La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Psaume neuvième
Jésus ! Marie !

A U deuxième nocturne des matines du dimanche, le psaume neuvième est un magnifique prolongement du psaume huitième, à la gloire du Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de sa Sainte Mère. À partir de ce psaume, commence un décalage entre l’hébreu et le latin, entre la numérotation des psaumes dans notre bréviaire et celle de la Bible hébraïque, le psaume dixième hébreu se trouvant réuni au psaume neuvième dans la version des Septante et la Vulgate. À tort ou à raison  ? Il est impossible d’en décider. Et d’ailleurs inutile. Les exégètes qui réunissent ces deux psaumes en un seul, n’hésitent pas à taxer ensuite cet ensemble de «  composition incohérente  », où il ne faudrait pas chercher une suite normale dans les pensées ni dans le développement, à moins de lui rendre l’ordonnance qu’ils se font fort de lui rendre  ! Oubliant «  qu’ils ne sont que des hommes  », comme le dit le verset vingt et unième de ce même psaume. Mais celui qui cherche modestement le sens de ce poème découvre un trésor.

*
  1. Au maître de chant, sur la mort, au Fils, psaume à David.
  2. Je loue Yahweh de tout mon cœur. Je publie tous vos prodiges.

DANS L’ATTENTE DE SON RETOUR

  1. Je me réjouis et j’exulte en Vous  ; je chante votre Nom, ô Très-Haut  !
  2. Lors du “ Retour ”, mes ennemis tomberont à la renverse et disparaîtront devant votre Face,
  3. Parce que vous m’avez fait droit, et Vous avez siégé sur le trône en juste juge de ma cause.
  4. Vous avez menacé les nations, vous avez fait disparaître l’impie  ; Vous avez effacé leur nom pour les siècles des siècles.
  5. Les épées de l’ennemi  : fini pour toujours  ! Vous avez renversé des villes dont on n’a même plus souvenir.
  6. Tandis que Yahweh siège à jamais, Il a fondé son trône sur le droit.
  7. Et c’est lui qui gouverne le monde avec justice  ; Il juge les peuples avec droiture.

DANS L’ATTENTE DE JÉSUS ET DE MARIE

  1. Et Yahweh est un rempart pour l’écrasé, un rempart aux temps de la détresse.
  2. «  Qu’ils espèrent en Vous, ceux qui connaissent votre Nom, parce que vous n’abandonnez pas ceux qui vous cherchent, Yahweh  !  »
  3. Faites un psaume pour Yahweh qui réside à Sion. Racontez aux peuples ses hauts faits,
  4. Parce que Celui qui demande compte des sangs se souvient d’eux  ; Il n’est pas sourd au cri des humiliés  :
  5. «  Ayez pitié de moi, Yahweh, voyez l’humiliation où me tiennent ceux qui me haïssent  ! faites-moi remonter des portes de la mort.
  6. «  Pour que je publie toutes vos louanges aux portes de la fille de Sion, qu’en votre Salut je jubile.   »

CHANT DE VICTOIRE

  1. Les nations se sont enfoncées dans la fosse qu’elles ont faite  ; au filet qu’elles ont caché, leur pied s’est trouvé pris.
  2. Yahweh s’est fait connaître, il a fait droit par l’œuvre de Ses mains en saisissant l’Impie  :
  3. «  Qu’ils se convertissent, les impies  ! Au Shéol, toutes les nations qui ont oublié Dieu  !
  4. «  Car ce n’est pas pour toujours qu’est oublié l’indigent  ; l’attente des humbles prendra fin un jour  !   »
  5. Levez-vous Yahweh  ! Qu’un homme ne l’emporte pas  ! Que les nations soient jugées en votre présence.
  6. Frappez-les de terreur, Yahweh. Qu’ils sachent, ces païens, qu’ils ne sont que des hommes  !
*
* *

1. Au maître de chant, sur la mort, au Fils, psaume à David.

Les exégètes avouent ne pas comprendre cette introduction, et proposent différentes traductions assez hétéroclites, perdant simplement de vue que l’objet constant de la méditation des psalmistes est ce «  Fils  », fils de David, mais aussi Fils de Dieu puisque Yahweh lui a dit  : «  Tu es mon Fils. Moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.  » (Ps 2, 7)

Cette dédicace donne d’emblée au psaume neuvième une couleur tragique, dédiant «  au Fils  » une méditation «  sur la mort  »,… au Fils de Dieu lui-même  ? Comment est-il question de «  mort  » à son sujet  ?

