La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

Les sacrements

Le don de l’Esprit

Rien n’est mieux établi que l’existence, le rite et le sens du baptême. (…) La Confirmation s’en distingue-t-elle pour constituer vraiment un autre sacrement  ? (…) Le mot même de confirmation, comme l’a démontré dom Botte (La Maison-Dieu, 1958 n° 54), signifie historiquement «  confirmation du baptême   », rite distinct qui en marque l’achèvement. (…)

LA CONFIRMATION DU BAPTÊME

LA DISTINCTION DES DEUX SACREMENTS.

Pentecôte Les Actes des Apôtres, document quasi inépuisable sur la vie et la doctrine de la Primitive Église, distinguent nettement dès le premier jour le rite du baptême de celui de l’imposition des mains. (…) On y voit que si le bain baptismal donne déjà le Saint-Esprit, d’une manière fondamentale, c’est cependant l’imposition des mains, la «  confirmation   », qui est le sceau de ce don. Son caractère particulier est rendu manifeste par les énergies et charismes extraordinaires qui en sont l’effet, du moins à cette époque de la vie de l’Église. (…)

Le plus remarquable est en ceci, pleinement mis en lumière par Bouyer (cf. Init. théol., IV p. 552), qu’un ministre inférieur baptise communément, mais que seuls les Apôtres imposent les mains pour le don du Saint-Esprit. Dès maintenant nous nous rappellerons que la confirmation est œuvre apostolique, ministère épiscopal. Relisez les textes, c’est très frappant, parce que cela paraît comme déjà inscrit dans l’ordre imprescriptible de l’Église dès les temps apostoliques.

IMPOSITION DES MAINS OU CHRISMATION  ?

Il n’y a nulle trace d’une quelconque onction d’huile ou de chrême (chrismation), huile mélangée de baume, dans les Actes des Apôtres. (…) «  Actes 8 montre que l’imposition des mains est liée à une prière pour obtenir que l’Esprit descende   », constate Neunheuser (Baptême et Confirmation, coll. Hist. des Dogmes, le Cerf 1966, p. 51); nous connaissons ainsi la matière et la forme du sacrement à l’origine. Cependant que nul ne se scandalise, injustement, si l’Église a enrichi ou modifié son rite  ! Car la loi suprême rappelée par saint Thomas à plusieurs reprises dans cette étude incertaine, c’est l’autorité de l’Église infaillible interprète et fidèle législatrice des Volontés du Seigneur. (…)

ÉVOLUTION DES RITES.

Pour résumer une histoire très longue et très embrouillée, je dirais qu’en Occident l’onction d’huile qui suivait immédiatement le baptême était faite par un ministre inférieur, sur tout le corps, avec la simple parole  : «  Je t’oins d’huile sainte au nom de Jésus-Christ   ». Plus tard, la liturgie prenant de plus en plus d’ampleur, cette onction baptismale sera dédoublée  : sur tout le corps ou sur les épaules, avant l’immersion dans l’eau, et de nouveau après, sur le sommet de la tête. En tout cas, ces onctions constituent des rites secondaires du baptême. Ensuite avaient lieu la consignation ou marque du signe de la croix comme d’un sceau du Christ sur le front du baptisé, sans onguent, par l’Évêque seul et enfin l’imposition des mains,ou plus exactement de la main, accompagnée d’une invocation à l’Esprit-Saint par l’Évêque seul, en quoi consistait exclusivement le don de l’Esprit-Saint, la confirmation. (…)

En Orient, très généralement, il en va différemment. Les multiples onctions d’huile de la liturgie baptismale sont très tôt distinguées de l’onction de saint-chrême, ou myron, huile parfumée de myrrhe, sceau du baptême; celle-ci est considérée comme l’onction de l’Esprit-Saint concurremment avec l’imposition des mains et la consignation, quand elles existent. Cette onction est très solennelle. Le myron a été consacré, nécessairement, par le seul évêque, ainsi que l’eau baptismale  ; c’est vraiment l’élément assumé par l’Esprit-Saint, la matière d’un autre sacrement. L’onction est faite sur le front du baptisé et s’accompagne d’une longue prière, fort explicite, au Saint-Esprit. (…)

