La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’ÉVANGILE DE PAUL

V. Le Mystère de la grâce divine

«  Que votre volonté soit faite  !  »

 

L’ÉVANGILE de Paul est la prédication d’une révélation qu’il a puisée dans la vision du chemin de Damas et dans les autres visions et révélations que le Christ lui a promises ce jour-là. Cet ensemble de révélations qui se succèdent et jaillissent l’une de l’autre comme en cascade, nous dévoile le mystère de Dieu. (…) Ce que Paul nous révèle tout d’abord, c’est que Dieu enfante un Fils qui est sa Sagesse, son image, que Paul a vue sous la forme humaine de Jésus-Christ.

ChapelleCe Dieu fait homme va susciter dans l’humanité par le don de lui-même, comme d’un époux à son épouse, une unité très profonde. Il va faire de l’humanité un corps, son Église, sans cesse nourrie par Lui. Ce don c’est la GRÂCE, et ce mystère est aussi celui de la justification par la foi et non par les œuvres de la Loi. (…)

Situons d’abord cette nouvelle révélation dans le prolongement de nos deux évangiles, celui de David et de Jésus.

Les psaumes nous rappellent sans cesse que le principe constitutif du peuple d’Israël, c’est la Loi de Moïse, elle est le lien d’unité du peuple juif. Mais cette Loi est entendue principalement comme une fidélité à Yahweh. Il n’y a pas de ritualisme, de légalisme dans l’Ancien Testament, du moins dans les psaumes, mais bien plutôt une fidélité au Dieu d’Abraham, une foi en son Alliance. Cette Foi se matérialise évidemment dans la vie pratique par l’exécution des pratiques rituelles et des prescriptions morales, mais les psaumes n’y insistent pas tellement. Ils prêchent la confiance en Dieu gouvernant le monde et sauvant son peuple ou son disciple. Ils sont pleins d’espérance sur la grâce qui doit venir.

Dans l’Évangile   : il y a rupture, on ne parle plus de la Loi, même si elle n’est pas niée. Le tout de la nouvelle Loi c’est de suivre Jésus, d’être son disciple, d’avoir confiance en Lui. Pour être l’objet de faveurs, de miracles, pour être délivré du démon, guéri de ses maladies, pardonné de ses péchés, il faut avoir foi en Jésus. (…)

Croire en Jésus de Nazareth remplace-t-il la Loi  ? S’il faut croire en Jésus tout en pratiquant la Loi de Moïse, qu’est-ce qui sauve  ? Qu’est-ce qui nous rend agréables à Dieu  ? La Loi ou la Foi en Jésus  ? Voilà le conflit.

Jésus, selon la mission qu’il avait reçue du Père a prêché son Évangile dans le cadre du peuple d’Israël, sans régler ce problème. (…) Il est cette Sagesse suprême qui accepte d’être incomprise aux yeux des hommes puisqu’ils ne sont pas encore prêts à la recevoir. Mais Il savait que viendrait plus tard le temps de la gloire, où Paul poursuivrait son œuvre.

Saint Paul n’est pas un théologien qui raisonne et impose sa théorie, c’est un apôtre du Christ. C’est en son nom qu’il va résoudre le problème formidable du passage de l’Ancien au Nouveau Testament en proclamant la révélation que Jésus lui a faite. (…)

En quoi consiste cette révélation  ? Paul va enseigner la justification par la Foi au Christ, par la Foi seule, et non par les œuvres de la Loi. (…)

Il abroge la Loi Juive, c’est-à-dire qu’il la remplace par une autre loi plus parfaite. (…)

Pour cela, il va démontrer que la Loi juive, certes bonne, n’était que le moyen provisoire de garder la Foi d’Abraham en attendant l’accomplissement de son attente réalisée par le Christ-Jésus qui fondera la nouvelle et éternelle Alliance. (…)

Au service de cette mission, saint Paul a été extraordinairement agressif, obstiné, tout en étant prudent, car on ne renverse un Testament comme cela, en un mot.

Il lui fallait débouter le judaïsme, en faisant éclater son racisme religieux, et appeler les païens directement à la Foi. Ils étaient nombreux, dans ce temps là, à être attirés par l’élévation et la pureté de la Loi juive. Or, les juifs persuadaient aisément ces prosélytes qu’ils seraient sauvés en se soumettant à leurs coutumes.

