La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’Évangile de saint Marc

II. Les mystères joyeux du règne de Jésus en Galilée.

QUAND Jésus paraît, on sent que quelqu’un de tout à fait mystérieux est entré dans l’histoire humaine. Quelque chose de tout nouveau commence.

MINISTÈRE DE JÉSUS EN GALILÉE
ET DANS LES PAYS VOISINS

DÉBUT DE LA PRÉDICATION DE JÉSUS

[…] 14 Après que Jean eut été livré  : Jésus vint en Galilée  : Proclamant l’Évangile de Dieu et disant  :

15 “ Le temps est accompli […] C’est le temps prédestiné, le temps prévu par Dieu, c’est le moment messianique. Et le mot accompli nous donne en plus l’ idée de plénitude  : “ Voici venir la plénitude des temps ”. C’est le plérôme. C’est la perfection des temps, c’est le sommet de l’histoire. …et le Royaume de Dieu est tout proche  : Il faudrait plutôt traduire “ le règne de Dieu ” parce que l’idée de royaume, c’est l’idée d’une société organisée avec ses institutions, tandis que le temps est venu pour Dieu de régner. Alors imaginez cette nouveauté  ! Avant, c’était Satan qui régnait, c’étaient des rois, des empereurs, mais l’Ancien Testament annonçait qu’un jour ce serait Dieu qui régnerait sur la terre. Maintenant, Dieu commence à régner sur la terre. Repentez-vous  ! C’est l’écho de la prédication de saint Jean-Baptiste et de toute la préparation l’Ancien Testament pour disposer les âmes à entrer dans ce règne de Dieu, à être admis parmi les intimes de Celui qui vient régner. S’il faut se repentir de ses œuvres mauvaises, c’est donc un règne spirituel et pas du tout un règne politique et militaire. Et croyez à l’Évangile. ” Croyez à la Bonne Nouvelle, il faut se faire une âme neuve pour s’ouvrir à cette révolution que Dieu instaure et annonce par Jean-Baptiste d’abord, et maintenant par Jésus-Christ.

Maintenant nous allons voir un homme tout simple, celui que nous avons surpris venant de Nazareth et descendant dans les eaux du Jourdain sans rien révéler de son identité, revenir en Galilée. C’est au verset 16e que commencent les mystères joyeux du ministère pastoral de Jésus. La Première évangélisation est vraiment la révélation du Cœur de Notre-Seigneur.

APPEL DES QUATRE PREMIERS DISCIPLES

16 Comme il passait sur le bord de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, qui jetaient l’épervier dans la mer  ; car c’étaient des pêcheurs. […]

17Et Jésus leur dit  : “ Venez à ma suite et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. ” Jésus fait là œuvre de prophète. Pierre se rappelle la première parole que Jésus lui a adressée dans cet événement décisif pour lui. Il va devenir pêcheur d’hommes, il va conquérir des hommes au règne du Christ. C’est déjà une lumière sur ce que Jésus veut  : que des hommes amènent d’autres hommes à Dieu.

Appel de Simon et André

«  Il vit Simon et André et Jésus leur dit  :
“ Venez à ma suite et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. ”  »

18 Et aussitôt, laissant les filets, ils le suivirent. C’est un détachement de tout, un attachement à Jésus qui ne se démentira plus.

19 Et avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, eux aussi dans leur barque en train d’arranger les filets et aussitôt il les appela. Et laissant leur père Zébédée dans la barque avec ses employés, ils partirent à sa suite. On ne peut pas dire les choses avec plus de simplicité. Quel rayonnement devait avoir Notre Seigneur  ! […] Jésus fixa les yeux sur eux, les appela à sa suite et ils ont répondu à son appel pour lequel ils étaient tout à fait prêts. Le temps était vraiment accompli pour que les fruits mûrs se détachent du vieil arbre juif et s’attachent au nouveau règne qui commence.

ENSEIGNEMENT ET GUÉRISON À CAPHARNAÜM

21 Ils pénètrent à Capharnaüm. Et aussitôt, le jour du sabbat, étant entré dans la synagogue, il enseignait. […] Jésus est le didascale, un maître de sagesse.