2. Je loue Yahweh de tout mon cœur. Je publie tous vos prodiges.

Cela commence pourtant comme un chant de louange, au souvenir des «  prodiges  » accomplis par Dieu au vu et au su du peuple d’Israël, «  des prodiges tels qu’il n’en a été accompli dans aucun pays ni aucune nation  » (Ex 34, 10).

De fait, la suite évoque toute l’histoire de l’Alliance de Yahweh avec Israël.

DANS L’ATTENTE DE SON RETOUR

3. Je me réjouis et j’exulte en Vous  ; je chante votre Nom, ô Très-Haut  !

L’invocation du «  Très-Haut  » nous transporte au temps d’Abraham, lorsque «  Melchisédech, roi de Shalem, apporta du pain et du vin ; il était prêtre du Dieu Très-Haut. Il prononça cette bénédiction   : “ Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut qui créa ciel et terre, et béni soit le Dieu Très-Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains. ”  » (Gn 14, 18-20)

C’est exactement de quoi se «  réjouit  » ici le Messie, imitant Abraham dont Jésus dira aux juifs qu’il «  exulta à la pensée de voir mon Jour  » (Jn 8, 56)  :

4. Lors du “ Retour ”, mes ennemis tomberont à la renverse et disparaîtront devant votre Face,

Le mot “ Retour ” désigne l’Exode, la sortie d’Égypte de la descendance d’Abraham par laquelle, sous la conduite de Moïse, Yahweh délivra son peuple du joug des Égyptiens, le guida à travers le désert, et fit Alliance avec lui sur le mont Sinaï pour le ramener vers la Terre qu’il avait promise à Abraham. Alors, «  Yahweh culbuta les Égyptiens au milieu de la mer. Les eaux refluèrent et recouvrirent les chars et les cavaliers de toute l’armée de Pharaon, qui avaient pénétré derrière eux dans la mer. Il n’en resta pas un seul.  » (Ex 14, 27-28)

À l’époque de la rédaction de ce psaume, à ce souvenir du temps passé se superpose celui d’un second Exode, le «  retour   » de l’Exil (538 av. J.-C.), qui fut rempli de déceptions, les psaumes précédents nous l’ont appris. D’où cette attente d’un “ retour de Yahweh ”, inspiré des prophéties de l’Inconnu de l’Exil  : «  Pourquoi, Yahweh, nous laisser errer loin de tes voies et endurcir nos cœurs en refusant ta crainte   ? Reviens, à cause de tes serviteurs et des tribus de ton héritage.  » (Is 63, 17)

5. Parce que vous m’avez fait droit, et Vous avez siégé sur le trône en juste juge de ma cause.

Nous avons déjà vu le Messie, dans le psaume 7, appeler Yahweh à se faire l’avocat de sa cause, en vertu des promesses contenues dans les chants du Serviteur. Il semble ici que ce soit chose faite.

6. Vous avez menacé les nations, vous avez fait disparaître l’impie  ; Vous avez effacé leur nom pour les siècles des siècles.

«  Les nations  » sont tous les peuples païens qui ne sont pas juifs. Dans le psaume 2, elles sont liguées contre Yahweh et contre le Messie, son Fils (Ps 2, 1).

Les verbes sont ici à l’accompli, le parfait hébreu, parce que Dieu a tancé les nations tout au long de l’histoire d’Israël par la bouche des prophètes, et il a déjà exercé son jugement dans le passé, par exemple au temps du déluge  : «  Yahweh dit   : “ Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés, car je me repens de les avoir faits. ”  » (Gn 6, 7)

Annonce prophétique du jugement de la fin des temps qui établira le Messie dans son droit pour toujours sur toute la terre.

7. Les épées de l’ennemi  : fini pour toujours  ! Vous avez renversé des villes dont on n’a même plus souvenir.

Tel fut en effet le terrible sort réservé aux villes vouées à l’anathème par Josué, au temps de la conquête de la Terre promise par les Israélites.

Mais l’idolâtrie et la corruption ne tardèrent pas à s’emparer du peuple hébreu lui-même. Et Yahweh fut obligé de sévir et de châtier son peuple élu, pour l’arracher à pareille infidélité. Israël fut défait devant les armées de Nabuchodonosor, emmené en captivité à Babylone, et Jérusalem, la ville sainte, fut détruite.

8. Tandis que Yahweh siège à jamais, Il a fondé son trône sur le droit.

Au moment où le psalmiste écrit, il n’y a plus de roi à Jérusalem. Le dernier roi de Juda fut le petit Joaqîn (598-597 avant Jésus-Christ) qui avait huit ans à son avènement  : il régna trois mois et fut déporté avec la Reine, sa mère, pour expier les crimes de son peuple dans les geôles de Babylone. Mais Yahweh n’en règne pas moins en personne. Son trône est indestructible.

