La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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V. Le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie

Par le sacrement de l’Eucharistie, le Christ nourrit chaque jour son Corps qui est l’Église, constituée en communauté de foi et de vie par la vertu des sacrements de baptême et de confirmation. C’est pourquoi, au terme de l’initiation chrétienne, l’enfant de l’Église accède aux saints Mystères, qui lui avaient été jusqu’alors incompréhensibles et interdits  : il adore la Présence réelle de son Seigneur sur l’autel, il participe à son Sacrifice renouvelé par “ l’Action ” du prêtre, il communie à Dieu et à ses frères en se nourrissant du Corps du Christ et en s’abreuvant de son Sang. Pleinement initié aux sublimes Mystères, il célèbre avec action de grâces la Nouvelle et Éternelle Alliance, gage de résurrection.

Préfiguré par les sacrifices de l’Ancien Testament et même par ceux des païens  ; annoncé par Jésus dans son discours sur le Pain de vie à Capharnaüm après le miracle de la multiplication des pains (Jn. 6); institué la veille de sa Passion au cours de son dernier repas avec ses Apôtres, le Jeudi-Saint  ; célébré sous le rite de“ la fraction du pain ”par l’Église apostolique dès la Pentecôte et, depuis lors, à travers les siècles, sans interruption, de proche en proche, dans tous les pays du monde, le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie, la «  messe   », est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, de plus divin dans l’histoire, de plus unissant le Créateur et Sauveur à sa créature rachetée. Sa “  première communion ” marque ainsi pour le chrétien son entrée dans la plénitude du Christ dont il ne peut plus rien attendre de meilleur que la résurrection de sa chair et son entrée dans la communion éternelle du Ciel. Selon la parole solennelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ  : «   Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour  » (Jn. 6, 54).

PRÉSENCE, SACRIFICE ET DON

Ostensoir et tabernacle

Ostensoir et Tabernacle du Père de Foucauld

Le Seigneur a dit à ses Apôtres  : «   Prenez et mangez, ceci est mon corps  » (Mtt. 26, 26). Personne ne pourra jamais ôter ce geste et cette parole des Écritures inspirées, pas plus que de la mémoire de l’Église et de sa vie quotidienne. Personne ne saurait non plus en atténuer, en déformer ou en détruire le sens absolument clair et droit, tel que l’a entendu l’Église dans sa tradition catholique, c’est-à-dire unanime, hiérarchique et sainte  : Jésus-Christ, changeant le pain en son propre Corps, se rend ainsi physiquement présent parmi les siens, tel qu’en Lui-même enfin la résurrection et l’ascension l’ont éternellement établi, vivant et glorieux.

En sorte qu’il n’y a plus de pain, ni en substance ni en accidents, ou apparences, subsistants (CRC 116, p. 8-10). Tout «  ceci  », l’hostie sur la patène et sa blancheur, sa saveur, son volume, ses diverses propriétés, sa teneur en éléments chimiques répertoriés, était précisément du pain, est à présent le Corps un et indivisible du Christ glorieux puisqu’Il le dit et qu’Il le fait être tel  ! C’est Jésus que je vois, que je touche, que j’adore. Telle est notre foi. «   Mystère de foi  ».

Extension “ vraie, réelle, substantielle ”, de l’incarnation du Verbe, c’est ici son Corps adoptant intentionnellement par sa toute-puissance divine la figure et les propriétés du pain, lui ravissant son existence même, pour être regardé et adoré par ses fidèles, offert à Dieu par son Église, enfin rompu, distribué et mangé, savouré et assimilé par tous dans un repas de communion sacrée.

Cet acte divin et humain, qu’il s’agisse du pain changé en Corps de Jésus-Christ ou du vin changé en son Sang, mérite, et lui seul  ! le nom de “ transsubstantiation ” que lui donne l’Église. C’est évidemment un très grand miracle, une unique merveille.

Le Seigneur dit encore à ses Apôtres, «  à la fin du repas  »  : «   Ceci est mon sang… qui va être répandu pour la multitude en rémission des péchés  » (Mtt. 26, 27). Ces paroles opèrent le «  second acte du sacrement  » (CRC 116, p. 10), l’acte significatif et efficace du sacrifice qui renouvelle et représente l’immolation unique du Vendredi-Saint où Jésus répandit son Sang pour notre salut. C’est“ l’Action ”comme on appelait jadis la messe, mais l’action de Jésus, rendu présent par la première consécration et maintenant Lui-même appelé, comme Souve­rain Prêtre, à s’immoler une nouvelle fois comme Victime sainte, par le jaillissement figuratif de tout son Sang dans le calice, «  coupe du salut  » qui symbolise l’épreuve suprême.

«   Le sacrifice de la messe continue le sacrifice de la croix parce que, sur l’autel comme sur la croix, c’est toujours le même prêtre et la même victime  : Jésus-Christ réellement présent s’offrant en expiation de nos péchés.  » (quest. 215) De nouveau, quel «  Mystère de foi  »  ! quel singulier miracle que celui du sacrifice rédempteur unique et parfait sur la Croix, reproduit et renouvelé par Jésus lui-même pour nous sur l’autel de nos messes quotidiennes  !

