La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Saint Jean Bosco

PRÉCURSEUR DE LA VICTOIRE DE MARIE-AUXILIATRICE

Saint Jean BoscoToute l’œuvre de saint Jean Bosco est providentielle, absolument guidée par le Ciel  ; elle est comme une réaction victorieuse aux menées de la franc-maçonnerie qui, à cette époque, impose au gouvernement italien une politique résolument anticléricale. L’œuvre de saint Jean Bosco tient une place majeure dans le combat de l’Église au XIXe siècle et, par là, elle débouche sur notre combat présent en démontrant la puissance de l’Immaculée contre tous les adversaires de l’Église.

I. LE DUR APPRENTISSAGE D’UN ENFANT DE MARIE
(1815-1841)

Maman Marguerite

Maman Marguerite

Né ici même, aux Becchi, le 16 août 1815, d’une famille paysanne très pauvre, il est orphelin de père à l’âge de deux ans. Sa mère, maman Marguerite, est une sainte  : fruit de la grâce, de la civilisation chrétienne, elle a toutes les vertus et un bon sens à toute épreuve. Il doit tout à sa mère, même ses dons d’éducateur  : en fait, il ne fera, à grande échelle, qu’imiter ce qu’il a vu faire par sa mère pour ses trois fils.

C’était un enfant très doué. Il a deux frères  : Joseph le doux, avec lequel il s’entend très bien, et Antoine, qui est l’aîné et qui est en réalité un demi-frère. Celui-là le fera beaucoup souffrir jusqu’à l’âge de quinze ans, refusant qu’il étudie pour devenir prêtre.

PREMIER SONGE

Tout d’un coup sa vie va changer  : il a un songe vers ses neuf ans. Don Bosco l’a lui-même raconté dans un manuscrit qu’il rédigea sur l’ordre, réitéré plusieurs fois, du pape Pie IX. Il se voyait entouré de garnements qui se battaient, s’injuriaient, blasphémaient  ; Jean se précipite alors pour les faire taire, donne des coups, en reçoit beaucoup (il en restera endolori à son réveil  !); mais «  un monsieur vénérable, dans la force de l’âge, et richement vêtu  », apparaît qui lui recommande la douceur, la bonté pour convertir ces enfants. Jean demande alors  : «  Mais, Monsieur, qui êtes-vous donc, vous qui me commandez des choses impossibles  ?  »

Après avoir répondu que les «  choses impossibles  » sont rendues «  possibles par l’obéissance et l’acquisition de la science  », et qu’il lui donnera «  la maîtresse  » qui lui enseignera «  la vraie science en dehors de laquelle tout n’est que folie  », le “ monsieur ” décline son identité  : «  Je suis le Fils de Celle que ta mère te fait prier trois fois le jour.  » Cette allusion à la récitation de l’Angelus ne suffit pas à l’enfant. Celui-ci demande au “ monsieur ” de lui dire son nom. Il s’entend répondre  :

«  Mon nom  ? Demande-le à ma Mère  !

«  En ce moment, je vis à côté de moi, une dame semblable à une reine. Elle avait un manteau tout resplendissant de lumière, comme s’il eût été tissé d’étoiles brillantes.

«  Remarquant ma confusion toujours croissante dans mes demandes et mes réponses, elle me fit signe de m’approcher d’elle et, avec une grande bonté, me prit par la main  ; puis elle me dit  : “ Regarde  ! ”

«  Levant donc les yeux, je vis que tous les enfants avaient disparu, et étaient remplacés par une troupe de chevreaux, de chiens, de chats, d’ours et d’autres animaux. “ Voilà, me dit cette dame,le champ où tu devras travailler. Sois humble, fort, persévérant, et le changement que tu vas voir dans ces animaux, tu le feras pour mes fils. ”

Songe de Jean Bosco«  Alors, je levai les yeux, et je vis que les animaux cruels et méchants étaient devenus autant de doux agneaux, qui sautaient et couraient en bêlant, comme pour faire fête au monsieur et à la dame qui se trouvaient là. À ce moment, toujours endormi, je me mis à pleurer et je suppliai cette dame de me parler de manière que je puisse la comprendre, car je ne savais pas ce qu’elle voulait dire. Alors, elle me mit la main sur la tête, et me dit  :

«  Tu comprendras tout en son temps.

«  Sur ces paroles, un bruit me réveilla, et tout avait disparu.

«  Je me trouvais interdit. Il me semblait que les mains me fissent mal, par suite des coups de poings que j’avais donnés, et aussi la figure à cause des soufflets que j’avais reçus de ces polissons. Ensuite, ce Monsieur, cette Dame, ce que j’avais dit et entendu, m’occupèrent tellement l’esprit, que je ne pus dormir le reste de la nuit.  »

L’enfant est changé par ce songe. Le surnaturel, d’un seul coup, envahit sa petite existence de pauvre enfant paysan. Il a reçu une vocation particulière et, sans en comprendre encore toutes les implications, il répond immédiatement à cette grâce, guidé par sa chère Maman Marguerite, tandis que son âme est envahie par le désir secret de devenir prêtre. Mais les moyens manquent totalement.

Il n’empêche qu’il manifeste aussitôt une ardeur apostolique inaccoutumée. Il apprend très rapidement à lire, et son excellente diction lui permet d’animer les veillées de l’hiver. Il aime regrouper les jeunes gens autour de lui dans le but de leur faire dire le chapelet.

