La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Psaume premier
La joie de saint Joseph

  1. Heureux l’homme qui ne suit pas le conseil des impies, et ne reste pas dans la voie des pécheurs, ni ne s’assied au banc des rieurs.
  2. Mais qui prend son plaisir dans la Loi de Yahweh, et murmure sa Loi jour et nuit.
  3. Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne son fruit en son temps, et son feuillage ne se flétrit pas. Tout ce qu’il produit fait réussir.
  4. Rien de tel pour les impies. Mais ils sont comme la paille que le vent disperse.
  5. Aussi, les impies ne tiendront pas debout en présence d’une sentence équitable, ni les pécheurs au milieu de l’assemblée des justes.
  6. Car Yahweh connaît la conduite des justes  ; mais celle des impies aura une fin.
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P LACÉ en frontispice du recueil des psaumes, qui est le carnet de chants et de prières des “ Sages ” de l’Ancien Testament, où se trouve condensée toute la révélation biblique, ce psaume nous rappelle que deux voies s’ouvrent devant nous  : l’une mène à la perdition, l’autre mène au salut. Il n’y a pas de voie moyenne.

Celui qui prie, en méditant la Loi de Yahweh, est comme l’arbre qui porte du fruit  ; l’impie est comme de la paille que le jugement final de Dieu dispersera.

Le premier verset énonce un précepte de “ pureté négative ”, selon l’heureuse expression de l’abbé de Nantes, mettant en garde contre la tentation de se laisser entraîner progressivement dans le camp des impies  : on commence par suivre leur «  conseil  », puis on persévère dans leur «  voie  », enfin on «  s’assied  » à leur banc. Heureux celui qui ne se laisse pas entraîner mais se tient à part. Les «  rieurs  » sont ceux qui se moquent de la religion, les “ railleurs ”, les “ esprits forts ”.

Au verset 2, le psalmiste associe une “ pureté positive ” à ce refus de la tentation  : le fidèle tourne ses affections vers la «  Loi de Yahweh  » et en fait l’objet de toutes ses pensées  :

La Loi de Yahweh, en hébreu Tôrah, ne désigne pas seulement les “ commandements ” à observer, mais aussi toute l’histoire sainte de l’Alliance conclue entre Abraham et Yahweh, dont ces commandements sont les clauses, consignée dans les cinq premiers livres de l’Ancien Testament formant le Pentateuque  : Genèse, Exode, Nombres, Lévitique, Deutéronome.

Or, le Pentateuque a été fixé, dans l’état où nous l’avons reçu, en 398 avant Jésus-Christ, après le retour de l’Exil, lors de la mission d’Esdras, à un moment où le peuple d’Israël n’avait plus ni roi ni prophète pour le guider. Ce psaume premier est donc bien daté, ainsi que la constitution du recueil dont il est la “ préface ”, de ce début du quatrième siècle avant Jésus-Christ, après le retour de l’Exil.

Tous les psaumes chantent la Loi, sagesse d’Israël, unique trésor du fidèle yahwiste, objet de sa continuelle méditation. À nous qui récitons le bréviaire et ne sommes plus assujettis à cette Loi, cet éloge inlassable paraissait quelque peu fastidieux, jusqu’au jour où notre Père nous suggéra de voir dans cette Loi, dans cette Sagesse maîtresse de vie, une figure de la Sainte Vierge et de son Cœur Immaculé où Elle conservait et méditait Elle-même le souvenir de toute la Révélation, et dont les désirs, les demandes, les “ petites demandes ” sont aujourd’hui notre vraie “ Loi ”, la Loi d’une Alliance nouvelle.

Alors tout change. Lorsque nous en serons au psaume 119, nous apprécierons  : 176 versets, pour célébrer les charmes de la Vierge Marie, chaque dimanche, ça n’est pas trop… Et par là nous entrerons dans le Cœur très pur, très généreux et tout-puissant de saint Joseph qui, à coup sûr, dut faire cette application avant nous. D’où le titre donné à ce psaume premier, qui nous invite, égrenant notre chapelet «  jour et nuit   », à prendre notre «  plaisir  » dans les mystères joyeux, douloureux et glorieux du Rosaire…

Celui qui le fait «  est comme un arbre planté près d’un ruisseau  ».

