La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Psaume troisième
Annonciation

  1. Psaume à David,
    lorsqu’il fuyait devant Absalom son fils.
  2. Yahweh, qu’ils sont nombreux mes ennemis,
    Nombreux ceux qui se lèvent contre moi,
  3. Nombreux ceux qui disent à mon âme au sujet
    d’Élohim  : «  Point de salut en Lui  !  »
  4. Mais Vous, Yahweh, Vous êtes un bouclier autour
    de moi, ma gloire et Celui qui exalte mon Chef.
  5. Ma voix est auprès de Yahweh, j’appelle
    et il m’exaucera de sa montagne sainte.
  6. Moi, je me couche et m’endors  ;
    je me réveille parce que Yahweh me soutient.
  7. Je ne crains pas les myriades d’un peuple qui,
    alentour, sont rangées contre moi.
  8. Levez-Vous, Yahweh  ! Sauvez-moi, mon Dieu  !
    Car Vous avez battu tous mes ennemis tel une
    mâchoire. Vous avez fracassé les dents des impies.
  9. En Yahweh est le Salut,
    sur votre peuple, votre Bénédiction.
*
*   *

Le verset 1 est le titre du poème  : «  Psaume  » désigne un chant accompagné d’un instrument à cordes. «  À David  », et non pas «  de David  ». En effet, en hébreu, la préposition lamed correspond au datif grec ou latin  ; elle n’exprime donc pas l’origine, contrairement à la traduction qu’on lui donne ordinairement, mais la destination  : ce poème est dédié «  à David  », père et figure du Messie qui doit venir. Non pas à David triomphant, mais à David en fuite devant ses ennemis  :

2. Yahweh, qu’ils sont nombreux mes ennemi.
Nombreux ceux qui se lèvent contre moi,

Le parallèle avec les premiers versets du psaume deuxième s’impose ici, d’autant que l’allusion à “ Absalom ” met en scène un «  prince  » véritablement révolté «  contre Yahweh et contre son Oint  » (Ps 2, 1-2). Ce contact permet de dater ce psaume troisième du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

3. Nombreux ceux qui disent à mon âme au sujet d’Élohim  :
«  Point de salut en Lui  !  »

Les ennemis de Yahweh et de son Messie se moquent du fidèle yahwiste, comme dans le psaume premier, et raillent son attente d’un salut donné par Dieu. Il nous est facile d’identifier ces impies  : au quatrième siècle avant Jésus-Christ, les fidèles yahwistes sont en butte aux faux frères samaritains, schismatiques, et aux païens envahisseurs, idolâtres, qui invoquent «  Dieu  » sous le nom commun d’ «  Élohim  ». Situation dramatique, figurative de l’affrontement de Jésus cerné par la meute des sadducéens, des scribes et des pharisiens, trois cents ans plus tard, à Jérusalem.

Mais Yahweh ne les laissera pas l’emporter  :

4. Mais Vous, Yahweh, Vous êtes un bouclier autour
de moi, ma gloire et Celui qui exalte mon Chef.

Toute l’histoire sainte défile en une phrase, selon le procédé anthologique cher aux psalmistes.

«  Un bouclier  »  : Yahweh l’avait promis à Abraham. «  Ne crains pas Abram  ! Je suis ton bouclier, ta récompense sera grande.  » (Gn 15, 1) L’image est parlante. Avec son bouclier, le combattant se garde des coups qu’il voit venir, en avant, à droite, à gauche. Mais Yahweh l’entoure de toutes parts, le protégeant même des coups venus de l’arrière  !

«  Ma gloire  »  : la Gloire de Dieu, les Hébreux la contemplèrent durant l’Exode, dans le désert  : «  L’aspect de la Gloire de Yahweh était celui d’une flamme dévorante au sommet de la montagne.  » (Ex 24, 17) Le reflet de cette Gloire rayonnait du visage de Moïse lorsqu’il redescendit de la montagne du Sinaï (Ex 34, 29). Ainsi, le psalmiste présente le Messie attendu comme un nouveau Moïse.

«  Mon chef  »  : le mot hébreu est aussi ambigu que notre mot français “ chef ”, synonyme à la fois de «  tête  » et d’ «  autorité  » (Is 7, 8-9). Ici, le sens nous est suggéré par le titre  : «  Psaume à David, lorsqu’il fuyait devant Absalom son fils.  » Depuis le retour de l’Exil, il n’y a plus de roi à Jérusalem, situation déjà figurée par la fuite de David, cinq cents ans auparavant, privant un moment Jérusalem de son roi. Au quatrième siècle avant Jésus-Christ, le psalmiste aspire au retour du roi fils de David, comme les gens de Jérusalem fidèles à David aspiraient jadis à son retour lorsqu’il était en fuite.

Sa prière sera exaucée lorsque Yahweh-Dieu descendra sur la terre pour prendre lui-même la tête de son peuple, en la Personne de son Fils, Jésus-Christ, Christ-Roi.

«  Celui qui exalte mon Chef  »  : Jésus accomplira en effet à la lettre ce que ce psaume annonce lorsqu’Il sera «  exalté   » de terre sur la Croix, afin d’attirer tout à Lui, comme l’avait prophétisé Isaïe, à propos du Serviteur de Yahweh  : «  Voici que mon Serviteur sera intelligent, il se lèvera, grandira et sera prodigieusement exalté.  » (Is 52, 13).