Saint Paul arrive sur les entrefaites en expliquant qu’il suffit aux païens de croire au Christ pour être sauvés. Les juifs comme les judéo-chrétiens sont furieux. (…)

Les juifs convertis au christianisme admettaient difficilement qu’au regard de la nouveauté de la Foi au Christ, toutes les observances de la loi juive qu’ils observaient depuis leur enfance étaient caduques. Ces divergences semblent avoir été dirimées lors du Concile de Jérusalem, mais les judéo-chrétiens qui se réclamaient de Jacques, vont poursuivre saint Paul, tout au long de sa vie, d’une haine mortelle. (…)

Si, dans les Actes des Apôtres nous voyons Paul se montrer, dans la pratique, condescendant vis-à-vis de ses frères de race (Ac 21, 18-25), l’Épître aux Galates et l’Épître aux Romains vont magistralement exposer cette révélation de la justification par la Foi sans les œuvres de la Loi. (…)

L’ÉPÎTRE AUX ROMAINS

L’introduction est très solennelle. Paul se présente lui-même comme le serviteur du Christ Jésus qui doit enseigner son Évangile, celui de la justification par la Foi. (…) L’admirable doxologie qui termine l’épître nous révèle aussi l’ampleur de cette révélation  :

«  … révélation d’un mystère enveloppé de silence aux siècles éternels, mais aujourd’hui manifesté, et par des Écritures qui le prédisent selon l’ordre du Dieu éternel, porté à la connaissance de toutes les nations [par moi, Paul]pour les amener à l’obéissance de la foi  ; [et non plus à l’obéissance de la Loi mosaïque]à Dieu qui seul est sage, par Jésus-Christ, à lui soit la gloire aux siècles des siècles  ! Amen.  »

1re partie
Antithèse entre la colère de Dieu frappant tous les hommes pécheurs
et la justice gratuite de Dieu opérée dans le Christ. (Rm 1 à 4)

Les deux premiers chapitres exposent l’impossible justification de l’homme par lui-même, incapables qu’il est de plaire à Dieu par ses actions. Avant le Christ, la colère de Dieu était sur tous et les œuvres, quelles qu’elles soient, étaient mauvaises, celles des païens évidemment, mais aussi celles des juifs. (…)

Malgré cette présentation dialectique, saint Paul va montrer que certains païens ou juifs peuvent être sauvés, mais uniquement par l’humble reconnaissance de leur état de pécheur ainsi que par leur espérance et foi en une économie nouvelle.

Au chapitre 3e, saint Paul établit que La justice vient de Dieu par grâce et est reçue par la Foi. (Rm 3, 21-30) Tous les gens de l’Ancien testament n’ont pas été jugés de manière définitive. (…) Depuis Abraham, ils étaient en attente, et leur Foi était dans l’espérance du Salut…

Le voici qui vient. Les juifs sont évidemment les premiers appelés, les premiers à se faire chrétiens. C’est tout naturel pour eux. Et les païens  ? C’est une découverte absolue. Ils passent directement de leur idolâtrie à la Foi au Christ qui les sauve.

Mais alors, à quoi servait la Loi  ? (…) Saint Paul donne, au chapitre 4e, une leçon de judaïsme aux juifs. Ils se sont accrochés à la Loi de Moïse, parce qu’ils y trouvaient une nourriture pour leur orgueil. Saint Paul leur dit  : la Loi, c’est le total de la Bible, or dans la Bible, bien avant Moïse, nous rencontrons la foi d’Abraham. Dieu l’a justifié par un don gratuit. La circoncision n’a été ensuite que le signe de sa fidélité à Dieu, mais c’est la grâce qui a sauvé Abraham. Dieu lui ayant promis une nombreuse descendance, celle-ci sera aussi sauvée par la Foi.

