La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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LA CHRÉTIENTÉ MÉDIÉVALE
(12e – 13e siècles)

LE SIÈCLE DE SAINT BERNARD

Saint Bernard de Clairvaux

Saint Bernard de Clairvaux

PAR sa mystique et ses interventions dans les affaires temporelles, saint Bernard, le fondateur de Clairvaux, domine son siècle. À sa suite, des milliers d’hommes embrassent la vie monastique. Imprégnée de l’Écriture sainte, sa prédication donne aux hommes de son temps le vif sentiment du péché, leur enseigne la dévotion à l’Humanité sainte de Notre-Seigneur, la confiance en Notre-Dame, refuge des pécheurs, et le culte des saints. Cet ardent partisan de la théorie des deux glaives, qui soumet le pouvoir temporel au pouvoir spirituel du Pape, sera le défenseur de la papauté au moment du schisme d’Anaclet et des insurrections populaires nourries des théories révolutionnaires d’Arnaud de Brescia. Avec fougue, il s’en prend aux évêques simoniaques, au relâchement dans les monastères. Suger, abbé de Saint-Denis et conseiller des rois de France, renoncera au luxe qui l’entourait et réformera son abbaye. Pierre le Vénérable, dernier grand abbé de Cluny, tiendra compte lui aussi des avis de son ami pour le gouvernement de son ordre.

En prêchant, à Pâques 1146, la deuxième Croisade aux barons réunis à Vézelay, saint Bernard justifie surnaturellement les combats que la Chrétienté doit entreprendre. Au moment de la fondation de l’ordre des Templiers, il fixe les statuts de la chevalerie qui font des hommes de guerre les serviteurs du Christ.

Saint Bernard prêchant la Croisade

Saint Bernard prêchant la Croisade.

S’il ne prend pas parti dans la querelle des Universaux qui passionne les esprits de son temps, il obtient de l’Église la condamnation des hérésies provocantes du théologien rationaliste Abélard, apaisant le conflit de la raison et de la foi et permettant le développement à venir de la théologie. Il encouragea le développement de l’art gothique, “ l’art épiscopal ”, qu’il oppose à “ l’art monastique ” nécessairement sobre et austère.

Les grandes nations se forment au XIIe siècle  : l’Angleterre sous le règne des Plantagenets, l’Allemagne qui fait son unité sous Frédéric Ier Barberousse, tandis qu’en France Louis VI et Louis VII affermissent leur pouvoir en élargissant patiemment et sagement le domaine royal. Les guerres privées disparaissent. En deux siècles, la population triple, les villes s’agrandissent, obtiennent leur émancipation du système féodal, par des chartes communales. C’est un temps d’étonnante prospérité économique.

LES SECOUSSES DE LA FIN DU SIÈCLE

Martyre de Saint Thomas Becket

Martyre de Saint Thomas Becket

La Chrétienté n’en demeure pas moins affrontée à de nombreux périls tant intérieurs qu’extérieurs. En Angleterre, saint Thomas Becket résistait depuis sept ans au despotique roi Henri Il qui prétendait dominer le clergé et s’emparer des biens d’Église. Il est assassiné dans sa cathédrale de Cantorbéry. L’indignation de toute l’Europe contraint Henri II à se soumettre au Pape. Mais lui-même et ses successeurs verront toujours dans l’Église un obstacle à leur pouvoir.

En Allemagne, Frédéric Ier Barberousse, au nom du droit romain que retrouvent les légistes, prétend que son pouvoir vient directement de Dieu et revendique un pouvoir absolu, même sur le clergé. Pendant un siècle, la lutte du Sacerdoce et de l’Empire troublera la Chrétienté. À plusieurs reprises elle contraindra le Pape à l’exil au moment même où des désordres moraux s’introduisent dans l’Église. De nombreuses sectes hérétiques en profiteront pour se multiplier impunément. La plus importante d’entre elles, et aussi la plus subversive, fut celle des Cathares qui permet toutes les immoralités. Le Sud de la France s’y abandonne. Seule la Croisade de Simon de Montfort en viendra à bout.

À l’extérieur, le péril musulman, turc et arabe, se fait plus pressant. La deuxième et la troisième Croisade, trahies par les Byzantins et affaiblies par les querelles entre le roi de France et le roi d’Angleterre échouent et laissent Jérusalem aux mains des infidèles et de leur chef Saladin. En Asie, Gengis Khan commence ses conquêtes  ; un demi siècle plus tard, l’Empire mongol s’étendra jusqu’à l’Oder.

