La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Psaume septième
Il reviendra

  1. Lamentation à David qui chanta à Yahweh.
    Sur des paroles de Kush le Benjaminite.
  2. Yahweh mon Dieu, en Vous je m’abrite.
    Sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi  !
  3. De peur qu’il ne taille en pièces mon âme comme un lion qui déchire, et personne pour délivrer  !
  4. Yahweh mon Dieu, si j’ai fait ceci  : s’il y a de l’iniquité sur mes mains,
  5. si j’ai rendu le mal à qui était en paix avec moi, et dépouillé qui me haïssait sans cause,
  6. qu’un ennemi persécute mon âme et qu’il atteigne et piétine à terre ma vie, et que ma Gloire habite la poussière  !
  7. Levez-vous Yahweh, avec votre colère, dressez-vous contre la superbe de mes adversaires  ! Éveillez-vous, mon Dieu, établissez le droit  !
  8. Que l’assemblée des peuples vous environne et, au-dessus d’elle, sur la hauteur, revenez  !
  9. Yahweh jugera les peuples. Faites-moi droit, Yahweh, selon ma justice et selon mon innocence, contre moi  !
  10. Que prenne fin la méchanceté des impies, et Tu resteras “ juste et Celui qui sonde les cœurs et les reins ”, Élohim juste.
  11. Mon bouclier contre Élohim, c’est  : “ celui qui sauve ” les cœurs droits.
  12. Élohim est un juste juge et un Dieu courroucé tous les jours.
  13. S’Il ne revient pas, c’est qu’Il aiguise son épée. Il tend son arc et le prépare,
  14. et lui ajuste des armes de mort. Il fabrique ses flèches pour les poursuivants.
  15. Voici  : «  Il est en mal d’iniquité, et il conçoit le méfait, et il enfante le mensonge.
  16. Il ouvre une fosse et il la creuse, et il tombe dans la fosse qu’il fabrique.   »
  17. Il reviendra. Sa peine est sur sa tête, et sa violence retombera sur son crâne.
  18. Je louerai Yahweh comme sa justice. Et je chanterai le nom de Yahweh Très-Haut.
*
* *

Les auteurs s’accordent pour faire de ce psaume une pièce hétéroclite, composée de «  deux protestations d’innocence fusionnées  » (Bible de Jérusalem). Ce qui en écache la pointe et en voile la lumière précieuse et la merveilleuse nouveauté  : plutôt que la stricte application du talion, le Messie réclame l’intervention du Juge céleste en s’inspirant des poèmes du Serviteur.

Au verset 1, la dédicace annonce une lamentation du Messie, fils de David, seule espérance des yahwistes fidèles au milieu des persécutions que leur infligent leurs ennemis. Les «  paroles  » sont signées  : Kush, de la tribu de Benjamin.

PREMIÈRE PARTIE

LE CHRIST AUX OUTRAGES

Verset 2  : le Messie exhale sa plainte. En vertu de la promesse qui conclut le psaume cinquième  : «  Alors ils seront joyeux tous ceux qui s’abritent en Vous, ils crieront de joie à jamais et Vous les protégerez  » (Ps 5, 12), il lance un appel plein de confiance à Yahweh, repris du psaume troisième  : «  Oui, en Yahweh est le salut.  » (Ps 3, 9)

Ainsi s’affirme l’unité et la continuité du recueil des Psaumes, reflet du grand combat de Dieu et de son “ Oint ” contre leurs ennemis communs (Ps 2), que sont les Samaritains schismatiques ligués contre les yahwistes fidèles, depuis le retour de l’Exil, comme nous l’avons expliqué en commentant le psaume cinquième ( Il est ressuscité no 22, p. 23-24 ).

Au verset 3, le passage du pluriel au singulier personnifie «  ceux qui me persécutent  » (v. 2), derrière lesquels se cache «  le Diable  » qui, «  comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer  » (1 P 5, 8).

