La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Psaume seizième (15)
L’Assomption de l’Épouse

L E psaume 16 conserva me, que nous chantons aux complies du mardi, et aux matines du Samedi saint, de la Fête-Dieu et du Précieux Sang, exprime avec une puissance, un enthousiasme bien dignes de David à qui il est dédié, la confiance du yahwiste fidèle dans la promesse sur laquelle s’achevait le psaume quinzième, de n’être «  jamais ébranlé   » (Ps 15, 5).

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  1. D’or, à David.
    Gardez-moi, mon Dieu, car je m’abrite en Vous.
  2. Tu as dit à Yahweh  : «  Mon Seigneur, c’est Vous, mon bonheur ne saurait être contre Vous.   »
  3. Aux saints qui sont sur la Terre, eux et leurs princes  : «  En eux, j’ai mis toute ma complaisance.   »
  4. Ils ont multiplié leurs idoles, ils ont couru après. Jamais je ne verserai leurs libations de sang, et jamais je ne porterai leurs noms à mes lèvres  !
  5. Yahweh est la part de mon lot et ma coupe. Vous détenez mon sort.
  6. Les cordeaux tombent pour moi sur des délices  ; oui, l’héritage est pour moi magnifique  !
  7. Je bénirai Yahweh qui me conseille. Même les nuits, mes reins m’instruisent.
  8. J’ai placé Yahweh devant moi sans relâche, car de sa droite, je suis inébranlable.
  9. C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui, et ma gloire a exulté. Oui, ma chair reposera en sécurité.
  10. Parce que Vous n’abandonnerez pas mon âme au shéol, Vous ne laisserez pas votre Saint voir la corruption.
  11. Vous me ferez connaître le sentier de la vie, la plénitude de la joie auprès de votre Face, délices éternelles par votre droite.
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VERSET 1. Les paroles de ce psaume sont «  d’or  », car elles émanent du Bien-Aimé dont «  la tête est un or pur  » (Ct 5, 11).

Il commence par un dialogue intérieur plein de confiance, exprimant l’espérance messianique qui habite les pauvres d’Israël au retour de l’Exil. Ils n’ont plus que Dieu pour refuge en qui «  s’abriter  », comme il a déjà été dit au début du psaume onzième  : «  En Yahweh, je m’abrite.  » (Ps 11, 1)

VERSET 2. «  Tu as dit  », au féminin dans l’hébreu, que le français ne peut rendre. C’est donc une femme qui s’adresse à Yahweh, l’épouse infidèle des allégories d’Osée (Os 1 – 3), de Jérémie (Jr 2 – 6), d’Ézéchiel (Ez 16), enfin repentante  : «  Il adviendra en ce jour-là, oracle de Yahweh, que tu m’appelleras “ Mon mari ”.  » (Os 2, 18)

VERSET 3. Elle s’adresse aussi «  aux saints qui sont sur la Terre  » sainte. Dieu seul est Saint, mais il communique sa sainteté à son peuple, «  royaume de prêtres, nation sainte  » (Ex 19, 6).

Voix de l’Époux, qui ne fait plus qu’un avec l’épouse. Ce verset, que le chanoine Osty décrétait «  texte corrompu qui défie toute tentative de traduction  », se retrouve dans un texte de Qumrân (4Q177), qui se traduit  : «  Les saints qui sont sur la terre, les nobles cœurs, en eux est toute ma joie.  » À Qumrân, les «  saints  » étaient les fidèles qui s’étaient éloignés de Jérusalem afin de lutter contre l’influence païenne envahissante.

VERSET 4. Le constat est amer  : en réponse à la «  complaisance  » de Yahweh, son peuple de «  saints  » a couru après les idoles. C’est toute l’histoire d’Israël et de ses infidélités  : «  Israël était une vigne luxuriante, qui donnait bien son fruit. Plus son fruit se multipliait, plus il a multiplié les autels  ; plus son pays devenait riche, plus riches il a fait les stèles.  » (Os 10, 1)

Réciter ce psaume nous engage à dire “ non ” aux idoles. On demandera  : “ Où voyez-vous des idoles dans la France moderne  ? ” Où  ? Mais elles pullulent  ! Combien de fois avons-nous entendu notre Père les dénoncer avec les accents de Jérémie et d’Ézéchiel  : «  Les idoles, ce n’est pas seulement le sexe, ou la drogue. Les idoles c’est la démocratie, les idoles, c’est “ l’homme ”, c’est la liberté.  »

À l’époque de Jérémie, les idoles, c’étaient les baalîm, c’était Astarté à qui l’on immolait des enfants, et le sang coulait au pied des stèles de ces idoles sous les yeux du peuple venu pour jouir du spectacle et des ébats érotiques qui l’accompagnaient, et y puiser une force qui donnait la richesse, la prospérité, le bonheur sur terre. Comme aujourd’hui l’avortement et, dans notre société socialiste de demain, plus encore.

