La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Les sacrements

Le ministère de la réconciliation

Le confessional des hommes à Ars.

Le confessional des hommes
à Ars.

Le pardon des péchés occupe une place considérable dans la primitive Église et déjà dans la prédication évangélique. Il suffit, pour s’en souvenir, de penser à la demande du Pater  : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; c’est la prière continuelle des chrétiens, jusqu’aux plus parfaits  ! Le pardon mutuel entre chrétiens est ainsi constamment mis en relation avec le pardon imploré de Dieu  ; l’Église est donc, et dès l’origine, une société qui connaît la réconciliation entre frères et avec Dieu.

Mais, bien plus, c’est Elle qui en a reçu le divin Pouvoir. Qu’on ne s’étonne pas. Celui-ci n’est qu’une extension du Pouvoir de résurrection spirituelle qui s’exerce si puissamment au baptême. Et c’est l’ensemble de ce ministère de rémission des péchés que Jésus annonça aux Apôtres sans ambiguïté  : «  En vérité, en vérité je vous le dis  : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le Ciel  » (Mt 18, 18). Ce pouvoir, c’est Pierre qui en assumerait le ministère suprême (Mt 16, 18) et c’est d’ailleurs lui qui interroge le Christ sur la mesure à y garder. En lui répondant  : «  Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix sept fois sept fois  » (Mt 18, 22), Jésus lui enseigne que la seule mesure sera d’être sans mesure  ! (…) Toute faute peut être pardonnée, sauf précisément celle qui consiste à ne plus croire à ce pardon, ou à ne plus l’espérer, ou ne plus l’aimer, le désirer, le demander à l’Église qui en a le Pouvoir, les clefs.

Ainsi le sacrement de Pénitence est-il bien institué par Jésus-Christ, et établi dès les origines de l’Église, sinon dans les rites que nous connaissons aujourd’hui, du moins dans son ministère essentiel, conféré par le Christ à ses Apôtres.

Selon Poschmann, l’historien le plus compétent en la matière, les bases de la pratique primitive de la Pénitence sont évidentes. Chaque péché exige pénitence, mais aussi aucun péché, même très grave, n’est exclu du pardon quand un véritable repentir est manifesté. Pour obtenir l’absolution, les moyens sont la prière et les œuvres charitables. La prière personnelle est soutenue efficacement par celle des fidèles. Une certaine confession des péchés paraît liée à cette dernière. Pour les fautes graves, les chefs de l’Église ont le devoir de réprimander les coupables et, lorsqu’aucun résultat ne s’ensuit, de les exclure de la communauté. Si l’excommunié se convertit, il obtient le pardon ecclésiastique qui, selon la promesse du Seigneur, garantit également le pardon dans les cieux. (…)

Seules les formes, la procédure, de cette pénitence resteraient à fixer.

ÉVOLUTION DE LA DISCIPLINE PÉNITENTIELLE

On peut, en simplifiant à l’extrême, retracer cette histoire si vivante et, de ce fait, horriblement embrouillée. Très vite, dès la seconde génération, l’Église commence à distinguer deux sortes de réparations pour le péché. La première, ne visant que les fautes légères, consistait en prières accompagnées de gestes, en forme de reconnaissance et d’aveu faits dans l’assemblée dominicale des péchés commis. Et les prêtres donnaient à ces fidèles repentants, par quelque bénédiction liturgique, le pardon de Dieu.