Mais si donc la loi de Moïse est hors de cause, à quoi a-t-elle servi  ? Réponse  : À faire passer les hommes de la conscience de leur malheur à l’action de grâce pour l’amour que Dieu leur donne librement, gratuitement…

2e partie
Antithèse entre la foi au Christ qui donne la paix
et la loi qui ne donne que des tribulations. (Rm 5 à 7)

Depuis la faute d’Adam, il y a en l’homme la loi du péché. C’est elle qui a fait entrer la mort dans le monde. (…) Est venue la Loi de Moïse, qui a fait comprendre à l’homme à quel point il était esclave du péché. Mais cette Loi elle-même le rendait esclave, puisqu’il n’arrivait pas à la pratiquer.

En antithèse, saint Paul présente la Foi de Jésus-Christ lui-même, qui va donner aux hommes la vie. C’est le nouvel Adam qui va opérer dans l’histoire humaine un contre-courant, et être le moyen du salut. Saint Paul voit dans le mystère du Christ crucifié un mystère de miséricorde. Une œuvre de transformation de l’homme va s’accomplir dans le Christ  : c’est le Baptême.

Le chapitre 6e traite du Baptême, qui est une mort à la chair et une résurrection à la vie dans le Christ. (…) À cause de cette solidarité en Adam, au paroxysme de cet esclavage que les hommes portent en leur chair, saint Paul leur révèle que le Baptême est une mort à cette solidarité, dans la chair, tandis que la vie nous est donnée dans le Christ. Nous entrons dans une famille qui n’est plus la famille du premier Adam, mais du second. Nous jaillissons du flanc du Christ, pour entrer dans une nouvelle unité humaine, l’Église.

Affranchis de la Loi en mourant à la chair, nous sommes maintenant libres par un autre esclavage, une autre solidarité, un autre amour  : celui du Christ. C’est l’objet du chapitre 7e  : Nous sommes morts à la Loi et donc, nous sommes libres de nous donner au Christ.

Mais comment faire comprendre cela à des juifs qui s’estiment liés par la circoncision au peuple juif et obligés par conséquent de pratiquer la Loi de Moïse  ?

Saint Paul va leur expliquer qu’ils sont dans la même situation qu’une femme mariée. Si son époux meurt, elle est libre d’en prendre un autre, car leur mariage s’arrête aux bornes de la vie terrestre. Ainsi la Loi de Moïse ne vaut que pour cette terre et pour l’homme charnel. Or par le baptême, vous êtes, leur explique-t-il, morts à la chair, et ressuscités avec le Christ, hommes spirituels, hommes célestes. Moïse ne viendra jamais nous chercher là-haut, c’en est fini de la Loi de Moïse  !

La démonstration est formidable, quand on la comprend, à condition de croire l’apôtre sur parole. (…) On prend ordinairement le Baptême pour un rite d’affiliation à l’Église, un rite extérieur. Mais saint Paul nous révèle que le baptême est bien plutôt une mort et une naissance à une autre vie. (…)

Conclusion de toute cette partie  : c’est la révélation du mal et de la loi du péché qui domine la chair. Vous connaissez ces paroles extraordinaires  :

«  Moi, je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché. Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas  : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais.  » (Rm 7, 15)

Quand saint Paul dit “ je ”, il se met dans la peau de l’homme en général, avant le Baptême. Il en arrive à ce paroxysme de la douleur  :

«  Malheureux homme que je suis  !   » (7, 24)

Cela devrait se traduire  : Malheur à l’homme que je suis.

«  Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort  ?  »

«  Grâces soient à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur  !  » (7, 25) (…)

Oui, car contre ma chair va se lever en moi une force mystérieuse  : l’Esprit de Dieu. C’est l’objet du chapitre 8e  : La vie de l’Esprit. Le chrétien vit dans l’Esprit-Saint. Il n’est plus qu’un membre du Christ, un membre du Corps du Christ qui est l’Église. (…) Cela sera bientôt le monde entier libéré du péché, par l’Église, par la sainteté des élus.