22 Et ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait comme ayant autorité, Il parle avec puissance. L’autorité, c’est une puissance, ce n’est pas seulement une autorité légale, officielle, non, là il n’y a pas d’autorité légale. Mais il sait ce dont il parle, il se détache du texte de la Loi, il donne un enseignement nouveau – et non pas comme les scribes. […] Les scribes régnaient, non pas en leur propre nom, mais au nom des Anciens, leurs maîtres et les maîtres de leurs maîtres, et ainsi ils appesantissaient sur le pauvre peuple un joug insupportable. Jésus, lui, parle avec une liberté souveraine, les gens en sont absolument frappés.

23Et aussitôt il y avait dans leur synagogue un homme […] possédé d’un esprit impur, qui cria 24en disant  : “ Que nous veux-tu, Jésus le Nazarénien  ? Es-tu venu pour nous perdre  ? Je sais qui tu es  : le Saint de Dieu. ” Les démons révèlent par leurs cris leur inquiétude, devant cet homme qui est au-dessus d’eux. Ils le nomment le Saint de Dieu, cela signifie le Messie, un Messie qui cache un certain mystère que les démons ne comprennent pas mais ils sentent qu’il y a là une puissance, comme les gens ont senti qu’il y avait une puissance dans son enseignement. Les démons qui sont présents dans le corps de ceux qu’ils possèdent, observent Jésus et devinent qu’ils ont trouvé leur maître. Ils craignent de perdre leur royaume.

25 Et Jésus le menaça en disant  : “ Tais-toi et sors de lui. ” Jésus ne veut pas que les démons révèlent ce qu’il est, c’est à lui à se faire connaître à sa manière, et non pas par les démons qui sont des menteurs, et non pas d’une manière brutale à un peuple qui doit lui faire confiance avant de lui donner sa foi.

26 Et le secouant violemment, l’esprit impur cria d’une voix forte et sortit de lui. 27 Et ils furent tous effrayés, de sorte qu’ils se demandaient entre eux  : “ Qu’est cela  ? Un enseignement nouveau, donné d’autorité  ! Même aux esprits impurs, il commande et ils lui obéissent  ! ” Le règne de Dieu commence par deux caractères, avec ces premiers pas très simples de Jésus dans la vie publique. D’une part, il y a cet enseignement nouveau, cette liberté que Jésus a d’interpréter la loi, d’éclairer les esprits. La parole de Jésus séduit par sa profondeur et son autorité. Et d’autre part, c’est la manifestation de sa puissance  : cet homme commande aux démons. Jésus ne fait pas de prière, n’a pas de rite d’exorcisme, mais parle au démon directement et comme de son propre pouvoir  ; et de sa propre force, il chasse les démons et les démons lui sont soumis. Les gens en sont stupéfaits.

28 Et sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de Galilée. […]

GUÉRISON DE LA BELLE-MÈRE DE SIMON

29 Et aussitôt, sortant de la synagogue, il vint dans la maison de Simon et d’André, avec Jacques et Jean. 30 Or la belle-mère de Simon était au lit avec la fièvre, et aussitôt ils lui parlent à son sujet. […]

31 S’approchant –– il la fit se lever en la prenant par la main. Et la fièvre la quitta, et elle les servait. C’est un deuxième miracle. Jésus a tendu la main à cette pauvre femme et le contact de cette main qui est la main du Fils de Dieu la guérit le plus simplement qu’il soit, sans tapage. Puis, aussitôt, il lui redonne la force de les servir. Donner à la personne qui vient d’être très abattue par la fièvre la force de se remettre au travail est un petit miracle de bonté d’une simplicité exquise.