L’été, il faut trouver un autre procédé que la lecture, et c’est pour cela qu’il se lance dans l’acrobatie et la prestidigitation.Mais ce qu’on ne réalise pas, c’est le travail, l’effort que cela lui demandait  : ce n’était pas inné, et c’était en plus de tout le reste  ! (…)

LES VOIES DE LA PROVIDENCE

Il fait sa première communion à l’âge de dix ans et demi, ce qui est considéré comme une faveur. Sa mère prodigua ses sages conseils à son cher communiant  :

«  Mon chéri, c’est un grand jour pour toi, je suis sûre que Dieu a vraiment pris possession de ton cœur. Promets-lui de faire tout ton possible pour rester bon jusqu’à la fin de tes jours. À l’avenir, va souvent communier  ; mais surtout, pas de sacrilèges  ! Dis toujours tout en confession. Obéis toujours bien, assiste volontiers au catéchisme et aux sermons  ; mais pour l’amour de Dieu, fuis comme la peste ceux qui tiennent de mauvaises conversations.  »

Il est très avide de bien faire et il obéit. «  Je m’efforçais de mettre en pratique ces recommandations, et dès ce jour, il me sembla que ma vie s’améliorait. J’appris souvent à obéir, à me soumettre, moi qui auparavant opposais mon caprice aux ordres et aux conseils de qui me commandait.  »

C’est alors qu’il rencontre providentiellement le curé de Murialdo, don Calosso, qui est très impressionné par l’intelligence de cet enfant. C’est lui qui va lui donner ses premiers éléments de latin et c’est à son contact que sa vocation sacerdotale prend racine. Pour le jeune Bosco, c’est un immense bonheur. Il ouvre toute son âme à ce bon prêtre qui, du coup, le guide avec sûreté. Jean Bosco fait de rapides progrès. Il aime don Calosso «  plus qu’un père  », et n’est jamais si heureux que lorsqu’il se dépense pour lui.

Mais les persécutions de l’aîné sont telles que le petit Jean doit quitter la maison familiale, un beau matin de février 1828, à l’âge de treize ans.

Pendant deux ans, il sera garçon de ferme. Puis, sa mère aura le courage de demander le partage des biens paternels pour que l’aîné quitte la maison familiale et que Jean puisse reprendre alors ses études avec don Calosso. Mais celui-ci meurt quelques mois plus tard, en lui laissant une grosse somme d’argent qui lui permettrait de faire toutes ses études. Pourtant l’enfant la cède à la famille qui la réclame. Admirable abandon à la Providence que cette âme tient de sa mère. Les héritiers furent touchés de ce désintéressement. Pour remercier Jean, ils lui achetèrent un habit neuf qu’il accepta en souvenir de son maître vénéré. Quelle humilité  ! (…)

Eh bien  ! Dieu veut cette épreuve supplémentaire, et elle sera féconde. Car pour payer ses études (il entrera à l’école primaire à quinze ans), don Bosco va devoir pratiquer quantité de petits métiers sans se rendre compte qu’il acquiert ainsi les compétences qui lui permettront de fonder l’œuvre de l’apprentissage pour les garnements de Turin.

Des années qui ont précédé son entrée au séminaire, et qu’il a racontées lui-même dans son autobiographie très intéressante, il faut tout de même retenir deux événements capitaux.

À l’âge de seize ans, un nouveau songe le convainc qu’il sera prêtre. Nous sommes en 1831  : «  Cette nuit, j’ai eu un rêve qui m’a assuré que je deviendrais prêtre. J’ai vu venir à moi une grande Dame paissant un immense troupeau. Elle s’est approchée, m’a appelé par mon nom et m’a dit  :

«  Tiens, mon petit Jean, tu vois ce troupeau  ? Eh bien, je te le confie.

Mais comment ferai-je, Madame, pour le garder et prendre soin de tant de brebis et d’agnelets  ? Je n’ai pas de pâture où les conduire.

Ne crains rien, je veillerai sur toi et t’aiderai.

«  Et elle disparut.  »

LA DOUCEUR SALÉSIENNE

Le second événement important de cette période, c’est sa rencontre avec le futur don Comollo  : un tempérament tout différent du sien, mais le même désir d’aimer le Bon Dieu et la Sainte Vierge. Exemple parfait d’amitié spirituelle voulue par Notre-Dame pour lui apprendre la douceur qu’Elle lui avait recommandée dans le songe de ses neuf ans. (…)

Don Comollo mourra la première année de son séminaire et viendra en pleine nuit visiter le dortoir pour dire qu’il est sauvé. Après cet événement, don Bosco renonce à tout attachement humain. Il considère que cette amitié extraordinaire était un don du Ciel pour sa sanctification et qu’elle a produit son fruit. Mais cet acte héroïque n’effacera pas de sa mémoire le souvenir de l’incomparable ami. Leur affection se prolongera au-delà de la mort. (…)

On voit que la sainteté de don Bosco est une sainteté acquise par une fidélité extraordinaire à la grâce. Et tout cela baignant dans une dévotion tendre et constante à la Sainte Vierge, et une affection vive pour tous ceux que la Providence met sur son chemin pour le bien. (…)

Il entre au séminaire en 1835, à vingt ans. Ce sera une période très éprouvée de sa vie. Mais dénuement matériel, épreuves et combats spirituels ne l’empêcheront pas de beaucoup travailler. Plus tard, nous le verrons se faire pamphlétaire pour défendre la religion avec une science acquise au séminaire.

Ordonné prêtre le 5 juin 1841, il célèbre sa seconde messe au sanctuaire de la Consolata, la “ Notre-Dame des Victoires de Turin ”. (…)

Trois voies s’ouvrent devant lui avec divers avantages, mais don Bosco a recours une fois de plus à don Cafasso, son incomparable ami et directeur, son aîné de quatre ans seulement  : «  N’acceptez rien, recommande-t-il, venez ici à Turin achever votre formation sacerdotale au Collège ecclésiastique.  » Don Cafasso y enseigne et il a déjà une réputation de sainteté. «  Si j’ai fait quelque chose de bien, déclarera don Bosco, je le dois à ce digne ecclésiastique, dans les mains de qui j’ai déposé toutes les décisions, toutes les préoccupations et toutes les actions de ma vie.  »

Dans ce collège sont donnés des cours de perfectionnement, surtout en morale et en pastorale. Don Bosco y sera plus tard répétiteur.

UN NOUVEAU SAINT VINCENT DE PAUL

Saint Jean BoscoPendant ce séjour, il parcourt la ville de Turin en proie au développement du capitalisme sauvage.

