La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’ÉGLISE COMBATTUE PAR L’IMPIÉTÉ
(18e siècle)

C’est un assaut général contre l’Église. Tout est remis en cause au nom de la raison et de la liberté  : la Révélation de Dieu, les dogmes et les lois de l’Église, les institutions politiques et sociales de la Chrétienté. Le siècle s’achève dans l’immense bouleversement de la Révolution.

L’ASSAUT  : LA FRANC-MAÇONNERIE ET LES PHILOSOPHES

Il s’agit bien d’une manœuvre préméditée. La première machine en est la franc-maçonnerie fondée à Londres en 1717 par le pasteur Désaguliers, protestant français émigré, et par l’Anglais Anderson  ; leur dessein précis est de détruire l’Europe catholique en la faisant passer sous la coupe d’une puissance occulte d’inspiration protestante, adogmatique, humaniste.

Dès 1725, elle s’introduit en France et bientôt les Loges se multiplient autour d’hommes influents. Elle trouve un terrain favorable dans la haute société où se rencontrent, depuis la Régence, les «  roués  » qui sont les libertins du siècle précédent, dont l’arrogance et l’impiété ne sont plus contenues par la crainte d’aucun pouvoir. La franc-maçonnerie ose se constituer en «  Grand-Orient de France  » en 1773 et son grand maître est le Duc d’Orléans  !

La machine est montée  ; l’idéologie est prête  : le protestantisme anglais sécrète une pensée religieuse et politique destructrice de tout l’ordre ancien catholique, théorie du contrat social de Locke, de la liberté de pensée de Collins, du subjectivisme philosophique de David Hume, la religion anglicane n’étant plus qu’une convenance extérieure, tandis qu’en Allemagne la Bible est passée au crible de la raison par Wolf et Lessing.

Les «  philosophes   » français, devenus maîtres de l’opinion publique, sont en admiration devant le libéralisme anglais et n’éprouvent que mépris et désaffection pour leur propre tradition française et catholique. C’est donc chez des maîtres étrangers qu’ils vont chercher leurs leçons pour les déverser à torrents sur la France et sur l’Europe qui copie tout ce qui vient de Paris. Ainsi font Montesquieu, Voltaire, l’ami de Frédéric II de Prusse, Rousseau, d’Alembert, Diderot, l’ami de Catherine de Russie. Ces philosophes forment une secte  ; même s’ils sont divisés, ils ont parfaitement conscience de leur complot  : il s’agit, c’est le mot d’ordre de Voltaire, d’«  écraser l’infâme  », c’est-à-dire Jésus-Christ et l’Église.

L’attaque s’abrite sous le prétexte d’une lutte pour latolérance  : on oppose la justice, la raison, la science, les «  lumières  » à l’«  obscurantisme  » et au «  fanatisme  » de l’Église et de la monarchie.

– L’Homme est libre et la Raison est sa seule règle  : il doit donc refuser la Révélation chrétienne.

– L’Homme est souverain  : ses droits excluent toute autorité de droit divin, Église et Monarchie.

Déistes ou athées, les philosophes sont violemment anticatholiques. Leur machine de guerre est l’Encyclopédie, leur arme la dérision ou, pour Rousseau, les sentiments du cœur et l’infaillible voix de la conscience.

Les États catholiques ainsi infiltrés se laissent surprendre. Ils s’affranchissent de l’Église, prétendent la domestiquer à l’exemple des «  despotes éclairés  » de Prusse et de Russie. Les ministres philosophes, le marquis de Pombal au Portugal, le duc de Choiseul en France, le comte d’Aranda en Espagne font l’œuvre de la maçonnerie et s’acharnent contre les jésuites considérés commel’armée Pontificale, adversaire des philosophes, des jansénistes et des gallicans. De 1753 à 1768 ils les chassent du Portugal, de France, d’Italie… Et, comble de leur triomphe, le pape Clément XIV lui-même dissout l’ordre en 1773  !

Par despotisme éclairé, Joseph II d’Autriche en 1781 entreprend dans ses États laréforme de l’Église selon les lumières de la raison, sans plus de souci de l’autorité ecclésiastique, supprimant les couvents, les vœux religieux, étatisant les œuvres de charité, donnant à son clergé une nouvelle administration, une liturgie simplifiée, des fonctions civiles.

En 1786, son frère Léopold, grand-duc de Toscane, réunit à Pistoie un synode deréforme du même genre, qui anticipe curieusement toute la réforme de Vatican II. Au même moment les évêques rhénans, suivant les thèses de Fébronius, élèvent contre Rome les mêmes revendications de gallicanisme épiscopal dans la Punctation d’Ems.