Ainsi la messe est-elle un sacrifice propitiatoire par lequel Jésus, vivant et glorieux, applique les trésors infinis de grâce et de pardon obtenus par sa Croix, à la rémission des péchés, à la sanctification et au salut éternel de ceux qui assistent à cette messe, participent à ce sacrement, ou simplement de ceux à l’intention desquels elle est célébrée. Parce que c’est l’action personnelle du Seigneur physiquement présent, chaque messe est un sacrifice, vrai, réel, distinct, qui ne fait pas nombre avec le Sacrifice majeur du Calvaire, mais fait nombre, oui, avec les autres messes qui se répètent inlassablement dans l’Église pour la distribution du salut.

Le Seigneur a dit  : «   Prenez et mangez… Buvez-en tous… Faites cela en mémoire de moi.  » Et saint Paul explique, comme si c’était la suite des paroles de Jésus à la Cène  : «   Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous publiez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.  » (I Cor. 11, 26)

Le sacrifice se termine ainsi en célébration de l’alliance des hommes avec Dieu, grâce à Jésus-Christ. C’est un repas de communion sacrée, une eucharistie, c’est-à-dire une action de grâces. Et depuis l’institution de ce sacrement, Jésus nourrit son Église de son propre Corps et de son propre Sang, célébrant ainsi avec elle cette éternelle Alliance qui procure à l’Épouse les biens de l’Époux, la grâce, la vie éternelle et déjà la promesse de cette gloire dont son Humanité ressuscitée déborde et resplendit.

Une si étroite participation de tous les chrétiens à ce sacrifice et à ce repas eucharistique ne peut manquer de les établir dans une profonde et douce communion fraternelle, chacun recevant de ce sacrement un accroissement de ressem­blance et d’affection à Jésus crucifié dans les mêmes vertus et béatitudes évangéliques d’humilité, de pureté, de charité, dans le pardon mutuel et le don de soi aux autres jusqu’à la mort (CRC 82, p. 8-9)

LA LITURGIE SACRÉE DE LA SAINTE MESSE

Jésus-Christ, le Fils de Dieu vivant parmi les hom­mes, a institué le plus grand des sacrements de son amour avec la même simplicité qu’il mettait en toute chose. Mais sa divine majesté suffisait à relever les gestes et les paroles les plus ordinaires jusqu’au sublime qui seul pouvait donner quelque idée de leur grandeur sacrée. Ainsi l’horrible mort sur la croix, soufferte par Lui, devenait aux yeux de saint Jean une manifestation de sa gloire divine. Ainsi l’humble repas pascal du Jeudi-Saint revêtait par son auguste présence, son maintien et le ton de sa parole, à coup sûr, une incomparable dignité.

L’Église ayant reçu l’ordre de redire et de refaire en son Nom, avec le même réalisme et la même efficacité, les paroles et les gestes de ce dernier repas en mémoire de ce saint sacrifice, a dû en régler très tôt les rites, dans le double souci d’en conserver très exactement tout ce que Jésus avait déter­miné  : le pain azyme et le vin mêlé d’eau, les paroles de consécration, la communion de tous… et d’en sauvegarder la grande dignité maintenant que cette Action était remise au pouvoir et au soin de simples hommes ordonnés cependant à ce ministère.

Ainsi s’est instaurée la liturgie fixe de la messe. Il fallait que cette très grande chose, ce divin mystère, demeure acces­sible à tous en tous lieux, au moins le Jour du Seigneur. Tout y serait donc simple, mais sacré  : les gestes, les paroles, les chants, les ornements et les coupes, les édifices enfin. La table du repas est devenue l’autel, dressé de préférence sur la tombe d’un martyr, à l’endroit même de sa “ confession ”. L’autel s’orna d’une simple croix  ; bien plus tard, d’un tabernacle. Une table de communion vint compléter le mobilier du sanctuaire.

Les ornements précieux, les vases d’or ou d’argent, la langue sacrée, les chants graves, les rites mystérieux, l’encens, les génuflexions nombreuses, le silence, l’ordre hiératique, tout ce qui fut créé par l’Église était inspiré par le désir craintif de manifester ce qu’EST la Messe, et d’en conserver le respect et la vénération de géné­ration en génération. C’est pourquoi la liturgie – lex orandi –, la règle de la prière, est devenue l’expression et la sauvegarde de la foi contre toute nouveauté hérétique –lex credendi –. Et de fait, chaque fois que l’une a été attaquée, l’autre a été modifiée. Entendons-nous bien  : c’est l’altération de la foi qui engendre les “ réformes ” liturgiques, de la part de gens qui, «  ne discernant plus le Corps du Seigneur, mangent et boivent leur propre condamnation  »dans une liturgie profanée (I Cor. 11, 29). Ainsi en est t-il aujourd’hui…