoir de cause, “ ils le jetèrent dehors  ! ”

Le terrorisme exercé par les puissants est de tous les temps  ; mais particulièrement du nôtre  ; aussi, pareille scène a-t-elle pour nous un air de déjà vu. Mais l’incrédulité des scribes et des pharisiens elle aussi est de tous les temps. En notre siècle, elle a pris argument de l’exclusion de la synagogue intervenue contre les chrétiens à la fin du premier siècle, entre 85 et 90 après J.-C., pour décider que le récit datait de cette époque. Si c’est vrai, il perd toute valeur de témoignage oculaire, pour se réduire à une histoire, un mythe, un symbole, à travers lequel «  il nous est proposé de réfléchir sur le cas de tous ceux qui ont reçu le don de la foi (des yeux nouveaux  !) de manière à reconnaître Jésus de Nazareth le Messie, venu d’auprès de Dieu.  » 12Michel Trimaille, L’aveugle-né exclu de la synagogue, dans Le Monde de la Bible n° 53, mars-avril 1988, p. 23. Finalement, «  l’aveugle représente tous les baptisés qui, remontant des eaux de la piscine baptismale, ouvrent sur Jésus des yeux neufs.  » 13Ibid.

Gageons que nous entendrons cette argumentation moderniste – dont l’inventeur est Loisy (1903) – au cours de l’émission Corpus Christi programmée pour Pâques sur la chaîne Arte, très précisément au cours du douzième et dernier épisode intitulé “ Selon Jean ”, et dans la bouche du Père Boismard… Même le Père Lagrange, dans son commentaire de saint Jean déjà cité, ne sait que répondre. Il «  s’étonne de l’assurance de Monsieur Loisy  », mais il le cite  : «  Une telle excommunication existait certainement au temps où fut écrit notre évangile  ; elle n’existait certainement pas encore aux premiers temps de la prédication chrétienne, à plus forte raison au temps de Jésus. 14Lagrange, op. cit., p. 266.  » Donc, le récit a été composé après les “ premiers temps de la prédication chrétienne ”. Donc, il n’a aucun fondement historique… Malgré les condamnations de saint Pie X, le modernisme de Loisy l’a finalement emporté. Il règne maintenant dans toute l’Église. Ce cher Père Boismard y cédera-t-il  ?

La réponse tient pourtant en une observation très simple  : Jean use ici du mot grec aposunagôgos, “ exclu de la synagogue ”, qui reviendra encore en deux autres passages où nous les retrouverons (12, 42 et 16, 2); puis, l’expression disparaîtra non seulement du Nouveau Testament mais de la langue grecque du premier siècle. En outre, on ne lui connaît aucun correspondant araméen ou hébreu. Il n’a donc rien à voir avec la malédiction contre les chrétiens introduite à la fin du premier siècle par Rabbi Gamaliel II dans la prière juive dite des “ Dix-huit bénédictions ” (shemoné ‘esré).

Que reste-t-il  ? Sinon que le mot désigne une mesure d’exclusion facile à comprendre dans l’atmosphère qui règne alors à Jérusalem  ? Dans l’article cité plus haut, Michel Trimaille objecte  : «  Argumenter en faveur d’une exclusion de la synagogue durant la vie terrestre de Jésus, est une gageure pour un historien  »; ce serait seulement longtemps «  après la mort de Jésus  » que le conflit serait né entre juifs et chrétiens vivant jusque-là en bonne intelligence  ! Comme si ladite “ mort de Jésus ” n’avait été qu’un avatar sans importance… Vraiment  ? C’est oublier que lors de la fête des Tentes, les juifs cherchent à arrêter Jésus et à le faire périr. Il va encore leur échapper lors de la fête de la Dédicace, mais eux veulent le lapider. Enfin, pour Pâque, Jésus sait qu’il signe son arrêt de mort en montant à Jérusalem, comme nous allons le montrer. Dès lors, quoi d’étonnant à voir “ les juifs ” prendre des mesures pour décourager “ la foule ” de courir à Jésus  ? Nous n’avons aucune raison de récuser le témoignage de Jean sur ce point précis, qui fait preuve, au contraire. Une preuve de plus  !

