La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Psaume dixième
L’Innocent tué

A PRÈS le psaume neuvième, action de grâces du Messie pour la défaite des peuples païens, le psaume dixième en appelle à Dieu contre de faux frères hypocrites et cupides qui triomphent avec insolence, à l’intérieur du Pays. L’action de grâces fait place à une prière instante à Yahweh afin qu’il sorte de son incompréhensible silence et de sa cruelle inaction. Actuel  !

*
  1. Pourquoi, Yahweh, Vous tenez-Vous éloigné, Vous cachez-vous au temps de la détresse  ?
  2. Avec orgueil, l’impie poursuit l’humilié.«  Ils seront pris aux desseins qu’eux-mêmes ont machinés.  »

LES PENSÉES DE L’IMPIE

  1. Car l’impie loue ses propres désirs et, plein de cupidité, il bénit le mépris de Yahweh.
  2. L’impie ne considère pas combien est terrible Sa colère  ; “ sans Dieu ” sont tous ses desseins.
  3. Ses voies durent de tout temps  ; Vos jugements sont élevés au-dessus de lui  : «  Tous ses ennemis, Il leur soufflera dessus.  »
  4. Il a dit dans son cœur  : «  Je suis inébranlable, d’âge en âge, à l’abri du mal.  »
  5. Il jure, la bouche pleine de ruses et de violence  ; sous sa langue, méfait et iniquité.

LES AGISSEMENTS DE L’IMPIE

  1. Sur les places publiques qu’il hante en embuscade, il est aux aguets, dans les cachettes il tuera l’Innocent, ses yeux sont à l’affût pour un champ.
  2. Il se met en embuscade dans la cachette comme un lion dans sa tanière, il se met en embuscade pour enlever l’humilié. Il enlève l’humilié en l’attirant dans son filet.
  3. Et, plein de contrition, il s’incline. Mais le champ d’Élohim tombe en sa possession.
  4. Il a dit dans son cœur  : «  Dieu a oublié, il a caché sa Face, il ne voit jamais rien.   »
  5. Debout Yahweh Dieu, levez votre main, n’oubliez pas les humiliés  !
  6. Pourquoi l’impie méprise-t-il Dieu  ? Il a dit dans son cœur  : «  Vous ne demanderez pas de comptes.   »

ORPHELIN

  1. Ouvrez les yeux, car c’est Vous qui veillez à donner épreuve et chagrin de vos propres mains  : Vous venez en aide à l’orphelin qui, à cause de vous, abandonne un champ.
  2. Brisez le bras de l’impie  ! Vous demanderez compte de son impiété, et vous ne trouverez plus le mal.
  3. Yahweh est roi pour toujours et à jamais  ! Les païens ont disparu de sa Terre.
  4. Yahweh, vous avez exaucé le désir des humbles, vous affermirez leur cœur, vous tendrez l’oreille.
  5. Pour faire droit à l’orphelin et à l’écrasé, que n’ajoute pas encore à l’épouvante un homme originaire de la Terre  !
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Verset 1  : le temps de la «  détresse  » se prolonge à Jérusalem, après le retour de l’Exil. Yahweh semble toujours absent, «  éloigné  », se «  cachant  » de son peuple, depuis que le prophète Ézéchiel l’a vu déserter le Temple de Jérusalem… Et Israël est alors en butte à toutes sortes de persécutions, comme les psaumes précédents nous l’ont appris. C’est pourquoi le psaume neuvième suppliait Yahweh de revenir, de se manifester à nouveau, afin d’être «  un rempart pour l’écrasé, un rempart au temps de la détresse  » (Ps 9, 10).

Verset 2  : la condition du fidèle de Yahweh, en ce «  temps de détresse  », est d’être «  humilié  » par l’orgueil de l’impie. À cette superbe, Dieu répond en promettant un renversement des sorts (cf. Ps 9, 16).

