La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Psaume treizième (12)
La joie de la victime

  1. Au maître de chant, psaume à David.
  2. Jusques à quand, Yahweh, m’oublierez-vous  ? À jamais  ? Jusques à quand me cacherez-vous votre Face  ?
  3. Jusques à quand échafauderai-je des projets dans mon âme  ? La tristesse est dans mon cœur, aujourd’hui.
    Jusques à quand mon ennemi aura-t-il le dessus  ?
  4. Regardez, exaucez-moi, Yahweh mon Dieu  ! Soyez la lumière de mes yeux de peur que je m’endorme dans la mort.
  5. De peur que mon ennemi ne dise  : j’ai prévalu contre lui  ; de peur que mes oppresseurs n’exultent parce que je suis ébranlé.
  6. Mais moi, c’est en votre miséricorde que j’ai mis mon espoir, mon cœur exultera en votre Salut. Je chanterai à Yahweh parce qu’il se venge sur moi.
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L E psaume treizième est dédié «  au maître de chant  » qu’est David, son père.

VERSET 2. En butte à la contradiction, aux railleries des impies qui disent  : «  Dieu a oublié, il a caché sa Face, il ne voit jamais rien  » (Ps 10, 11), le Messie se tourne vers Yahweh. En réalité, il sait bien que Yahweh ne l’oubliera pas  : «  Car ce n’est pas pour toujours qu’est oublié l’indigent  ; l’attente des humbles prendra fin un jour  !  » (Ps 9, 19)

Mais Yahweh se cache, il semble absent de Jérusalem au retour des exilés, comme se lamentent les psaumes 6 et 7. Aussi le psalmiste renouvelle-t-il ici sa prière  : «  Faites lever sur nous la lumière de votre Face, Yahweh  !  » (Ps 4, 7)

VERSET 3. Le mot de «  projet  », en hébreu “ ‘ê°âh ” désigne le dessein de Dieu. Les impies n’y croyaient pas, à Jérusalem, au temps d’Isaïe. Ils disaient, par dérision  : «  Vite  ! qu’il hâte son œuvre, pour que nous la voyions, qu’ils se rapprochent et s’exécutent, les projets du Saint d’Israël, pour que nous les connaissions.  » (Is 5, 19)

La réponse de Dieu fut le châtiment de l’exil à Babylone, pendant lequel Yahweh promit par la bouche du second Isaïe, “ l’Inconnu de l’Exil ”  : «  J’annonce dès l’origine ce qui doit arriver, d’avance, ce qui n’est pas encore accompli  ; je dis  : Mon projet se réalisera, j’accomplirai ce qui me plaît.  » (Is 46, 10)

Mais ce que Dieu attend, pour mettre son projet à exécution, c’est la conversion d’Israël  : «  Pécheurs, revenez à votre cœur.  » (Is 46, 8) Or, dans son cœur, le psalmiste ne trouve que «  la tristesse  » au souvenir des promesses divines dont son âme est remplie, selon la recommandation du prophète  : «  Souvenez-vous des choses passées depuis longtemps. Je suis Dieu sans égal, Dieu qui n’a pas de pareil  !  » (Is 46, 9)

À l’époque de l’exil, le “ projet ” de Dieu tenait dans la campagne victorieuse de Cyrus, «  l’homme prédestiné  », par qui, «  aussitôt dit, aussitôt fait  ! projet à peine formé, aussitôt exécuté  !  » promettait Yahweh à ceux qui perdaient cœur, «  je mettrai en Sion le salut, je donnerai à Israël ma gloire.  » (Is 46, 11‑13)

Pourtant, nous le savons par les psaumes précédents, le retour de l’exil ne mit pas fin à l’épreuve.

4. Regardez, exaucez-moi, Yahweh mon Dieu  ! Soyez la lumière de mes yeux de peur que je m’endorme dans la mort.

Alors que dans le psaume quatrième le sommeil était celui du juste en paix avec Dieu (Ps 4, 9), il est ici redouté comme le signe de la mort. Or, Dieu avait promis, au lendemain de la déportation des Galiléens qui suivit la campagne de Téglat-Phalasar III, roi d’Assyrie, en 732, qu’un enfant de race royale apporterait la délivrance  : «  Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière.  » (Is 9, 1)

Les années passent, et ce n’est pas la délivrance. Salmanasar, fils et successeur de Téglat-Phalasar, attaque Samarie. La ville tombe après trois ans de siège, au début du règne du successeur de Salmanasar, Sargon II (721‑705), qui déporte les habitants de Samarie.