«  Turin était alors une capitale en voie d’agrandissement, qui attirait à elle, du Piémont à la Lombardie, quantité de pauvres enfants et jeunes gens embauchés par les entreprises de construction, gâche-mortier pour la plupart, apprentis maçons, charpentiers en herbe. Ça se logeait où ça pouvait, presque toujours lamentablement, par paquets de cinq ou six, en des sous-sols ou des mansardes infectes. Mais c’était au moins une armée de travailleurs que celle-là  ; tandis qu’à côté d’elle, un peu partout, aux abords de la citadelle, le long des berges du Pô, sur les terrains vagues attendant une construction, grouillait tout un monde d’enfants, oisifs, négligés par leurs parents, ou poussés par eux à la mendicité. Si le jeune prêtre gravissait l’escalier des soupentes, son regard y découvrait un spectacle aussi navrant  : des familles de huit, dix, douze personnes, entassées dans une misérable mansarde, y respirant un air empoisonné, et se donnant, dans cette promiscuité, la leçon de combien de vices  ! Dans tous ces milieux germait de la graine de prison, et un beau jour elle montait en tige et s’épanouissait dans une des quatre maisons de détenus que possédait la capitale. (…)  » (Auffray, p. 84-85)

Pendant plusieurs mois, il va essayer d’entrer en contact avec cette jeunesse… sans y arriver. Il ne récolte que quolibets et injures.

«  Don Cafasso commença à conduire don Bosco dans les prisons de Turin, qui furent longtemps le théâtre de son zèle apostolique. D’abord, don Bosco souffrait plus qu’on ne saurait le dire, des blasphèmes et des mauvais discours qu’il entendait. Il répugnait à sa délicatesse virginale de se trouver au milieu de ces hommes souillés de vices. Mais fortifié par l’exemple de son maître et soutenu par le zèle des âmes, il reprit courage et y allait souvent faire le catéchisme et prêcher. Le peu de correspondance qu’il trouva d’abord ne le découragea pas, et il joignit aux prédications générales des entretiens particuliers.

«  Selon le système alors suivi, les jeunes prisonniers se trouvaient pêle-mêle avec les hommes faits et l’on comprend les affreuses conséquences d’une pareille promiscuité. Don Bosco commença par donner sans compter ses soins aux jeunes gens. Quelle n’était pas la joie de son cœur lorsqu’il réussissait à en ramener à Dieu quelques-uns  ! Don Cafasso admirait le zèle de son jeune disciple, dont il avait vu les premières hésitations dans cet héroïque apostolat. Il voulut savoir la cause d’un pareil changement. Don Bosco lui répondit  : “ Je me suis oublié moi-même, pour ne plus penser qu’à ces malheureux, il m’a semblé que Jésus me disait  : Je les recommande à tes soins  ! À partir de ce moment ma répugnance a cessé pour faire place à un délicieux empressement. ”

«  L’amour provoque l’amour. Don Bosco aimait ses prisonniers  ; il les aimait dans le Cœur de Jésus, d’un amour ardent, surnaturel. Aussi, ne tarda-t-il pas à s’en faire aimer. Ses visites désirées, attendues, faisaient le bonheur de ces infortunés. (…)

«  De son côté, don Bosco réfléchissant sur son ministère, acquit cette double conviction  : que beaucoup de ces jeunes gens n’auraient pas été en prison, s’ils avaient mieux connu et pratiqué la religion, et qu’ils retomberaient infailliblement sous les coups de la justice après leur libération, si personne ne les mettait à même de gagner leur vie par le travail. À partir de ce moment, don Bosco se demanda comment il pourrait venir au secours de cette classe de malheureux.  » (Francesia, p. 64-65) La Vierge Marie lui envoya elle-même la réponse, en la fête de son Immaculée Conception.

II. LA FÉCONDITÉ INOUÏE DE L’INSTRUMENT DE MARIE
(1841-1868)

Saint Jean BoscoLe 8 décembre 1841, don Bosco, revêtu des ornements sacerdotaux, se préparait à dire la messe, attendant un servant. Survient un adolescent de quatorze à quinze ans, l’air égaré. «  Il n’était pas élégamment vêtu et ses manières gauches indiquaient l’humilité de sa condition. Debout, le chapeau à la main, il contemplait les ornements sacrés comme quelqu’un qui ne les voyait pas souvent. Alors, le sacristain, un rude montagnard, s’approche de lui et lui dit  : “ Que fais-tu ici  ? Ne vois-tu pas que tu embarrasses  ? Allons, vite, va servir la messe de ce prêtre  ! ”

«  À ces paroles, le jeune homme fut tout interdit  ; effrayé par le ton sévère du sacristain, il balbutia une réponse  : “ Je ne sais pas, dit-il, je n’en suis pas capable.

– Viens, te dis-je, tu vas servir la messe.

– Je ne sais pas, reprit le jeune homme de plus en plus intimidé, je ne l’ai jamais servie.

– Comment, s’écria le sacristain, tu ne sais pas  ; et tout en lui administrant un coup de pied, il continua  : Lourdeau que tu es, pourquoi viens-tu à la sacristie, si tu ne sais pas servir la messe  ? Déguerpis bien vite. ” Et prenant son époussetoir, il en frappe le jeune homme tout abasourdi, qui cherche à s’enfuir.

«  À ce moment, don Bosco intervient  : “ Que faites-vous, dit-il au sacristain  ? Pourquoi frappez-vous ainsi ce jeune homme  ? Quel mal vous a-t-il fait  ? ” Mais le sacristain furieux n’entendait rien.

«  Cependant, le jeune homme en s’enfuyant ne savait où donner de la tête. Au lieu de prendre la porte de sortie, il se dirigeait vers l’entrée du chœur, poursuivi par le sacristain. Enfin, il finit par trouver la porte qui donnait sur la place et partit rapidement. Don Bosco appela de nouveau le sacristain et lui dit d’un ton de voix où perçait le mécontentement  : “ Pourquoi avez-vous frappé ce jeune homme  ? Quel mal vous a-t-il fait qui méritât un pareil traitement  ?

– Pourquoi vient-il à la sacristie, puisqu’il ne sait pas servir la messe  ?

– Ce n’était pas une raison pour le frapper et vous avez mal fait d’agir ainsi.

– Cela vous importe peu.

– Cela m’importe beaucoup, car ce jeune homme est un de mes amis.