LES PENSÉES DE L’IMPIE

Verset 3  : il n’est plus question de “ païens ”, mais de faux dévots, ce que le psalmiste suggère avec finesse en appliquant le vocabulaire de la piété aux sentiments de l’impie  : au lieu de louer Dieu, il loue ses propres passions  ; au lieu de bénir Dieu, il bénit le «  mépris de Dieu  »  ! C’est de la grande polémique  !

Verset 4  : l’impie est “ athée ”, non pas au sens moderne du mot, mais il croit que Dieu n’intervient pas réellement dans sa vie. Il la mène donc au gré de ses «  desseins  », se félicitant du profit qu’il tire de ses méfaits.

Verset 5. Tout lui réussissant, il n’a pas entendu la leçon de l’Exil  : «  Que l’impie abandonne sa voie et l’homme criminel ses pensées, qu’il revienne à Yahweh qui aura pitié de lui, à notre Dieu, car il est riche en pardon. Car vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ne sont pas vos voies, oracle de Yahweh.  » (Is 55, 7-8) Les «  jugements   » de Dieu tiennent en cette promesse  : «  Le souffle de ses lèvres fera mourir l’impie.  » (Is 11, 4)

Verset 6  : voilà ce que l’impie se dit à lui-même, «  dans son cœur  ». Autant dire qu’il se prend pour Dieu en Personne  !

Verset 7. Et voici ce qu’il profère au-dehors  : un torrent de vilenies toujours prêt à jaillir en toute occasion de «  sous sa langue   », comme d’une source intarissable  !

LES AGISSEMENTS DE L’IMPIE

8. Sur les places publiques qu’il hante en embuscade, il est aux aguets, dans les cachettes il tuera l’Innocent, ses yeux sont à l’affût pour un champ.

L’impie ne se contente pas d’être mauvaise langue. Il joint le geste à la parole, jusqu’au brigandage et à l’assassinat, depuis le meurtre de Caïn tuant Abel par jalousie  ; ici, afin de s’emparer de son bien, hélekah, mot clef du poème, employé uniquement dans ce psaume, incompris des commentateurs  : équivalent du mot hèleqah, désignant le «  champ  » de Nabot (2 R 9, 21).

«  L’Innocent  » se trouve en effet dans la même situation que Nabot refusant jadis de céder sa vigne à Achab, roi d’Israël, et que Jézabel, utilisant de faux témoins, fit lapider pour donner la vigne à son mari (1 R 21).

Ainsi l’auteur inspiré entrevoit-il l’ «  Innocent  » par excellence, persécuté jusqu’à en mourir, Jésus en sa Passion. Notre-Seigneur a lui-même fourni l’exégèse de ce psaume dans une parabole mettant en scène des vignerons homicides qui tuèrent tous ceux que le Maître de la vigne avait envoyés pour réclamer le bénéfice de sa vigne  : «  Il lui restait encore quelqu’un, un fils bien-aimé  ; il le leur envoya le dernier, en se disant  : “ Ils respecteront mon fils. ” Mais ces vignerons se dirent entre eux  : “ Celui-ci est l’héritier  ; venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous. ”  » (Mc 12, 6-7)

9. Il se met en embuscade dans la cachette comme un lion dans sa tanière, il se met en embuscade pour enlever l’humilié. Il enlève l’humilié en l’attirant dans son filet.

L’ «  humilié  », objet de la vindicte de l’Impie (v. 2), désigne clairement l’Innocent tué, l’héritier, le Messie, Serviteur souffrant de Yahweh, et tous ceux qui lui ressemblent  : «  Maltraité, il s’humiliait  » (Is 53, 7).

«  Enlevé  »  : au temps de l’Exil, comme le fut le petit Joaqîn, dernier roi de Juda (598-597 av. J.-C.) qui avait huit ans à son avènement, régna trois mois et fut déporté avec la reine sa mère pour expier les crimes de son peuple dans les geôles de Babylone. “ L’Inconnu de l’Exil ” le présente comme la figure du Roi-Messie à venir qui rachètera son peuple par ses souffrances. C’est pourquoi, c’est à Lui que Yahweh promet l’héritage  : «  Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre.  » (Ps 2, 8) Car Yahweh «  n’est pas sourd au cri des humiliés  » (Ps 9, 13).

