La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’Évangile de saint Marc

XII. La Résurrection annoncée

NOUS avons assisté au procès et à la mort de Jésus. […] Jésus l’Agneau de Dieu a été immolé au calvaire, hors de la ville, hors du peuple juif qui le rejetait, au même moment où ce peuple continuait aveuglément de célébrer la Pâque en immolant des milliers d’agneaux, qui n’étaient que l’image de ce véritable Agneau qu’en ce même moment ils immolaient  ! Mais en allant contre Dieu. Il y a quelque chose d’extraordinaire dans ce rapprochement  ! Jésus, le Serviteur de Yahweh, réalisant la prophétie d’Isaïe 53 se laissait conduire comme un agneau à son immolation. Et le mot talia en araméen veut dire à la fois Serviteur et agneau. Le rapprochement dans le même mot de ces deux acceptions qui désignent vraiment Jésus-Christ souffrant et mourant pour nous est d’un symbolisme étonnant. Selon Annie Jaubert, Jésus célèbre la Pâque le mardi et institue l’Eucharistie. Son Corps et son Sang sont immolés d’avance, et Jésus mange encore l’agneau pascal avec ses Apôtres. Donc il y a déjà cette rencontre de l’agneau pascal avec Jésus, son Corps et son Sang partagés dans un repas cultuel. C’est à la fois le repas de l’agneau pascal ancien et de l’Agneau pascal nouveau. Et lorsque, deux jours plus tard, le vendredi, des milliers d’agneaux pascals seront immolés en prévision de la Pâque qui doit se tenir chez les Juifs le soir, à ce moment même, l’Agneau pascal Jésus, la deuxième fois si vous le voulez, mais cette fois historiquement et concrètement, est immolé sur la croix. Tout cela est extraordinairement saisissant.

Le voile du Temple se déchire de haut en bas sèchement, dans un bruit de tonnerre, il n’y a plus de Saint des saints, on peut entrer et sortir, il n’y a plus rien à cet endroit. La présence de Dieu n’est plus localisée là, mais elle sera partout où sera le Christ. […]

40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé – […] Les Apôtres se sont dit  : on fera simplement mention de la Mère de Jésus comme d’une femme dont on parlera le moins possible parce qu’il faut que les gens comprennent que ce Fils de Dieu est vraiment Fils de Dieu et non pas Fils d’un Dieu et d’une déesse  ! Or, pour peu que Marie ait été mise en avant, maintenant qu’on nous reproche dans notre culte de Marie, que ce soit les protestants, que ce soit les œcuménistes à la Congar et à la Laurentin, de faire de la Vierge Marie une déesse, vous comprenez bien que la confusion aurait été épouvantable chez les Romains, donc il fallait mettre le holà  ! Il n’est pas fait mention de la Vierge Marie, il est fait mention de Marie de Magdala, mais on ne donne pas de grandes explications car c’est tout un mystère et qu’il faut être déjà entrés dans la psychologie du Cœur de Jésus, dans la psychologie de la grâce qui fait du dernier le premier et de la pécheresse une sainte, pendant que les prétendus justes sont rejetés […]. – 41 qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée  ; beaucoup d’autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

LA SÉPULTURE

«  Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul  »

42 Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, 43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, – c’est-à-dire du Sanhédrin – qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, – Il nous semble que tous les Sanhédrites ont condamné Jésus à mort spontanément, et nous apprenons là qu’il y en avait un qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, c’est-à-dire qui était converti, et peut-être qu’il l’était mais en ayant honte de le laisser paraître. Est-ce qu’il a voté la mort de Jésus celui-là aussi  ? ou est-ce qu’il était absent  ? C’est touchant de voir que les plus fidèles au moment du drame ont besoin de l’intervention de gens qui sont restés des personnages peut-être parce qu’ils ont été un peu hypocrites, un peu lâches. C’est eux qui au moment où les vrais fidèles sont complètement écrasés, viennent à leur secours. – s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. 44 Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. 45 Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. […] 46 Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul – Ce mot résonne très profondément dans nos cœurs parce que cette mention du linceul est considérable pour nous qui avons cette relique et qui l’avons étudiée scientifiquement. Nous sommes sûrs de posséder précisément cette grande pièce de lin. – et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc  ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. – À noter que le mot grec qui signale ici l’existence du corps n’est pas du tout péjoratif, n’a pas le sens que nous donnons au mot cadavre. C’est le Corps de Jésus, ce n’est pas son cadavre et c’est un corps qui attend sa résurrection.