– Votre ami, ce beau merle-là, dit le sacristain d’un ton narquois, qui s’en serait douté  ?

– Tous ceux qu’on maltraite sont mes amis. Vous avez frappé un jeune homme qui est connu de vos supérieurs. Vous allez courir après lui et me le ramener, j’ai quelque chose à lui dire, autrement je ferai connaître à qui de droit la manière dont vous traitez les jeunes garçons. ”

«  En entendant ces paroles, le sacristain s’adoucit et déposant son époussetoir, il sortit pour chercher le jeune homme.

«  Il le trouva dans la rue voisine, le rassura et l’amena à don Bosco, tout tremblant et en larmes. “ Eh bien  ! mon ami, lui dit don Bosco, as-tu déjà entendu la messe  ?

– Non, répondit-il.

– Viens donc entendre la messe et après, je te parlerai d’une affaire qui te réjouira.  » (Don Francesia, p. 65-67)

Après la messe, tous deux s’agenouillent, et don Bosco récite avec ferveur un Ave Maria. Puis il donne sa première leçon de catéchisme à cet enfant. De cet Ave, don Bosco dira plus tard  :

«  J’y ai mis toute mon âme. Là-haut, la Sainte Vierge m’a écouté et, pendant un demi-siècle, elle n’a fait qu’exaucer cette humble prière.  »

La semaine suivante, ils sont douze. Encore quelques semaines, quatre-vingts. Et bientôt cent.Retenons que l’œuvre de don Bosco a commencé à l’heure de la Sainte Vierge  : Elle lui a donné une efficacité qu’il était incapable d’atteindre par lui-même. Don Bosco constatera que toutes ses principales œuvres ou fondations se feront toujours un 8 décembre, jour de la fête de l’Immaculée Conception.

Pendant quatre ans, ils seront les hôtes du Collège ecclésiastique. Nous ne mesurons pas le lent développement de l’œuvre. Quatre ans pour ne recevoir des enfants que le dimanche. Puis dix-huit mois d’errance terriblement éprouvante, au cours desquels il récoltera ses meilleurs amis et collaborateurs, comme don Borel. Quatre cents enfants chaque dimanche, quelle affaire  ! Un parfait abandon à la divine Providence est le seul soutien d’une œuvre sans cesse menacée dans son existence même. On le prend pour un fou. (…)

CONTRE-RÉVOLUTION

Saint Jean BoscoL’implantation au Valdocco a lieu en 1846 et l’achat du hangar Pinardi en 1851. Peu de temps après son installation, il tombe malade d’épuisement.

«  Alors on vit ces jeunes gens donner au Cœur de Dieu le plus magnifique assaut de foi éperdue qu’aient enregistré les annales d’une œuvre. Au sanctuaire de La Consolata tous ces enfants, ces adolescents – hier encore pour la plupart escarpes de la rue – se remplaçaient d’heure en heure pour arracher cette guérison à la Vierge. La supplication commençait le matin et finissait très tard dans la soirée  ; d’autres la continuaient chez eux  ; certains la poussaient jusqu’à l’aube. (…)  » (Auffray, p. 109)

Les jours passent. Don Borel entre dans la chambre du moribond  :

«  Don Bosco, vous savez ce que disent les Livres Saints  : “ Dans ton mal, prie le Seigneur et il te guérira. ”

– Laissons s’accomplir la volonté de Dieu, mon cher ami.

– Murmurez au moins  : “ Seigneur, si cela peut vous plaire, guérissez-moi  ! ” Je vous le demande au nom de tous vos enfants. Allons, répétez avec moi ces paroles. ”  »

Le moribond les répéta  :

– Je suis sûr maintenant que vous êtes sauvé, s’écria joyeux don Borel, il ne nous manquait que votre prière.  »

Et de fait, dès le lendemain, il était sorti de danger.

À cette époque l’Italie, partagée en sept États, s’embrase. Une série de révolutions donne naissance à des monarchies constitutionnelles entre 1847 et 1850. Les États pontificaux eux-mêmes connaissent des troubles au début du règne de Pie IX, mais ils résistent à ce courant.

Le Piémont est le plus en avance dans la révolution  : de là est né le mouvement qui aboutira à l’unité italienne en 1870. Turin est au centre de toutes ces agitations  : le jeune clergé lui-même est atteint par cette fièvre révolutionnaire  : un jeune prêtre collaborateur de don Bosco, pris par ces idées nouvelles, fera une scission entraînant avec lui plusieurs centaines d’enfants pendant trois mois, dont plusieurs dizaines ne reviendront jamais.

Ce qu’il faut savoir pour comprendre le caractère extraordinaire de l’œuvre de don Bosco, c’est que le gouvernement radical adopte une législation anticléricale tout au long des années 1850 à 1860  : expulsion des jésuites et des Dames du Sacré-Cœur, interdiction aux corporations religieuses d’acquérir des biens immobiliers sans l’autorisation de l’État, limite de l’exemption militaire pour les prêtres et les religieux, suppression des couvents uniquement contemplatifs, préparation de la laïcisation des écoles. Le vent est à l’anticléricalisme. D’où l’attitude générale du clergé, paralysé par la peur et la prudence. Plus personne ne fait rien… sauf don Bosco.

En 1849, il fonde un petit journal intitulé  : L’Ami de la Jeunesse. Son but est de prémunir ses lecteurs, et surtout les jeunes gens, contre le danger des mauvais journaux, qui, à la faveur de la liberté de la presse, s’efforcent de corrompre les mœurs. (…) Il fonde aussi une Société de secours mutuels pour aider les travailleurs en cas de maladie ou de chômage. (…)

Mais surtout, il multiplie les œuvres au Valdocco, où il a fait venir sa mère pour l’aider. Au patronage du dimanche viendront s’ajouter les cours du soir, pour des centaines d’enfants, puis l’internat qui recevra d’abord sept enfants, bientôt trente, soixante-cinq et, deux ans plus tard, cent cinquante. (…)

« Le chemin le plus court du paradis, c'est la confession ».

«  Le chemin le plus court du paradis, c’est la confession  ».

