La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’ÉVANGILE DE PAUL

XII. Paul, serviteur et témoin du Mystère de Dieu
dans le Christ par l’Esprit

«  Amen  ! Ainsi soit-il  !  »

APRÈS l’Évangile du Christ, toute la doctrine, la vie et l’œuvre de saint Paul sont comme une affirmation de Foi qui souscrit à cet Évangile  : «  Amen  ! C’est vrai  !  » Et un appel à l’œuvre du Christ  : Ainsi soit-il  ! Que cela soit ainsi  : que le mystère de Dieu, révélé, réalisé dans le Christ, par l’Esprit, dans le Christ total, le Chef, et son Corps qui est l’Église, par l’Esprit-Saint qui nous a été donné, se développe jusqu’à sa plénitude, jusqu’à son plérôme  ! (…)

I. PAUL, ARGUMENT DE L’APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE

Il y a tout de même un étonnement majeur qu’il faut constater à la fin de cette retraite, afin d’en comprendre toute la portée. (…)

Saint PaulSi saint Paul est ce génie, tout à la fois puissant mystique, intellectuel de race, homme de grande culture, dialecticien, cœur dévoré de zèle, du désir d’aimer et d’être aimé lui-même, si cet homme était tellement grand, comment a-t-il pu se soumettre, se mettre au service de ce Jésus de Nazareth dont on dit qu’il Le dépasse de cent coudées  ? Comment n’a-t-il pas rompu avec son précurseur, avec celui qui était venu avant lui, comme Aristote a rompu par rapport à Platon, comme Platon a rompu par rapport à Socrate, comme Jésus Lui-même, dépassant Jean-Baptiste, et ne faisant plus référence avec lui  ? Et comment les Apôtres et les disciples de ce Jésus de l’histoire, ont-ils pu tolérer, supporter, accepter cet homme, sa prédication, ses épîtres, ses communautés, sa gloire  ? Comment ont-ils pu accepter sa manière de se présenter comme au-dessus d’eux  ? Se réclamant du Seigneur à part, à égalité avec eux et même hors d’eux, sans prendre la peine de monter à Jérusalem pour prendre leurs ordres ou leur demander s’ils étaient d’accord  ? Cet homme qui ose se dire au-dessus d’eux par le travail apostolique, qui ose dire qu’il a travaillé plus qu’aucun d’eux  ? (…)

La réponse est une formidable preuve apologétique, et une réfutation du modernisme  :

Qu’un tel homme, de persécuteur, se soit retrouvé disciple de Jésus et qu’il ait exalté Jésus et Jésus crucifié, prouve que ce génie a été terrassé par une véritable apparition et révélation du Seigneur  !

Que Pierre, Jacques et Jean, l’Église de Jérusalem, celle d’Antioche, celle de Rome aient accepté Paul comme Apôtre de leur propre Maître et Seigneur, c’est la preuve de la vérité de l’Évangile de Paul.

Vérité de Jésus pour Paul, vérité de Paul pour les Apôtres de Jésus, et voilà dénoué ou plus exactement, résolu le problème dans lequel le modernisme s’est perdu depuis un siècle, opposant le Jésus de l’histoire au Christ de la Foi. Le Christ inventé par saint Paul, opposé au Jésus de Nazareth  ? Non, c’est le même. L’identité est double par la reconnaissance mutuelle de Jésus par saint Paul, de Paul par l’Église de Jésus. (…)

II. LE MYSTÈRE D’UNE DOUBLE RÉVÉLATION

Nous sommes contraints de constater ce fait paradoxal et stupéfiant de cette double révélation  : il n’y a pas deux Jésus, deux personnes  : Jésus d’un côté et saint Paul de l’autre, mais il y a tout de même deux révélations, deux actes très différents, du premier Évangile et du second. (…)

– La révélation de Jésus par lui-même.

Il a vécu trente-trois ans  ; trente ans de vie à Nazareth, trois ans de vie publique, trois jours de persécutions, trois heures de Passion, mort. Il a vécu toute cette immense vie, si on peut dire, aux yeux d’une foule de témoins, de telle manière que tout cela a été reçu, prêché, attesté par douze Apôtres  ; si on compte Judas, cela en fait treize. Quatre évangélistes, quatre récits différents de sa même vie, dont deux Apôtres et une masse de gens  : par exemple, les cinq cents frères qui ont vu Jésus ressuscité (1 Co 15). Voilà un Évangile abondant.