GUÉRISONS COLLECTIVES LE SOIR

32 Le soir venu, quand fut couché le soleil, –on lui apportait tous les malades et les démoniaques, 33 et la ville entière était rassemblée devant la porte. 34 Et il guérit beaucoup de malades atteints de divers maux, et il chassa beaucoup de démons. Et il ne laissait pas parler les démons, parce qu’ils savaient qui il était. […]

Cette consigne du silence est appelée secret messianique  : Jésus ne veut pas qu’on parle de lui en disant qu ’il est le Messie, en exaltant sa sainteté. Il contraint les démons à se taire. Les gens vont aussi commencer à parler de lui et chaque fois il les contraindra à se taire, ce qui semble contraire aux exigences d’une propagande. Mais Jésus agit différemment d’un homme célèbre. Il doit commander les événements , former les âmes à sa Révélation. Il ne faut pas qu’il se laisse dépasser par d’autres, surtout pas par les démons qui entraîneraient le peuple à une frénésie qu’il ne veut pas.

JÉSUS PARCOURT LA GALILÉE

35 Le matin, bien avant le jour, il se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert, et là il priait Jésus est un être au-dessus de tous les autres, et il est surpris en prière tôt matin, dans une solitude, dans la campagne aux alentours de Capharnaüm. Or, il a fallu le chercher avec difficulté.

36 Simon et ses compagnons le poursuivirent […] 37 et, l’ayant trouvé, ils lui disent  : “ Tout le monde te cherche. ” 38 Il leur dit  : “ Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti. ” Ce sont des termes très simples qui veulent dire  : “ C’est pour cela que j’ai déjà quitté Capharnaüm avant que les gens se réveillent et apportent tous leurs malades. […] Mais cette expression “ je suis sorti ” a un double sens. Jésus est sorti non pas pour prêcher à un endroit mais à tous les hommes. Ces paroles, d’un seul coup, nous révèlent une connaissance de son destin humain universel et éternel, et nous touchent parce que ce sont des paroles qui sont toujours présentes. Il est sorti aussi pour nous rencontrer.

39 Et il s’en alla à travers toute la Galilée, prêchant dans leurs synagogues et chassant les démons.

C’est le règne de Dieu qui entre dans les faits. Donc le voilà sorti qui va dans d’autres villes. Un épisode survient  :

GUÉRISON ET PURIFICATION D’UN LÉPREUX

40 Un lépreux vient à lui, le supplie et, s’agenouillant, lui dit  : “ Si tu le veux, tu peux me purifier. ” […] Cet homme manifeste sa foi de telle manière que Jésus est ému de voir ce malheureux, est bouleversé au point de ne pas se maîtriser, de perdre le contrôle. C’est-à-dire qu’au lieu de chasser cet homme pour l’empêcher de le contaminer , Jésus est désarmé.

41 Emu de compassion, il étendit la main, le toucha – Cette main qui avait guéri de la fièvre la belle-mère de Simon purifie, par son simple contact, ce lépreux – et lui dit  : “ Je le veux, sois purifié. ”

42 Et aussitôt la lèpre le quitta et il fut purifié. 43 Et le rudoyant, il le chassa aussitôt […]

A peine l’a-t-il guéri, Jésus se rappelle que la loi interdit le contact avec le lépreux.

44 et lui dit  : “ Garde-toi de rien dire à personne  ; mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce qu’a prescrit Moïse  : ce leur sera une attestation. ” 45 Mais lui, une fois parti, se mit à proclamer hautement et à divulguer la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais il se tenait dehors, dans des lieux déserts  ; et l’on venait à lui de toutes parts […]

Après ce premier voyage de Jésus, nous sommes absolument dans l’inconcevable, dans l’inimaginable. On n’aurait jamais inventé pareille chose. Jésus, dès le début de son histoire en Galilée, par sa faute, par la faute de son émotion soudaine, se trouve chassé des villes alors qu’il a guéri son lépreux.

GUÉRISON D’UN PARALYTIQUE À CAPHARNAÜM – CONTROVERSES

2 1 Comme il était entré de nouveau à Capharnaüm, après quelque temps on apprit qu’il était à la maison 2 et beaucoup se rassemblèrent, en sorte qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte, et il leur annonçait la Parole […] On ne sait pas encore ce qu ’est cette parole, on le saura peut-être plus tard.