24. D’autant que le crime des “ juifs ” est patent. Ils convoquent le miraculé et l’adjurent de dire la vérité par la formule consacrée  : “ Rends gloire à Dieu  ! ” Mais ils lui dictent la déposition qu’ils attendent de lui  : “ Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. ” C’est un mensonge contre Jésus que personne, jusqu’alors, ni depuis  ! n’a convaincu de péché.

La réponse de l’homme est imparable  : “ Si c’est un pécheur, je ne sais pas  ; je ne sais qu’une chose  : j’étais aveugle et à présent je vois  ! ” Réponse courageuse, pleine de finesse et d’ironie, qui plonge la hiérarchie dans l’embarras  :

«  Ils lui dirent alors  : “ Que t’a-t-il fait  ? Comment t’a-t-il ouvert les yeux  ? ” Il leur répondit  : “ Je vous l’ai déjà dit et vous ne m’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l’entendre à nouveau  ? ”  » Puisque vous écoutez sans entendre, à quoi bon  ? “ Est-ce que vous aussi, vous voudriez devenir ses disciples  ?  ” L’insolent  !

Ils croient l’insulter en lui renvoyant l’ironie  : “ C’est toi qui es son disciple. ” Ce n’est pas exact, mais il va faire le pas tout à l’heure, et leur sectarisme l’y provoque pour se débarrasser d’un témoin trop coriace  : “ Nous, c’est de Moïse que nous sommes disciples. Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse  ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. ” L’homme leur répondit  : “ C’est bien là l’étonnant  : que vous ne sachiez pas d’où il est, et qu’il m’ait ouvert les yeux  ! ” Admirable réponse. L’homme ne nie pas que Dieu a parlé à Moïse  : la loi de Moïse, première grâce de Dieu, ne doit pourtant pas servir maintenant à refuser la seconde, qui est plus parfaite, et de loin annoncée (cf. Dt 18, 18).

«  “ Nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs, mais si quelqu’un est religieux et fait sa volonté, celui-là il l’écoute. Jamais on n’a ouï dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. ” Ils lui répondirent  : “ De naissance tu n’es que péché et tu nous fais la leçon  ! ” Et ils le jetèrent dehors.  »

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Et voilà, Mesdames et Messieurs les jurés  ! Je vous le demande  : Comment vous prononcer en faveur de gens qui rendent la justice de cette manière-là  ? Qui mènent leur enquête de cette manière-là  ? En excluant de leur synagogue le témoin principal d’un miracle patent, pour ne pas avoir à juger  ? ou plutôt pour pouvoir continuer à condamner au mépris de la vérité et de la justice  ?

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LA CONVERSION D’UN JUIF

35. Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Le rencontrant, il lui dit  : “ Crois-tu au Fils de l’homme  ? ” Il répondit  : “ Et qui est-il, que je croie en lui  ? ”

La question posée par Jésus suppose que le miraculé connaît le livre de Daniel  : “ Je regardais dans la vision de la nuit, et voici que, avec les nuées du ciel, venait comme un fils d’homme. ” (Dn 7, 13) C’est la réponse à la question de l’origine de Jésus  : “ Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse  ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. ” À cette déclaration des sanhédrites, celui qui avait été aveugle a seulement répondu par ce que nous appelons une apologétique du premier degré  : cet homme m’a ouvert les yeux, donc il l’a demandé à Dieu  ; si c’était un pécheur, Dieu ne l’aurait pas écouté.

Inutile d’essayer d’en dire davantage aux sanhédrites sur l’origine de Jésus, en leur révélant qu’il est du Ciel, et donc vraiment plus grand que Moïse, comme le “ fils d’homme ” annoncé par Daniel. En effet, Moïse montait “ vers la nuée obscure où était Dieu ” (Exode 20, 21; cf. Si 45, 5), mais jamais il ne paraissait “ avec les nuées ” comme s’il descendait du ciel. Dans la vision de Daniel il y a un grand mystère, dont Jésus fait la confidence à ce merveilleux aveugle, comme d’homme à homme, sans tricherie possible, avec tant de confiance et quel inoubliable amour  !

