La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Psaume vingt-cinquième (24) :
Le secret de « Je suis »

S AINT Louis aimait à méditer ce psaume parce qu’il lui rappelait le jour de son sacre, 29 novembre 1226. «  Ad te levavi animam meam  », chantait l’introït de ce premier dimanche de l’Avent, que notre jeune saint roi traduisait  : «  Beau Sire Dieu, je lèverai mon âme à Toi, je me fie en Toi  !   »

*
  1. À David.
    Vers vous, Yahweh, j’élèverai mon âme.
  2. Mon Dieu, en vous j’ai espéré, que je n’aie pas honte  ; que mes ennemis n’exultent à ma place  !
  3. Aussi ceux qui vous attendent n’auront pas honte  ; ils auront honte tous ceux qui trahissent pour rien.
  4. Faites-moi connaître votre voie, instruisez-moi de vos sentiers.
  5. Faites-moi cheminer dans votre vérité et instruisez-moi car vous êtes le Dieu de mon salut, c’est vous que j’attends tout le jour.
  6. Souvenez-vous de vos entrailles, Yahweh, et de votre miséricorde, car elles sont depuis toujours.
  7. Ne vous souvenez pas des péchés de ma jeunesse ni de mes crimes  ; selon votre miséricorde, souvenez-vous en ma faveur, vous, à cause de votre bonté, Yahweh  !
  8. Bon et droit est Yahweh  ; c’est pourquoi il enseigne des pécheurs sur la voie.
  9. Il fait cheminer les humbles par une sentence équitable et il les instruit de sa voie.
  10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et vérité pour ceux qui gardent son Alliance et ses témoignages,
  11. à cause de votre Nom, Yahweh  ; et vous avez pardonné mon iniquité, car il est grand.
  12. Quel est celui-là, l’homme qui craint Yahweh  ? Il l’enseignera par une voie d’élection.
  13. Son âme reposera dans le bien, et sa descendance possédera la terre.
  14. Le secret de Yahweh est pour ceux qui le craignent  ! Et son Alliance, pour ceux qui le font connaître  !
  15. Mes yeux sans relâche sont tournés vers Yahweh, car il dégage mes pieds du filet.
  16. Tournez votre Face vers moi, et ayez pitié de moi, car moi, je suis délaissé et humilié.
  17. Les détresses de mon cœur se sont multipliées, de mes angoisses faites-moi sortir.
  18. Voyez mon humiliation et mon épreuve, et enlevez pour tous mes péchés.
  19. Voyez mes ennemis car ils sont nombreux, et ils me haïssent d’une haine violente.
  20. Gardez mon âme, et délivrez-moi, que je n’aie pas honte de m’abriter en vous.
  21. Innocence et droiture me protégeront car je vous ai attendu.
  22. Rachetez Israël de toutes ses détresses  !
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* *

1. À David.

Dont Saint Louis fut la “ figure postérieure ”.

Vers vous, Yahweh, j’élèverai mon âme.

Le verbe «  élever  » revenait six fois dans le psaume précédent. Ici, ce ne sont plus seulement les «  porches des frontons  » qui «  s’élèvent   » en présence de Yahweh, mais l’âme même du psalmiste, identifié au Messie qui s’exprime prophétiquement par sa voix.

2. Mon Dieu, en vous j’ai espéré, que je n’aie pas honte  ; que mes ennemis n’exultent à ma place  !

Le psalmiste exhale en effet ici la même imploration que dans le psaume 22 (v. 22, 2. 3. 6. 10), passant à la génération montante la torche inassouvie des espérances de toute la lignée d’Israël, des fidèles yahwistes qui «  ont espéré en vous [Yahweh], jamais en vain  » (Ps 22, 6).