Paralytique descendant du toit3 On vient lui apporter un paralytique, soulevé par quatre hommes. 4 Et comme ils ne pouvaient pas le lui présenter à cause de la foule, ils découvrirent la terrasse au-dessus de l’endroit où il se trouvait et, ayant creusé un trou, ils font descendre le grabat où gisait le paralytique. 5 Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique  : “ Mon enfant, tes péchés sont remis. ” […]

Des hommes descendent le paralytique devant Jésus et Jésus, voyant leur foi, délivre un enseignement nouveau. Il a chassé les démons, il a guéri des malades de toutes sortes, il a purifié un lépreux, ce qui était la maladie considérée comme la plus grave, la plus impressionnante en tout cas et contagieuse, inguérissable. Et maintenant, un paralytique lui est présenté. A la panoplie de ses dons, il va alors ajouter celui de remettre les péchés. C’est la manière de guérir radicalement le malade.

6 Or, il y avait là, dans l’assistance, quelques scribes qui pensaient dans leurs cœurs  : 7 “ Comment celui-là parle-t-il ainsi  ? Il blasphème  ! Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul  ? ” Voilà les scribes  ! Ils savent très bien que, selon leurs manuels, Dieu seul pouvait remettre les péchés. Et même, le Fils de l’homme de Daniel, cet être mystérieux, ce Messie qui devrait venir sur les nuées du ciel sur la terre pour instaurer le règne de Dieu, celui qu’Enoch faisait le juge des derniers temps, disait que le Fils de l’homme ne pourrait pas remettre les péchés, parce que c’est Dieu seul. Or voici que Jésus se permet de dire  : “ tes péchés sont remis ”, sans aucune prière, comme ça, parce que lui l’a décidé ainsi. Ces hommes sont alors scandalisés. C’est le premier affrontement que nous trouvons dans l’Évangile entre les scribes et Jésus.

8 Et aussitôt, percevant par son esprit qu’ils pensaient ainsi en eux-mêmes, […] – Jésus avait cette intelligence évidement royale qui lui permettait de savoir très bien ce qu’était l’acte qu’il posait. C’était un acte qui enfreignait très justement ce que disent les anciens. Jésus savait très bien qu’il se manifestait là comme ayant un pouvoir proprement divin  ! Jésus leur dit  : “ Pourquoi de telles pensées dans vos coeurs  ? 9 Quel est le plus facile, de dire au paralytique  : Tes péchés sont remis, ou de dire  : Lève-toi, prends ton grabat et marche  ? […] Jésus a dit solennellement  :“ Je te pardonne tes péchés, je te remets tes péchés ” et il veut maintenant leur prouver que son acte n’est pas simplement un bruit de paroles, mais que les péchés de cet homme ont été vraiment remis

10 Eh bien  ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme – Jésus emploie ce terme pour se qualifier lui-même. Le Fils de l’homme est celui dont a parlé Daniel, cet homme extraordinaire qui est annoncé comme devant ouvrir le royaume de Dieu. Il était dit qu’il n’avait que le pouvoir de juger et non de pardonner les péchés. Eh bien, Jésus poursuit  :“ Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, 11 je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton grabat et va-t’en chez toi. ” 12 Il se leva et aussitôt, prenant son grabat, il sortit devant tout le monde, de sorte que tous étaient stupéfaits et glorifiaient Dieu en disant  : “ Jamais nous n’avons rien vu de pareil. ”

Ce chapitre deuxième commençant est très important, parce que Jésus vient d’ajouter une chose  : Il a le pouvoir de remettre les péchés. Or le baptême de Jean-Baptiste était le signe qu’était proche celui qui devait venir et qui remettrait les péchés à ceux qui cependant les regretteraient et les auraient confessés. Eh bien  ! Jésus agit en juge des consciences et remet ses péchés à cet homme à cause de sa foi.