“ Tu le vois  ; celui qui te parle, c’est lui. ”

Jésus s’adresse à un aveugle de naissance, ne l’oublions pas, qui n’a jamais rien vu. Et voici qu’il ouvre ses yeux tout neufs sur l’homme qui lui a rendu la vue. Il l’entend dire qu’il est le Messie, homme véritable, fils de David, et cependant tout divin, sorti du Ciel. Quel bouleversement des entrailles à cet instant, dans cet heureux miraculé  !

«  Alors il déclara  : “ Je crois, Seigneur ”, et il se prosterna devant lui.  » Jean sait contenir ses émotions. Mais c’est dans pareille réserve que l’insoutenable amour de Jésus pour ce pauvre nous est le mieux révélé.

L’AVEUGLEMENT DES AUTRES

39. Cet acte de foi manifeste que l’homme, aveugle physiquement, avait depuis longtemps la clairvoyance spirituelle d’un juif vraiment religieux et humble  ; tandis que “ les juifs ”, ceux qui voient clair et qui écoutent Jésus du matin au soir mais ne croient pas en lui ,sont aveugles.

Jésus en devance le raisonnement  : “ C’est pour un discernement que je suis venu en ce monde  ; pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles. ”

Les pharisiens ne sont pas assez “ aveugles ” pour ne pas sentir l’allusion cinglante. Ils demandent  : “ Est-ce que nous aussi, nous sommes aveugles  ? ” Jésus leur dit  : “ Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché  ; mais vous dites  :Nous voyons  ! Votre péché demeure.  ”

Effrayante condamnation. S’ils étaient aveugles, n’ayant aucune capacité de discernement – comme cet aveugle qui était physiquement incapable de rien voir depuis sa naissance –, ils ne seraient pas responsables. Mais ils disent  : “ Nous voyons  ”; ils prétendent avoir la capacité de discerner ce qui est de Dieu et ce qui ne l’est pas  ; et, au même moment, ils refusent de constater le miracle  ! Dans ces conditions, leur aveuglement est spirituel, donc sans plus de remède  : “ Votre péché demeure. ” Il n’est au pouvoir de personne de les en délivrer.

CHAPITRE X

SOLLICITUDE DE JÉSUS POUR SES BREBIS

1. Après avoir ainsi rejeté ses ennemis dans les ténèbres extérieures, Jésus se tourne vers ses disciples. Il a montré beaucoup d’amour à l’aveugle-né, l’entourant de sa sollicitude, comme un innocent persécuté à cause de son Nom. En lui, il voit l’annonce des foules de juifs et de païens dont il est d’ores et déjà le “ beau pasteur ” (ho poimèn ho kalos). Les autorités juives de Jérusalem ayant manifesté une volonté obstinée de fermer les yeux à la lumière véritable qui est Jésus, celui-ci doit “ faire sortir ” ses brebis du judaïsme officiel où elles sont parquées, afin de les “ mener ” ainsi que les autres, qu’il désire aussi faire paître en pleine et paisible liberté.

Notons que Jésus renouvelle, et donc justifie l’initiative du “ Maître de Justice ” qui s’exila au désert avec les esséniens, après l’an 152 av. J.-C., “ pour garder la foi sur la terre ” (1QS 8, 3). Le rapprochement s’impose d’autant plus que l’Écrit de Damas donne le nom de “ pasteur ” au chef de “ camp ”  : “ Et voici la règle relative à l’inspecteur du camp. Il instruira les Nombreux des œuvres de Dieu, et il leur apprendra ses exploits merveilleux, et il racontera devant eux les événements d’autrefois. […]Et il aura pitié d’eux comme un père de ses enfants, et il les portera en tout leur accablement comme un pasteur son troupeau. ” (13, 7-9)

Sous le voile de deux paraboles, Jésus déclare son amour pour ses brebis  :juives, à sortir du Temple perdu  ! et païennes, à trouver, rassembler, agréger en un troupeau nouveau. La grande différence avec le “ Maître de Justice ” est qu’il le fera au prix de sa vie, donnée pour ses brebis, en sacrifice sanglant… mais cela ne compte pas pour celui qui AIME.