Notre Code de droit canonique mentionne l’un et l’autre rites  : «  Le Sacrement de Confirmation doit être conféré par l’imposition des mains AVEC l’onction du chrême sur le front ET par les paroles prescrites dans les Livres pontificaux approuvés par l’Église   » (can. 780). C’est vraiment le dernier mot de l’histoire ancienne. Le Concile Vatican II ouvre une nouvelle étape. Là où l’intégrisme se forcera à mettre une identité formelle et matérielle qui n’existe pas, quitte à contredire aveuglément les faits, le modernisme ne voudra voir que des inventions successives et incohérentes d’une Église tout humaine, détachée de son Fondateur. Les vrais catholiques voient dans cette évolution des rites une constante profonde  : c’est l’usage de l’Église qui est pour tous la règle suprême, mais cela parce que l’Église, infailliblement mue par l’Esprit-Saint, demeure fidèle aux grandes institutions du Christ-Jésus Lui-même. (…)

LE RITE AUJOURD’HUI.

Avant la réforme de Vatican II, le rite consistait d’abord en une imposition des mains par l’évêque sur toute l’assemblée des confirmands, accompagnée d’une longue invocation au Saint-Esprit. Maintenant tous les prêtres présents étendent les mains avec l’évêque. Puis les confirmands s’avançaient accompagnés de leur parrain ou marraine, qui ne devaient pas être ceux du baptême, pourquoi  ? «  Cette discipline provenait d’un canon mal interprété   » (Le Mouvement liturgique, p. 196), elle est maintenant abrogée.

L’Évêque procédait alors au sacrement dans un geste complexe qui réalisait simultanément l’imposition des mains, la consignation et la chrismation. L’extrémité des doigts posée sur la tête du confirmand, il faisait une triple onction de saint-chrême en forme de croix, disant  : «  Je te signe du signe de la croix et je te confirme du chrême du salut au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.   »(…)

La commission préparatoire du Concile délibéra un moment de l’opportunité de remettre en valeur l’imposition des mains, à l’encontre de la chrismation. (…) Le Concile n’osa trancher une indécision vieille de dix-sept siècles. Timide donc sur la matière essentielle du sacrement, il fut audacieux en changeant sa forme,la formule de chrismation. (…) Elle fut reprise du rit byzantin, elle est brève et expressive  : «  Accipe signaculum doni Spiritus Sancti   ». Lesignaculum, c’est la sphragis des Grecs, le sceau, l’empreinte ineffaçable  ; le donum c’est le Saint-Esprit lui-même, Lui d’abord et même si sa venue s’accompagne de dons de grâces et de charismes. On a traduit  : Reçois la marque du Saint-Esprit qui t’es donné. C’est bien… même si nous regrettons la disparition de la mention explicite du signe de la croix et de l’invocation de la Sainte-Trinité. Telle qu’elle est, la nouvelle formule est valide, vénérable, expressive plus que l’ancienne. C’est bien le cas de soumettre son esprit au Magistère infaillible de l’Église  ! (…)

À LA RECHERCHE DU SENS

Ce qui doit orienter nos recherches, c’est de savoir que l’effet de tout sacrement est dévoilé par ses signes  : gestes, éléments matériels s’il y en a et paroles, qui constituent sa matière et sa forme, choisies précisément pour leur valeur de symboles, pour leur sens. (…)

Récapitulons les thèmes qui doivent nous dévoiler le mystère chrétien de la Confirmation  : elle est l’achèvement du baptême, elle consiste en une imposition des mains et (ou) une chrismation d’huile et de myrrhe odorante, le saint-chrême consacré par l’évêque seul, gestes accompagnés d’une prière et (ou) d’une parole pour le don du Saint-Esprit au nouveau baptisé. Quel message nous est livré par ces signes  ?

DU BAPTÊME À LA CONFIRMATION.

L’association intime des deux sacrements comme leur distinction très nette commandent d’en faire les deux étapes d’un même don, celui de la vie et de la croissance, des commencements et de l’âge adulte. Et voilà déjà une clé pour l’interprétation des deux rites  : ils sont dans la même ligne d’une régénération profonde, d’un renouvellement de l’être humain dans l’Esprit-Saint du Christ. C’est donc du baptême bien entendu qu’il faut progresser à la découverte du secret de la confirmation. (…)

LE BAPTÊME, SACREMENT DE LA RÉDEMPTION DU MONDE.