L’ÉGLISE ASSIÉGÉE, SAINTE ET MARTYRE

Pourtant l’Église connaît à cette même époque un regain de piété, en Italie surtout, avec ces grands mystiques et apôtres que sont saint Léonard de Port-Maurice, saint Paul de la Croix et ses passionistes, saint Alphonse de Liguori, fondateur des rédemptoristes  : ces saints imitent les grandes missions du XVIIe siècle, ranimant la ferveur populaire par la prédication de la Croix.

La France n’a plus, comme au XVIIe siècle, semblable pléiade de saints  ; mais, vocation scandaleuse en ce siècle, saint Benoît Labre choisit de vivre dans la pauvreté, l’abjection et le culte de Jésus-Hostie  ; il meurt en 1783 à Rome. La cour de Versailles compte des saints  : la vénérable Louise de France qui meurt au carmel de Saint-Denis en 1787, Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, qui soutient héroïquement son frère dans l’épreuve et meurt sur l’échafaud, et cette autre sœur de Louis XVI, Marie-Clotilde Adélaïde, reine de Sardaigne.

Le culte du Sacré-Cœur est reconnu par les Papes. En 1765 une fête est instituée en son honneur  ; face au jansénisme et à l’impiété, cette dévotion, adoptée par la famille royale de France, gagne aussitôt Paris et la province.

Les Papes ont dénoncé la franc-maçonnerie très vigoureusement dès 1738, de nouveau en 1751. Louis XV l’avait interdite en France en 1737. Des prélats courageux comme Mgr Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, mènent la lutte contre les philosophes et les jansénistes, ainsi que nombre de jésuites odieusement pris à partie par leurs ennemis, et des publicistes comme Fréron; mais il semble qu’une étrange torpeur, une lâche indécision paralysent les autorités et l’opinion catholiques.

La France de 1789 compte 60 000 curés et vicaires, 31 000 religieux, 37 000 religieuses. L’Église, institution d’État, est toujours la première puissance du royaume  ; elle possède heureusement de grandes richesses pour subvenir à toutes ses obligations et charges sociales de culte, de charité et d’instruction. Mais Voltaire a séduit une partie du haut clergé et Rousseau le bas clergé. Il s’ensuit un attiédissement général de la piété, une diminution inquiétante des vocations religieuses, un effondrement du zèle missionnaire  ; pourtant, au moment où survient la tourmente révolutionnaire, Mgr Pigneau de Behaine plante la Croix au Tonkin  !

LA RÉVOLUTION

Le Tiers état insurgé en 1789 proclame les Droits de l’Homme, à l’instar des francs-maçons fondateurs des États-Unis d’Amérique, et transfère l’autorité de droit divin des Rois au peuple devenu souverain. Le nouveau pouvoir condamne à mort et exécute Louis XVI le 21 janvier 1793. Il dépouille l’Église de ses privilèges et de ses biens, et prétend la soumettre à sa loi laïque et démocratique par la Constitution civile du clergé. Finalement il abolit la religion chrétienne pour lui substituer le culte de la déesse Raison ou de l’Être suprême.

Le pape Pie VI condamne la Constitution civile du clergé. Quatre évêques seulement et une minorité de prêtres souvent abusés ou trop manœuvriers ont prêté le serment constitutionnel  ; ce sont les «  assermentés   ». Les «  réfractaires   » s’exilent ou poursuivent leur ministère au péril de leur vie. Beaucoup meurent martyrs, aux Carmes, lors des massacres de septembre 1792, sur les pontons de Rochefort, dans les noyades de Nantes, ou sont guillotinés.

Les carmélites de Compiègne, les ursulines de Valenciennes sont, elles aussi, emprisonnées et guillotinées, touchantes vierges martyres.

Les Vendéens se soulèvent contre la République, pour leur foi et pour leur roi, arborant le Sacré-Cœur de Jésus comme emblème. Ils seront sauvagement pris, tués, massacrés et leur pays changé en désert.

Le pape Pie VI, victime de la Révolution, meurt prisonnier à Valence en 1798. Mais l’exil, les prisons, le martyre des uns, la guerre sainte des autres convainquent Bonaparte de ramener la paix religieuse et d’établir un concordat avec le pape Pie VII (1801). «  Despote éclairé   » lui aussi et enfant chéri de la Révolution, il en consolide l’œuvre satanique. S’il traite avec l’Église, c’est pour la dominer et s’assurer ses services. Il ajoute au Concordat, en violation du droit, des «  articles organiques   », d’un étatisme et d’un gallicanisme étrangers à la tradition de nos rois.

L’Église est ruinée, des régions entières déchristianisées mais, à travers l’épreuve, la sainteté refleurit déjà «  et les fruits passeront la promesse des fleurs   ».

Toute notre religion, p. 84-87

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