La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’ÉVANGILE DE PAUL

XIV. Le mystère de la charité.
L’amour du Père, la grâce du Seigneur Jésus-Christ, la communion du Saint-Esprit
dans la plénitude de son Corps, l’Église

Sainte TrinitéSI nous parlons de charité et que nous examinons l’Évangile de David, nous voyons que les psalmistes ont chanté l’amour de Dieu de cinquante manières remarquables. (…) L’amour du prochain y a cependant moins de place, même si, en théorie, il existe un amour mutuel entre membres du peuple élu. Mais cela reste bien loin de l’idéal.

L’Évangile nous montre la charité du Cœur de Jésus, qui est, d’une part, une mystérieuse relation intime avec son Père et d’autre part, une inépuisable, sainte et parfaite charité envers le prochain. Elle a pour caractères de s’adresser davantage à ceux qui ne valent rien, et elle se manifeste principalement par le pardon des injures et la rémission des péchés. Telle fut l’œuvre du Christ sur la Croix. (…)

«  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toutes tes forces, et tu aimeras ton prochain comme toi-même. Ce second commandement est semblable au premier.  » Notre-Seigneur Jésus-Christ enseigne donc que c’est un seul et même amour que d’aimer Dieu et son prochain. (…)

L’Évangile de Paul est plein de cette identité de Dieu et du chrétien. C’est sa vision qui lui a donné la révélation de cette identité  : «  Je suis Jésus que tu persécutes  ». Paul a vu le Seigneur de Gloire et celui-ci s’est identifié avec les chrétiens que Paul persécutait. (…) S’il recommande tellement la charité fraternelle dans ses épîtres, c’est qu’il y voit l’application, la réalisation du mystère de l’amour de Dieu dont il est le serviteur et le témoin.

La charité fraternelle n’est donc pas pour lui un précepte moral, c’est le développement du dessein de Dieu. Par notre charité fraternelle, nous faisons avancer le Royaume de Dieu, nous réalisons le plérôme. (…) Saint Paul va se faire le héraut de cette association de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain. (…)

La parfaite expression de cet Évangile se trouve évidemment dans les épîtres de la captivité  : l’épître aux Colossiens et l’épître aux Éphésiens.

I. Le Christ enferme en lui, reçue du Père, la plénitude de la Divinité. (Col 2, 9) Cette plénitude, pour saint Paul, n’est pas une nature divine abstraite, c’est la sagesse divine comme Image du Père et aussi comme projet de Dieu sur la création. C’est une Sagesse pleine de puissance pour la réalisation du dessein caché dès les origines (Col 2, 2). Or, ce dessein caché, c’est le mystère de l’amour de Dieu dans le Christ, pour tous les hommes qu’Il a élus  :

«  C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour… […]C’est en lui encore que nous avons été mis à part, désignés d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté, pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espéré dans le Christ.  » (Ep 1, 4 et 11)

Ce grand dessein de grâce, de miséricorde est en cours de réalisation, il va se réaliser à travers nous, par nous et aussi pour nous.

«  Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés  ! –, avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

«  Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.  » (Ep 2, 4-10)

Voilà, au point de départ, cette vision dans le Christ d’un projet qui doit se réaliser dans l’amour.

II. L’aboutissement de cette œuvre divine, c’est la récapitulation de toutes les créatures, c’est-à-dire leur rassemblement sous et dans un même chef. Tout cela s’opérant, comme nous l’avons déjà montré, en deux modes de récapitulation  :

1) Les puissances ennemies seront soumises au Christ.

2) Les prédestinés seront incorporés à l’Église, devenue ainsi la plénitude de ce Chef qui, lui-même, est rempli de toute la divinité. (…)

Ainsi, Paul nous donne à voir tous les êtres humains, proches ou lointains, amis ou indifférents ou mal disposés, peu importe  ! dans cette admirable lumière du dessein divin. Aucun n’y échappe. Le Christ est vraiment l’Imperator, le Chef, le Principe, le Premier-né. Il les embrasse tous et par son œuvre, il va les ramener vers sa plénitude de Sagesse, de Puissance et d’Amour pour que sa Gloire éclate aux yeux des Principautés et des Puissances, en remettant pour finir tout l’univers réconcilié à Dieu son Père.