Pourtant, deux cents ans plus tard, après la chute de Jérusalem et l’exil de ses habitants à Babylone, la flamme de l’espérance est toujours vive, exprimée par les chants du “ Serviteur ” que Yahweh promet d’envoyer «  pour ouvrir les yeux des aveugles, pour faire sortir de prison les captifs, et du cachot ceux qui habitent les ténèbres.  » (Is 42, 7)  :

Oui, mais à quel prix  ! «  S’il offre sa vie en sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahweh s’accomplira. À la suite de l’épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé.  » (Is 53, 10-11)

Notre psaume renouvelle cet appel à «  la lumière   » promise par ces prophéties messianiques en vue de la résurrection de Jérusalem dont il est écrit que Yahweh se fera lui-même la lumière  :

«  Tu n’auras plus le soleil comme lumière, le jour, la clarté de la lune ne t’illuminera plus. Mais Yahweh sera ta lumière éternelle, et ton Dieu sera ta beauté. Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne disparaîtra plus, car Yahweh sera ta lumière éternelle et les jours de ton deuil seront accomplis.  » (Is 60, 19-20)

5. De peur que mon ennemi ne dise  : j’ai prévalu contre lui  ; de peur que mes oppresseurs n’exultent parce que je suis ébranlé.

La joie de l’adversaire serait une joie sacrilège si Yahweh le laissait triompher. En effet, le verbe hébreu “ gyl ” employé ici désigne ordinairement la joie qui emplira le cœur des fidèles au jour de l’avènement du Messie. Tandis que l’impie, lui, se dit «  inébranlable d’âge en âge  » (Ps 10, 6), le psalmiste avoue  : «  Je suis ébranlé  ». Il n’est pourtant pas abattu  :

6. Mais moi, c’est en votre miséricorde que j’ai mis mon espoir, mon cœur exultera en votre Salut. Je chanterai à Yahweh parce qu’il se venge sur moi.

Ce verset est déjà une esquisse du Magnificat. La confiance du psalmiste est en effet fondée sur la miséricorde qui s’étend d’âge en âge (Lc 1, 50) depuis que Dieu l’a révélée à Moïse comme son Nom propre, pour ainsi dire, sur le mont Sinaï  : «  Yahweh, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en miséricorde et en fidélité.  » (Ex 34, 6; cf. Ps 5, 8; 6, 5) D’où la soudaine joie qui succède à la tristesse du début (v. 3), et supplante la joie sacrilège des impies.

«  Mon cœur exultera en votre Salut  », bîshû‘atèkha, pourrait se traduire  : «  en votre Jésus   » (cf. Lc 1, 47)

Pourquoi cette soudaine exultation messianique  ? «  Parce qu’il se venge sur moi  », gâmalâlây. Dans la Bible, le verbe hébreu “ gâmal ” est employé pour désigner la rétribution de Yahweh en fonction des actes de chacun, juste retour des choses, pour le fidèle (2 S 22, 21) comme pour l’impie  : «  Si vous exerciez sur moi votre vengeance, bien vite je la ferais retomber sur vos têtes  !  » (Jl 4, 4). C’est la loi du talion. Eh bien  ! le psalmiste l’applique ici au juste souffrant dans les deux sens. Innocent de tout péché, s’il souffre, c’est parce qu’il s’est offert pour la rédemption de son peuple comme l’a chanté l’Inconnu de l’Exil  : «  Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes… Yahweh a fait retomber sur lui nos fautes à tous.  » (Is 53, 5-6)

CONCLUSION

Le «  Salut  », c’est Jésus, «  lumière du monde  » (Jn 8, 12). Le Messie promis et attendu, Serviteur souffrant qui rachète son peuple, c’est Lui  ! Vers Lui se tourne l’Espérance messianique des fidèles yahwistes pendant les cinq siècles qui ont suivi le retour de l’exil. Le psalmiste, méditant sur les prophéties, annonce ici la joie du Messie au milieu de ses souffrances, parce qu’il s’offrira en victime, pour le salut de son peuple.

Frère Bruno de Jésus
Il est ressuscité  ! tome 6, n° 52, décembre 2006, p. 31-32

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