– La révélation de Paul.

Elle est toute contenue dans la vision du chemin de Damas – et dans les autres visions données – à ce seul homme qui, doué d’un génie sans précédent, va développer sa prédication au cœur d’une vie prodigieuse, de tribulation, de mysticisme et de sainteté  ; il obtient à lui seul des résultats bien supérieurs à ceux de tous les autres apôtres réunis  ! (…)

Comment Jésus a-t-il pu vouloir préparer puis accepter cet Évangile en partie double  ? Comment le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu, la Sagesse de Dieu a-t-il décidé de n’être rien et de laisser un autre, une vile créature, être tout  ? Et ainsi tromper les savants modernes  !

Jésus choisit pour lui la pauvreté, l’humilité, l’abjection, les horizons fermés, Nazareth, dernière bourgade de Palestine… (…)

Tandis que Paul, lui, est un juif pharisien, plein d’avenir, disciple de Gamaliel, le plus saint intellectuel de son temps. Citoyen romain en même temps que juif parmi les juifs de l’élite  ; il est originaire de Tarse, ville de commerce, ville de culture et de civilisation. Cet homme à l’aise, aussi bien parmi les Grecs que parmi les rabbins de Jérusalem, devient le révélateur du Mystère de Dieu. À lui va être confié le mystère de Dieu dont il dit fièrement qu’il a été caché aux anges et aux hommes. Un secret de Dieu conservé jusqu’à maintenant et révélé par lui seul  ! Jour après jour, nous avons vu se dérouler sous nos yeux cette révélation magnifique, formidable  !

→ La création par et pour le Christ  : vous ne trouvez pas cela dans l’Évangile  !

→ Le Christ, Image du Dieu invisible  !

→ La faute de l’humanité en Adam qui entraîne la mort de tous  !

→ La Foi d’Abraham devançant la circoncision et la Loi  !

→ Le caractère caduc de la Loi juive et de la circoncision. À Paul l’honneur de fermer cette parenthèse, que Jésus avait laissée ouverte, c’est à lui que revient de trancher cette question et de dire  : c’est fini de la circoncision, elle est inutile. C’est fini de la Loi juive, elle nous a fait assez de mal, il faut s’en libérer.

→ À lui de révéler le mystère de la mort rédemptrice du Christ, de comprendre pourquoi le Christ s’est fait rançon pour nos péchés, comment Il a cloué à la Croix la cédule de notre condamnation.

→ À lui de révéler ce secret, caché aux anges et aux hommes, de l’ouverture du salut aux gentils.

→ À lui l’interprétation du Baptême, comme une mort au monde et à la Loi, une libération par rapport à l’Ancien Testament et la résurrection avec le Christ.

→ À lui de révéler même l’Eucharistie comme nourriture du corps de l’épouse par l’Époux, par son Époux et Chef, le Christ.

→ À lui la vision de la plénitude trinitaire, du Dieu Père  ; cette plénitude du Dieu Père déversée dans le Premier-né de toute création, le Premier-né des morts, des ressuscités. Et Lui-même, ce Premier-né, versant cette plénitude de sainteté et d’amour, dans son Église. C’est Paul qui nous révéla le mystère de cette récapitulation, par laquelle la plénitude du Christ se retrouve dans l’Église et la plénitude de l’Église fait que le Christ remplit tout en tous, soumettant tout pour ensuite se soumettre Lui-même à Dieu. (…)

Pourquoi Jésus de Nazareth, se montrant tellement homme simple et humble, a-t-il ensuite choisi à son service et comme son témoin, Paul qui se couvrira de gloire et d’honneur, devant le monde, devant les siècles, devant l’histoire  ?

1) NÉCESSITÉ DE CETTE DOUBLE RÉVÉLATION

Il fallait d’abord que paraisse l’homme puisque Dieu se faisait homme.