APPEL DE LÉVI ET CONTROVERSE SUR LES FRÉQUENTATIONS DE JÉSUS

13 Il sortit de nouveau au bord de la mer, et toute la foule venait à lui et il les enseignait.

14 En passant, il vit Lévi, le fils d’Alphée, assis au bureau de la douane, et il lui dit  : “ Suis-moi. ” Et, se levant, il le suivit […]. Lévi était un juif qui était fonctionnaire de l’Empire romain, et donc en contact perpétuel avec les païens et toujours dans des affaires d’argent. Toutes ces choses le souillaient. Or Jésus choisit un tel homme, et commet donc un acte comme sacrilège.

Appel de saint Matthieu

«  En passant, il vit Lévi (Matthieu) et il lui dit  : “ Suis-moi. ”  »

15 Alors qu’il était à table dans sa maison, beaucoup de publicains et de pécheurs se trouvaient à table avec Jésus et ses disciples  : car il y en avait beaucoup qui le suivaient. […]

16Les scribes des Pharisiens, le voyant manger avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples  : “ Quoi  ? Il mange avec les publicains et les pécheurs  ? ” […] En agissant ainsi, Jésus se manifestait le chef d’un parti nouveau et se prétendait l’annonciateur des temps messianiques.

17 Jésus, qui avait entendu, leur dit  : “ Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. […] De la même manière, les justes ne se préoccupent pas d’accueillir le Messie , parce qu’ils se croient justes. La preuve est qu’ils ne sont pas venus au baptême de Jean. Tandis que les pauvres gens se pressent, sont trop contents de voir que Jésus fait attention à eux, que Jésus accepte leur contact, accepte de prendre un repas avec eux. Ils savent qu’ils sont pécheurs, c’est-à-dire qu’ils n’observent pas la loi. Cela leur est impossible par ce qu’ils sont parmi les pécheurs, c’est-à-dire les impies, les damnés, du moins jugés comme tels par les scribes des Pharisiens. Jésus est venu pour eux, parce qu’il est le médecin. Il est venu pour guérir les âmes. Cette note nous indique déjà ce qu’est le règne de Dieu sur la terre. Mais nous allons en voir plusieurs autres.

CONTROVERSE SUR LE JEÛNE

18 Les disciples de Jean et les Pharisiens étaient en train de jeûner, […] – et on vient lui dire  : “ Pourquoi les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent-ils, et tes disciples ne jeûnent-ils pas  ? ” 19 Jésus leur dit  : “ Les compagnons de l’époux peuvent-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux  ? Tant qu’ils ont l’époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. 20 Mais viendront des jours où l’époux leur sera enlevé  ; et alors ils jeûneront en ce jour-là. Dans cet Évangile de Marc, presque vulgaire, ou populaire, les paroles de Notre Seigneur résonnent avec une sublimité inouïe, qui forcément viennent de lui et non de Pierre ou de Marc. Dans le livre d’Isaïe, un admirable oracle du chapitre 54e nous dit  : “ Ton époux sera ton Créateur ”. Puis, dans les oracles des chapitres 61 et 62 il est annoncé la joie pour Israël et la fécondité pour Jérusalem stérile. Ce sont les épousailles de Dieu avec son peuple. Et dans ces temps d’épousailles, c’est la joie qui doit succéder à la peine. […] Ici Jésus se met dans le personnage de l’époux. Il est l’Époux annoncé qui vient prendre possession de son épouse. Dieu vient instaurer son règne dans Jérusalem, dans Israël. C’est la grande joie. Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, il n’y a pas de raison de jeûner. Les temps messianiques sont commencés. Mais prodige  ! Aussitôt après, Jésus ajoute  : “ Mais viendront des jours où l’époux leur sera enlevé et alors ils jeûneront en ce jour-là. ” C’est déjà la première annonce de la Passion. Ce mot de enlevé signifie qu’ il a va être arrêté et traîné devant des juges pour être exécuté et condamné. La prophétie Isaïe 53, 8 annonçant que le Serviteur de Yahweh sera condamné injustement et mis à mort va se réaliser. […] Cela dit en plein triomphe, au moment où on croirait que naïvement il est heureux de son succès  !