Il faut se rendre compte de l’abnégation de don Bosco… et de sa mère. Un jour, elle n’en peut plus de toutes les misères que lui font subir les enfants. Elle s’en plaint à don Bosco et lui annonce son intention de retourner aux Becchi pour filer son lin comme avant. Don Bosco lui montre alors du doigt le crucifix, sans dire un mot  : elle comprend aussitôt  : «  Tu as raison, dit-elle les larmes aux yeux, tu as raison.  » Elle restera jusqu’à sa mort en 1856.

Il a fallu construire, la chapelle tout d’abord en 1851, puis, à partir de 1853, des bâtiments pour recevoir les enfants en internat. Tout cela est rendu possible grâce à la charité des bienfaiteurs, en particulier de la famille de Maistre. Mais avec des épreuves  : une forte pluie fait écrouler le bâtiment qui n’est pas encore achevé, et il faut tout recommencer  !

Les cours du soir ont beaucoup de succès. Pour les élèves plus doués, ils vont se transformer en cours du jour grâce au dévouement de prêtres. Finalement, pour éviter que cette jeunesse traverse la ville avec tous ses dangers et ses mauvais exemples, don Bosco demandera à ces prêtres de venir faire leurs cours au Valdocco. Et lorsque les premiers élèves seront grands, ils donneront à leur tour des cours aux plus jeunes, tout en développant un enseignement professionnel de qualité. En l’espace de cinq ans, toute une œuvre est fondée au nez et à la barbe de la franc-maçonnerie. C’est l’embryon des salésiens  : les premiers religieux, le futur cardinal Cagliero, don Rua, don Francesia, sont de cette génération, celle des “ cours du soir ”.

“ VIVE DON BOSCO  ! ”

Comment expliquer que don Bosco arrive à s’imposer  ? Par sa popularité. Il fait tellement de bien  ! En août 1850, les maisons religieuses furent assaillies par une populace soudoyée. «  On entourait des monastères et l’on criait  : “ Mort aux prêtres  ! ” Les furieux se trouvaient près de la Consolata et menaçaient les religieux qui desservaient le sanctuaire. Tout à coup une voix se fait entendre  : “ Allons chez don Bosco  ! ” On allait en venir à l’exécution quand un de la bande s’écria  : “ Don Bosco, mais c’est le bienfaiteur des enfants du peuple  ! Ce n’est pas  : Mort à don Bosco  ! C’est  : Vive don Bosco  ! qu’il faut dire… ” Et la troupe des forcenés prit une autre direction.  » (Don Francesia, p. 120)

En 1854, le choléra frappe Turin. Le terrifiant fléau atteint 2 500 malades en trois mois, emportant 1 400 morts. Les autorités sanitaires sont dépassées. Pris de panique, les gens fuient en abandonnant les malades. Don Bosco demande des volontaires  : pendant trois mois, quarante adolescents vont parcourir la ville pour découvrir les malades abandonnés, les conduire à l’hôpital ou chercher le prêtre et les assister si c’est déjà trop tard. Pas un de ces enfants ne sera atteint par l’épidémie bien que, débordés par la tâche, ils ne respectent même plus les mesures d’hygiène.

«  Soyez tranquilles, avait dit don Bosco, si vous faites ce que je vous dis, vous serez tous saufs.

– Que faut-il donc faire  ?

– Vivre de la grâce de Dieu, en s’abstenant de tout péché. La cause de la mort est, sans doute possible, le péché. Si vous ne commettez aucun péché mortel, je vous assure que personne de vous ne sera touché par le choléra. Si quelqu’un reste l’ennemi obstiné de Dieu, je ne pourrai plus me porter garant pour lui, ni pour personne dans la maison.  »

La protection de la Sainte Vierge est manifeste.

Saint Dominique Savio

Saint Dominique Savio

Le 8 décembre de cette même année, à Rome, dans la basilique Vaticane, Pie IX, entouré de plus de deux cents cardinaux, patriarches, archevêques et évêques, proclamait solennellement le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. Ce jour-là, Dominique Savio (1842-1857) posa la première pierre de la “ Compagnie de l’Immaculée ”, œuvre de sa courte existence, soixante ans avant la “ Milice de l’Immaculée ” du Père Kolbe, par sa propre consécration racontée par saint Jean Bosco lui-même  : «  Le soir de ce 8 décembre, après les cérémonies religieuses, avec le conseil de son confesseur, Dominique se rendit devant l’autel de Marie, renouvela les promesses qu’il avait faites à sa première communion, puis répéta plusieurs fois textuellement la prière suivante  : “ Marie, je vous donne mon cœur, faites qu’il soit toujours vôtre. Jésus et Marie, soyez toujours mes amis. Mais, de grâce, faites-moi mourir plutôt que d’avoir le malheur de commettre un seul péché. ”

«  Lorsqu’il eut pris ainsi Marie comme soutien de sa ferveur, sa vie morale apparut tellement édifiante et tissée de tels actes de vertu que je me mis dès lors à en prendre note pour ne pas les oublier.  »

En dépit de ses multiples soucis, don Bosco n’avait jamais abandonné son apostolat dans les prisons. En 1855, il prêche aux jeunes détenus deLa Générale une retraite pendant laquelle ils se confessent et communient avec la plus grande piété. Ce qui explique l’épisode de la promenade qu’il fera faire à ces trois cents prisonniers, sans autre surveillance, et ramenés sans qu’aucun d’eux manque à l’appel, à la stupéfaction des autorités pénitentiaires et du ministre de l’Intérieur Rattazzi à qui il avait dû demander la permission.

À la demande des curés, don Bosco va prêcher dans toutes les paroisses de la région pendant vingt ans. Énorme labeur, très fatigant, mais extraordinairement fécond pour le bien des âmes et la diffusion de son œuvre. Il a aussi accepté de confesser et de donner quelques instructions dans des retraites sacerdotales. C’est là qu’il recrutera ses premiers disciples.