Il fallait d’abord que paraisse l’homme réel, vrai, naturel, qu’on soit sûr qu’on avait affaire à un homme, que le Fils de Dieu se fasse voir, entendre, toucher, connaître comme un homme individuel, d’un certain pays, d’une certaine bourgade, ayant un certain parent, à ce qu’on disait «  fils du menuisier  », en tout cas, fils de Marie, sous la Loi. Sans rien qui le distingue trop de la condition humaine commune.

Il fallait que, dans les siècles et les millénaires qui devraient venir, nul ne puisse jamais penser qu’Il était simplement une apparence d’homme, une forme spirituelle, une apparition, qui aurait simplement souffert apparemment, qui ne serait donc pas réellement mort et donc, pas réellement ressuscité. (…)

Étant homme, il a certes fait paraître son caractère mystérieux, (…) mais ni Pierre (dont Marc répète les paroles), ni Jean, ni Philippe, ni Jacques, ni les autres ne surent ce qui se cachait en Lui. Certes Jésus leur dira, c’est sa parole qui le leur fera comprendre ou plus exactement, qui leur mettra cela dans la tête  : Il est le Fils de Dieu. Pour eux, ce sera une parole, une idée, un mot  ; ce ne sera pas une vision. (…)

Mais il y avait un danger à trop insister sur l’humanité de Jésus, ne finirait-on pas par croire que Jésus n’était qu’un homme, né d’ailleurs d’une naissance naturelle et ordinaire  ? Tout est tellement ordinaire dans sa vie. On laisserait tomber la légende de la virginité de Marie, de l’Annonciation. Jésus ne serait plus qu’un homme ordinaire divinisé par Dieu, pris par Dieu en Lui, transfiguré dans la gloire. (…)

Il fallait donc une autre vision, complémentaire.

Il fallait que paraisse l’Image de Dieu, la gloire de Dieu sur la Face du Christ. Il fallait que le Christ paraisse au sein du Buisson Ardent, dans l’engendrement même de la vie divine. Dieu de Dieu, lumière de lumière  ! Il fallait que cet engendré de Dieu, ce Fils de Dieu Premier-né, bien-aimé, paraisse aux hommes sous la forme d’un homme humilié, persécuté, crucifié. Il fallait aussi, sans confusion ni mélange, que l’on passe de la vision de l’homme à la vision du Dieu fait homme. Telle fut la vision de saint Paul sur le chemin de Damas, et qui l’a «  mis à part  » pour un apostolat exceptionnel. (…)

Il faut donc lire le Nouveau Testament comme les deux volets d’une même révélation, d’un même mystère, du mystère de l’Incarnation. L’Incarnation se comprend grâce à ces deux Évangiles et celui qui pourrait absolument identifier ces deux Évangiles comprendrait le mystère de l’Incarnation qui est l’union dans l’unique et même Personne du Verbe, d’une parfaite divinité et d’une parfaite humanité, d’un Dieu fait homme.

2) NÉCESSITÉ DE CETTE DOUBLE ÉTAPE POUR COMPRENDRE LA RÉDEMPTION

Jésus devait être crucifié. C’était une nécessité, non pas de la justice, mais de l’amour de Dieu voulant nous faire comprendre ce qu’était son amour miséricordieux, pardonnant nos crimes, afin de toucher nos cœurs. (…)

Dans la logique de la Rédemption, Jésus s’est donc montré triste, angoissé, souffrant dans sa Passion, réduit à rien dans sa Croix et dans sa mort. S’Il avait été le Seigneur de Gloire tel qu’Il s’est présenté à saint Paul sur le chemin de Damas, les juifs n’auraient jamais osé porter la main sur Lui. (…) S’Il avait été plein de joie dans ses tribulations, s’Il s’était montré impassible sous les coups, miraculeusement guéri après la flagellation, remis sur pied aussitôt après chaque séance de torture, on n’aurait pas cru que ses souffrances aient été réelles. Et le monde, à travers les siècles, n’aurait pas cru que ce Dieu fait Homme avait vécu réellement une agonie, qu’Il avait vraiment souffert pour nos péchés. Et donc, nul n’aurait attribué à son Sacrifice cette valeur infinie que nous sommes obligés de Lui reconnaître à chaque fois que, en larmes, nous lisons le récit de sa Passion. (…)

Donc, la prédication du Christ sur la Croix n’est pas vaine parce qu’il souffre réellement. Mais il fallait tout de même qu’on n’imagine pas que le Christ avait été ce dernier des derniers qu’il a été sur la Croix  ! Il a caché sa puissance, mais Il va la révéler dans une autre Passion qui est celle de Paul.