Le baptême chrétien, fait au Nom du Seigneur Jésus, n’a jamais été considéré comme une simple ablution rituelle signifiant seulement le pardon des péchés individuels. Certes il l’opère, mais en fouillant jusqu’au tréfonds mauvais de l’être, jusqu’au substrat humain générique qu’il transforme radicalement. L’homme individuel échappe au péché générique qui le faisait par nature, de naissance, enfant de la colère (Ep 2, 3). Il entre dans une condition nouvelle, générique elle aussi mais d’un genre différent, la condition d’enfant de Dieu dans le Christ. (…)

Aujourd’hui, tous les théologiens en renom atténuent, beaucoup vont jusqu’à nier ouvertement ce péché originel transmis par la génération à tous les fils d’Adam et qui rend le baptême si nécessaire et si miraculeux dans ses effets sauveurs. (…) Ce qui leur déplaît dans saint Paul, saint Augustin, le Concile de Trente ou l’encyclique dirigée contre leurs erreurs par Pie XII, n’est que «  conditionnement culturel   », à interpréter selon les normes de leur Science infaillible et inconditionnée. Mais là encore, si le péché originel s’évanouit, que devient le baptême  ? Un geste superflu  !

Pourtant les prodigieuses découvertes de la biologie moderne vont dans le sens de la tradition paulinienne d’une privation et d’une blessure dont la semence charnelle serait véritablement le véhicule. Est-ce que la théorie, largement vérifiée, de la construction des organismes vivants et indirectement du psychisme humain à partir des millions d’informations élémentaires contenues dans leur ADN, construction marquée par les deux principes de l’immutabilité absolue des structures spécifiques et du jeu strict des lois de l’hérédité, ne permet-elle pas de reconnaître à la transmission du péché originel toute sa pleine réalité psycho-somatique  ? (…)

On renoue ainsi avec ce «  traducianisme  » augustinien qui domina la pensée de l’Occident chrétien et donnait à l’idée du péché originel transmis par Adam à toute sa descendance un réalisme extrême. Pour l’avoir abandonné comme une représentation naïve et tout à fait inconcevable, le péché originel perdit progressivement toute réalité, se changeant en mythe, ou en symbole de nos péchés à tous. Les fondements de la foi chrétienne en furent ébranlés, face à l’Humanisme triomphant. (…)

Si telle est la tache originelle, quel bain, quelle purification pourra jamais l’effacer  ? quelle opération chirurgicale pourra y remédier individuellement, et quelle manipulation chromosomique pourra effacer héréditairement cette tare psycho-somatique  ? Il y faudrait un miracle, une nouvelle intervention du Dieu Créateur et Tout-Puissant, qui change jusqu’au patrimoine génétique normalement maintenu dans une stabilité absolue par la réplication indéfinie de l’ADN  !

C’est là précisément qu’intervient l’annonce de la Bonne Nouvelle. Elle n’aurait point de sens si elle n’allait jusqu’à la promesse d’un Baptême d’eau et d’Esprit, nouvelle naissance, palingénésie, renouvellement de l’être qui efface cette tache et qui guérisse ou tout au moins contrebatte et domine cette tare, jusqu’à la rendre inopérante et la tourner au bien, en ceux qui croient. (…)

Alors là, on comprend ce qu’a de grandiose et de nécessaire le Baptême chrétien. (…) Car voici qui est capital. Si le psychisme se trouve fortifié dans le sens du bien, réordonné et comme aimanté vers Dieu par la grâce baptismale, réelle participation à la nature divine (2 P 1, 4), si le traumatisme héréditaire est surmonté, il n’en reste pas moins que le terrain psycho-somatique, la chair selon saint Paul et selon l’Évangile même (Mt 26, 41), demeure fragile, affecté par la tare originelle qui subsiste dans l’individu et se transmettra par lui à ses descendants. C’est une constatation de l’expérience humaine, c’est un dogme catholique  : la «  concupiscence   » demeure en nous. L’être est changé en ce sens qu’il est purifié, fortifié, redressé dans ses profondeurs, assez pour que sa volonté s’en trouve libérée et capable d’accomplir toute justice  ; effet prodigieux du baptême qui nous rend dignes de la Communion des saints, comme et bien mieux qu’aux premiers jours de l’humanité, avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit  ! MAIS la fragilité demeure, la pente vers le mal, la faille par laquelle le Péché et le Diable, la corruption et la mort, conservent quelque connivence dans notre nature comme dans le monde, gémissant de leur asservissement à la vanité (Rm 8). (…)

LE BAPTÊME, ENTRÉE DANS LA CITÉ SAINTE.