9. Et c’est lui qui gouverne le monde avec justice  ; Il juge les peuples avec droiture.

Yahweh ne régnait donc pas seulement à Jérusalem. La chute de Babylone sous les coups de Cyrus, en 539 avant Jésus-Christ, l’a montré, et l’édit de Cyrus permettant le retour des exilés à Jérusalem.

DANS L’ATTENTE DE JÉSUS ET DE MARIE

10. Et Yahweh est un rempart pour l’écrasé, un rempart aux temps de la détresse.

«  L’écrasé  » est le Serviteur souffrant de Yahweh que le prophète contemporain de Joaqîn, appelé “ second Isaïe ” par les exégètes, “ Inconnu de l’Exil ” par notre Père, présente comme la figure du Roi-Messie à venir, Rédempteur de son peuple par ses souffrances  : «  Il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes  » (Is 53, 5). Parce que «  Yahweh a voulu l’écraser par la souffrance.  » (Is 53, 10)

Yahweh fut «  un rempart au temps de la détresse  », c’est-à-dire au temps de la déportation à Babylone (Ps 4, 2; cf. Il est ressuscité no 21, p. 13), et il l’est encore, après le retour de l’Exil, dans Jérusalem dévastée, occupée par les Samaritains qui empêchent les rapatriés de reconstruire les remparts de la Cité sainte précisément. C’était, comme aujourd’hui, un pays pour deux peuples  ! Il n’y a décidément rien de nouveau sous le soleil…

11. «  Qu’ils espèrent en Vous, ceux qui connaissent votre Nom, parce que vous n’abandonnez pas ceux qui vous cherchent, Yahweh  !  »

Cette certitude habite alors ces rapatriés, fidèles yahwistes. Ils reprenaient courage, au milieu des persécutions, au souvenir de la prophétie du Deutéronome  :

«  De là-bas, tu rechercheras Yahweh ton Dieu, et tu le trouveras si tu le cherches de tout ton cœur et de toute ton âme.  » (Dt 4, 29)

Les psaumes sont le témoignage éternel de cette «  recherche  » au milieu de l’épreuve, à travers elle, et ils animent encore la nôtre.

12. Faites un psaume pour Yahweh qui réside à Sion. Racontez aux peuples ses hauts faits,

La vocation des psalmistes est de composer des psaumes, et la nôtre est de les réciter, de les chanter, afin de raconter aux peuples les «  hauts faits  » de Yahweh, à la louange de sa gloire, et ces «  hauts faits  » ne sont pas tant les «  prodiges   » annoncés au verset 2, du temps de Moïse, de Josué, de David, évoqués par les versets précédents, que les humiliations et les souffrances du Messie, dont les humiliations présentes des rapatriés sont l’annonce. Car Yahweh a pour dessein de nous faire miséricorde, à cause de ces humiliations mêmes  :

13. Parce que Celui qui demande compte des sangs se souvient d’eux  ; Il n’est pas sourd au cri des humiliés  :

Le Messie ira-t-il donc jusqu’à verser son Précieux Sang  ? Eh bien, oui  ! Dans les psaumes précédents, nous le voyions voler de victoire en victoire, pour ainsi dire, comme David son père. Mais ici, il semble qu’il doive tomber au pouvoir de ses ennemis.

Il implore  :

14. «  Ayez pitié de moi, Yahweh, voyez l’humiliation où me tiennent ceux qui me haïssent  ! faites-moi remonter des portes de la mort.

Voilà l’explication du titre, de l’énigmatique verset 1. Ce psaume dédié «  au Fils  », envisage bel et bien la «  mort  » du «  Fils  » lui-même, Fils de Dieu, fils de David, mais il est en même temps un pur appel à sa résurrection en vertu de la promesse faite au Serviteur de Yahweh par l’Inconnu de l’Exil  :

«  S’il offre sa vie, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahweh s’accomplira. À la suite de l’épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé.  » (Is 53, 10-11)

15. «  Pour que je publie toutes vos louanges aux portes de la fille de Sion, qu’en votre Salut je jubile.  »

«  En votre Salut  », littéralement  : «  en votre Jésus  ». Le nom béni de «  Jésus  » est écrit ici en toutes lettres. Dès lors, «  la fille de Sion   », c’est Marie  ! Et Jésus sera la cause de sa jubilation, comme elle le chantera un jour dans son Magnificat   : «  Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur   », littéralement  : «  en Dieu mon Jésus   ».

