La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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XV. Les Béatitudes évangéliques

VISIONS

Tant de saints nous ont appris les fastes des réalités invisibles de la grâce par les visions qui leur ont été données  ! Puisons dans le trésor commun. Voici…

Communion des saintsL’ÉPOUSE DU CHRIST. La vision nous la montre dans sa jeunesse chaste, heureuse, couronnée de roses délicates. Couronne du saint baptême, couronne de sa Communion solennelle, couronne du jour de son mariage ou de sa profession perpétuelle. Ces fleurs aux couleurs vives, au parfum suave sont les grâces et les vertus dont son Époux l’a ornée  : la vie divine, la foi, l’espérance et la charité, la prudence, la force, la justice, la tempérance, et les sept dons du Saint-Esprit qui les rehaussent. Qu’elle est belle sous ses couronnes, dans ses mystères joyeux  !

Les années passent, soufflent les tempêtes. Bien des pétales tombent, tandis que les épines des couronnes profondément pénètrent dans les tempes de la pauvre femme qui saignent abondamment, faisant naître commet des grappes de fruits rouges, son sang  ! Son visage rayonne d’une grâce pathétique. Dans la peine, ses beautés se changent lentement en béatitudes évan­géliques  : pauvreté, faim et soif, pleurs, douceur, pureté, miséricorde, immense compassion et sérénité. Persécutions… Tels sont, modifiés par la vie, les vertus et les dons du Saint-Esprit, infus, patiemment exercés, aujourd’hui héroïcisés  : Mystères douloureux du Christ imposés à son épouse.

Et si l’avenir nous était montré, le ciel ouvert, nous la verrions sous ses couronnes, les mêmes, de roses et d’épines, mais changées en couronnes de gloire, éblouissantes, chatoyantes de pierres précieuses serties d’or. Oh  ! qu’elles seront belles dans leur majesté éternelle toutes ces âmes chrétiennes qui ont passé inaperçues, ordinaires, méprisées, jetées dans le creuset de la souffrance  !

LE SOLDAT DU CHRIST. C’est une autre vision, que ne désavouerait pas saint Paul (Éph. 6, 11-17). N’équipait-il pas son catéchumène de vertus, comme le légionnaire romain de ses armes  ? C’est l’armée des soldats du Christ, immense armée, présentée à son Roi au matin du combat. Les armes brillent au soleil, chacun serre sur sa poitrine son arme individuelle, les chars défilent dans un fracas de tonnerre et des escadrilles dans le ciel. Nous sommes forts  ! Qu’y a-t-il de plus exaltant qu’une revue militaire  ? Cela n’est pourtant que pâle image en vérité de l’appareil des vertus théologales et des dons que Dieu dispense à ses saints avant de les engager dans la lutte contre les démons.

Mais voici cette grande armée dans la fournaise. On se bat, autres fracas, mugissements, lames de feu, explosions. Nos soldats surgissent noirs de poussière, de fumée et de sang. On voit leur roi passer avec eux, criant. Les morts gisent, les blessés… Ceux qui vont de l’avant sont épuisés, hâves, leurs yeux dévorent leur visage. Les voilà pourtant qui défilent dans la ville reconquise, follement acclamés, portant les stigmates de la bataille dont le roulement sourd s’entend encore, plus au nord…

Il faudrait imaginer pour connaître à fond la vie du soldat, le troisième volet du triptyque, celui de la gloire, mais quelle gloire  ? Ils se sont débarrassés du casque, ils se sont rasés, lavés, ils revêtent leur plus bel uniforme, sortent leurs déco­rations. Les voici, beaux comme des dieux pour la réception donnée en leur honneur par toute la ville. Comment peut-on passer en si peu de temps, du royaume de la mort à la vie, à l’amour, à la fête, à la gloire  ? On touche là aux insuffisances des allégories terrestres. Car les couronnes, les croix et les gloires que Dieu donne à ses fils et à ses filles sont d’une tout autre grandeur.

LA MODIFICATION ÉVANGÉLIQUE

La raison d’être d’un catéchisme est, comme celle de tout manuel théorique ou catalogue d’armes et outils, de présenter ce qui se fait de mieux et d’en expliquer clairement le mode d’emploi. Un catéchisme ne dit pas comment peuvent être sauvés les idolâtres, les juifs, les hérétiques, ni quelles sont les difficultés de croire, d’espérer et d’aimer. Ce n’est pas son rôle. Il ne s’intéresse qu’à la forme nette, parfaite, de la religion catholique. Il dit les sept sacrements, leur réalité sublime, et leur pratique idéale. Il dresse un parfait tableau des vertus et explique à quelle sainteté en arrive facilement, normalement, celui qui, les ayant reçues de Dieu, les exerce avec assiduité…

La vie, plus tard, ajoutera à cette théorie ses autres leçons  ! Les belles vérités du catéchisme n’en seront pas annulées, contredites, mais quand même traversées, mêlées d’autres réalités, très bouleversantes  ! La grâce se cache, se gâche, s’étouffe comme un levain dans la dure pâte humaine. La foi se pollue d’ignorance, d’erreurs. L’espérance est battue par tant de craintes, de désespoirs, d’échecs  ! La charité a trop d’affaires sur les bras, un cœur trop étroit, pour toujours l’emporter.