Pour les péchés graves, secrets aussi bien que publics, une excommunication est prononcée contre les pécheurs en vue de leur amendement  ; s’ils se livrent à la pénitence que l’Évêque leur a fixée, ils seront enfin réintégrésdans la communauté et de ce fait absous. (…) Il est notable que l’Église n’instruisait pas les catéchumènes d’une autre possibilité de rémission des péchés, postérieure au baptême, mais plus onéreuse. Et ensuite, chaque rémission des péchés était présentée comme ultime, sans retour… Toutefois, la pratique de l’absolution accordée de plus en plus facilement se généralise, provoque un certain relâchement qui produit au milieu du deuxième siècle, un premier grand vent de rigorisme. (…)

Il n’a jamais été question cependant de refuser l’absolution des péchés même graves. (…) Les querelles du temps de saint Cyprien portent en fait sur le moment de l’absolution et de la réintégration du pécheur dans l’Église. On comprit que la solution du débat est dans un rééquilibrage de la pénitence exigée et de la facilité du pardon.

Au milieu du troisième siècle, on s’en prit à la pratique des billets de paix, c’est-à-dire des billets signés par un martyr au profit des membres de sa famille, formant une créance sur leurs mérites au point que son détenteur réclamait à l’Évêque comme un droit sa réintégration immédiate dans l’Église. L’idée était belle, c’était celle de la communion des saints et de la réversibilité des mérites. Mais l’abus était certain, quand le sang du martyr procurait au pécheur une arrogance déplacée  ! Ce que l’Église n’admit pas, ce fut que l’excommunicationpuisse être considérée comme annulée par un tel procédé sans action canonique, hors de la décision de l’Évêque.

Il faudra la fin des persécutions et la vie de l’Église au plein jour pour que les rites prennent toute leur ampleur, au 4e siècle, d’autant plus que l’entrée des peuples en masse dans l’Église, sans plus de risque de persécution, allait poser de manière aiguë le problème de la condition des pécheurs publics dans l’assemblée chrétienne. On s’appuya sur une base solide  : le baptême, qui était une rémission des péchés gratuite et immédiate par le ministère de l’Évêque. On lui assimila cette autre rémission des péchés, ouverte, elle, aux baptisés retombés dans des fautes graves, à laquelle on donna tout naturellement des formes semblables. Ces rites ne concernaient pas les péchés d’infirmité ou d’ignorance dus à la fragilité et à l’inconstance des volontés, mais les péchés de malice qui provoquent une mort spirituelle et une rupture d’avec la communauté chrétienne, tels l’apostasie, le meurtre et précisément l’avortement, l’adultère, etc…

Cependant, le rigorisme continua à sévir dans l’Église et l’une de ses conséquences fut le statut des pénitents réconciliés. Il devait jeter dans une voie sans issue la pratique de la Pénitence dite canonique, c’est-à-dire prononcée par l’évêque devant l’assemblée après le respect d’une longue pénitence et du rite de réconciliation. Au lieu d’être une entière absolution, vraiment évangélique, un retour à l’intégrité première, à l’intégralité des droits et des honneurs du chrétien, l’état de pénitent réconcilié était celui d’un chrétien diminué, déchu, demeurant astreint pour la vie à des exigences rigoureuses. La suite était prévisible. Les pécheurs attendirent un âge de plus en plus avancé pour demander la Pénitence. (…)

Le salut allait venir de la lointaine Irlande. La confession privée que les grands missionnaires irlandais, tel saint Colomban († 615), vont instaurer partout avec un succès total, parce qu’elle répondait à un besoin urgent des âmes, n’était rien d’autre que la coulpe monastique, de tradition déjà séculaire. On sait en effet que les moines, considérés comme voués par état à la perfection, ne pratiquèrent jamais la pénitence publique  ; leur besoin de direction spirituelle et leur désir de purification trouvèrent très tôt satisfaction dans la coulpe faite au supérieur, ordinairement suivie d’un geste de bénédiction valant absolution sacramentelle. C’est elle que les moines divulgueront parmi leurs convertis. «  Sa réception consiste en la confession, l’acceptation de la satisfaction fixée par le prêtre et, enfin, la réconciliation. Elle n’a pas de suites infamantes et elle est ouverte à tous en tout temps.  »