«  Tout instaurer dans le Christ   » (Ep 1, 10), est certes le grand dessein de Dieu avant les siècles et c’est la volonté de l’Église depuis les Apôtres Pierre et Paul jusqu’à nos derniers temps, mais c’est dramatiquement une nécessité primordiale et c’est heureusement un effet décisif du baptême pour que le converti, échappé au monde mauvais soit conservé dans ce monde nouveau de justice et de sainteté, comme dans un sein maternel nourricier et protecteur. C’est son droit, c’est le devoir et la raison d’être de l’Église  !

Car tout un aspect du péché du monde et de la rénovation baptismale demeurerait offusqué si l’on en négligeait l’effet social. (…)

Tous les ensembles relationnels humains, sexualité, famille, société économique, école, État, etc., sont eux-mêmes radicalement atteints, marqués par la révolte contre Dieu et les vices de ceux qui les ont institués et conservés. LE MONDE, celui de l’Évangile comme celui des sociologues modernes, c’est cela. Ce Monde, l’Église du Christ l’a jugé, une fois pour toutes, comme la nature humaine, atteint d’une tare originelle, maladie à évolution catastrophique que Dieu seul peut enrayer et guérir.

D’où le deuxième aspect, non plus statique mais dynamique, non plus intérieur mais social, de la Liturgie baptismale. Il ne s’agit pas seulement pour le catéchumène de changer intérieurement, il faut qu’il change de monde, en attendant de changer le monde même. La grâce qui l’a envahi ne portera sûrement ses fruits que s’il se met aussi sous la Loi du Christ. La liturgie du baptême exprime, signifie, et donc opère et impose comme un devoir définitif l’arrachement à ce monde-ci et l’entrée dans le monde nouveau qui est celui du Christ, la Chrétienté.

Leur idolâtrie, leur amour du monde, rend aux chrétiens libertins, ou aux catholiques libéraux et de nos jours aux progressistes, incompréhensible ou plutôt inacceptable le rite solennel du baptême. Leur attachement au monde est inconciliable avec l’arrachement au monde qu’il exige. AUJOURD’HUI LES RITES SACRAMENTELS CONTREDISENT L’IDÉOLOGIE MONTINIENNE ET CONCILIAIRE. Voilà l’énorme contradiction de la Réforme où se détruit l’Église. Et plus magnifiquement, plus intelligemment sont restaurés les rites, plus ils portent accusation contre les idéologies en cours et tendent à en guérir l’Église  ! (…)

C’est la plénitude du baptême qui est ici en question. Ou bien le baptême introduit dans une société ouvertement chrétienne, protectrice, éducatrice, nourricière, qui garantisse à ses membres toutes les conditions du salut, ou bien le baptême n’est qu’un piège mensonger et une sinistre comédie que l’Église n’a pas le droit de jouer aux hommes et à Dieu. Nous avons choisi, avec l’Église des siècles, le Baptême et la Chrétienté.

LE DON DE L’ESPRIT POUR LA DÉFENSE
ET L’EXALTATION DE LA CHRÉTIENTÉ

Que sera, dans cette perspective d’un changement de vie et d’un changement de monde,l’effet de la Confirmation  ? (…) Tout montre dans ses rites que c’est son aspect social qui donne à la Confirmation son vrai et neuf caractère. Ce qui est alors conféré, c’est l’Esprit des Lois, c’est l’Esprit de Corps, c’est l’Esprit de l’Église… (…)

Ce don vient épanouir la vocation sociale du chrétien. Son baptême l’a introduit dans l’Église pour y être nourri, éduqué, protégé, loin du monde qu’il a définitivement quitté. Un temps de serre chaude était nécessaire. Mais il serait puéril, justement, de croire qu’entre ces deux Cités il n’y ait ni rapports constants ni combats. Aucun d’entre nous ne peut tant appartenir à l’Église qu’il ne vive pourtant dans le monde, à son contact, dans son danger. Quand on cesse d’être un enfant, il faut bien s’armer, être armé pour cette lutte. Le jour vient où il faut changer le monde ou être changé par lui  ! Quand l’adolescent comprendra que l’Église ne subsiste que par l’effort de ses membres et sa construction perpétuelle au milieu des périls, il se sentira appelé à une mission nouvelle, offensive et défensive (2 Co 6, 7).