Encore n’est-ce là qu’une partie de ses activités. Comme le P. Kolbe plus tard, don Bosco a compris la puissance que les écrits donnaient à l’erreur. Il fallait donc occuper le terrain, développer une presse catholique, écrire des livres de propagande bon marché, faciles à répandre partout pour l’édification des âmes et la réfutation de l’erreur. Il fonde lesLectures Catholiques, journal de propagande qui tire à 14 000 exemplaires  ; il édite des livres de classe  ; il crée la collection des classiques chrétiens, et publie le premier almanach catholique d’Europe qui se répandra partout dans les foyers pauvres. (…)

Saint Jean BoscoCette œuvre de diffusion de la doctrine catholique lui valut la haine des vaudois, une secte très répandue dans la région et soutenue par la franc-maçonnerie. Elle fomentera les multiples tentatives d’assassinat dont il fut l’objet, échappant plusieurs fois miraculeusement grâce à un énorme chien gris, “ le Grigio ”, survenant on ne sait d’où, pour porter secours à don Bosco contre ses agresseurs au moment critique, et disparaissant, sa mission accomplie. Envoyé par qui  ? sinon par Notre-Dame Auxiliatrice, l’Immaculée qui «  seule vaincra les hérésies dans le monde entier  ».

LES SALÉSIENS

Au même moment où les francs-maçons ferment les congrégations, le saint fonde la sienne  ! Guidé par ses songes, il s’y prend d’une manière très intelligente et très prudente pour éviter les pièges de l’administration. (…)

Dans toutes ses décisions, don Bosco n’arrivait au but qu’en suivant les conseils de la Sainte Vierge. C’est en vain qu’il essaya d’abord de donner de l’instruction à certains de ses élèves les plus doués. Reconquis par le démon et le monde, ils le quittèrent.

Notre-Dame lui fit voir dans un songe qu’il ne pourrait avoir des disciples qu’en leur imposant sur le front un bandeau sur lequel était inscrit le mot “ obéissance ”. Don Bosco comprit qu’il devait fonder une congrégation dont les jeunes gens prononceraient les vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. Le premier fut le petit Michel Rua. D’autres vinrent et, le 26 janvier 1854, il donna aux cinq premiers religieux le nom de “ salésiens ”, les plaçant sous le patronage de saint François de Sales qui avait combattu les hérésies protestantes dans le Chablais et à Genève. Les hérésies pullulaient en Italie  : filles du protestantisme, du libéralisme et du jansénisme. Pour agir avec la douceur que Notre-Seigneur avait recommandée à don Bosco afin d’attirer à lui les enfants, saint François de Sales offrait le meilleur patronage  ; en même temps, il était le modèle des prédicateurs qui défendent la vérité chrétienne en publiant des tracts et par des conférences.

Le projet de fondation devient officiel en 1858, avec l’appui du pape Pie IX, consulté par le saint fondateur. Vingt-cinq salésiens prononcent leurs premiers vœux en 1862. Mais cela soulève de nombreuses oppositions. Les bruits les plus infamants courent sur le compte de don Bosco. L’archevêque de Turin ira jusqu’à l’empêcher de confesser les enfants. Il sera même dénoncé à la Congrégation de l’Index et n’échappera aux censures que par l’intervention de Pie IX. L’hostilité ne désarmera qu’avec la mort de l’archevêque, malgré de multiples tentatives de conciliation.

Après sept ans de persécutions, l’approbation définitive n’interviendra qu’en 1869. Encore faut-il que Pie IX s’en mêle et que Notre-Dame Auxiliatrice fasse des miracles. Le 8 janvier, don Bosco part seul pour Rome. Dès son arrivée, il se met en campagne et ne tarde pas à constater que très peu de prélats sont disposés à appuyer son projet. Mais il compte pour faire triompher sa cause sur la Vierge Auxiliatrice à qui il vient d’ériger un temple grandiose, et sur Pie IX, dont la bienveillance ne lui a jamais manqué. (…)

LA CITÉ DE MARIE

L’église Saint François-de-Sales est maintenant trop petite. Don Bosco décide d’entreprendre la construction de Notre-Dame Auxiliatrice, vue en songe dès 1846. C’est donc un élément tout à fait essentiel de son œuvre, comme un but fixé par la Sainte Vierge Elle-même. Invoquer la Vierge Notre-Dame sous ce titre glorieux d’ “ Auxiliatrice ”, de “ Secours des chrétiens ”, était, pour ainsi dire, son obsession. Le 8 décembre 1862, il disait à l’abbé Cagliero, après les vêpres  : «  La solennité a été réussie  ; je suis content. C’est en ce jour en effet que nous avons ouvert la plupart de nos œuvres  : mais la Sainte Vierge veut maintenant que nous l’honorions sous le titre d’Auxiliatrice. Les temps sont mauvais  ; nous avons vraiment besoin que son secours puissant nous aide à conserver et à défendre la foi. C’est donc à Elle, invoquée sous ce titre, que je compte élever un temple.  » (Auffray, p. 229)

Valdocco Aussitôt, le démon se déchaîne pour entraver cette construction. Les francs-maçons du Conseil municipal et la secte des vaudois font tout pour que don Bosco ne puisse pas acquérir le terrain de la construction  ; mais il ruse en le faisant acheter par un tiers.

Les fondations sont commencées en 1863. (…) C’est à coup de miracles et à force de fatigues qu’il viendra à bout de tout et la basilique sera consacrée le 9 juin 1868, après cinq ans d’un labeur écrasant  ! Don Bosco a pu dire  : «  Il n’y a pas une de ses pierres qui ne représente une faveur accordée par Notre-Dame Auxiliatrice.  » (Auffray, p. 236)

Quel symbole que cette nouvelle église de Turin, signe du triomphe de Notre-Dame Auxiliatrice.  ! Les menées de la franc-maçonnerie ne peuvent rien empêcher de la réalisation des œuvres fondées sur la Sainte Vierge. Elle triomphe, mais à condition d’avoir en mains des instruments qui acceptent tout et qui s’abandonnent totalement à Elle.

C’est là ce qui donne tout son relief à la sainteté de don Bosco. Une sainteté éclatante  : tout le monde savait quel confesseur extraordinaire il était, doué de charismes particuliers, notamment celui de lire dans les âmes.