Cette vision est bien au-dessus du regard naturel sur l’actualité. Alors que nous ne voyons qu’un échec continuel de l’Église à travers les siècles, nous ne considérons pas la pleine réalité de l’Église souffrante du purgatoire et son ouverture, son déversement continuel dans l’Église glorieuse, triomphante du Ciel. C’est là que se situe la plénitude, quand tout l’univers sublunaire sera passé dans le Ciel où est Jésus-Christ, pour être cette rose immense que voyait Dante, en forme de plénitude. Cette plénitude est d’un optimisme non pas délirant, mais supérieur et parfait.

«  … que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour. Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur…   »

La phrase est inachevée. Paul dicte et d’une phrase passe à l’autre, on appelle cela une anacoluthe.

«  Vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu.  » (Ep 3, 18-19)

Les auteurs se sont demandé ce que pouvaient être cette hauteur, largeur, longueur, profondeur. (…) Je n’hésite pas à appliquer ces dimensions aux quatre notes de l’Église. C’est une piste de réflexion que je vous ouvre.

C’est la Largeur Catholique de l’Église, elle est faite pour tout embrasser, le monde entier. Un jour viendra où toutes les races de l’humanité seront intégrées dans l’Église. Largeur, évidemment, qui dépasse toutes les compréhensions des fondateurs de religion.

Sa Longueur  : L’Église se montre au cours de l’histoire, apostolique, inépuisable, infatigable, elle court à travers les siècles et s’il y a des millénaires encore à parcourir, elle aura cette longueur du temps.

La Hauteur  : c’est évidemment la hauteur de sainteté. L’Église atteint jusqu’aux cimes du Ciel par la sainteté de ses saints.

Sa Profondeur   : c’est la profondeur de l’Unité. Elle va jusqu’à la nature profonde de l’humanité. Elle unit, elle est unique.

Voilà le plan, sa réalisation. Voilà où et comment va se réaliser l’Amour, tout à la fois de Dieu et du prochain.

LE MYSTÈRE DE LA CHARITÉ DÉVOILÉ

III. Cela nous conduit à comprendre l’unité, la similitude des deux commandements  : «  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu   » et «  tu aimeras ton prochain  ».

Pour Jésus, cet Être d’exception, il est facile de comprendre que l’aimer comme Dieu, l’aimer comme notre prochain, c’est une seule et même chose puisqu’en voyant notre prochain, nous aimons Dieu, et qu’en aimant Dieu, nous aimons notre prochain, c’est-à-dire Jésus-Christ, Fils de Dieu.

Mais Jésus n’est pas un cas à part. Dans la vision de saint Paul, Jésus, c’est le chrétien que saint Paul persécute. C’est donc dans chaque chrétien que se retrouve cette même identité. Chacun est mon prochain, je dois l’aimer comme mon prochain, mais en même temps, il a une ressemblance avec Dieu, il est une sorte de dieu pour moi et en l’aimant, j’aime Dieu. En aimant Dieu, je suis forcé et contraint d’aimer mon prochain. Dans la plénitude de Dieu qui se répand du Christ dans l’Église, il est évident qu’aimer son prochain, chrétien devenu fils adoptif de Dieu (Ep 1, 4-5) ou appelé à le devenir, c’est encore aimer Dieu.

Ce n’est pas simplement moral, ce n’est pas simplement une obligation juridique, un précepte, c’est parce qu’il y a interpénétration des objets. Le prochain est dans le Cœur de Dieu, depuis les siècles d’avant la création, dans la prédestination, et Dieu est dans le prochain puisqu’Il l’engendre comme son propre Fils.

J’explique ce grand mystère en trois points  :

1) Le mystère central, universel, personnel de la grâce qui transforme, sanctifie chacun d’entre nous. Saint Paul voit chaque chrétien comme un être saisi par la grâce et déjà transfiguré. Il ne voit donc plus son prochain comme un pauvre homme, pécheur, méchant, vicieux. Il ne le voit plus selon ce qu’il est, ni selon ses mérites, mais selon la mesure du don d’amour totalement gratuit, invisible et mystérieux que Dieu lui fait. (…)

Ainsi faut-il voir nos prochains comme des images de Dieu, des fils de Dieu dans le Fils, ou comme étant appelés à le devenir. Aimer son prochain c’est donc fixer le regard de notre Foi sur lui comme objet de la sollicitude paternelle de Dieu, qui œuvre à son salut et à sa gloire.