Le Concile de Châlons en accepte définitivement le principe en 650. En 800, la pénitence publique a pratiquement disparu. Ce qui subsistera, ce seront les pénitences solennelles, où le peuple d’alors trouve ample satisfaction à son goût des symboles et des manifestations qui frappent l’imagination. Ce seront les pèlerinages et les croisades, les conversions qui se marquent par l’abandon du monde et la tonsure monastique, plus tard les flagellations publiques, inaugurées en grand et popularisées par saint Pierre Damien. Combien plus dépouillée d’apparat et de faux-semblant, plus simple et plus sincère, nous paraît la Confession privée  ! (…)

Mais en codifiant soigneusement la discipline de ce sacrement pour répondre aux critiques du protestantisme, le Concile de Trente apporta un extraordinaire changement de mentalité, sans qu’on y prit tellement garde. (…) La notion de confession prit le pas sur celle de pénitence, sous prétexte que la honte de dire ses péchés au prêtre et le courage qu’il fallait pour cela étaient déjà à eux seuls une rude pénitence, une vraie expiation, une satisfaction suffisante pour mériter et obtenir séance tenante l’absolution. (…) D’autre part, le ministère du prêtre commençait de paraître l’élément décisif, l’essentiel du sacrement. Le pardon des péchés par l’Église au nom du Christ-Dieu prenait le pas sur l’effort d’ascèse personnelle et donc le sacrement de l’Église sur l’effort de l’homme. (…)

PÉNITENCE OU RÉCONCILIATION

Il est donc bien important de se poser la question  : qu’est-ce qui obtient le pardon de Dieu  ? Est-ce l’œuvre du pécheur  ? et laquelle donc, son expiation ou sa contrition, ou les deux à la fois, dans la honte de l’aveu fait au prêtre  ? Est-ce l’acte épiscopal ou, par délégation, sacerdotal  ? et quel acte  ? La prière de l’Église, ou l’absolution rituelle  ? Et cette absolution est-elle d’abord une réconciliation avec l’Église-Mère, communauté de frères, ou avec Dieu le Père  ? Selon la réponse qu’on donnera à ce flot de questions, la discipline sacramentaire sera bien différente. Elle l’a été au cours des siècles et elle peut le devenir encore  ; auquel cas il serait préférable que son évolution soit parfaitement maîtrisée et orientée par une Église en parfaite possession de sa doctrine. (…)

Faisons une synthèse des réponses de saint Augustin, d’Abélard, de saint Thomas d’Aquin, du Concile de Trente et enfin du Concile Vatican II, qui constitue un progrès doctrinal dans la compréhension de ce sacrement, d’où pourra résulter un progrès pastoral significatif  :

Voici donc la définition du sacrement qui paraît bien la plus traditionnelle et la plus profonde. L’action du pécheur en vue de la rémission de ses péchés est d’abord et hors de toute autre considération, comme l’Église l’a toujours tenu, de demander à l’Évêque sa Paix, but premier et moyen d’atteindre à la fin ultime qui est, de fait, le pardon de Dieu, la justification et la grâce.

Contrition parfaite ou imparfaite, ou rudimentaire attrition, avec larmes ou sans larmes, là n’est pas l’essentiel  ; inutile de scruter nos propres sentiments pour décider que nous ne sommes pas dignes du Sacrement ou, à l’opposé, que nous sommes assez parfaits pour nous en passer et obtenir tout de Dieu directement  ! (…)

La vérité, c’est que l’Église est la volonté humaine douée du Pouvoir de lier et de délier sur la terre et dans le Ciel, Pouvoir divin qui décide de la vie et de la mort spirituelle des âmes, même les plus hautes avec autorité, même les plus basses avec puissance, selon l’Esprit de son Chef et Fondateur, Esprit de miséricorde et de rédemption, de sagesse et de force.