Mais même cela prend une signification toute particulière lorsqu’on le replace dans l’orthodromie divine. Cette bande d’enfants vue en songe à l’âge de neuf ans, transformés en bêtes sauvages qu’il devait pacifier par la douceur de Notre-Dame Auxiliatrice, désignait les enfants de Turin, toute cette masse de pauvres victimes de la société capitaliste moderne dominée par la franc-maçonnerie… mais au-delà, nous comprenons que don Bosco et son œuvre sont la figure de ce qui arrivera dans le monde entier après le triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

LES SONGES DE SAINT JEAN BOSCO

Les songes de saint Jean Bosco sont «  de véritables visions  », disait le bienheureux don Rua, son premier successeur, «  car les choses qui lui étaient ainsi annoncées symboliquement se sont toujours réalisées et se réalisent encore exactement  ».

Le songe du 24 mai 1876, découvrait l’avenir de l’Église  : l’exil du Pape quittant Rome, suivi par une foule de gens désorientés. Un beau jour, le Pape revient à Rome et c’est un retour triomphal.

La prophétie est claire  : elle annonce non pas un voyage terrestre, mais une errance spirituelle du chef de l’Église entraîné dans la désorientation diabolique d’un monde rendu barbare par près de deux siècles de gouvernement anticlérical… La vie de don Bosco, dirigée par Notre-Dame Auxiliatrice, nous montre qu’il suffira de fonder des institutions et de conduire les âmes à la confession et à la communion par la médiation de la Sainte Vierge pour changer ce monde barbare en une Chrétienté florissante, antichambre du Ciel. Mais cela ne se fera qu’à l’heure de Marie et sous sa direction effective.

III. LE TRIOMPHE DE MARIE AUXILIATRICE…
SEMÉ DE CROIX (1868-1888)

Notre-Dame AuxiliatriceAu lendemain de la consécration de la basilique Notre-Dame Auxiliatrice, en mars 1869, Rome approuve la congrégation des salésiens, non sans peine. Il faudra attendre 1884 pour que toutes les difficultés soient levées, tellement l’opposition est forte, surtout à Turin même de la part du nouvel archevêque, Mgr Gastaldi, pourtant l’ami de saint Jean Bosco et nommé par Pie IX à sa demande. À peine investi de sa charge, le prélat est retourné par de mauvais conseillers. Pendant dix ans, ses persécutions acharnées iront jusqu’à menacer directement l’existence de l’œuvre. Exemple d’arbitraire épiscopal auquel don Bosco n’échappe chaque fois que par l’intervention des tribunaux romains.

Le plus étonnant est de relire la recommandation que Mgr Gastaldi avait faite à don Bosco au temps de leur amitié. Le saint étant déjà victime de calomnies, le futur archevêque lui avait dit  :

«  Quand, dans la vie, vous verrez se dresser devant vous la contradiction des hommes, ne vous frappez pas, au moins au dehors  : et ne permettez à aucun de vos fils de témoigner à quiconque du ressentiment. Croyez bien en effet que prendre patience, prier et s’humilier devant Dieu et les hommes, est encore le meilleur moyen de venir à bout de l’obstacle. C’est ainsi qu’ont agi tous les saints fondateurs d’ordres religieux.  »

Don Bosco a suivi ce conseil toute sa vie, portant sa cause devant les seuls tribunaux romains compétents. L’admirable est que ces difficultés, tout en accaparant beaucoup de son temps, ne l’ont pourtant jamais détourné de sa mission. Son influence ne fit que grandir, y compris auprès du pape Pie IX.

Durant cette période troublée, sévissait une véritable guerre entre le nouveau régime italien et le Saint-Siège. Don Bosco joua un rôle diplomatique de premier plan. Il faut songer par exemple, qu’en 1868, cent huit évêchés sont vacants en Italie. D’où la pressante nécessité de trouver une solution. Don Bosco va y travailler pendant plusieurs années. Il est un ambassadeur attitré du fait de la confiance absolue que le Pape met en lui, confiance partagée par le gouvernement italien en majorité piémontais  ; on savait l’honnêteté foncière de don Bosco; parce qu’il n’était affilié à aucun parti, on était assuré de sa parfaite discrétion.

Le premier ministre Cavour, au temps de sa jeunesse, avait aidé don Bosco à Turin en 1848. Crispi, l’affreux ministre de l’Intérieur, avait bénéficié de la charité de don Bosco au tout début de sa carrière, lorsqu’il n’était qu’un misérable proscrit  : il avait trouvé asile plus d’un mois chez don Bosco.

Inutile de préciser que ce dernier n’avait rien abdiqué des principes  ; tout le monde comprenait bien que les tractations en cours visaient à obtenir la nomination d’évêques aux postes vacants, et non pas à cautionner le gouvernement. Saint Jean Bosco n’est pas un libéral, partisan de la paix entre l’Église et les États anticatholiques, non  ! C’est un saint prêtre aux ordres du Pape, qui veut obtenir en plein combat un avantage nécessaire au salut des âmes, au moment où l’ennemi peut être enclin, pour des raisons qui lui sont propres, à l’accorder.

Dans une autre circonstance où se joua l’avenir de l’Église, Pie IX se rangea à l’avis de don Bosco. «  Au lendemain de la brèche de la Porta Pia, tandis que de tous côtés on conseillait la fuite au Pape, comme en 1848, Pie IX sollicita sa pensée sur le projet. Le saint, après avoir longuement prié, adressa au Pape, par des voies sûres, sa réponse  : “ La sentinelle, l’ange d’Israël doit demeurer à son poste, à la garde du rocher sacré et de l’arche sainte. ” Sous la foi du serment, le cardinal Cagliero a déposé ce fait, dont il était bien informé, puisqu’il avait recopié lui-même la lettre adressée au Saint-Père.  » (Auffray, p. 307)

«  DANS LE MONDE ENTIER  »

Saint Jean BoscoCe saint devient comme intouchable  : un jour un ministre franc-maçon ordonne une perquisition chez don Bosco  ! La mesure souleva un véritable scandale. Son œuvre s’est affermie, enracinée malgré la franc-maçonnerie  ; elle se développe maintenant avec une extraordinaire fécondité, faisant des salésiens une des grandes congrégations de l’Église.