Références très nombreuses  : Ep 2, 3-10. (…) Dans Col 2, 9-13, on voit à quel point saint Paul croit à la transformation par le Baptême de l’homme pécheur, et comment de désagréable, peu aimable, il devient un être habité par le Christ  : (…)

«  … ensevelis avec lui lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui [« Avec lui », en grec, est extrêmement fort], parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts. Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui  ! Il nous a pardonné toutes nos fautes  !   » (Col 2, 12-13)

Voilà donc une transformation qui affecte l’être et puisque Dieu nous a pardonné nos fautes, notre prochain n’a même plus à nous les pardonner, elles n’existent plus. Nous sommes devenus aimables. Dieu constituant la sainteté de notre être, l’amour du prochain devient pour ainsi dire naturel entre chrétiens. (…)

«  Dès lors, que nul ne s’avise de vous critiquer sur des questions de nourriture et de boisson, ou en matière de fêtes annuelles, de nouvelles lunes ou de sabbats.  » (…)

Fini des prescriptions païennes, superstitieuses ou judaïques  !

«  Tout cela n’est que l’ombre des choses à venir, mais la réalité, c’est le corps du Christ.  »

Paul, qui vient de démontrer que, par le Baptême, l’homme est transformé, n’est-il pas en train de nous dire que, devenu chrétien, cet homme a une nourriture autrement supérieure à toutes les autres  ? C’est en effet, du corps du Christ qu’il se nourrit, de son sang qu’il s’abreuve, et c’est ainsi qu’il devient membre du Christ, fils de Dieu.

En 1 Co 10, 16-17, à propos des repas des idoles auxquels les chrétiens hésitent à participer, comparés à la table du Seigneur, saint Paul dit bien  :

«  Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ  ? Parce qu’il n’y a qu’un pain, à plusieurs nous ne sommes qu’un corps, car tous nous participons à ce pain unique.   »

Voilà l’explication de la charité  : Baptisés, nous sommes transfigurés à la ressemblance du Christ et maintenant, nourris de ce Corps du Christ, abreuvés de l’Esprit-Saint, nous ne faisons plus qu’un corps et un même esprit. C’est la communion du Saint-Esprit.

2) Le mystère de la charité abat les barrières raciales et religieuses du passé. Puisque nous sommes nourris de ce Corps, et non pas des nourritures des païens, des nourritures charnelles, d’avant le Christ, maintenant, cette muraille qui semblait monter jusqu’au ciel, de la division raciale et religieuse entre Juifs et païens, est abattue.

Cette opposition séculaire, raciale et religieuse, entre juifs et païens, empêchait l’amour, aussi est-ce Dieu lui-même l’a renversée, et Paul veillera jalousement à ce que personne ne la rétablisse, peu ou prou, parmi les chrétiens. Aussi n’hésitera-t-il pas à rappeler à l’ordre saint Pierre lui-même, lors de l’incident d’Antioche (Ga 2, 11-14).

Dans Ep 2, 11-18, on sent vibrer l’indignation de saint Paul à la pensée que l’on puisse imaginer qu’un prépuce, ce bout de chair qu’on enlève au sexe de l’homme, suffise pour faire d’un horrible païen un saint juif.

«  Rappelez-vous donc qu’autrefois, vous les païens – qui étiez tels dans la chair, vous qui étiez appelés “ prépuce par ceux qui s’appellent “ circoncision ”… d’une opération pratiquée dans la chair  !–, rappelez-vous qu’en ce temps-là, vous étiez sans Christ, exclus de la cité d’Israël, étrangers aux alliances de la Promesse, n’ayant ni espérance ni Dieu en ce monde  !   »

Voilà qui est plus grave. Les juifs vous méprisaient, vous les païens, et d’une certaine manière, ils en avaient le droit. Non pas à cause du prépuce qu’ils n’avaient plus et que vous aviez encore, mais parce qu’ils avaient, eux seuls, toutes les promesses, ils étaient le peuple élu et vous ne l’étiez pas.