“ En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans le parvis(aulè) des brebis, mais en fait l’escalade par une autre voie, celui-là est un voleur et un brigand  ; celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis. Le portier lui ouvre et les brebis écoutent sa voix, et ses brebis à lui, il les appelle une à une et il les mène dehors. Quand il a fait sortir toutes celles qui sont à lui, il marche devant elles et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. Elles ne suivront pas un étranger  ; elles le fuiront au contraire, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers. ”

Par ces paroles pleines de mystère, en réponse au refus de ceux qui veulent rester aveugles, Jésus appelle ceux qui lui appartiennent à sortir avec lui du “ parvis ” du Temple de Jérusalem, comme en un nouvel Exode. C’est ce jour-là qu’eut lieu la rupture entre la synagogue et la nouvelle communauté formée autour du Christ par ceux qui écoutent sa voix et le suivent. Où les “ mène ”-t-il  ? Là où il est, là où il va et sera bientôt  ! Il suffit que les brebis soient réunies autour du berger, qu’elles regardent vers lui et écoutent sa voix, comme lui-même est tout tourné vers son Père.

Voilà quelque chose d’absolument neuf  : une communauté est née, non pas fondée sur la race, ni sur une terre, ni même sur le culte rendu à Yahweh Dieu en son Temple, mais sur la Personne de Jésus seul, le “ beau pasteur ” des brebis. Jésus est à la fois la “ porte ” qui ouvre sur le “ parvis ”, et le “ pasteur ”. Ceux qui n’entrent pas par la porte sont les sanhédrites et les pharisiens  : ils exercent une autorité usurpée, comme des voleurs et des brigands. Tandis que Jésus entre par la porte, c’est-à-dire par lui-même, par le témoignage qu’il se rend à lui-même. Il est le pasteur. Il est chez lui et le portier le laisse entrer.

Le portier, c’est Yahweh, le Dieu de Moïse. C’est lui qui ouvre au pasteur, et qui donne en même temps aux brebis un attrait (Jn 6, 44), une instinctive docilité pleine d’amour pour écouter et suivre, pour reconnaître la voix incomparable, divine, qui les appelle une à une et les mène hors de Jérusalem.

JÉSUS EST LA PORTE

6. «  Jésus leur tint ce discours mystérieux, mais eux ne comprirent pas ce dont il parlait. Alors, Jésus dit à nouveau  : “ En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands  ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. ”  »

Il est clair qu’il ne s’agit pas de Moïse et des prophètes, qui annonçaient Jésus et donc “ entraient par la porte ”. Le Père Lagrange s’interroge  : «  Jésus pouvait-il reprocher à ceux qui étaient venus avant lui de n’être pas entrés par lui  ?  » (p. 277) N’a-t-il donc pas entendu Jésus déclarer  : “ Avant qu’Abraham existât, Je Suis ”  ? On peut, on doit dire d’Abraham lui-même qu’il est entré par la porte, puisque Jésus dit de lui, précisément, qu’il “ exulta à la pensée qu’il verrait (son) Jour ”. Et ainsi de tous les saints patriarches, pontifes et rois, scribes et prophètes d’Israël, qui ont annoncé sa venue, parlant et agissant déjà en son Nom.

En revanche, tous les mauvais pasteurs, prêtres et faux prophètes de toutes les époques, qui “ se paissent eux-mêmes ” au lieu de paître le troupeau (Éz 34), étaient des brigands et des voleurs, du temps de Jérémie (2, 8), d’Ézéchiel ou de Zacharie (11, 4-7); plus encore les grands prêtres, les scribes et les pharisiens au temps de Jésus  !

“ Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé  ; il entrera et sortira, et trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et faire périr. Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et pour qu’on l’ait surabondante. ” Le Psalmiste chantait  : “ Yahweh est mon pasteur, je ne manque de rien. ” (Ps 23) Or, nous le savons, nous le croyons  : Yahweh et Jésus, c’est tout un.