On pourrait traduire en toute rigueur  : aux portes de la Vierge, qu’en votre Jésus je jubile  !

L’expression «  fille de Sion  » n’est usitée qu’ici dans le psautier. Elle répond au «  Fils  » du verset 1. Et ses «  portes  » s’opposent aux portes de la mort, comme des portes de résurrection. Le psalmiste suit le mouvement des prophéties de l’Inconnu de l’Exil  :

«  On n’entendra plus parler de violence dans ton pays, de ravages ni de ruines dans tes frontières. Tu appelleras tes remparts “ Salut ” et tes portes “ Louanges ”.  » (Is 60, 18)

Mais déjà, cent cinquante ans auparavant, au temps du roi Ézéchias, le prophète Isaïe opposait «  la Vierge, fille de Sion  », à l’envahisseur Sennachérib, roi d’Assour  :

«  Voici l’oracle que Yahweh a prononcé contre lui  : “ Elle te méprise, elle te raille, la vierge, fille de Sion  ; elle hoche la tête après toi, la fille de Jérusalem. ”  » (Is 37, 22)

Telle sera l’exultation à laquelle l’ange Gabriel invitera la Vierge Marie au jour de l’Annonciation.

CHANT DE VICTOIRE

16. Les nations se sont enfoncées dans la fosse qu’elles ont faite, au filet qu’elles ont caché, leur pied s’est trouvé pris.

Ces pièges, les païens les ont confectionnés contre le Messie, selon la prophétie de Jérémie  : «  Ils ont creusé une fosse pour me prendre et sous mes pas camouflé des pièges.  » (Jr 18, 22) Mais par un renversement des sorts, déjà promis par le psaume 7, le méchant «  ouvre une fosse et il la creuse, et il tombe dans la fosse qu’il fabrique.  » (Ps 7, 16).

17. Yahweh s’est fait connaître, il a fait droit par l’œuvre de Ses mains en saisissant l’Impie  :

Le psaume 8 nous l’a dit  : «  l’œuvre de ses mains  », c’est la communauté messianique de la restauration à venir, «  œuvre de ses mains, faite pour être belle   », dit Yahweh (Is 60, 21; cf. 64, 7; 45, 11; 29, 23). C’est donc avant tout l’Immaculée, «  la fille de Sion  »  ! Et l’Impie dont Sennachérib, roi d’Assour, était la figure, c’est Satan.

18. «  Qu’ils se convertissent, les impies  ! Au Shéol, toutes les nations qui ont oublié Dieu  !

Le Shéol étant le lieu où l’on éprouve l’oubli de Dieu (Ps 6, 6), il est normal que ceux qui ont «  oublié  » Dieu y trouvent leur place définitive.

19. «  Car ce n’est pas pour toujours qu’est oublié l’indigent  ; l’attente des humbles prendra fin un jour  !  »

En revanche, Yahweh, lui, n’oublie pas «  l’indigent  », celui qui, même dans l’épreuve, garde sa foi intègre à Yahweh son Dieu. Les «  humbles  », en hébreu les anawîm, les pauvres d’Israël seront récompensés de leur fidélité dans l’épreuve, leur espérance sera exaucée, leur attente du Messie «  prendra fin un jour  », et ce jour sera jour de «  jubilation   » (verset 15).

Dans cette ferme espérance, le combat se poursuit, contre l’homme, et le culte orgueilleux qu’il se rend à lui-même.

20. Levez-vous Yahweh  ! Qu’un homme ne l’emporte pas  ! Que les nations soient jugées en votre présence.

«  Levez-vous  !  » Une nouvelle fois, le psalmiste adjure Yahweh de hâter l’heure de son jugement, de peur que le culte de l’homme et son orgueil ne triomphent du culte de Dieu.

21. Frappez-les de terreur, Yahweh. Qu’ils sachent, ces païens, qu’ils ne sont que des hommes  !

Or, l’homme n’est pas grand-chose, comme le reconnaissait déjà l’auteur du psaume huitième  : «  Qu’est donc Ènôsh pour que vous vous souveniez de lui   ? Et le fils d’Adam pour que vous le visitiez   ?  » (Ps 8, 5)

Rien, assurément. Et pourtant, Yahweh va visiter son peuple, en envoyant son Fils mourir sur une Croix pour notre Salut. Ce psaume en publie déjà l’annonciation à la «  fille de Sion  », personnification des anawîm, des «  pauvres d’Israël   », yahwistes fidèles, à la foi intègre, à l’espérance inconfusible.

Frère Bruno de Jésus
Il est ressuscité  ! tome 5, n° 30, janvier 2005, p. 31-34

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