Pauvres païens de l’époque  !

«  Or voici qu’à présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ. Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine [qui opposait juifs et païens], cette Loi des préceptes avec ses ordonnances [cette Loi mosaïque qui constituait un appel à la haine des païens, au mépris des païens par les juifs], pour créer en sa personne les deux [peuples, races, religions]en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu tous deux en un seul Corps, par la Croix  : en sa personne il a tué la Haine.  »

Le Christ est intervenu et des deux, juifs et païens, Il a fait son propre Corps, et ainsi Il les a contraints à s’aimer les uns les autres. (…)

«  Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes  ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et prophètes [de la Nouvelle Alliance], et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même. En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur  ; en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit.   »

Dieu constitue ainsi par le Christ un seul Corps, une seule demeure, une seule maison. C’est un écho de ce que nous trouvons dans l’Évangile  : qu’il n’y ait qu’un seul Berger, un seul Pasteur, un seul bercail, pour qu’ils ne soient qu’un  !

3) Cependant, dans cette plénitude, tandis que les ségrégations religieuses que nous venons de voir sont abolies, les distinctions, les diversités, les inégalités physiques et sociales demeurent, mais ne comptent plus pour rien.

Elles demeurent  : on est toujours homme ou femme, maître ou esclave, parent ou enfant, roi ou empereur ou citoyen et sujet. Tout cela existe, mais en comparaison de la vie de la grâce qui est répandue abondamment sur tous selon une mesure connue de Dieu seul, ces choses-là ne comptent plus. Voilà comment s’établira cette admirable ordre catholique dans l’Empire romain, où les esclaves seront toujours esclaves, leurs maîtres et maîtresses seront toujours les maîtres et maîtresses, plébéiens, patriciens à Rome et cependant, entre l’esclave et sa maîtresse existera une fraternité parce que la grâce coule en l’une et en l’autre, selon la mesure connue de Dieu. Qui est supérieur à l’autre  ? Chacun se considérera comme inférieur aux autres, mais nul ne sait la mesure de la grâce en chacun. Ce qui est sûr, c’est que Dieu ne fait acception de personne, comme disent les Apôtres, c’est-à-dire ne prend pas garde aux inégalités sociales, à la richesse, à l’autorité, à l’intelligence de chacun pour lui mesurer son don. C’est ce que nous trouvons en Col 3, 11. (…)

La charité peut circuler. Il n’y a plus de ces antagonismes où le pauvre serait en face du riche comme l’esclave en face du maître, selon la théorie de Hegel, et où toutes les différences sociales seraient des foyers d’opposition dialectique et de révolte, d’oppression. Tout cela compte si peu  ! Mais le maître et l’esclave communient au même Corps du Christ, s’agenouillent à la même table de communion, écoutent le même sermon. Ils sont donc invités à être frères et ils le peuvent. (…)

4) Il subsiste cependant une distinction. Au moment même où le Christ abat le mur de séparation des Païens et des Juifs, un autre mur va se constituer, celui-là définitif, c’est celui qui oppose chrétiens et antichrist, disciples et anti-disciples.

Il faut bien le comprendre, surtout de nos jours, où l’on fait de la charité du Christ une charité inconditionnelle, universelle, une sorte d’optimisme où, le Christ et sa grâce ne valent plus rien, et où finalement, on en arrive à la théorie de l’apocatastase condamnée par l’Église  : Viendra un temps où le Christ sera vraiment tout en tous, tout le monde sera au Ciel, il n’y aura pas de damnés, pas d’exclus. C’est contraire à l’Écriture Sainte, mais c’est pourtant la théorie que soutiennent le Père Congar et la plupart des théologiens modernes. (…)

Au même moment où saint Paul a cette vision optimiste de la plénitude où le Christ remplit tout en tous, il fait aussi appel au psaume 109e et à toutes les prophéties vengeresses de l’Ancien Testament, contre ceux qui refuseront le message du Christ et sa grâce, et qui de toute leur liberté, refuseront d’entrer dans ce mystère de la charité. Hors de l’Église, point de salut  ! L’Église est certes une plénitude, ouverte sans restriction à tous ceux qui voudront bien croire, mais il y a une limite, celle du jugement dernier, et cette distinction opère déjà sa mise en place, par l’attitude de chacun vis-à-vis de l’amour. (…)

Cependant la charité ne doit pas se contenter de s’enfermer dans la limite de l’Église visible des chrétiens pratiquants, elle doit aller au-delà jusqu’à l’amour des ennemis, mais attention  ! Si je dois aimer un persécuteur, je dois cependant haïr la puissance satanique, le perdu qui se cache en lui et qui le fait agir.

