La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’EMPIRE CHRÉTIEN UNIVERSEL
(4e – 6e siècle)

LA CONVERSION DU MONDE ROMAIN

ConstantinÀ la veille de la bataille du pont Milvius, pour la possession de Rome, Constantin vit dans le ciel une croix entourée de ces mots  : IN HOC SIGNO VINCES. Il fit peindre le monogramme du Christ et la croix sur son étendard, le labarum, et vainquit Maxence. Dès lors il autorise la religion chrétienne et la comble d’honneurs et de largesses. Sortant de l’ombre, l’Église se développe merveilleusement. À Rome, à Jérusalem où la mère de l’empereur, sainte Hélène, découvre la vraie croix, à Constantinople, la «  Nouvelle Rome   » bâtie sur le Bosphore, sont édifiées des basiliques splendides où une hiérarchie prestigieuse célèbre une fastueuse liturgie.

L'une des splendides basiliques de ConstantinopleAuprès d’elles sont des hospices et hôpitaux ouverts aux malades et aux pauvres. Lentement les institutions et les mœurs chrétiennes se substituent aux cultes idolâtriques. Ce qui étonne les païens, c’est le joyeux prosélytisme des chrétiens et leur sens aigu de lafraternité universelle. Après l’ultime tentative de restauration du paganisme par Julien l’Apostat, il s’effondre définitivement. «  Tu as vaincu, Galiléen  !   » Si le mot n’est pas historique, il est d’une cruelle vérité. Théodose interdit les cultes idolâtriques dans tout l’Empire, et le christianisme, de religion interdite qu’il était au début du siècle, devient en 394 religion d’État.

LES GRANDES HÉRÉSIES

L’afflux des convertis, l’intense curiosité des catéchumènes pour les mystères chrétiens, l’effervescence de la recherche intellectuelle et de la prédication provoquent des schismes, dus à des rivalités de personnes, comme le donatisme, et des hérésies, vives querelles doctrinales dont la principale sera l’arianisme. Les évêques prennent des partis contraires  ; trop souvent l’Empereur s’ingère dans les débats théologiques, abusant de son autorité antique de Pontifex Maximus; les brigands et les soldats s’en mêlent. Ce sont de nouvelles persécutions où les évêques orthodoxes et les fidèles, ballottés des uns aux autres, ont beaucoup à souffrir. C’est miracle que la foi catholique l’ait toujours emporté dans les Conciles œcuméniques où les évêques, conscients de leur infaillibilité en communion avec l’évêque de Rome dont l’autorité suprême est universellement reconnue, définissent les dogmes, fixent le Credo et excommunient les rebelles.

Le donatisme donne à l’Église l’occasion d’arrêter sa discipline sacramentaire, en affirmant la validité des sacrements régulièrement distribués, même par des ministres indignes.

L’arianisme et le nestorianisme provoquent les grandes définitions dogmatiques touchant les mystères de la Sainte Trinité et de l’Incarnation.

Le pélagianisme amène l’élucidation de la doctrine de la prédestination et de la grâce, venue de saint Paul, prêchée par saint Augustin en face d’un humanisme outrancier.

ÉVÊQUES, DOCTEURS ET MOINES

Dans ces immenses difficultés, l’Église fut honorée par la grâce de Dieu, d’une pléiade d’évêques remarquables et de saints pontifes romains, les papes Damase, Léon, et le plus grand de tous, saint Grégoire. Remarquables par leur foi, inébranlablement attachés à la Tradition et aux Écritures, tels saint Athanase et saint Hilaire  ; par leur génie philosophique, souvent puisé aux écoles d’Athènes et d’Alexandrie, tels les Pères cappadociens  ; par leur courage à affronter les empereurs ariens persécuteurs ou simplement convaincus de quelque crime, tels saint Basile, saint Ambroise  ; par leur dévouement pastoral et leurs admirables prédications, tel saint Jean Chrysostome.

Le IVe siècle est l’âge d’or de la patristique, constituant le trésor de la littérature chrétienne. Parmi les Pères de l’Église, saint Augustin, le grand docteur de l’Église latine, brille d’un éclat incomparable. Ce Numide plus romain que les romains de Rome, au cœur d’or, à la parole de feu, aux polémiques magistrales, aux sublimes élans mystiques, assista, impuissant, à l’effondrement de l’Empire et sut, dans l’espérance, presque seul, tracer les plans de laCité de Dieu de l’avenir.

LigugéRépondant à l’appel évangélique, fuyant la paix facile et les compromissions d’une société encore païenne, des héros de sainteté s’enfoncent dans les déserts pour combattre les démons dans leurs derniers repaires. Les uns sont anachorètes, tel saint Antoine, premier ermite, les autres cénobites, vivant en communauté sous une règle monastique, en Orient celles de saint Pacôme, de saint Basile, et chez les Latins celles de saint Augustin et de saint Benoît, le patriarche des moines d’Occident.

Notre saint Martin illustre dans sa seule vie toute la sainteté de son temps  : converti du paganisme, moine à Ligugé, évêque élu par le peuple de Tours, convertisseur infatigable des campagnes encore païennes, il détruit les temples, brise les idoles, abat les arbres sacrés, chasse les démons et ressuscite des morts. Partout il fonde des églises qui sont devenues, portant toujours son nom, tant de nos paroisses d’aujourd’hui…

LA CONVERSION DES BARBARES

Dans l’autodestruction et l’effondrement de l’Empire, les diocèses impériaux, devenus les circonscriptions ecclésiastiques ayant à leur tête l’Évêque, subsistent et au contraire, se fortifient et s’organisent. Là se trouvent nos plus profondes racines, nos vrais ancêtres  : «  Nous sommes Gallo-Romains et gentilshommes   ». Les barbares depuis longtemps déferlaient lentement dans les plaines européennes encore peu peuplées. La coexistence était difficile. Mais lorsque les Huns franchissent la Volga, une onde de choc jette les Germains, ariens pour la plupart et féroces ennemis de la foi catholique, au-delà du Danube et du Rhin en toutes directions dans l’empire éclaté.

Baptême de ClovisAu milieu de ces Goths, Burgondes, Vandales, Hérules, Lombards, les Francs demeurés païens tranchent par leur aptitude à la romanisation et leur ouverture à la foi catholique. Clovis, leur chef, a épousé la catholique Clotilde. À Tolbiac, déjà vaincu par les Alamans, il crie vers le Dieu de Clotilde et sa défaite se change en victoire. La même année, après avoir été instruit de la foi catholique par saint Vaast, il est baptisé ainsi que trois mille de ses soldats par saint Remi  : «  Baisse la tête, fier Sicambre. Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré  !   » Dès lors, Clovis apparaît à toute la Gaule catholique un «  nouveau Constantin   », son libérateur de l’oppression des ariens. Ainsi naquit le premier royaume catholique d’Europe.

Cent ans plus tard, les autres peuples suivront cet exemple, les Suèves en Galice, les Wisigoths d’Espagne, les Angles et les Saxons, les Lombards et, plus tard encore, les Germains. La France est bien la «  fille aînée de l’Église   », la «  tribu de Juda de la Nouvelle alliance   » (Saint Pie X). À la mort de saint Grégoire le Grand, en 604, l’Europe chrétienne a déjà sa figure définitive  : à la base, les évêchés et les monastères, plus haut les monarchies nationales, et par-delà tous les espaces, la papauté.

Les barbares en Europe

Toute notre religion, p. 60-63

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