Suivent deux petits récits qui sont déjà comme deux paraboles, et qui sont une réponse à ces scribes importuns. C’est une manière de dire  : “ Écoutez  ! vous êtes les gens d’autrefois, Il faut pour le règne de Dieu que de nouvelles âmes viennent, de nouvelles personnes ”  :

21 Personne ne coud une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement  ; autrement, la pièce neuve tire sur le vieux vêtement, et la déchirure s’aggrave. 22 Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles  ; autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien que les outres. Mais du vin nouveau dans des outres neuves  ! ” […]

LA CUEILLETTE DES ÉPIS UN JOUR DE SABBAT

23 Et il advint qu’un jour de sabbat, il passait à travers les moissons et ses disciples se mirent à se frayer un chemin en arrachant les épis. 24 Et les Pharisiens lui disaient  : “ Vois  ! Pourquoi font-ils le jour du sabbat ce qui n’est pas permis  ? ” 25 Il leur dit  : “ N’avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu’il fut dans le besoin et qu’il eut faim, lui et ses compagnons, 26 comment il entra dans la demeure de Dieu, au temps du grand prêtre Abiathar, et mangea les pains d’oblation qu’il n’est permis de manger qu’aux prêtres, et en donna aussi à ses compagnons  ? ” […] Jésus dépasse l’exemple et dit des choses merveilleuses, il est à cent coudées au-dessus de ses propres disciples qui se contentent de retenir dans leur mémoire ce qui s’est dit, et des scribes qui se scandalisent.

27 Et il leur disait  : “ Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat  ;

Cela veut dire  : “ tout doit être au service de la charité, la loi de Dieu est faite pour le bien de l’homme et non pas pour son asservissement à la lettre de la Loi. ”

28 en sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. ” […] Le Fils de l’homme a même le pouvoir de remettre le péché, donc il est Dieu, il a les pouvoirs de Dieu. Et ici le Fils de l’homme est maître même de ce jour qui est le jour du repos de Dieu. Dieu se reposa le septième jour, et c’est pourquoi les hommes doivent se reposer. Eh bien, le Fils de l’homme a le droit de troubler le repos de Dieu. Cela veut dire d’abord que Jésus se donne les attributs de souveraineté de Dieu et d’autre part, que Jésus annonce qu’il est le Législateur par excellence, au-dessus des scribes et de toutes leurs traditions des Anciens, et au-dessus même de Moïse.

GUÉRISON D’UN HOMME À LA MAIN DESSÉCHÉE

3 1 Il entra de nouveau dans une synagogue, et il y avait là un homme qui avait la main desséchée. 2 Et ils l’épiaient pour voir s’il allait le guérir, le jour du sabbat, afin de l’accuser. 3 Il dit à l’homme qui avait la main sèche  : “ Lève-toi, là, au milieu. ” 4 Et il leur dit  : “ Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien plutôt que de faire du mal, de sauver une vie plutôt que de la tuer  ? ” Mais eux se taisaient […]

5 Promenant alors sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leur coeur, –Jésus voit qu’il a en face de lui des gens qui ferment leur cœur à la parole. – il dit à l’homme  : “ Étends la main. ” Il l’étendit et sa main fut remise en état.

6Étant sortis, les Pharisiens tenaient aussitôt conseil avec les Hérodiens contre lui, en vue de le perdre.

Quelques mois à peine sont passés. Jésus a manifesté sa puissance, fait des miracles, instauré une nouvelle loi de bonté et d’amour. Or les Pharisiens sont déjà à comploter avec leurs pires ennemis, les Hérodiens, […] Ces gens qui s’étaient fermés à l’appel de Jean-Baptiste, nous paraissent incapables d’admettre la nouveauté évangélique  ; ils ont le cœur trop mauvais. Et plus Jésus parlera, plus Jésus essaiera de toucher leur cœur, plus ils se fermeront. Nous sentons déjà que le drame est noué.

Abbé Georges de Nantes
S 90  : L’Évangile selon saint Marc, retraite automne 1986

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