Au verset 4, le psalmiste persécuté fait son examen de conscience, et le verset 5 explicite en quoi consiste «  l’iniquité  » sur laquelle il s’examine  : non seulement rendre le mal pour le bien, mais aussi rendre «  vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied  » ( Ex 21, 23-24). Voilà quelque chose de nouveau  ! L’auteur inspiré considère la loi du talion comme une «  iniquité  ». Rendre le mal pour le mal, voilà le mal qui appelle un châtiment explicité par le verset 6.

Verset 6  :l’expression «  ma Gloire  » vaut une signature, car elle désigne l’attribut de Dieu lui-même, mais elle est aussi propre au Serviteur de Yahweh comme nous l’avons vu dans les psaumes troisième et quatrième. «  Enfants des hommes, jusques à quand ma Gloire sera-t-elle outragée  ?  » (Ps 4, 3) Ici, il semble qu’il mette sa «  Gloire  » à se laisser lui-même piétiner plutôt que de faire tort à autrui.

DEUXIÈME PARTIE

L’APPEL AU JUGEMENT DE DIEU

Au verset 7,nous retrouvons l’appel à une intervention victorieuse de Yahweh, déjà exprimé dans le psaume troisième  : «  Levez-vous Yahweh  ! Sauvez-moi mon Dieu  !  » (Ps 3, 8)

«  Avec votre colère  »  : comme dans le psaume deuxième, la «  colère  » de Yahweh est instrumentale, médicinale, pédagogique (Ps 2, 5).

Du coup, la supplication du psalmiste se fait plus pressante, inspirée de l’Inconnu de l’Exil  :

«  Éveille-toi, éveille-toi  ! Revêts-toi de force, bras de Yahweh. Éveille-toi comme aux jours d’autrefois, des générations de jadis.  » (Is 51, 9)

«  Établissez le droit (mishpât ).  » Cette prière est un appel à accomplir la promesse du premier chant du Serviteur  : «  Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que préfère mon âme. J’ai mis sur lui mon esprit pour qu’il fasse sortir pour les nations le droit (mishpât ).  » (Is 42, 1)

8. Que l’assemblée des peuples vous environne et, au-dessus d’elle, sur la hauteur, revenez  !

Appel au “ retour ” de Yahweh pour un jugement grandiose, solennel, cosmique. Que tous les peuples, révoltés «  contre Yahweh et contre son Oint  » (Ps 2, 2), se rassemblent, et «  les impies ne tiendront pas debout en présence d’une sentence équitable, ni les pécheurs au milieu de l’assemblée des justes  » (Ps 1, 5).

L’Inconnu de l’Exil avait prophétisé ce jugement en faveur du Serviteur outragé, dans son troisième chant  : «  Il est proche, celui qui me justifie. Qui va plaider contre moi  ? Comparaissons ensemble  ! Qui est mon adversaire  ? Qu’il s’approche de moi  ! Voici que le Seigneur Yahweh va me venir en aide, quel est celui qui me condamnerait  ? Les voici tous qui s’effritent comme un vêtement, rongés par la teigne.  » (Is 50, 8-9)

9. Yahweh jugera les peuples. Faites-moi droit, Yahweh, selon ma justice et selon mon innocence, contre moi  !

«  Faites-moi droit (mishpât )  », en vertu de l’affirmation du deuxième chant du Serviteur  : «  En réalité, mon droit (mishpât ) subsistait auprès de Yahweh.  » (Is 49, 4) Cette référence donne un sens à la finale que les auteurs omettent, avouant ne pas comprendre. En effet, la justice et l’innocence du Messie jouent «  contre  » lui, selon le quatrième chant  : «  Alors qu’il n’a jamais fait de tort ni de sa bouche proféré de mensonge, Yahweh s’est plu à l’écraser par la souffrance.  » (Is 53, 9-10)

10. Que prenne fin la méchanceté des impies, et Tu resteras “ juste et Celui qui sonde les cœurs et les reins ”, Élohim juste.