47 Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. – C’est en vue de revenir, parce qu’on est très pressé ce soir-là et qu’on ne peut pas ranger le corps et lui faire sa toilette funèbre et l’oindre d’aromates comme on le voudrait et donc on reviendra. D’où la suite qui se comprend très bien.

LE TOMBEAU VIDE

«  Mais allez dire à ses disciples et à Pierre, qu’il vous précède en Galilée  : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.  »

16 1 Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller oindre le corps. – […] Les femmes sortent et elles sont pressées dès ce soir-là d’acheter des aromates parce qu’elles veulent aller au plus tôt à la tombe pour rendre les derniers devoirs. Donc c’est d’une précision extraordinaire, “ quand le sabbat fut passé ” c’est-à-dire dès que l’heure fut sonnée de la limite, hop  ! elles se dépêchent, elles ont préparé leur sac, elles ont préparé leur argent.

2 Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil s’étant levé. 3 Elles se disaient entre elles  : “ Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau  ? ” – Donc elles ne pensent pas du tout que Jésus est ressuscité, c’est absolument en dehors de leurs perspectives. Comme des femmes pieuses, elles ne se sont préoccupées que d’une chose  : c’est de faire cette toilette à ce corps laissé plein de sang, maculé de boue, de crachats, que sais-je  ?

4 Et ayant levé les yeux, elles virent que la pierre avait été roulée de côté  : – […] Il faut être un ou deux hommes forts pour rouler la pierre. Et quand elles y arrivent, elles voient que la pierre est roulée  ! – or elle était fort grande. – Il fallait donc une force considérable. Au moins elle ne s’est pas ouverte toute seule. – Étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de stupeur. 6 Mais il leur dit  : “ Ne vous effrayez pas. C’est Jésus le Nazarénien que vous cherchez, le Crucifié  : – C’est la première fois que ce mot “ le crucifié ” qui aura une telle gloire plus tard, est employé et c’est un mot de gloire ici, c’est la première fois. – il est ressuscité, il n’est pas ici. Voici le lieu où on l’avait mis. – Alors elles regardent, elles ont bien inspecté les choses trois jours avant, dans le langage hébraïque cela fait à peine un jour. Elles avaient très bien vu que le corps était couché sur cette table funéraire et que le linceul le recouvrait et qu’on avait tout laissé en l’état et qu’on avait roulé la pierre. Et il n’y avait plus de corps et donc elles virent. – 7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre, qu’il vous précède en Galilée  : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. ” – De fait, Jésus leur avait dit au moment de la dernière Cène, au chapitre 14 verset 28, que c’est en Galilée qu’il les retrouverait. – 8 Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur… – L’Évangile de saint Marc se termine là. La suite, comme on l’appelle, c’est la finale de Marc qui n’est pas de saint Marc. C’est vraiment la fin de l’Évangile.

Grand problème  : pourquoi cet Évangile n’est-il pas achevé  ? […] C’est le premier tome d’un second tome qui n’a jamais été rédigé par saint Marc mais dont on sait très bien qu’il y a l’équivalent dans saint Luc, ce sont les Actes des Apôtres. […] Le ministère public de Jésus était seulement le commencement dont la continuation devait être racontée par Luc dans les Actes. Et donc tout ce que nous avons entendu mérite le titre que saint Marc a écrit parce qu’il pensait écrire la suite  : “ Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ Fils de Dieu. ” Et si quelque chose d’extérieur à sa volonté ne l’avait pas empêché de publier la suite, la suite se serait appelée  : “ Suite de l’Évangile de Jésus-Christ Fils de Dieu. ”