Allons-nous abdiquer, nous aussi, nos convictions les unes après les autres pour prendre les idées du jour et plaire aux inspecteurs, aux commissaires, à tous les espions du gouvernement, et obtenir les revenants-bons, la fortune, les honneurs, etc.  ? Eh bien, non  ! Comme jadis les fidèles yahwistes revenus d’exil en un nouvel Exode, dans Jérusalem en proie aux cultes idolâtres des païens et des Samaritains, nous protestons de notre fidélité à Yahweh avec le psalmiste accomplissant pour sa part la prophétie d’Osée  : «  J’ôterai de sa bouche les noms des Baals, et on n’en prononcera plus les noms.  » (Os 2, 19)

VERSET 5. «  Dominus pars hæreditatis meæ et calicis mei, tu es qui restitues hæreditatem meam mihi.  » Cette antienne, chantée sur un air gallican par les prêtres du diocèse en retraite sacerdotale au séminaire de Troyes, pour renouveler leurs promesses cléricales, avait le don de bouleverser notre Père, l’abbé de Nantes, alors curé de Villemaur  :

«  J’ai été extrêmement frappé quand j’ai entendu ces prêtres chanter ce chant que je n’avais jamais entendu de ma vie. Je me disais  : que de courage, que de valeur, que de sacrifices il y a dans cette solidité du clergé diocésain, et des moines et des moniales au long de la vie, à travers les épreuves et les tentations et, quelquefois, les découragements, les déceptions, oui  ! les tentations. Et je me rappelle encore un de mes confrères, à qui je me confessais d’ailleurs depuis des années, qui était à côté de moi et qui chantait cela de plein cœur. Je les ai beaucoup admirés.

«  Et voilà pourquoi je fais chanter ce chant du “ Dominus pars ” aux frères, le jour de leur prise d’habit. Nous sommes dans la vallée de larmes, il ne faut pas l’oublier. Ce qui est paradoxal, c’est que ce refrain plein de la nostalgie du Ciel, de la nostalgie de notre jeunesse cléricale, où tout était beau, où nous étions pleins d’enthousiasme, eh bien, ce refrain est pris d’un psaume d’une allégresse formidable.  »

La «  part de mon lot  » évoque le partage de la Terre promise entre les tribus d’Israël, ici, le «  lot  » de terre que n’a pas reçu la tribu de Lévi puisque Yahweh est son lot  : «  Yahweh dit à Aaron  : “ Tu n’auras point de lot dans leur pays, il n’y aura pas de part pour toi au milieu d’eux. C’est moi qui serai ta part et ton lot au milieu des Israélites. ”  » (Nb 18, 20)

Les lévites vivent des offrandes apportées au sanctuaire. La «  part  » du lévite, du prêtre, fut restaurée par Néhémie au retour de l’Exil  : «  En ce temps-là, on préposa aux salles prévues pour les provisions, prélèvements, prémices et dîmes, des hommes qui y rassembleraient, du territoire des villes, les parts que la Loi alloue aux prêtres et aux lévites. Car Juda mettait sa joie dans les prêtres et les lévites en fonction.  » (Ne 12, 44)

Mais dans Jérusalem occupée par les idolâtres, la «  part  » des fidèles yahwistes, c’est Yahweh  ! Alors qu’un «  vent de colère  » sera «  la part de la coupe  » des impies (Ps 11, 6). Dire que Yahweh est la part de son lot consiste donc, pour le psalmiste, qu’il soit lévite ou non, à opposer sa profession de foi à l’apostasie de ceux qui invoquent des idoles.

«  Vous détenez mon sort.  » À l’origine, le «  sort  » (gôral ) désigne les dés que l’on jetait pour l’attribution des lots  : «  C’est le sort qui fera le partage du pays.  » (Nb 26, 55) À Qumrân, on désignait par le «  sort  » les titulaires de certaines fonctions ou “ services ”, conformément à d’anciennes traditions  : selon le premier Livre des Chroniques, chapitre 24 à 26, les “ classes ” de prêtres, de lévites, de portiers étaient tirées au sort, usage attesté par saint Luc à propos de Zacharie, le père de Jean-Baptiste (Lc 1, 9). C’est de cette façon que les Apôtres éliront Matthias pour remplacer Judas dans le collège apostolique (Ac 1, 15-26). Ici, le «  sort  » signifie la vocation que Dieu assigne à son fidèle.