JÉSUS EST LE PASTEUR

11. “ Je suis le beau pasteur  ; le beau pasteur donne sa vie pour ses brebis. Le mercenaire, qui n’est pas le pasteur, et à qui n’appartiennent pas les brebis, voit-il venir le loup, il laisse les brebis et s’enfuit, et le loup s’en empare et les disperse. C’est qu’il est mercenaire et ne se soucie pas des brebis.  ” Jésus est comme David son père. Quand David “ faisait paître les brebis de son père et que venait un lion ou un ours qui enlevait une brebis du troupeau, il le poursuivait, le frappait et arrachait celle-ci de sa gueule ” (1 S 17, 34-35). Ainsi de Jésus, mais avec une différence i l paiera de sa vie le salut de ses brebis. Quel est ce mystère  ? David, poursuivant le fauve ravisseur, “ le saisissait par les poils du menton et le frappait mortellement ”. Mais si le pasteur donne sa vie, comment la brebis sera-t-elle sauvée  ? Jésus poursuit sereinement  :

“ Je suis le beau pasteur  ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis. ”

La “ connaissance ” pleine d’amour qui règne entre les brebis et leur pasteur est non seulement à la ressemblance de la “ connaissance ” que le Père et le Fils ont l’un de l’autre, mais elle en est le fruit. Jésus a déjà expliqué qu’il montrerait son obéissance à son Père en montant sur la Croix  ; ici, il redit qu’il prouvera son amour à ses brebis de la même façon. Pourtant, cela ne répond pas encore à la question. Si Jésus meurt, quel salut sera-ce pour les brebis  ?

“ J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de ce parvis(aulè); celles-là aussi, il faut que je les mène  ; elles écouteront ma voix  ; et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur. ” Le mot de parvis (aulè), prend ici toute sa signification  : il désigne les temples des païens où notre beau pasteur a aussi des brebis, dispersées dans toutes les nations du monde. Il doit aller les chercher afin de les délivrer de leurs fausses religions et les “ mener ”, elles aussi, en les joignant au troupeau d’Israël, afin de les rassembler toutes en une seule Église, derrière son Chef et Pasteur.

“ C’est pour cela que le Père m’aime, parce que je donne ma vie, pour la reprendre. ” Voilà la réponse à notre interrogation  : dans son amour pour les brebis, Jésus donne sa vie en sacrifice, par obéissance au Père, mais dans la plénitude de son pouvoir de ressusciter, afin de prendre la tête des brebis et de les “ mener ”.

S’il n’était qu’un homme, il donnerait sa vie librement, comme un homme part au combat et se sacrifie pour son pays, en volontaire  : “ Personne ne me l’enlève  ; mais je la donne de moi-même. ” Il y a là un mystère. Comme l’ont déjà montré plusieurs tentatives inutiles, de la part des juifs, pour tuer Jésus, il n’est au pouvoir de personne de lui enlever la vie par surprise. Il y faut son consentement. “ J’ai pouvoir de la donner et j’ai pouvoir de la reprendre  ; tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. ”

Le mystère du Fils de Dieu remplissant la mission reçue de son Père, en se révélant davantage, divise de nouveau “ les juifs ”, du moins les notables  ; car le peuple, de plus en plus, se laisse conquérir. Et c’est là ce qui préoccupe les archontes.