La Matière du sacrement, c’est la rencontre de réconciliation du pécheur avec l’Église, l’Église assemblée, l’Église en son Évêque ou en son délégué, le prêtre. (…) Sous quelque procédure ou liturgie que s’accompagne cette rencontre, c’est elle, cette rencontre, démarche du pénitent et geste d’accueil du prêtre, qui manifeste le SENS, où se perçoit la commune volonté du pécheur et de l’Évêque et de Dieu. C’est cette rencontre qui exprime, il est vrai, le repentir du pécheur, mais sur la mesure et la perfection duquel les pasteurs, avant les théoriciens et ensuite malgré eux, n’ont jamais voulu s’appesantir, et avec raison  ! C’est elle qui est, à la mesure du péché, désir et volonté de satisfaction, parce qu’elle porte en elle l’acceptation, par avance, de la pénitence qui sera fixée par l’Église. C’est elle qui manifeste le ferme propos de ne plus pécher sur lequel il n’est pas question non plus de trop insister, car qui peut promettre sûrement  ?

Il faut mettre plus de temps à demander la contrition qu’à s’examiner. La contrition est le baume de l’âme. Elle consiste à dire  : «  Mon Dieu, je suis bien fâché de vous avoir déplu, désobéi, cela me déplaît beaucoup et je veux mieux faire.  »

saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars

Le Curé d'Ars

Dans cette perspective, plus parfait est le chrétien, plus haute est sa contrition, plus il désire et mieux il entreprendra cette démarche. (…) Cette rencontre, pierre de touche du pardon de Dieu, met en œuvre du côté du pécheur qui implore son absolution, la foi, la confiance, l’attachement à son Dieu, à son Sauveur Jésus-Christ, dans et par l’Église, milieu divin, fontaine de grâce, unique moyen de salut.

La Forme du sacrement, c’est la parole d’absolution de l’Église, ou mieux c’est la prière et l’indulgence de l’Église prononcées par l’Évêque ou son délégué, sur le pécheur repentant de telle manière qu’elles lui obtiennent et donnent l’absolution divine. (…) Dans l’ancienne liturgie, et encore dans les paroles de l’absolution du rituel romain avant la réforme de Vatican II, «  l’Église intercédait pour ses membres, prenant part à leurs prières parce qu’elle souffrait avec eux de leurs péchés.  » Admirable perspective, qui déborde le seul sacrement de Pénitence pour envelopper toutes sortes de sacramentaux ayant la rémission des péchés pour but, et qui informe même ce fameux pardon direct de Dieu à celui qui se repent avec une contrition parfaite  ! (…)

C’est la part absolument géniale des travaux érudits de l’historien Poschmann, d’avoir retrouvé la forme, constituant la perfection spécifique, l’efficacité surnaturelle et le sens chrétien du sacrement. (…) C’est l’union hypostatique du Christ crucifié à Dieu même qui le rend maître de la grâce totale du pardon et chef de l’armée du salut, c’est l’union mystique de l’Église sainte et méritante à son Époux Jésus-Christ qui la rend distributrice de toutes grâces, par sa prière irrésistible, par ses mérites touchant le cœur de Dieu, et donc sans autre mesure que sa volonté d’intercession et de pardon.

Quand le prêtre donne l’absolution, il ne faut penser qu’à une chose  : c’est que le Sang du Bon Dieu coule sur notre âme pour la laver, la purifier et la rendre aussi belle qu’elle était après le baptême.

saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars

L’Église qui prie et qui pardonne est alors l’instrument de la divinité du Christ, remplie de sa Puissance qu’elle oriente où elle veut, de sa Grâce qu’elle distribue visiblement ou invisiblement selon son gré sur ceux qui l’implorent. Cette forme impétratoire ou suppliante, forme de prière, que l’absolution eut longtemps, plus que la forme décisive, impérative qu’elle a de nos jours, montre mieux la source d’où nous vient dans le sacrement le pardon demandé  : non de l’Église humaine mais de Dieu par son ministère. Elle montre mieux aussi l’entière disponibilité qu’a l’Église, selon ses intentions de prières, universelles ou particulières, et sa discipline pénitentielle et ses dons d’indulgences variées, et tous ses sacramentaux, d’obtenir du Christ et de conférer l’absolution et la rémission des péchés selon son cœur maternel.