VERSET 6. Le psalmiste reçoit en partage, dans son culte exclusif de Yahweh, les délices chantées par l’épouse du Cantique  : «  Que tu es beau, mon Bien-Aimé, combien délicieux  !  » (Ct 1, 16) Son «  héritage  » n’est autre que celui du Messie promis par le psaume 2  : «  Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, et pour domaine les extrémités de la terre.  » (Ps 2, 8)

Verset 7. «  Les nuits  » sont celles de l’épreuve, bonne conseillère (Ct 5, 2), qui prépare la venue du Messie par qui Yahweh se fait le conseiller et l’éducateur de l’épouse, selon la promesse d’Isaïe  : «  Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière  ; sur les habitants du sombre pays une lumière a resplendi […]. Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom  : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, Prince de paix.  » (Is 9, 1 et 5)

L’épouse entonne alors un chant de victoire, plein d’espérance.

VERSET 8. «  De sa droite   », l’Époux l’étreint tandis que sa gauche est sous sa tête (Ct 2, 6; 8, 3). Elle s’oppose ainsi à l’impie qui se croyait «  inébranlable, d’âge en âge, à l’abri du mal  » (Ps 10, 6).

VERSET 9. Dieu avait dit, au temps de ses infidélités  : «  C’est pourquoi je vais la séduire et la conduire au désert, où je parlerai à son cœur.  » (Os 2, 16)

Voici maintenant qu’après l’épreuve de l’Exil, il la console  : «  Parlez au cœur de Jérusalem, et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée, qu’elle a reçu de la main de Yahweh double punition pour ses péchés.  » (Is 40, 2)

L’épouse entre donc en partage de la «  gloire  » de l’Époux (Ps 7, 6). Sa «  gloire  » se confond avec celle de son Époux, comme promis  : «  Au-dessus de toi se lève Yahweh et sa gloire apparaît au-dessus de toi.  » (Is 60, 2) De telle sorte qu’elle chante  : «  Entraîne moi sur tes pas, courons  ! Le roi m’a introduite en ses appartements  ; tu seras notre joie et notre allégresse.  » (Ct 1, 4)

«  Ma chair reposera en sécurité.  » L’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie accomplira cette prophétie, en l’associant à la résurrection promise au Messie.

VERSET 10. Saint Pierre, dans son premier discours du jour de la Pentecôte (Ac 2), a cité ce psaume aux juifs du quartier essénien de Jérusalem, et cela suffit à en convertir trois mille, par la force de l’argument prophétique. «  Frères, il est permis de vous le dire en toute assurance  : le patriarche David est mort et a été enseveli, et son tombeau est encore aujourd’hui parmi nous.  » (Ac 2, 29) Saint Pierre citait ensuite le psaume dans la version grecque  ; aujourd’hui, depuis la découverte des manuscrits de Qumrân, nous soupçonnons les rabbins de Yabné, qui ont établi la version hébraïque “ canonique ”, après la mort de saint Pierre et la ruine de Jérusalem, d’avoir intentionnellement substitué au mot «  corruption  » celui de «  fosse  » ou «  tombeau  », car Jésus ayant été mis au tombeau, l’argument de saint Pierre en perd toute sa force.

Le «  Saint  » (hasîd ) est celui qui est choisi  : «  Et sachez que Yahweh a mis à part un saint pour Lui.  » (Ps 4, 4) Ce terme évoque la piété intégrale qui, à l’époque maccabéenne, anime les assidéens (hasîdîm ), «  hommes valeureux d’entre Israël et tout ce qu’il y avait de dévoué à la Loi  » (1 Mc 2, 42). Ils luttent pour leur foi jusqu’à la mort  ; leur piété les rend forts et sûrs de la résurrection (2 M 12, 43-45). Cette confiance inébranlable habitera le Messie, Serviteur de Yahweh qui, «  s’il offre sa vie en sacrifice expiatoire, verra une postérité et prolongera ses jours  » (Is 53, 10).

VERSET 11. Voilà le but de tous nos travaux qui nous détourne de la “ femme étrangère ”, parce que, «  de ceux qui vont à elle, pas un ne revient, ils ne rejoignent plus les sentiers de la vie  » (Pr 2, 19). Tandis que le Cœur Immaculé de Marie est le chemin qui nous conduit jusqu’à Dieu.

Frère Bruno de Jésus
Il est ressuscité  ! tome 7, n° 62, octobre 2007, p. 31-32

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