Cette interruption soudaine a une signification considérable  ! En préparant ma retraite, j’avais l’impression que l’Évangile de saint Marc était incliné vers la mort, d’un pessimisme effrayant  ! Jésus sera livré aux gentils, humilié, torturé, outragé, tué Et chaque fois qu’il ajoutait  : “ et après trois jours, il ressuscitera ”, Cela restait sans effet, puisqu’il disait  : les Apôtres ne comprenaient pas  ! Donc chaque fois qu’il y a une petite lumière dans cet Évangile de saint Marc, elle est étouffée par l’incompréhension des Apôtres. En outre, quand Notre Seigneur dit qu’il faut porter sa croix, qu’il faut se renoncer etc., c’est toujours pour gagner la vie, mais aucun détail sur cette vie  ! Bref, nous sommes là dans la voie déclive, tout commence par des mystères joyeux, continue par des mystères laborieux, se termine par les mystères douloureux  : la mort. Et puis on ne le voit plus apparaître, c’est la fin de l’ouvrage  ! Eh  ! bien cela veut dire tout simplement que l’humiliation du Crucifié premier tome, précède la gloire du Ressuscité, deuxième tome. Et d’autre part et parallèlement, comme l’autre thème fondamental de l’Évangile , ce livre se termine sur l’incrédulité des Apôtres à Jérusalem. Et puis cette dernière parole selon laquelle ces femmes sont effrayées et qu’elles n’osent rien dire à personne fait croire que tout est fini, on n’en parle plus. Impression désolante, tellement désolante que quelqu’un a voulu rajouter un récit qui rende un peu l’espérance par les apparitions. Pourquoi est-ce que cela se termine comme ça  ? Parce que c’est le premier tome  ! Le second tome, les Actes des Apôtres, c’est le redépart. C’est la gloire du Christ et de son règne qui franchit les limites de la Judée, qui s’en va jusqu’à Rome. C’est la gloire des Apôtres parce que ces mêmes Apôtres qu’on a vu perdant la foi, complètement ratatinés, et les femmes avec, on les voit dans les apparitions de saint Luc et dans les Actes des Apôtres remplis du Saint Esprit, remplis de foi et portant jusqu’à Rome et jusqu’au martyre leur grand témoignage.[…]

Reste à dire ce qui se trouve dans cette finale de Marc. il est évident qu’il y a une césure absolue entre le verset 8 et le verset 9 du chapitre XVI. Cependant ce texte n’est surtout pas à rejeter, nous n’en avons pas le droit, il est canonique, c’est-à-dire qu’il est inspiré et étant inspiré, il jouit de l’inhérence, c’est-à-dire qu’on n’a pas pu nous mentir, ni Dieu ni l’homme qui a écrit cela ne nous mentait. C’est un texte qu’il faut accepter tel qu’il est, en le comprenant.[…] Le thème de saint Marc est l’incrédulité des Apôtres jusqu’au bout  !

APPARITION DE JÉSUS RESSUSCITÉ

«  il apparut d’abord à Marie de Magdala dont il avait chassé sept démons.  »

9 Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, […] il apparut d’abord à Marie de Magdala dont il avait chassé sept démons. 10 Celle-ci alla le rapporter à ceux qui avaient été ses compagnons et qui étaient dans le deuil et les larmes. 11 Et ceux-là, l’entendant dire qu’il vivait et qu’elle l’avait vu, ne la crurent pas. – Voilà  ! toujours incrédules  !

12 Après cela, il se manifesta sous d’autres traits à deux d’entre eux – Non, c’est sous d’autres traits que les siens propres puisque ces deux-là sont les disciples d’Emmaüs qui ne l’ont pas reconnus avant la fraction du pain. – qui étaient en chemin et s’en allaient à la campagne. 13 Et ceux-là revinrent l’annoncer aux autres, mais on ne les crut pas non plus. […] Mais c’est aussi un renforcement du thème de saint Marc.