UN MINISTÈRE DE LA RÉCONCILIATION RÉNOVÉ

LA CONFESSION AURICULAIRE

Après douze siècles d’usage constant et universel, la Confession auriculaire a fait la preuve de sa valeur pastorale indiscutable, irremplaçable. (…) Elle répond au besoin de milliers et de millions d’hommes. On pourrait cependant en corriger ou supprimer certains aspects contestables et abusifs. Son caractère secret et expéditif tranche trop avec la Tradition la plus profonde, d’une Pénitence temporelle et publique, et de son intention de partage en Église des mérites et des démérites, entre frères chrétiens. On peut aussi discuter, mais avec une extrême prudence, de la redoutable obligation d’un aveu complet et circonstancié de toutes les fautes mortelles. On doit enfin protester contre la dévaluation de tous les sacramentaux pénitentiels à l’avantage de la seule Confession, abus qui aboutit à engorger les confessionnaux de pénitents aux fastidieuses listes de peccadilles indéfiniment répétées, pour l’affreuse lassitude des confesseurs et la déconsidération de cet admirable sacrement. (…)

La seule grave inadaptation de la Confession auriculaire concerne le domaine sexuel. Depuis que le puritanisme anglo-saxon a rejoint et aggravé le jansénisme français, la honte illimitée, obsessionnelle, des fautes de luxure considérées comme mortelles à tout coup, éloigne de la Confession des masses de chrétiens. Dès l’adolescence et les fautes qui l’accompagnent, et ne cesseront peut-être de longtemps, un énorme pourcentage de chrétiens renonce au Sacrement de pénitence, avec quels remords  ! et quels regrets  ! (…) Ils en viennent avec révolte ou désespoir à abandonner toute pratique, dans une détresse et une perturbation d’âme qui les conduisent souvent à la perte de la foi, quand ce n’est pas à un anticléricalisme buté. Je parle de ce que je sais, et quel prêtre éducateur me démentira  ? Il y a là, comme au 6e siècle, un problème pastoral aigu qui n’a que trop attendu, et qu’il appartient à l’Autorité Suprême seule de bien considérer et de résoudre.

LES CÉLÉBRATIONS PÉNITENTIELLES

L’innovation postconciliaire des célébrations pénitentielles aurait pu être la meilleure des restaurations liturgiques. Cependant, à une époque où Pape et évêques s’accommodent de tous les vices et les excusent, ces cérémonies ont paru seulement donner aux pécheurs le moyen de tourner l’obstacle de la Confession et donner la communion aux gens sans aveu ni repentir. (…)

Cela dit, dans une Église catholique revenue à sa vraie foi et sainteté, je crois que des Célébrations pénitentielles communautaires auront leur place, parallèlement à la Confession privée, complémentairement, comme un autre mode de réconciliation avec l’Église, et, partant, avec Dieu.

RÉSOLUTION DU DILEMME ENTRE INTÉGRISTES ET PROGRESSISTES

Pour les intégristes l’essentiel réside dans la confession obligatoire de toutes les fautes graves  ; la difficulté, la honte de l’aveu sont nécessaires pour obtenir rémission. Pour les progressistes, cette invention des prêtres est une ignominie contraire à la volonté du Christ et à sa libéralité  : ne pardonnait-il pas Lui-même sans aucun aveu des fautes  ? et pourquoi faire autrement que Lui  ! Ainsi va la discorde. Pour en sortir, il faut revenir à l’admirable mystère de notre réconciliation. (…)

En premier lieu, retrouvons le bon esprit de la piété chrétienne. Le mauvais esprit consiste à croire que les pécheurs détestent faire l’aveu de leurs fautes et que les prêtres se délectent de les leur entendre dire. Le bon esprit est tout au contraire, que les pécheurs désirent ardemment faire cet aveu sincère et exact à un prêtre pour qu’il puisse juger de tout et qu’il les absolve en connaissance de cause, tandis que les prêtres, mus par un saint zèle et une profonde compassion, désirent donner l’absolution à tout pécheur au seul vu de sa vraie contrition. L’aveu des péchés n’est qu’une sorte de preuve de la contrition, il n’est pas l’essentiel du sacrement.