Des fils de Dieu, les catholiques  ? Peut-être, mais alors en tenue camouflée, au combat, dans une lutte indécise  ! Des filles de Dieu encore  ? Comme le jour des noces est loin  ! tout n’est que peine et douleur.

La chair, même pas forcément coupable, mais tarée, détraquée. Le monde, plus stupide que méchant, possédé malgré lui  ? Le démon, ah  ! celui-là, effrayant, pervers et fort. Trois ennemis qui ont un pied au-dedans, l’autre dehors, que Dieu laisse secouer ses enfants comme sur le crible, ou brûler comme sur un gril. Ils ont la grâce suffisante pour tenir, et la foi pour ne pas trahir, l’espérance pour se réjouir et la charité pour triompher  ! Ils se fraient un chemin dans cette jungle d’une terre qui fut jadis maudite et en porte la trace. Les intellectuels et les prêtres progressistes les prennent pour des gens comme les autres, sinon plus balourds, ces fils de Dieu  !

C’est là qu’intervient l’Évangile, sur ce que le catéchisme ne nous avait pas appris  ; ce n’était pas son rôle. L’Évangile de Jésus-Christ nous enseigne les vertus telles que Lui les a vécues, et les saints à son exemple  : béatitudes, renoncements et croix qu’il faut accepter et porter chaque jour, pour enfin mourir attaché à la dernière, la grande  !

IMITATION DE JÉSUS-CHRIST

La morale d’Aristote et de saint Thomas, le tableau des vertus et des vices, les sept sacrements rangés en bon ordre, tout est clair. D’avance la vie du chrétien est réglée, programmée, minutée pour sa trajectoire de la Terre au Soleil de Dieu. Sur ce, Jésus passe, «   cet enfant incommode qui, partout où il entre, entre avec sa Croix  » (Bossuet). Certes, sa Parole n’annule rien, n’infirme rien de nos leçons de catéchisme bien apprises. Mais c’est trop vite dit que «  la grâce ne détruit pas la nature mais la parfait  », que le chrétien est un humaniste distingué, que le catéchisme enseigne le secret de la réussite et du bonheur en ce monde. Est-ce plus vrai que faux, je laisse chacun en décider. «  Je ne vous promets pas de vous faire heureuse en ce monde, mais dans l’autre   », disait la Très Sainte Vierge à sa confidente et bien-aimée fille, sainte Bernadette Soubirous, la prédestinée  !

Il sera heureux pourtant et fort, et accompli, celui qui saura retrouver, grâce à l’Évangile du Christ longuement médité et assimilé, sous la chaîne de ses épreuves, embarras, accidents, servitudes filiales, pro­fessionnelles, maladies, drames et morts, de parents, de voisins, d’amis, la trame de la grâce divine et des vertus que lui enseignait impavidement le catéchisme. Et, sans jamais briser cette trame, tout au moins sans la réparer dès que brisée, avec tant de fils de laine épars, tant de couleurs disparates, tisser de ses mains, de son cœur, arrosée de ses larmes avec sa sueur, la tapisserie de sa vie à l’image de «  Jésus-Christ, et de Jésus-Christ crucifié   »(I Cor. 2, 2).

Oui, celui-là aura “ réussi ”, mais selon une autre esthétique que celle de la nature et du monde.

Pour celui qui croit, les drames de la souffrance, de la pauvreté, de la maladie, de la persécution, et, moins glorieux, tous les micmacs de nos vies médiocres, ajoutent aux vertus un mérite, un accent de vérité, un rehaussement de bonté et de beauté que Dieu seul connaît. Jésus ne s’est pas fait le répétiteur d’une morale déjà connue, quand il était et demeure le Maître de toute ascèse et de toute mystique. Son Évangile n’est pas un traité des dix Commandements de la «  Volonté signifiée  » de Dieu, mais un exemple de pleine soumission aux inattendus de sa «  Volonté de bon plaisir  ». Et qu’est-ce donc alors que la sainteté des enfants de Dieu selon cette Loi nouvelle  ? C’est la volonté de Charité illimitéedans le pardon des injures, le dépouillement de ses biens, de son honneur, et jusqu’au sacrifice de sa vie. Ce sont les Conseils évangé­liques, de pauvreté, de chasteté, d’obéissance. C’est enfin la croix, la croix toute nue, la mort telle que le Père nous la donnera au jour d’entre les jours, le dernier de cette vie et le premier de l’Autre, l’éternelle  !