«  Que mes ennemis n’exultent à ma place  », ce qui serait un renversement des rôles proprement sacrilège. Car l’exultation messianique (Ps 5, 12; 9, 3; 1 S 2, 1; Jn 8, 56) est le lot des yahwistes fidèles qui entretiennent en leurs foyers bien clos la flamme basse, courte, de leur antique espérance  :

3. Aussi ceux qui vous attendent n’auront pas honte  ; ils auront honte tous ceux qui trahissent pour rien.

Au paradis terrestre, «  Adam et Ève étaient nus et n’avaient pas honte l’un devant l’autre  » (Gn 2, 25). Après la révolte du péché originel, la «  honte  » devint le lot de ceux qui se rebellent contre Dieu, qui «  trahissent pour rien  » l’Alliance de Yahweh avec son peuple, lui préférant le culte des idoles (cf. Os 6, 7; Ez 16, 52). Pourtant, Jésus, nu comme un ver sur la Croix, n’aura pas honte, parce qu’il accomplira les Écritures (Ps 22, 7).

4. Faites-moi connaître votre voie, instruisez-moi de vos sentiers.

«  Instruisez-moi  »… de votre “ orthodromie ” qui me fera comprendre votre dessein, les raisons que vous avez de nous faire attendre le salut.

5. Faites-moi cheminer dans votre vérité et instruisez-moi car vous êtes le Dieu de mon salut, c’est vous que j’attends tout le jour.

Donnez vos ordres et le zèle pour les accomplir, afin que je ne «  reste pas dans la voie des pécheurs  » (Ps 1, 1), mais que je connaisse «  le sentier de la vie  » (Ps 16, 11), qui mène auprès du «  Dieu de mon salut  », yiše‘y, autrement dit «  de mon Jésus  ». Car «  l’attente des humbles prendra fin un jour  » (Ps 9, 19), quand paraîtra le fruit béni des entrailles virginales  :

6. Souvenez-vous de vos entrailles, Yahweh, et de votre miséricorde, car elles sont depuis toujours.

Les divines entrailles sont le siège de la miséricorde  ; elles frémissent de tendresse pour les pauvres de Yahweh qui attendent le Sauveur promis.

7. Ne vous souvenez pas des péchés de ma jeunesse ni de mes crimes  ; selon votre miséricorde, souvenez-vous en ma faveur, vous, à cause de votre bonté, Yahweh  !

Yahweh est comme une mère, toute tendresse pour son enfant, même coupable, dont le premier des «  crimes  » fut le péché originel (Ps 19, 14), suivi de tous ceux de l’humanité en général, et d’Israël en particulier.

8. Bon et droit est Yahweh  ; c’est pourquoi il enseigne des pécheurs sur la voie.

Dans le psaume premier, les impies vont droit à leur châtiment par une «  sentence équitable  » (Ps 1, 5). Y aurait-il maintenant une rédemption possible même pour les pécheurs  ? Oui, à condition qu’ils invoquent la miséricorde de Dieu, qu’ils deviennent «  humbles  ».

9. Il fait cheminer les humbles par une sentence équitable et il les instruit de sa voie.

La seule condition pour suivre ce “ chemin ” est d’être fidèle à l’Alliance conclue jadis avec David, et de croire aux témoignages des prophètes qui en rappellent les termes de génération en génération  :

10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et vérité pour ceux qui gardent son Alliance et ses témoignages,

«  Alliance  »  : abrahamique, mosaïque, davidique. Premier emploi du mot dans le psautier.

11. à cause de votre Nom, Yahweh  ; et vous avez pardonné mon iniquité, car il est grand.

Le grand Nom de Yahweh fut révélé à Moïse, gage d’Alliance indéfectible.

L’ «  iniquité  » fut celle des amours de David avec Bethsabée (cf. Ps 18, 24), et plus encore le péché que ce roi commit dans sa vieillesse  : «  Après cela, le cœur de David lui battit d’avoir recensé le peuple et David dit à Yahweh  : “ C’est un grand péché que j’ai commis  ! Maintenant, Yahweh, veuille pardonner cette iniquité à ton serviteur, car j’ai commis une grande folie. ”  » (2 S 24, 10)

12. Quel est celui-là, l’homme qui craint Yahweh  ? Il l’enseignera par une voie d’élection.

Le Messie sera ce serviteur de Yahweh, son élu (Is 42, 1), imbu de la crainte de Yahweh (Is 11, 2).

