La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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PROTESTANTISME ET CONTRE-RÉFORME
(16e siècle)

RÉFORMES ET RÉVOLUTIONS PROTESTANTES

Luther ne se dressa pas contre Rome pour remédier aux scandales de son temps. Cela, c’est la légende. La vérité est moins flatteuse. Moine saxon, orgueilleux et sensuel, c’est pour sortir de son drame intérieur qu’il inventa, dès 1514, une nouvelle hérésie, la justification par la foi seule  : «  Pecca fortiter, crede fortius  », la foi qui exclut les œuvres du culte. En 1517, la controverse sur les indulgences fut l’occasion de sa révolte. Refusant de se rétracter, il est excommunié en 1520. Dès lors, il n’accepte plus l’autorité du pape, s’arroge le droit d’interpréter par libre examen la sainte Écriture et rejette à sa guise dogmes et sacrements. Il condamne les vœux monastiques et le célibat des prêtres avant d’épouser en 1525 une religieuse défroquée.

Incités par lui à la révolte, les paysans pillent et incendient les monastères et les châteaux. Débordé, Luther encourage alors les princes à la répression  : plus de cent mille morts. En 1531, les princes «  protestants   » forment une ligue  : pendant vingt-cinq ans l’Allemagne et la Suisse vont être ravagées par les guerres de religion. Elles ne prendront fin qu’avec cette lamentable Paix d’Augsbourg qui laisse aux princes tous les biens volés à l’Église et oblige leurs sujets à adopter leur hérésie  : «  cujus regio, ejus religio   ».

Un germanisme antipapiste soudain exaspéré, le machiavélisme des princes, l’impuissance de Charles-Quint à la tête de son monstrueux empire morcelé expliquent que l’hérésie n’ait pu être jugulée à temps et que l’Allemagne entière, la veille encore prospère, humaniste et fervente, ait sombré en dix ans dans la révolte, l’anarchie, l’immoralité et la misère.

De 1523 à 1536, les pays scandinaves passent à la Réforme  : leurs rois, ou d’ambitieux usurpateurs, l’imposèrent par le mensonge et la violence… pour s’emparer des biens de l’Église et se libérer de son autorité tutélaire.

En 1533, le roi Henri VIII, dont le pape condamnait l’adultère, fait basculer l’Angleterre dans le schisme. Avec Élisabeth, l’Église anglicane, dont la reine se proclame ridiculement le seul chef, devient définitivement protestante. Le Prayer-Book de Cranmer est imposé alors au prix d’atroces persécutions à un peuple stupéfait.

Calvin, de Genève qu’il tyrannise, répand en France sa doctrine épouvantable de la prédestination des élus et de la réprobation absolue du reste des hommes. À partir de 1560, les calvinistes prétendent s’imposer au Roi et détruire le catholicisme. Les Guise, puis la Ligue organisent la défense catholique et leur font barrage. Pendant trente ans, le protestantisme provoque partout en France des attentats et des combats sanglants. Le pouvoir royal, affaibli, allait sombrer dans la tourmente lorsque la conversion d’Henri IV, qui fut sincère, malgré la phrase fameuse, inventée par ses ennemis  : «  Paris vaut bien une messe   », vint sauver l’âme française en restaurant tout à la fois la religion catholique et la monarchie héréditaire.

CONTRE-RÉFORME CATHOLIQUE

Pendant ce temps, dans l’Église, la sainteté n’avait jamais tari. De nombreux saints opéraient la vraie réforme, celle des pensées, des cœurs et des mœurs, en corrigeant les abus et en instaurant de nouveaux ordres religieux fervents et efficaces. Commencé dès le début du siècle avec les théatins de saint Gaétan et les ursulines de sainte Angèle Mérici, le mouvement s’amplifie après le terrible châtiment du sac de Rome par les troupes impériales en 1527. Saint Antoine-Marie Zaccaria fonde les barnabites et saint Jérôme-Émilien les somasques. À Montmartre en 1534, Ignace de Loyola et ses premiers disciples font le vœu de «  donner jusqu’à leur propre vie   » pour travailler «  à la plus grande gloire de Dieu et au salut des âmes   ». En 1556, à la mort de saint Ignace, les jésuites seront plus de mille, cinq mille en 1581 et treize mille en 1615. Ouvrant partout collèges et missions, ils seront les meilleurs artisans de la Renaissance catholique.

La Contre-Réforme hiérarchique venant du pape et des évêques allait bientôt seconder et amplifier prodigieusement cette Contre-Réforme spontanée. Le Concile de Trente (1545-1563), par son œuvre monumentale à la fois doctrinale et disciplinaire, infuse un sang nouveau dans tout le corps de l’Église. L’hérésie protestante est condamnée, la doctrine catholique lumineusement précisée, la réforme de l’Église «  in capite et in membris   » fermement décidée.

Saint Pie V fut le plus grand des papes qui désormais allaient la mettre en œuvre. De 1566 à 1572 il réussit à publier le catéchisme, le bréviaire et le missel romains et à organiser la grande Croisade qui sauva la Chrétienté par la victoire de Lépante (1571). De saints évêques appliquent fidèlement les décrets tridentins. Nommé à Milan, saint Charles Borromée donne l’exemple de la résidence, réunit un concile provincial et fonde des séminaires. Saint Barthélemy des Martyrs à Braga, saint Thomas de Villeneuve en Espagne ou saint Alphonse Turibe à Lima, à qui il faut cinq ans pour accomplir à pied, dans la neige, la visite pastorale de son diocèse des Andes, tous appliquent le même programme qui produit partout les mêmes fruits de conversion et de grâce. Des théologiens prestigieux comme saint Robert Bellarmin ou saint Pierre Canisius, apôtre de l’Allemagne, mènent victorieusement la controverse et stoppent les progrès de l’hérésie. L’Italie voit s’épanouir alors une multitude de saints.

En Espagne et au Portugal, grâce à l’aide de souverains qui lui sont tout dévoués, l’Église connaît alors son apogée. Saint Jean de Dieu et ses frères se dévouent aux malades  ; sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix réforment le Carmel, et composent les plus purs chefs-d’œuvre de la mystique universelle. C’est aussi le grand siècle des missionnaires. Aux Indes, saint François-Xavier convertit par milliers les pauvres pêcheurs de perles du cap Comorin au point «  d’avoir les bras fatigués à force de baptiser   ». Il fonde l’héroïque mission du Japon, «  le florissant jardin de Dieu   » qui comptera, dès 1565, cent cinquante mille chrétiens, avant de mourir seul et épuisé aux portes de la Chine. Des centaines de missionnaires l’imiteront  : les saint Pierre Claver, saint Louis Bertrand ou saint François Solano.

L’Angleterre donne alors à l’Église ses plus prestigieux martyrs  : saint John Fisher, les Chartreux de Londres et saint Thomas More sous Henri VIII, saint Edmond Campion et Henry Walpole repartis de France soutenir les catholiques fidèles lors des persécutions d’Élisabeth.

Toute notre religion, p. 76-79

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