Les uns disent  : “ Il a un démon  ; il délire. ” C’est l’injure pure et simple de qui ne veut pas entendre et n’écoute même plus. Mais d’autres disent  : “ Ces paroles ne sont pas d’un démoniaque. ” Ceux-là soupçonnent le mystère, mais restent en deçà et reviennent à une foi humaine, imparfaite, à la foi que procurent les miracles  : “ Est-ce qu’un démon peut ouvrir les yeux d’un aveugle  ? ”

JÉSUS, CONSACRÉ PAR LE PÈRE

22. «  Il y eut alors la fête de la Dédicace à Jérusalem. C’était l’hiver. Jésus allait et venait dans le Temple sous le portique de Salomon. Les juifs firent cercle autour de lui et lui dirent  : “ Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en haleine  ? Si tu es le Christ, dis-le nous ouvertement. ”  »

La fête des Tabernacles avait lieu en septembre, celle de la Dédicace en décembre. Jésus a quitté Jérusalem dans l’intervalle, mais “ les juifs ” reprennent la discussion où ils l’avaient laissée, et saint Jean n’en perd pas le fil. Ils sont au comble de l’exaspération, et “ font cercle ” (ékuklôsan) comme des chiens. Ce disant je n’insulte personne  ; je ne fais que citer le psaume qui prophétisait les souffrances du Messie persécuté  : “ Des chiens nombreux me cernent (ékuklôsan). ” (Ps 22, 17 selon les LXX) D’ailleurs, Jésus lui-même y pense au moment où il fait front et rend encore une fois son beau témoignage, en l’enrichissant de la parabole qu’il vient de laisser en testament à ses intimes  :

“ Je vous l’ai dit, et vous ne me croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent de moi  ; mais vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent  ; je leur donne la vie éternelle  ; elles ne périront jamais et nul ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et nul ne peut rien arracher de la main de mon Père. ”

Clair avertissement aux “ fortes bêtes de Bashan ” qui “ l’encerclent ” (peri-ékuklôsan) comme des “ lions lacérant et rugissant ” (Ps 22, 13-14).

“ Moi et le Père nous sommes un. ” “ Nous sommes ”  : ils sont donc deux. Comment ces deux n’en font-ils qu’ “ un ”  ? “ Un ”… quoi  ? Mystère incompréhensible de cet homme habité par un Autre qu’il appelle son “ Père ”. En tout cas, cela ne fait pas un Dieu de plus  : personne ne peut accuser Jésus de polythéisme. Encore moins d’idolâtrie puisqu’il n’a de culte que pour ce Dieu unique dont il se montre le Fils obéissant en toutes ses paroles, en toutes ses actions. “ Les juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider. ” Encore  ! (cf. 8, 59) Cette fois, Jésus ne se dérobe pas et tient tête  : “ Je vous ai montré quantité de belles œuvres, venant du Père  ; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous  ? ”

La Règle de la Communauté s’attache à discerner les “ œuvres de Dieu ”  : “ C’est à l’Esprit de vérité qu’il appartient d’illuminer le cœur de l’homme et d’aplanir devant l’homme toutes les voies de la véritable justice, et de mettre en son cœur la crainte des jugements de Dieu  ; et l’esprit d’humilité et la longanimité, et l’abondante miséricorde et l’éternelle bonté, et l’entendement et l’intelligence, et la toute puissante sagesse qui a foi dans toutes les œuvres de Dieu et se confie dans son abondante grâce. ” (1QS 4, 2-4; cf. Jn 6, 28-29) Or, les “ œuvres ” de Jésus se recommandent comme “ œuvres de Dieu ” à un double titre  :

1° Par leur caractère miraculeux  : “ Jamais on n’a ouï dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle-né. Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. ” (Jn 9, 32-33)

2° Par leur caractère bienfaisant  : “ guérir un homme tout entier le jour du sabbat ” (7, 23), donner la vue à un aveugle de naissance, qu’y a-t-il de mal à cela  ? Réponse  :

“ Ce n’est pas pour une belle œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème, et parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. ” Ils ne nient pas que Jésus ait fait de “ belles œuvres ”. Ils ne le concèdent pas non plus, et l’accusation, formidable, d’avance justifie l’attentat à sa vie sans autre forme de procès. Alors, Jésus les met dans l’embarras en leur citant la Sainte Écriture  :

«  N’est-il pas écrit dans votre Loi  :“ J’ai dit  : vous êtes des dieux ”  ? Alors qu’elle a appelé “ dieux ” ceux à qui la parole de Dieu fut adressée – et l’Écriture ne peut être récusée –, à celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde vous dites  : “ Tu blasphèmes ”, parce que j’ai dit  : “ Je suis Fils de Dieu ”  !  »