Nous reviendrons sur ce chapitre, mais allons directement à la conclusion lyrique  :

«  Que dire après cela  ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous  ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur  ? Qui se fera l’accusateur de ceux que Dieu a élus  ? C’est Dieu qui justifie. Qui donc condamnera  ? (…)

«  Qui nous séparera de l’amour du Christ  ? la tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive  ? Selon le mot de l’Écriture  : “ À cause de toi, l’on nous met à mort tout le long du jour  ; nous avons passé pour des brebis d’abattoir ”.  »

«  Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés.  »

«  Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur.  » (8, 31)

Le mystère que Paul annonce, c’est l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur, aux yeux éblouis de son apôtre, telle est la religion chrétienne. (…)

3e partie
L’histoire universelle décryptée
à la lumière du mystère de la grâce (Rm 9 à 11)

Qu’en est-il du salut d’Israël  ? Ce peuple que Dieu avait préparé, comment n’est-il pas entré en masse dans l’Église  ? (…)

La parole de Dieu n’a pas failli. Tous les justes d’Israël, ce petit reste annoncé par les prophètes (9, 6-13), sont passés de la Foi en Abraham à la Foi au Christ. Le véritable Israël s’est transporté dans l’Église  : ce sont les judéo-chrétiens. (…)

Paul explique la défection générale des autres par le fait qu’à travers les générations, a toujours subsisté dans ce peuple, une masse de gens rebelles à Dieu, qui tournaient la Loi de Moïse en présomption et en orgueil. Ayant reçu de Dieu les promesses, l’élection, la Loi, la circoncision, etc., ils se croyaient au-dessus des autres peuples. (…)

Ce passage très important de l’Épître aux Romains répond à l’enseignement des quatre évangélistes, montrant que plus Jésus leur prêchera la miséricorde, la grâce, le salut universel, plus ces juifs s’endurciront, révélant le fond de leur cœur. C’est ce que disait déjà le Magnificat  : les orgueilleux se rebelleront contre Dieu à cause de la mauvaise foi de leur cœur. Saint Paul déclare qu’ils sont inexcusables. Ce n’est pas Dieu qui est en faute, c’est le peuple juif (10, 14-21). Évidemment, ce sont des choses que vous ne trouvez pas citées intégralement dans le concile Vatican II. (…)

Mais pourquoi Dieu a-t-il permis la défection du peuple juif  ?

La réponse est au chapitre 11e  : la chute d’Israël a été l’occasion de l’entrée des païens. (…) C’est la réalisation du Magnificat  : les orgueilleux sont abaissés de leur trône, renvoyés les mains vides, tandis que les humbles comprennent que le salut leur est offert. (…)

C’est aussi tout l’esprit de l’Évangile. Les juifs orgueilleux, ce sont tous ces gens qui étaient invités aux noces. Ils se sont tous excusés, méprisant l’invitation de leur Roi, parce qu’ils devaient se marier, acheter des bœufs, etc. C’est pourquoi les domestiques du Roi allèrent par les chemins afin de ramasser tous les gueux, les mendiants, les boiteux, les aveugles, c’est à dire les païens, afin de les faire entrer dans la salle des noces. (…)

L’allégorie de l’olivier (Rm 11, 16-33) nous révèle la raison profonde de la conduite de Dieu vis-à-vis des juifs et des païens, ainsi que leur vocation respective. (…) L’olivier, c’est l’Ancien Testament. Les branches qui sont retranchées, c’est le peuple juif infidèle. Les branches qui sont greffées sur l’olivier, ce sont les païens. Mais saint Paul prévient les païens  : “ Si vous oubliez que vous avez été greffés par grâce sur le tronc de l’olivier, Dieu en châtiment de cet orgueil, vous retranchera ”. Tandis que pour les juifs, Paul annonce leur conversion. Il leur suffira de renoncer à leur incrédulité pour être aussitôt et de nouveau greffés sur leur propre tronc. (…)

Concluons  : Saint Paul enseigne la grâce. Son Évangile, c’est la miséricorde absolue, inconditionnelle de Dieu. “ Ainsi, dit-il, que nul ne se vante en présence de Dieu… ”

«  …car Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde.  »

«  Ô abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu  ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles  ! Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur  ? [dit Isaïe] Qui en fut jamais le conseiller  ? Ou bien qui l’a prévenu de ses dons pour devoir être payé de retour  ? Car tout est de lui et par lui et pour lui. À lui soit la gloire éternellement  ! Amen.  » (11, 33-36)

Abbé Georges de Nantes
Extraits de S 63  :L’Évangile de Paul
Conférence du mercredi matin, 14 septembre 1983

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