13. Son âme reposera dans le bien, et sa descendance possédera la terre.

«  Son âme reposera  », comme le bien-aimé du Cantique sur le sein de son Épouse  : «  Mon bien-aimé est un sachet de myrrhe, qui repose entre mes seins.  » (Ct 1, 13) Mais c’est en vue d’une conquête, promise à leur postérité, de la Terre sainte purifiée de toutes ses idolâtries. Au retour de l’Exil, telle était l’attente des yahwistes fidèles.

14. Le secret de Yahweh est pour ceux qui le craignent  ! Et son Alliance, pour ceux qui le font connaître  !

Le mot de «  secret  », au sens de “ mystère de Dieu ”, est au centre de ce psaume, et nous permet de le dater de la toute fin de l’Ancien Testament, contemporain du livre de la Sagesse, comme aussi des écrits de Qumrân, où ceux qui craignent Dieu s’opposent aux impies comme à ceux qui «  ignorent les secrets de Dieu  » (Sg 2, 22).

15. Mes yeux sans relâche sont tournés vers Yahweh, car il dégage mes pieds du filet.

«  Ô mon Dieu, ô Père, je lève les yeux vers vous qui habitez dans les Cieux, vers vous je lève les yeux et j’implore la fin de l’épreuve et j’attends, j’espère le jour nouveau.  » (G. de Nantes, Pages mystiques, n° 18, p. 77)

L’épreuve du serviteur de Dieu est la même au long des siècles, et c’est pourquoi les psaumes, prière inspirée, sont la prière de l’Église.

16. Tournez votre Face vers moi, et ayez pitié de moi, car moi, je suis délaissé et humilié.

Dans le psaume 22, le Messie implorait Yahweh dans sa déréliction avec des termes semblables  : «  Car Yahweh n’a point méprisé ni dédaigné l’humilité de l’humilié, et il ne lui a pas caché sa Face, mais il a écouté son cri vers Lui.  » (Ps 22, 25)

17. Les détresses de mon cœur se sont multipliées, de mes angoisses faites-moi sortir.

«  Abrégez les temps de notre épreuve car tout croule et s’en va au torrent des fleuves débordés, terres inondées, maisons englouties.  » (Georges de Nantes, ibid., p. 78)

18. Voyez mon humiliation et mon épreuve, et enlevez pour tous mes péchés.

Tel est bien le secret de Yahweh  : son Messie sera un Messie souffrant, qui rachètera son peuple par son humiliation, en portant sur lui «  le péché des multitudes  », comme l’avait annoncé l’Inconnu de l’Exil (Is 53, 12).

19. Voyez mes ennemis car ils sont nombreux, et ils me haïssent d’une haine violente.

Dès le début (Ps 2, 1-3; Ps 3, 2 et passim), les psaumes révèlent que l’histoire est un combat contre les ennemis de Yahweh et de son Oint, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament.

20. Gardez mon âme, et délivrez-moi, que je n’aie pas honte de m’abriter en vous.

Cette supplication fait inclusion avec le verset 2 (cf. Ps 16, 1).

21. Innocence et droiture me protégeront car je vous ai attendu.

Touchante supplication du Messie, l’Innocent, qui porte les péchés des autres (v. 18). Malgré les terribles épreuves pour la foi des fidèles yahwistes, leur espérance reste intacte  : «  Je vous ai attendu  ».

22. Rachetez Israël de toutes ses détresses  !

«  Ils connurent le fouet babylonien, ils tombèrent sous les flèches des Parthes et des Mèdes, se crurent délivrés par les cavaliers de Cyrus. Mais le joug des Perses s’appesantit jusqu’aux jours d’Alexandre, qui le brisa pour y mettre celui des Grecs, pire.  » (Georges de Nantes, ibid., p. 79)

Le mot «  détresse  » caractérise la condition d’oppression de l’Exil. Elle dure encore au moment où va paraître Jésus pour nous libérer du péché et nous conduire jusqu’à la Terre promise du Ciel. Le mot dit toute notre condition présente. C’est pourquoi nous récitons ce psaume avec confiance, avec la certitude de voir le triomphe du Cœur Immaculé de Marie à l’heure de Dieu.

Frère Bruno de Jésus-Marie
Il est ressucité  ! n° 106, juin 2011 p. 25

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