14 Enfin il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table, – Voici qui est propre à Marc et qui est bien dans l’esprit de Marc et c’est la fin de l’Évangile – et il leur reprocha leur incrédulité et leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui l’avaient vu ressuscité. – Les mots grecs sont extrêmement abrupts, catégoriques, comme une espèce de coup de massue qui termine  ! Les Apôtres sont des gens endurcis, aveugles. On leur raconte et ils ne veulent pas croire une fois, deux fois, et Jésus vient lui-même et il est obligé de les secouer, point final  ! Mais à la manière de Marc, le verset 15 nous transporte au jour de l’Ascension. Notre auteur est là qui accumule des récits l’un à la suite de l’autre et il contracte le repas de la Cène du jour de Pâques le soir, avec le repas de midi le jour de l’Ascension.

15 Et il leur dit  : […] “ Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. – Cela veut dire à tout l’univers, à tous les hommes évidemment.

16 Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé  ; celui qui ne croira pas, sera condamné. – On trop content de le rejeter dans les textes douteux, pour ainsi dire dans les apocryphes, c’est parce que ce texte dit  : celui qui ne croira pas sera condamné. – 17 Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru  : en mon nom – Et donc par la puissance du nom de Jésus, ceux qui auront cru, qui seront devenus chrétiens à travers les siècles, seront munis des mêmes pouvoirs que Jésus donne à ses Apôtres – ils chasseront les démons, ils parleront en langues nouvelles, 18 ils saisiront des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera pas de mal; – Ils jouiront de pouvoirs tout à fait extraordinaires qui seront la preuve de la vérité de leur mission. – ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci seront guéris. ”

ASCENSION DE JÉSUS ET PROCLAMATION DE L’ÉVANGILE

«  Or le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel  »

19 Or le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel – Il semble que ce soit une interprétation de l’Ascension où Jésus ait été enlevé et ravi dans le ciel comme Élie mais par la puissance de son Père. Et le mot d’ascension signifie plutôt que c’est par sa propre puissance qu’il est monté. Les deux explications sont parallèles, complémentaires. Et donc ils l’ont vu enlevé dans le ciel où est son séjour, là-haut, ce n’est pas une image, on en témoigne. – et il s’assoit à la droite de Dieu. – Jésus est auprès de son Père.

20 Pour eux, ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient. – Ce sont les deux éléments de la prédication chrétienne  : la parole et les signes qui prouvent la parole, et la parole qui explique les signes et avec cela nos petits Romains n’avaient plus qu’à se convertir.

Et je termine  : c’est très bien que cette conclusion ait été ajoutée faute de posséder le deuxième volume de saint Marc, elle dit le principal. Il faudra que nous complétions par nous-mêmes en allant lire les autres récits d’apparitions chez les autres évangélistes et les Actes des Apôtres, c’est un diptyque, c’est le complément obligatoire. Pourquoi est-ce que Dieu a permis que cet Évangile soit séparé de ce reste qui n’a jamais existé, eh  ! bien c’est parce que l’Évangile de saint Marc, c’est la croix, c’est la croix du Christ, c’est la croix du chrétien et que nous avons plus besoin de nous entendre dire que c’est la croix plutôt que d’entendre prêcher que c’est la gloire. À la limite, la gloire, on verra plus tard. Mais que ce soit la croix, nous en avons besoin tout de suite. Mais cette croix précède la résurrection, et il n’empêche que dans tout l’Évangile de Marc, la résurrection demeure un mystère caché dont le sens, la portée, le bonheur ne seront révélés qu’après sa mort et la nôtre. Et donc il est tout à fait fou de croire que c’est parce que nous aurons de grandes visions sur le bonheur qui nous attend que nous aurons le courage de prendre notre croix. C’est une fausse spiritualité, nous prenons notre croix comme Jésus nous a enseigné à la prendre, par amour de lui, pour être avec lui portant sa croix, et Dieu nous donnera le bonheur éternel, la vie éternelle.

Abbé Georges de Nantes
S 90  : L’Évangile selon saint Marc, retraite automne 1986