5. Ma voix est auprès de Yahweh, j’appelle
et il m’exaucera de sa montagne sainte.

Ces paroles sont à mettre dans la bouche du Messie, Fils de David, celui dont Yahweh dit dans le psaume deuxième  : «  Et moi, j’ai sacré mon roi sur Sion, ma montagne sainte.  » (Ps 2, 6) L’enchaînement du psaume deuxième au psaume troisième est donc indéniable, et il nous laisse pressentir l’unité du psautier, recueil de chants et de prières des fidèles yahwistes, exprimant leur attente du Messie, dans l’abandon où ils sont, n’ayant plus de chef spirituel ni temporel. Ce Messie sera fils d’Abraham, il sera un nouveau Moïse, il sera le fils de David, il sera le Serviteur de Yahweh.

Comment cela se fera-t-il  ? Nul ne peut le dire, puisque la dynastie s’est éteinte avec le dernier roi de Juda, le petit Joaqîn, qui avait huit ans à son avènement, régna trois mois et fut déporté avec la reine sa mère pour expier, dans les geôles de Babylone, les crimes de son peuple.

6. Moi, je me couche et m’endors  ;
je me réveille parce que Yahweh me soutient.

C’est vraiment le sommeil du juste. Avec une fine allusion au sommeil d’Élie, le prophète. Après avoir identifié le Messie à Abraham dont Dieu se fit le bouclier, à Moïse dont le visage rayonnait la Gloire, à David dont Yahweh lui-même a exalté le Chef, voici la figure d’Élie, le Tishbite, mimant à l’avance la mort et la résurrection du Christ.

Après le massacre des prêtres de Baal sur le mont Carmel, la reine Jézabel voulut se venger et tuer le prophète Élie. Celui-ci eut peur, «  se leva et partit pour sauver sa vie […]. Il marcha dans le désert un jour de chemin et il alla s’asseoir sous un genêt. Il souhaita de mourir et dit  : “ C’en est assez maintenant Yahweh  ! Prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères. ” Il se coucha et s’endormit. Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit  : “ Lève-toi et mange  ”.  » (1 R 19, 3-5) Ainsi réconforté, Élie reprit son chemin vers l’Horeb. Il rencontra Yahweh sur cette montagne, et Yahweh lui signifia son ordre de retour en Israël. Ainsi en sera-t-il du Messie, annonce le psalmiste. Jésus accomplira en effet cette prophétie lors de sa Passion  : accablé au jardin des Oliviers, réconforté par un Ange et se relevant pour se coucher sur la Croix, s’y endormir et s’éveiller le troisième jour…

7. Je ne crains pas les myriades d’un peuple qui,
alentour, sont rangées contre moi.

C’est encore une allusion à la victoire de David sur Goliath, le Philistin, qui fit chanter aux femmes de toutes les villes d’Israël  : «  Saül a tué ses milliers, et David ses myriades.  » (1 S 18, 7) Cette victoire et toutes celles qui suivirent, furent acquises par la grâce de Yahweh, accordant à David «  le repos alentour face à ses ennemis  » (2 S 7,1).

8. Levez-Vous, Yahweh  ! Sauvez-moi, mon Dieu  !
Car Vous avez battu tous mes ennemis tel une
mâchoire. Vous avez fracassé les dents des impies.

Dans le désert, Moïse faisait la même prière  : «  Quand l’arche partait, Moïse disait  : “ Levez-vous, Yahweh, que vos ennemis se dispersent, que ceux qui vous haïssent fuient devant vous  ”.  » (Nb 10, 35)

Cette intervention victorieuse de Yahweh est comparée à l’action d’une «  mâchoire  », par allusion à une victoire de Samson sur les Philistins, au temps des Juges. Les Philistins fondaient sur lui pour le tuer, alors qu’il était ligoté par la trahison de faux frères. Mille ans après, au quatrième siècle, telle est exactement la condition des yahwistes. Or, «  l’esprit de Yahweh fondit sur Samson, les cordes qu’il avait sur les bras furent comme des fils de lin brûlés au feu et les liens semblèrent avoir fondu de ses mains. Avisant une mâchoire d’âne encore fraîche, il étendit la main, la ramassa et avec elle il abattit mille hommes. Samson dit alors  : “ Avec une mâchoire de rosse, je les ai bien rossés. Avec une mâchoire de rosse, j’ai battu mille hommes. ”  » (Jg 15, 14-16)

De même, dans son espérance invincible, le psalmiste voit déjà comme accomplie l’action retentissante par laquelle Yahweh «  fracassera les dents des impies  ». Vengeance conforme à la loi du Talion  : «  Œil pour œil, dent pour dent.  » (Ex 21, 24) L’offense des impies à Yahweh, seul vrai Dieu, seul sauveur, ne mérite pas autre chose. C’est la réponse à ceux qui se moquaient, disant au sujet d’Élohim  : «  Point de salut en lui  !  » (v. 3)

9. En Yahweh est le Salut,
sur votre peuple, votre Bénédiction.

«  Le salut  »  : en hébreu, ha-yešû‘â ”, «  le Jésus  ». On ne peut trouver annonce plus littérale de l’avènement de Jésus trois cents ans à l’avance  : «  Oui, c’est en Yahweh qu’est le Jésus.  » à cause de la bénédiction à Abraham  : «  En toi seront bénies toutes les nations.  » (Gn 12, 1-3) Le salut promis par Dieu adviendra  ; le psalmiste lui donne par avance le nom que l’ange Gabriel indiquera à Marie et à Joseph  !

Frère Bruno de Jésus
Il est ressuscité  ! tome 4, n° 20, mars 2004, p. 21-22

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