Conquêtes de Gengis Khan

Conquêtes de Gengis Khan

L’APOGÉE DU XIIIe SIÈCLE

Un très grand pape, Innocent III, au début du XIIIe siècle, impose à tous et en tous domaines l’arbitrage pontifical. Le IVe Concile du Latran couronne son brillant pontificat. Saint François d’Assise prêche l’Évangile à la lettre dans l’amour de “ Dame Pauvreté ”. Bientôt des milliers de frères mineurs répandent dans la Chrétienté l’idéal duPoverello d’Assise, sa dévotion à la Passion de Notre-Seigneur, son amour tendre de la Vierge Marie, sa contemplation de la nature, œuvre de Dieu et reflet de sa beauté. Le 17 septembre 1224, il reçoit les sacrés Stigmates. On ne saurait mesurer l’impression que fit ce miracle sur les contemporains. Saint François peut être aussi considéré comme le père de l’expansion missionnaire. Des franciscains sont martyrisés en Afrique tandis que d’autres, à la suite des voyages de Marco Polo, iront jusqu’aux Indes et en Chine.

Rencontre des saints François et Dominique

Rencontre des saints François et Dominique

Malgré l’échec de sa prédication contre les Cathares, saint Dominique fonde l’ordre des frères prêcheurs. Missionnaires, ils se répandront jusque dans l’Est-européen. Chargés de l’Inquisition, ils la rendent juste et efficace. Aux universités qui se créent alors, les dominicains donnent des maîtres illustres. Saint Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin, qui adopta la philosophie d’Aristote, sont les grands docteurs de l’ordre de saint Dominique tandis que saint Bonaventure illustre et renouvelle la théologie franciscaine, plus affective et plus mystique. Celle-ci a pour deviseCaritas, et celle-làVeritas.

La quatrième Croisade, après la prise de Constantinople, établit l’Empire latin d’Orient. La reconquista en Espagne enlève aux Maures presque tout le royaume ibérique.

Saint Louis

Saint Louis, Roi de France

La figure de saint Louis rayonne sur tout le siècle, tant elle resplendit de sainteté. À tous les princes chrétiens, il donne le modèle d’un règne où la volonté de servir le Christ détermine toute la politique. À son peuple il donne l’exemple de la piété  ; sous son impulsion, la dévotion à la sainte Eucharistie s’épanouit. Tertiaire franciscain, il prend un soin particulier des pauvres et multiplie les institutions charitables comme l’Hôtel-Dieu. Les deux Croisades qu’il dirige révèlent tout l’héroïsme de ses vertus. Après l’échec de la septième Croisade, prisonnier des musulmans, ceux-ci le prennent comme juge de leurs différends. Et lorsqu’il meurt de la peste à Tunis sans avoir pu mener à bien la huitième Croisade, il veut que ce soit comme saint Martin, couché sur la cendre et les bras en croix.

LE DÉCLIN

Croisé

Croisé

À la fin du siècle pourtant se laisse pressentir la lente décadence de la papauté. Sortie victorieuse de la lutte du Sacerdoce et de l’Empire, elle n’en est pas moins affaiblie. Chaque élection d’un pontife est troublée par les rivalités entre familles romaines. Les luttes intestines qui déchirent la Chrétienté empêchent toute nouvelle Croisade. La Terre sainte tombe définitivement aux mains des musulmans.

Le pape Boniface VIII voudra restaurer toute l’autorité pontificale. En France, par exemple, il créera des évêchés sans l’accord du roi et prétendra même juger sa politique. Mais Philippe le Bel, soutenu par les trois ordres du Royaume, tient tête au Pape. Pour prévenir l’excommunication du roi, Boniface VIII est giflé et enlevé par Guillaume de Nogaret. De saisissement, le Pontife en mourra bientôt. Mais c’est un coup terrible pour la papauté. Cependant, beaucoup plus grave sera la rébellion froide et opiniâtre de Louis de Bavière, empereur d’Allemagne.

La papauté s’avère maintenant impuissante à gouverner les peuples, à commencer par ses propres États qu’elle abandonne pour s’installer en Avignon. Les mœurs d’une partie du clergé enrichi se corrompent comme l’illustre le procès des Templiers. Elle ne pourra empêcher la guerre de Cent ans.

Toute notre religion, p. 68-71

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