Si le baptême signifie par ses onctions d’huile et de chrême une participation à la royauté et au sacerdoce du Christ, la Confirmation est le don de l’esprit de prophétie et de la vertu du martyre où s’achève en nous l’identification au Souverain Prêtre et Roi, Victime et Témoin de Dieu, Jésus-Christ. (…)

Je le demande, qu’est-ce que cela peut signifier aujourd’hui dans une société libérale, pacifiste, œcumaniaque et dialogale  ? Rien, absolument plus rien qu’un ESPRIT dépassé, réprouvé, persécuté. Et alors, quel sens peut encore garder la Confirmation  ? Aucun. Le dilemme est ici plus cruel que pour le baptême. Ou vous restaurerez la Confirmation mais alors vous devrez renoncer à votre culte de l’Homme, à votre Ouverture au Monde, à votre dialogue avec toutes les impiétés et les erreurs qui y sont répandues. Ou vous poursuivrez votre agenouillement devant le monde et il ne devra plus être question de Confirmation parmi vous.

POUR UNE RÉNOVATION PASTORALE
DE L’INITIATION CHRÉTIENNE

Plus largement sera menée la réforme liturgique annoncée par Vatican II dans le sens profond de la tradition catholique, moins elle sera un instrument de subversion comme elle l’a été jusqu’à ce jour entre les mains des modernistes  ; au contraire, plus elle apparaîtra comme un remède sauveur à toute hérésie et tout désordre, une lex credendi d’autant plus forte qu’elle sera elle-même uniquement inspirée de la lex orandi séculaire. (…)

LA RÉFORME DE LA CONFIRMATION.

Le meilleur temps pour conférer le Don du Saint-Esprit, confirmation du baptême, serait la fin des années de catéchisme et du renouvellement des rites baptismaux qui en ont marqué les étapes. (…) Quant à sa réforme essentielle, elle serait de rendre ce don sacramentel à son dispensateur, non exclusif mais normal, l’Évêque. Les autorisations accordées par le Concile ont abouti à cet effet désastreux que l’Évêque disparaît, n’importe quel prêtre venant, en son nom mais le sait-on  ! dans les paroisses conférer le sacrement. Le sens épiscopal et ecclésial du don du Saint-Esprit est entièrement occulté.

Voici donc un projet de réforme liturgique et pastorale d’ensemble. Durant leur dernière année de catéchisme, les enfants (et adultes à confirmer) se rendent dès le début du Carême jusqu’à la Pentecôte, régulièrement, à l’église cathédrale du diocèse pour y entendre la Catéchèse chrismale donnée par l’Évêque. Un ensemble de dispositions ascétiques accompagnerait cette préparation pour lui conférer son sérieux, à la mesure du don attendu. Dans le temps de Pâques, ces enfants et ces adultes feront leur Profession de foi et leur Communion Solennelle, en paroisse, sous l’autorité de leur prêtre. Et durant toute l’octave de la Pentecôte, convoqués par centaines à l’église cathédrale ils recevront en grande cérémonie leur Confirmation, des mains de l’Évêque et de prêtres très visiblement associés à lui dans cette liturgie qu’il présidera effectivement.

Dans son homélie, le Pasteur du diocèse exposera que ce couronnement de leur longue instruction d’adolescents ne termine pas leur vie chrétienne mais leur initiation et qu’elle va les introduire au contraire dans la plénitude du service de l’Église  ; les portes du catéchisme de persévérance vont s’ouvrir, des tâches d’adultes chrétiens les attendent pour lesquelles leur Évêque va leur donner le don de prophétie et de martyre, c’est-à-dire la force et la sagesse de témoigner de leur foi, jusqu’au sang si Dieu le veut.