En 1872, il fonde une branche féminine  : les Filles de Marie-Auxiliatrice, avec sainte Marie Mazzarello. (…)

Au tout début, elles sont quinze  ; cinquante ans plus tard, elles seront dix mille, réparties en huit cents maisons  !

En 1876, il crée un tiers ordre, les Coopérateurs salésiens, regroupant des laïcs destinés à aider de mille manières les œuvres destinées à la jeunesse répandues en Italie, en France, en Suisse, en Espagne et jusqu’au Canada, en l’espace de quelques dizaines d’années.

Mais la grande joie de la fin de sa vie, c’est l’œuvre des missions qui lui tenait tellement à cœur. En 1876, dix salésiens partent pour la Patagonie, à l’extrême-sud de l’Amérique latine. À leur tête, Jean Cagliero qui, vingt-deux ans auparavant se mourait à Turin du choléra. Don Bosco était venu à son chevet, l’avait guéri miraculeusement, lui avait dit qu’il deviendrait prêtre et qu’il irait loin, très loin. En 1871, un nouveau songe le décide à engager sa congrégation dans cette voie. La volonté divine était évidente.

De 1876 à 1911, les salésiens se répandirent en Amérique du Sud  ; plusieurs diocèses leur furent confiés. En 1911, le Congo, en 1920, la Chine, puis l’Inde septentrionale, puis l’Indochine  : un songe du 9 avril 1886 avait fait voir d’avance à don Bosco tout ce développement  ! (…)

Dans les dernières années de sa vie, ses voyages en France, en Espagne, en Italie furent un triomphe  : il fait des miracles sans nombre, il rencontre des milliers de gens, décide de quantité de vocations, ouvre des œuvres qui continueront à faire du bien. (…)

Don Bosco photographié à Barcelone en Espagne, en 1886.

Don Bosco photographié à Barcelone en Espagne, en 1886.

VIVE MARIE  !

Il avait souffert d’assez bonne heure d’infirmités qui ne cessèrent de s’aggraver. En 1856, la foudre l’avait jeté sur le sol, endommageant sérieusement son œil droit. Les veilles qu’il s’imposait pour écrire ses livres achevèrent de lui gâter la vue. En 1878, un œil était complètement perdu et l’autre menaçait de s’éteindre. Les médecins durent lui défendre le travail de nuit. Dès 1846, des varices lui gonflèrent les jambes. Le mal alla croissant et de 1853 jusqu’à la fin de sa vie, il dut traîner “ cette croix quotidienne ” qui lui rendait la marche extrêmement pénible. (…) Depuis 1845 jusqu’à sa mort, il eut la peau brûlée par un eczéma presque continu, qui faisait dire au religieux chargé de sa toilette mortuaire  : “ Oh  ! Quel cilice  ! Et dire qu’il l’a toujours tenu caché  ! ” Toute sa vie, il eut la poitrine un peu faible et ses excès de travail provoquaient parfois des hémoptysies.

Saint Jean BoscoLes trois dernières années de sa vie furent un martyre continuel et croissant. Une paralysie implacable commençait à courber son dos. Ombre de lui-même, on était obligé de le soutenir dans sa marche. Et malgré cela il était toujours d’un dévouement inlassable.

«  Le 7 décembre 1887, comme il était déjà fort malade, et ne quittait plus ses chambres du premier étage, Mgr Doutreloux, évêque de Liège, vient le supplier de lui concéder une fondation salésienne dans son diocèse. Sans doute avait-il choisi intentionnellement, comme pour se faire appuyer par la Vierge, la vigile d’une de ses grandes fêtes… mais le saint refuse. Et le lendemain il dicte à son secrétaire, don Viglietti, la note suivante  :

“ Paroles textuelles que la Vierge Immaculée, qui m’est apparue cette nuit, m’a dites  :

“ Il plaît à Dieu et à la Bienheureuse Vierge Marie que les fils de saint François de Sales aillent ouvrir une Maison à Liège, en l’honneur du Saint-Sacrement. Ici, ils ont commencé à louer publiquement Jésus, d’ici ils devront répandre ces mêmes louanges, et particulièrement parmi la multitude de jeunes gens qui, dans les diverses parties du monde, sont et seront confiés à leurs soins ”. –Le jour de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge, 1887.

«  Sa mort suit de peu cette relation d’une dernière apparition de la Vierge de Louanges. Dans les derniers jours, en janvier 1888, comme il ne pouvait plus que prononcer des phrases de plus en plus courtes que les témoins recueillaient avec avidité, il en fait des témoignages solennels de son unique amour  :

“ Quand tu parleras ou que tu prêcheras, insiste sur la fréquente communion et la dévotion à la Très Sainte Vierge

“ Jésus, Marie, je vous donne mon cœur et mon âme. ”

«  La veille de sa mort  : “ Mère, mère  ! Demain, demain  ! ” À l’Angelus du soir il crie  : “ Vive Marie  ! ”  »

Don Bosco exposé après sa mort.

Don Bosco exposé après sa mort.

«  À plusieurs reprises il lève les bras en disant  : “ Que votre sainte volonté soit faite. ” La paralysie gagna le côté droit, alors il continua à lever le bras gauche en répétant  : “ Que votre volonté soit faite. ” Ce fut sa dernière parole. Mais toute la nuit il leva encore le bras gauche. Après une journée de souffrance silencieuse, le 31 janvier 1888, don Bosco est mort  ». Il était presque 5 heures du matin.

On est toujours aussi pauvre  : on n’a rien ce jour-là pour payer le pain des enfants. Il fallut demander au boulanger de faire crédit. Il laisse une famille de huit cents religieux. Parmi eux, le Français Noël Noguier de Malijay qui aura, dix ans plus tard, l’intuition de la nature physique et chimique de l’image empreinte sur le Saint Suaire. Si bien que nous pouvons affirmer en toute vérité que nous devons à saint Jean Bosco, digne fils de saint François de Sales, le tout de notre connaissance savante et savoureuse de cette sainte Relique.

Extrait de la CRC tome 30, n° 346, mai 1998, p. 9-24

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