La citation est particulièrement bien choisie, car elle est tirée du psaume 82 où l’oracle s’adresse, très menaçant, à des juges iniques si haut placés dans de saintes fonctions qu’ils étaient appelés “ des dieux ”. Parce qu’ils avaient reçu de Dieu le pouvoir de rendre la justice, ils n’en seraient que plus sévèrement condamnés pour leur prévarication en l’exercice de cette charge divine  ! Jésus répond donc à ces “ juifs ” qui prétendent juger et passent déjà à l’exécution de leur sentence  : “ votre Loi ”, celle que vous prétendez m’appliquer, ne vous appelle-t-elle pas vous-mêmes “ des dieux  ”, tout coupables et criminels que vous êtes, parce que vous avez reçu la parole de Dieu en partage  ? À plus forte raison, moi, que le Père a “ consacré ”.

Le jour de la fête de la Dédicace, où l’on célébrait la “ consécration ” du Temple restauré par Judas Maccabée, fournit à Jésus l’occasion de renouveler le témoignage déjà porté à Pâque de l’année précédente (2, 13-22), révélant qu’il est lui-même le Temple nouveau où réside le Père  : “ Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas  ; mais si je les fais, quand bien même vous ne me croyez pas, croyez en ces œuvres, afin de reconnaître une bonne fois que le Père est en moi et moi dans le Père. ” Les guérisons du paralytique de Béthesda et de l’aveugle-né, la multiplication des pains s’imposent même à ceux qui restent sourds aux divines révélations accompagnant ces “ œuvres ” prodigieuses. “ Ils cherchaient donc de nouveau à le saisir, mais il leur échappa des mains. ” Car son “ Heure ” n’était pas encore venue.

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Ici s’achève la déposition du témoin touchant l’affrontement de Jésus avec les autorités de Jérusalem. “ De nouveau il s’en alla au-delà du Jourdain, au lieu où Jean avait d’abord baptisé. ” Jésus retrouve là tout un peuple de bonne volonté qui avait entendu la voix de Jean-Baptiste le désigner comme le Messie, l’Élu, l’Agneau de Dieu, et avait été purifié par son baptême d’eau. «  Beaucoup vinrent à lui et ils disaient  : “ Jean n’a fait aucun signe  ; mais tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai. ” Et là, beaucoup crurent en lui.  »

Jésus se consacrera désormais à ses fidèles, qui l’écoutent avidement leur parler de l’Amour de son Père. Une étape est franchie  ; au-delà, “ les juifs ” ne sont plus que des méchants abandonnés à leur sort, voués à comploter la mort du Messie.

Mesdames, Messieurs les jurés,

Avant la reprise de l’audience, je tiens à exprimer ma conviction intime. Commis jusqu’à ce jour au conseil juridique de vos délibérations, pour alimenter vos réflexions en les rapportant aux sources du droit, je me fais un devoir de vous prévenir que cette mienne conviction est maintenant formée de manière définitive  :

D’un côté se tient le bon droit, fondé sur la vérité, même si celle-ci échappe à notre compréhension, nous dépasse de toute manière, nous laisse stupéfaits.

Le Témoin privilégié que nous entendons a construit un ouvrage “  à chaux et à sable ”. Il atteste la vérité des faits, il témoigne aussi bien de la sincérité de ses convictions surnaturelles. Rien de tout cela ne peut être poursuivi pour crime ou délit, à moins qu’on ne fasse la preuve de quelque mensonge, dissimulation ou imposture dans ses récits et dans ses conclusions.

De l’autre côté le dossier de l’accusation est vide  ; les ressorts en sont les passions humaines les plus condamnables, et l’injustice est manifeste, fruit de la haine et du mensonge, de l’orgueil du savoir et du pouvoir  ; les injures ne sont pas des preuves. Aucune accusation ne subsiste.

Extrait de la CRC n° 343 de février 1998,
et de Bible, Archéologie, Histoire, tome 3, p. 18-22

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