C’était déjà toute l’espérance du prophète Jérémie, au milieu des persécutions  : «  Yahweh Sabaoth, qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs, je verrai ta vengeance contre eux, car c’est à toi que j’ai exposé ma cause.  » (Jr 11, 20)

11. Mon bouclier contre Élohim, c’est  : “ celui qui sauve ” les cœurs droits.

12. Élohim est un juste juge et un Dieu courroucé tous les jours.

Dans le psaume troisième, le Messie disait  : «  Mais vous Yahweh, vous êtes un bouclier autour de moi.  » (Ps 3, 4) C’est donc Yahweh-Dieu qui est ce bouclier… contre Dieu  ? Comment comprendre  ? La clef du mystère réside dans le nom donné au «  bouclier  », tiré de la racine yasha‘, «   sauver  », comme le nom de “  Jésus ”. De telle sorte qu’on pourrait traduire ainsi  : «  Mon bouclier contre Élohim, c’est  : le Jésus des cœurs droits  »  ! Jésus, Fils de Dieu, Dieu lui-même, a accompli cette prophétie en se faisant notre «  bouclier  » contre «  un Dieu courroucé tous les jours  », à cause de nos péchés. Affleure déjà, au détour de ce verset, tout le mystère de la Rédemption à l’œuvre jusqu’à la fin des jours  !

TROISIÈME PARTIE

L’AVÈNEMENT DU MESSIE

13. S’Il ne revient pas, c’est qu’Il aiguise son épée. Il tend son arc et le prépare,

14. et lui ajuste des armes de mort. Il fabrique ses flèches pour les poursuivants.

Yahweh est le sujet de tous les verbes de ces deux versets, et l’avertissement est inspiré de la prophétie de l’Inconnu de l’Exil dans le deuxième chant du Serviteur  : «  Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a abrité à l’ombre de sa main  : il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois.  » (Is 49, 2)

Comme nous l’avons établi à propos du psaume cinquième, Yahweh n’est pas encore «  revenu  » de sa colère, même après le «  retour  » de l’Exil. Pourquoi  ? Voici  :

15. Voici  : «  Il est en mal d’iniquité, et il conçoit le méfait, et il enfante le mensonge.

Le sujet des verbes est le méchant, dont la «  superbe  » est cause de la «  colère  » persistante de Yahweh (v. 7).

16. Il ouvre une fosse et il la creuse, et il tombe dans la fosse qu’il fabrique.  »

Il s’agit ici d’un jugement proverbial, à la manière très imagée des sentences que l’on trouve dans les écrits sapientiaux du quatrième siècle avant notre ère, donc contemporains des Psaumes. Par exemple, au livre des Proverbes  : «  Qui creuse une fosse y tombe, qui roule une roche, elle revient sur lui.  » (Pr 26, 27)

Tout cela «  afin qu’il sache que l’on est châtié par où l’on pèche.  » (Sg 11, 16)

17. Il reviendra. Sa peine est sur sa tête, et sa violence retombera sur son crâne.

Le sujet du premier verbe est Yahweh. Son “ retour ”, objet de cette action de grâces anticipée, consistera dans l’avènement du Messie promis, seul «  bouclier  » au temps de la «  colère  » qui demeure suspendue sur la «  tête  » du méchant, objet de la deuxième phrase.

18. Je louerai Yahweh comme sa justice. Et je chanterai le nom de Yahweh Très-Haut.

Comme nous sommes loin du pharisaïsme  : ce n’est pas ma propre justice qui me sauve  ! Nous sommes aussi très loin de la loi du talion  : il ne s’agit pas de se faire justice soi-même, puisque c’est Yahweh lui-même qui est notre justice. Ce psaume est déjà tout près de l’Évangile  : «  Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés.  » (Mt 7, 1)

Frère Bruno de Jésus
Il est ressuscité  ! tome 4, n° 25, août 2004, p. 31-32

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