Pour le yahwiste d’Ancien Testament, la vie liturgique du Temple était la source de ce «  ruisseau  », avec les sacrifices quotidiens du matin et du soir, sacrifices sanglants, sacrifices d’encens, et toutes les prières qui les entouraient. Tout cela était rehaussé par les grands pèlerinages de l’année, où l’on montait à Jérusalem à l’occasion des fêtes de Pâques, de Pentecôte, des Tabernacles. C’est là que l’on buvait à la source miraculeuse que le prophète Ézéchiel avait contemplée au moment de la destruction du Temple par Nabuchodonosor, dans une vision prophétique  :

«  Voici que de l’eau sortait de sous le seuil du Temple, vers l’Orient, car le Temple était tourné vers l’Orient. L’eau descendait de sous le côté droit du Temple.  » (Ez 47, 1)

Ézéchiel voit cette eau devenir un torrent, «  et la vie se développe partout où va le torrent  »  :

«  Au bord du torrent, sur chacune de ses rives, croîtront toutes sortes d’arbres fruitiers dont le feuillage ne flétrira pas, et dont les fruits ne cesseront pas  : ils produiront chaque mois des fruits nouveaux, car cette eau vient du sanctuaire. Et les fruits seront une nourriture, et les feuilles un remède.  » (Ez 47, 12)

A-t-on jamais vu des arbres produire des fruits nouveaux chaque mois  ? Pour nous, lors de nos grands pèlerinages à Lourdes, à Fatima, à Turin, à Moure, à La Salette, à Lisieux, il n’en va pas autrement  : la source de la grâce qui nous fait vivre jaillit de l’offrande des Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ présent dans tous les Tabernacles de la terre, auxquels nous communions, après en avoir reçu le «  remède  » par la confession. Grâce des sacrements jaillie comme un torrent du côté transpercé du Christ, comme sœur Lucie l’a vu à Tuy, et comme nous voyons sur le Saint Suaire sourdre l’eau et le sang, à droite, de la plaie du côté ouvert par la lance.

Alors, je comprends  : des fruits nouveaux chaque mois, chaque premier vendredi du mois, et chaque premier samedi, voilà ce que produit le fidèle attaché au Cœur Immaculé de Marie «  comme un arbre planté près d’un ruisseau qui donne son fruit en son temps, et son feuillage ne se flétrit pas.  » Autrement dit  : «  Tout ce qu’il produit  »… c’est pour le Ciel  !

Il y a plus. Dans le désert de ce monde apostat, ravagé, dévasté par la guerre, le sida et la famine, où les peuples n’ont plus de rois ni de prophètes pour les guider, ce salut miraculeux n’advient pas à des individus isolés, mais à des frères réunis en communauté, les “ anawîm ”, les “ Pauvres d’Israël ” en qui nous nous reconnaissons comme des frères.

Il ne faut rien de moins pour triompher des impies, «  assis au banc des rieurs  », qui font corps, eux aussi. Voici l’annonce de leur déroute au jour du Jugement de Dieu. L’association des méchants sera dispersée comme bale au vent  : «  Rien de tel pour les impies. Mais ils sont comme la paille que le vent disperse.  » Le souffle de la bouche de Dieu rendant son jugement les arrache de l’Église où ils sont mêlés aux fidèles, comme la paille au bon grain.

Ces impies qui ne tiennent pas debout, semblables à de la paille que disperse le vent, sont figurés dans le Livre de Daniel par le colosse aux pieds d’argile du songe de Nabuchodonosor, figurant la puissance hostile au Dieu d’Israël comme un bloc unique, paganisme éternel, renouvelant sans fin, d’une civilisation à l’autre, l’orgueilleuse prétention de l’homme à se mettre à la place de Dieu. Mais soudain, une pierre détachée sans intervention de main humaine vient frapper et briser «  tout à la fois, fer et argile, bronze, argent et or, devenus semblables à la paille sur l’aire en été  ; le vent les emporta sans laisser de trace.  » (Dn 2, 35)

Cette “ pierre ”, qui brise les empires successifs, est le Messie promis. Le psaume explique l’allégorie prophétique  : pour briser la ligue des impies, il suffira au Messie de souffler dessus.

Verset 6  : «  Car Yahweh connaît la conduite des justes  ; mais celle des impies aura une fin.  »

On peut dire que tous les psaumes sont un appel à ce renversement des sorts qui mettra fin au triomphe insolent des impies.

Frère Bruno de Jésus
Il est ressuscité  ! tome 4, n° 18, janvier 2004, p. 25-26

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