Deuxième volet du diptyque  : (…) il fallait qu’on relise sa Passion comme la Passion du Fils de Dieu, et non pas comme la Passion d’un homme ordinaire.

Il fallait que sa Passion révèle tous ses autres traits, toutes ses perfections divines. Quand je vous ai dit que le Christ n’avait pas paru joyeux de souffrir, qu’il n’a jamais manifesté de joie dans ses souffrances, vos têtes se sont relevées avec étonnement. Comment  ? Jésus n’était pas heureux de souffrir  ? Si  ! Mais Il ne pouvait pas le montrer. (…)

Jésus a donc choisi d’écrire cet autre aspect de sa Passion, non pas dans des livres, sur des parchemins, mais de l’écrire dans la peau de saint Paul  ! Saint Paul le dit  : «  J’ai dans ma peau les stigmates du Christ  !  » (…)

Jésus a vécu en saint Paul ou Paul a vécu par le Christ, pour Jésus, par Jésus, avec Jésus, quoique après Lui, dans la même puissance de son esprit. Qu’a-t-il vécu  ? «  Ce qui manque à la Passion du Christ pour l’Église   », texte des Colossiens, si stupéfiant qu’il met en arrêt tous les théologiens  :

«  En ce moment, je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église.   » (Col 1, 24) (…)

Paul va souffrir cent fois plus que le Christ, si l’on peut dire, mais il va souffrir dans la joie. Il jubile de joie, il éclate de fierté, il manifeste son contentement à la vue de la gloire qu’il récolte dans sa passion, de l’utilité pour le salut des âmes qui s’y opère. Il vit la faiblesse de l’homme avec toute la force du Dieu qui est en lui.

Bref, on voit en lui les deux volets de la Rédemption, les deux mystères de la Rédemption. Il y a l’homme qui souffre, continuant la Passion du Christ dans sa chair, et il y a Dieu qui vit en lui, le Christ qui continue à vivre avec les mêmes sentiments qu’Il a eus, qui donne à Paul le même Esprit, et cet Esprit, c’est une plénitude de joie à cause de la Rédemption des hommes qui s’opère. (…)

Relisez l’épître aux Colossiens  : Paul est plein de la plénitude du Christ et c’est une plénitude de Sagesse, d’Amour, de Force et de Joie. Aucun étonnement donc que Paul ait fait de plus grandes choses que le Christ. Jésus avait dit que ses apôtres feraient de plus grandes choses que Lui. De toute manière, c’est le Christ qui les fait en eux. (…)

Après la vie et le martyre humiliés de Jésus abaissé, anéanti, voici donc la vie et le martyre glorieux du Seigneur de Gloire dans son Apôtre, pour l’Église qui est son Corps. Il en résulte pour saint Paul une psychologie manifeste et singulière. (…)

III. LE CŒUR DE PAUL

L’un des chocs majeurs de saint Paul après la vision de Damas, ce fut l’évidence de la grâce gratuite de Dieu en lui. Pourquoi lui  ? Grâce de Dieu, et qui plus est, sans aucune préparation  ! (…) Cette grâce opère en lui et le transforme au-dedans de lui-même, c’est l’expérience du Baptême et de l’imposition des mains.