«  Car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les principautés et les puissances, contre les régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes.  »

La charité ne consiste donc pas à aimer n’importe qui, et jusqu’à l’Être de Mal absolu qui se révolte contre Dieu, l’Antéchrist qui est déjà condamné.

«  Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens, avec leur vain jugement et leurs pensées enténébrées  : ils sont devenus étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qu’a entraînée chez eux l’endurcissement du cœur, et, leur sens moral une fois émoussé, ils se sont livrés à la débauche au point de perpétrer avec frénésie toute sorte d’impureté.   » (Ep 4, 17-19) (…)

Jamais l’Église n’a dit que l’on pouvait aimer les hommes tels qu’ils sont. Ce furent toujours les hérésies, les illuminismes, les quiétismes, qui firent de la charité chrétienne une charité inconditionnelle, égale pour tous les hommes, quelle que soit leur position par rapport au Christ.

Il y a une vérité qui s’impose  : l’Enfer existe et les âmes y tombent, comme Notre-Dame de Fatima est venue nous le rappeler en le montrant à trois petits enfants le 13 juillet 1917. Tous les hommes ne vont pas au Ciel.

«  Car la foi n’est pas donnée à tous.  » (2 Th 3, 2)

Parole de saint Paul  ! C’est une incise inquiétante. Elle nous met bien en face de la responsabilité dramatique de chaque homme et chaque chrétien. (…)

5) On comprend qu’une telle théorie dicte à saint Paul de vibrants et touchant appels à la charité, à la charité absolue, à la charité continuelle, fervente, puisque nous sommes tous un même corps, nourris du même Corps, abreuvés du même Esprit, ayant donc la même vie  : aimons-nous les uns les autres, pardonnons-nous surtout  ! (…)

Il faudrait citer 1 Co 13, 1-7  : l’éloge, l’hymne de la charité fraternelle. Et tant d’autres passages  ! Mais, chose curieuse, dans cette première épître aux Corinthiens, chapitre 13, l’agapè dont il parle, ce n’est pas l’amour de Dieu, c’est l’amour du prochain. Et il termine en disant  : la Foi, l’Espérance passeront. Mais la Charité demeurera. (…)

C’est dire qu’au Ciel, nous ne serons pas seulement dans le Face à face éternel de chacun avec Dieu, mais nous serons dans le Face à face du Corps qu’est l’Église avec son Époux, le Christ. Nous continuerons donc à nous aimer les uns les autres du même amour dont nous nous serons aimés sur la terre. (…)

Au Ciel, en nous aimant les uns les autres, nous verront clairement que c’est Dieu que nous aimons l’un dans l’autre, et nous découvrirons que nous avions bien raison de nous aimer, puisque nous étions déjà, les uns et les autres, membres de la plénitude du Christ, dans son Corps.

Conclusion  : La charité c’est le divin Amour, c’est la vie même de cette sphère ultime qui, pour prendre les mots modernes de Teilhard, se complexifie et s’unifie de jour en jour jusqu’à sa stature parfaite. C’est l’Église avec ses millions de membres qui, tous, selon leur statut et la mesure de leur grâce, s’aiment et se rendent service les uns les autres. La charité est liens mutuels, nourriciers et organiques qui nous attachent au Chef du Corps, qui est Jésus-Christ. Elle est lien à Jésus-Christ et elle est lien des uns aux autres en Jésus-Christ. Elle est donc divino-humaine ou humano-divine. On comprend qu’elle soit le seul et unique commandement du Seigneur. (…)

Abbé Georges de Nantes
Extraits de S 63  :L’Évangile de Paul
Conférence du lundi après-midi, 19 septembre 1983

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