En second lieu, retrouvons la théologie du Sacrement la plus profonde. C’est l’Église qui a puissance de se réconcilier qui elle veut de ses membres pécheurs, et elle n’a pour cela qu’à écouter son cœur maternel. Les conditions qu’elle fixe à son pardon seront celles mêmes de Dieu. Allons plus loin. C’est son entrée dans l’Église qui a obtenu au catéchumène sa justification et le don de la grâce sanctifiante. C’est sa réconciliation avec l’Église qui lui méritera, pénitent, à la prière de cette mère de miséricorde, d’être pardonné par Dieu. Pour le reste, la mesure de la contrition, l’étendue de la confession des péchés, la durée de la pénitence, Jésus n’en a rien réglé, rien exigé  ; il en a laissé le jugement à la sagesse et à l’indulgence de son Épouse, l’Église.

Que si l’Église, n’écoutant que son cœur, se montre parfois large et compatissante, et court au-devant des pécheurs, qui s’en offusquera  ? Beaucoup de prêtres m’ont dit avec quel intérêt ils avaient lu et approuvé mes suggestions. Il faut avoir confessé pour savoir ce qu’il reste à faire en ce domaine.

Évidemment, la dénonciation intégriste trouve son excuse dans l’anarchie actuelle  ; la législation actuelle est bancale et mène à la suppression totale de la confession privée, à l’abandon de la notion même de péché, à la déconsidération du sacrement de Pénitence. On dira que ce n’est pas le moment de rien relâcher de la discipline ancienne et j’en conviens. Nous ne pouvons en effet applaudir aux demi-mesures qui autorisent les absolutions collectives, sans grand sérieux ni discipline. Il n’y a rien de plus destructeur de la sécurité du pardon, qui est une des perfections de ce sacrement  ! Alors, disons-le tout net, la diversification des rites d’absolution que nous suggérions n’a rien à voir avec ces désordres postconciliaires.

Achevons, en réitérant l’affirmation de notre préférence pour l’appellation de Sacrement de la Réconciliation, plus riche, plus profondément traditionnelle et catholique que celui de Confession,et autant que celui de Pénitence. Il est dommage que la restauration du mot n’ait pas été suivie de la restauration de la chose lors du Concile, mais de sa destruction. On aimerait que cette juste priorité donnée à l’acte de réconciliation du pécheur avec l’Église et par suite avec Dieu, inspire aux prêtres l’amour de ce ministère où ils pardonnent aux pécheurs repentants sans aucune autre restriction ni condition que celles de la discipline ecclésiastique romaine. (…)

On voudrait aussi que les fidèles aiment de plus en plus ce Sacrement de la Réconciliation, où s’exprime si bien la miséricorde de l’Église, humaine parce que divine en sa source et son inspiration comme en son modèle Jésus-Christ  ; et je voudrais, tant et plus, que les fidèles ne craignent pas de faire l’aveu sincère et exact de leurs péchés sachant – contre une crainte excessive et des scrupules souvent maladifs – que le prêtre pardonne toujours au repentir sincère. L’Église est en effet l’envoyée de Celui qui a dit  : «  Je ne suis pas venu pour condamner mais pour sauver.   »

Ah  ! Que tout cela sera beau, quand nous serons libérés du cancer moderno-progressiste et du chancre intégriste  !

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 115, mars 1977, p. 5-14
CRC n° 120, août 1977, p. 8-9

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