Ce qu’il est, maintenant, il le dira toute sa vie, il l’est par grâce et s’il le dit et le pense, c’est qu’il l’expérimente. S’il ne l’expérimentait pas, ce serait un fou d’orgueil, un paranoïaque, un schizophrène et tout ce que vous voulez  ! Rappelez-vous ce texte capital – et il y en a cent autres comme cela –, 1 Co 15, 8 et sq.  :

«  Car je suis le moindre des apôtres. Je ne mérite pas d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous  : oh  ! non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.  »

Esclave et témoin du Christ, Seigneur de Gloire, il ne se fait pas d’illusion. (…) Il sait que Jésus est la Puissance qui a voulu la faiblesse et la Sagesse qui a voulu la folie. Il ne va donc pas s’étonner d’être, dans tout son être corporel, naturel, faiblesse et folie, c’est le mystère de Jésus qui continue. Seulement, il sent très bien, et il révèle aux autres cette expérience, qu’il y a en lui la Sagesse et Puissance du Christ qui opèrent dans sa folie et sa faiblesse. (…)

D’où cette incroyable invasion de sa vie, de ses paroles, de ses écrits, par son moi  : MOI, MOI, MOI JE, MOI SEUL, MOI PLUS QUE TOUS… Et les autres ont supporté ça  ? Il fallait vraiment qu’il soit un vrai disciple, un vrai Apôtre  ! (…)

Il faudrait reprendre toutes les vantardises de saint Paul [Ph 3 ; Gal 1, 11-12 ; Rm 1, 1-7 ; 15, 17-33 ; 2 Cor 10 ; 11 ; 12 ; 13, etc.] pour comprendre qu’il est l’homme-spectacle. (…) Il se sait investi par la divinité, et en même temps homme, pour que cette divinité opère sa Sagesse et sa Puissance dans sa faiblesse et son humiliation, sa folie. Loin d’être scandaleux, ces textes deviennent édifiants et on comprend bien qu’il nous révèle son Évangile. Il raconte sa vie, comme les autres racontaient la vie de Jésus de Nazareth. C’est toujours le même mystère en déploiement. (…)

CONCLUSION  : LE CŒUR DE PAUL, C’EST LE CŒUR DU CHRIST  !

La sainteté de Paul, la gloire de saint Paul, ce qui nous le rend si cher, c’est dans ce mystère, le caractère distinctif de Paul, parmi tous ses détracteurs évidemment, et même peut-être parmi les autres apôtres, je le dis tout bas  : c’est le cœur. Un cœur généreux, sincère, ardent, un cœur viril et fort. Quel homme  ! Mais un cœur tendre, jusqu’à en paraître féminin, presque à l’excès, attentif aux moindres personnes (on le voit dans la conclusion de toutes ses épîtres), aux moindres petits faits, aux moindres petites choses. Impétueux pour sauver l’essentiel.

C’est l’amour de Dieu, l’amour de Jésus, l’amour des Églises. L’amour, l’admiration, la sollicitude pour ses collaborateurs. Or, les grands hommes, d’habitude, traitent plus bas que terre leurs collaborateurs. Paul, lui, les met en lumière, les fait aimer, songe toujours à les faire comprendre et accepter par ses Églises. Vraiment caritas Christi urget nos, il peut le dire (2 Co 5, 14)  : l’amour du Christ le presse, le précipite en avant.

S’il en fallait une preuve supplémentaire, il suffirait de lire ses Parénèses, la deuxième partie de ses épîtres, morale, quand il excite les chrétiens à être vertueux. C’est toujours la charité fraternelle qui revient sous toutes ses formes. Il pense toujours à recommander la charité sous toutes ses formes, très pratiques, à ceux qu’il aime, pour qu’ils lui ressemblent et que lui-même ressemble au Christ.

1 Th 2  : Saint Paul se présente comme une mère pour ses chrétiens. Un peu plus loin, comme un frère. Et, dans le même paragraphe, comme un père. Tout cela, c’est vrai. Il est leur père, il est leur mère, il est leur frère. Pourquoi leur mère  ? Parce qu’il les enfante dans les douleurs de l’enfantement.

L’épître aux Philippiens est l’épître de l’amour de Paul.

«  Je vous aime tous tendrement dans le cœur du Christ Jésus  !   » (1, 8)

La preuve, c’est qu’il veut rester en vie pour les servir (v. 22-26), mais il serait heureux aussi de donner sa vie en sacrifice pour eux, comme une libation sur leur sacrifice. C’est d’un amour incroyable  ! (…)

Abbé Georges de Nantes
Extraits de S 63  :L’Évangile de Paul
Conférence du dimanche matin, 18 septembre 1983

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