10. Et, plein de contrition, il s’incline. Mais le champ d’Élohim tombe en sa possession.

Cet Innocent est «  plein de contrition  » parce que «  Yahweh a fait retomber sur lui les crimes de nous tous  » (Is 53, 6). Mais au prix de cette humiliation, il entrera en possession d’ «  un champ d’Élohîm  », tombé entre les mains des impies  ; l’expression désigne la Terre sainte pour l’heure occupée par les Samaritains et les païens envahisseurs.

11. Il a dit dans son cœur  : «  Dieu a oublié, il a caché sa Face, il ne voit jamais rien.  »

C’est l’impie qui parle ainsi. Mais Dieu n’oublie pas. Aussi, lorsque aux souffrances de «  l’humilié  » s’ajoute le mépris de Dieu, c’en est trop  ! l’intérêt commun de Dieu et de «  l’humilié  » commande une intervention rapide de Dieu (cf. Ps 9, 20).

12. Debout Yahweh Dieu, levez votre main, n’oubliez pas les humiliés  !

«  Levez votre main  », pour frapper (Is 9, 11. 16. 20; 10, 4. 10. 14).

13. Pourquoi l’impie méprise-t-il Dieu  ? Il a dit dans son cœur  : «  Vous ne demanderez pas de comptes.  »

C’est insensé  : «  Parce que Celui qui demande compte des sangs, se souvient de lui, il n’est pas sourd au cri des humiliés.  » (Ps 9, 13) D’où cette supplication  :

ORPHELIN

14. Ouvrez les yeux, car c’est Vous qui veillez à donner épreuve et chagrin de vos propres mains  : Vous venez en aide à l’orphelin qui, à cause de vous, abandonne un champ.

Au contraire de l’impie selon lequel Dieu ne voit rien (versets 11 et 13), «  l’humilié  » n’a qu’à redire  : «  Le Seigneur Yahweh va me venir en aide.  » (Is 50, 7) Et le peuple juif «  orphelin  », sans rois ni prophètes depuis l’Exil  : «  Pourtant tu es notre Père, Yahweh, nous sommes l’argile, tu es notre potier, nous sommes tous l’œuvre de tes mains.  » (Is 64, 7) Les rapatriés ont abandonné, par fidélité à Yahweh, «  un champ  » acquis en terre d’Exil, et ne sont pas rentrés en possession de leur bien  :

«  Notre héritage a passé à des étrangers, nos maisons à des inconnus. Nous sommes orphelins, sans père, nos mères sont comme des veuves.  » (Lm 5, 1-3)

15. Brisez le bras de l’impie  ! Vous demanderez compte de son impiété, et vous ne trouverez plus le mal.

Il est temps que Dieu mette fin au secret blasphème que l’impie profère dans son cœur (v. 13). Alors le mal disparaîtra.

16. Yahweh est roi pour toujours et à jamais  ! Les païens ont disparu de sa Terre.

Voilà une belle profession de foi royaliste  !

17. Yahweh, vous avez exaucé le désir des humbles, vous affermirez leur cœur, vous tendrez l’oreille.

Le «  désir des humbles  » répond à celui dont se flatte l’impie (v. 3), et la fermeté de leur cœur répond à l’illusion de l’Autre (v. 6).

18. Pour faire droit à l’orphelin et à l’écrasé, que n’ajoute pas encore à l’épouvante un homme originaire de la Terre  !

Ce dernier verset est un appel à un sauveur qui ne soit pas de la Terre. Prière exaucée lorsque naquit d’une Vierge un homme «  originaire   » du Ciel  : l’ «  Emmanuel  », «  Dieu avec nous  ».

Frère Bruno de Jésus
Il est ressuscité  ! tome 5, n° 31, février 2005, p. 31-32

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