Alors leur sera donné le Sacrement. La première imposition des mains sur la foule des confirmands est imposante, elle revient à l’Évêque seul, contrairement à l’usage nouveau. Quant à la seconde imposition des mains, considérée souvent comme essentielle au sacrement, celle qui est faite dans le geste de la chrismation et de la signation, je regrette fort qu’elle ait été supprimée. Le geste était disgracieux  ? Même pas. Et sa suppression laisse à la chrismation toute la place comme matière unique et signe essentiel du sacrement. C’est infiniment dommage. (…)

L’hésitation séculaire de l’Église sur les deux rites de la confirmation est peut-être providentielle car elle laisse l’avenir ouvert. Elle autorisera donc, pour après Vatican III, une féconde distinction entre le rite qui ne peut être en aucune manière réitéré parce qu’il signifie principalement le caractère indélébile du don accompli, c’est l’onction du Saint-Chrême, et le rite qui pourrait être renouvelé en certaines circonstances et par l’Évêque seul, pour «  réveiller le Saint-Esprit  » (2 Tm 1, 6), l’imposition des mains.

Ainsi baptisés et confirmés les catéchumènes s’avancent, et avec eux les chrétiens aguerris dans le frais renouvellement de cette grâce et de ce don, en procession dans le sanctuaire. Ils vont lever les bras avec le prêtre pour chanter le Notre Père puis ensemble recevoir l’Eucharistie.

LE RENOUVELLEMENT DE LA CONFIRMATION.

II n’est absolument pas bon que la Confirmation dure quinze secondes dans la vie d’un chrétien et que jamais aucun rite, aucune liturgie, ne vienne rappeler ce don immense pour le faire revivre… sauf chez les Pentecôtistes où l’imposition des mains est un mime hérétique de la donation du Saint-Esprit par les mains des Apôtres dans l’Église primitive. Que les hommes d’église aient beaucoup dormi, que l’Ennemi en ait profité pour dérober à l’Unique Épouse ses trésors rituels, cela n’est que trop vrai et n’a que trop duré  ; une rapide et audacieuse rénovation sacramentaire s’impose. Car s’ils ont pu reprendre les gestes, les hérétiques n’ont pu captiver l’Esprit-Saint qui demeure dans l’Église et à son seul service parce qu’il lui est à elle seule envoyé (cf. Ac 19, 13-15).

Voici ce que nous proposons. Qu’il soit reconnu à l’Évêque seul, du moins canoniquement, parce que c’est un élément constitutif du signe sacramentel qu’il dispose de ce Pouvoir et l’exerce envers qui il veut, la faculté d’imposer la main en certaines circonstances importantes, en mémorial du don de l’Esprit-Saint, comme un sacramental rendu par la décision de l’Église efficace pour réactiver le don premier et l’adapter à certaines missions ou fonctions alors fixées par l’Évêque au chrétien ainsi réconforté. Saint Paul fait une claire allusion à une telle pratique  : «  Ne te hâte pas d’imposer les mains à qui que ce soit   » (1 Tm 5, 22).

Ainsi pourrait-on faire pour l’engagement dans les mouvements d’Action Catholique, pour l’envoi en missions lointaines, ou lors d’une arrestation à cause de l’Évangile, d’un interrogatoire policier, d’une déportation en haine du Christ  ; lors d’une rentrée dans l’orthodoxie d’un hérétique ou d’un apostat, pour sceller la conversion des prostituées, des adultères, des criminels et autres scandaleux, comme cela se faisait dans l’Église des premiers siècles (Neunheuser, p. 131, 136, 237). Je me suis senti souvent trop petit et démuni, comme simple prêtre et confesseur, dans de tels cas  ; la main de l’Évêque s’imposait et la cérémonie de reconsidération. Je ne doute pas que par cette imposition de la main se répandraient des grâces et charismes nombreux, et de bon aloi, mieux qu’il semble se faire par les mains des illuminés dans les sectes. (…)

En définitive, quelqu’un m’annoncerait pour les lendemains d’un Concile Vatican III, de Contre-Réforme et de Restauration Catholique, l’efflorescence d’un âge nouveau, dans l’Esprit-Saint, je n’en serais pas surpris. Mais ce serait, de toutes manières, celui de l’Église et par l’épanouissement de la liturgie et de la vertu de l’Initiation chrétienne, Baptême et Confirmation, parce que l’Esprit-Saint plane sur cette seule Église Épouse du Christ et lui donne à elle seule une incroyable et inlassable fécondité pour renouveler le monde et le consacrer à son seul Seigneur, Jésus notre Dieu à jamais béni  !

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 114, février 1977, p. 3-12

 Pour en savoir plus >
Précédent    -    Suivant