La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La circumincessante charité

La divine Paternité

Notre Père  !

L‘ABBÉ de Nantes nous fait entrer dans notre étude de cette circumincessante charité par Celui qui se nomme “ Fons et Origo  ”, la Fontaine et l’Origine de tout être. Dans la Trinité, Il est le Père n’ayant point de Père, l’Inengendré  : c’est le premier attribut de Dieu le Père, Dieu l’Inaccessible, l’Invisible  : nul ne l’a jamais vu. Il s’est révélé à Moïse comme «  JE SUIS  », formule admirable, intraduisible  : «  Je suis JE SUIS  », Je suis l’Existence pure, simple, infinie et libre.

Pour nous qui ne sommes rien, que nous faut-il faire vis-à-vis de Dieu  ? Philosopher  ? Ce serait réduire Dieu à l’aune de notre raison.

Retrouvons l’eau vive et vivifiante de la Parole de Dieu. Ouvrons la Bible et lisons  :

«  Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre …  » Cette parole est impressionnante. Dieu est antérieur à notre sphère humaine. IL est Créateur. Le premier jour, Dieu crée la lumière, puis Il met en ordre l’univers. Admirable orthodromie qui s’achève par la création de l’homme. Beauté de la création  ! Dieu ne révèle pas son propre mystère. Ce qui apparaît d’abord dans l’Écriture, c’est son comportement, ses relations avec nous.

Au premier chapitre de la Genèse, nous voyons Dieu créer le monde, créer l’homme et la femme. Il se révèle par ses manières. Dieu se fait connaître à nos premiers parents comme un Père  : c’est la divine Paternité. Dieu est notre Père des Cieux. Il est le Créateur de l’homme, son maître. Dieu est Juge aussi. Mais Il est d’abord PÈRE, lent à la colère  : émerveillement  ! Ce genre de relation ne changera jamais, même avec les descendants de nos premiers parents, jusque dans l’éternité. Dieu est le tout de notre existence, de notre vie, de notre amour.

Création d'Adam

Il est dit dans saint Luc (3, 38), qu’Adam est «  fils de Dieu  ». Qu’est-ce que la filiation  ? C’est une nature engendrant une même nature qu’elle. Donc, Dieu est comme le Père d’Adam  ; Adam est comme un fils, car il est une création de Dieu. Ce n’est pas une filiation, un enfantement de l’homme par Dieu. C’est une adoption et non une filiation de nature. Cela ne fait pas de l’homme un Dieu. Adam a été créé par Dieu qui lui a donné nature d’homme, différente de la nature divine. Mais Dieu lui a insufflé son Esprit, son souffle, sa vie. Il le rend comme son fils en lui faisant partager sa nature divine. Il y a donc une paternité en Dieu et l’homme est son fils. Émotion  ! Dieu nous créant, nous a faits comme ses fils.

ON demandait à sainte Germaine de Pibrac comment elle priait quand elle gardait son troupeau  : «  Je dis notre Père   » disait la bergère. «  Et après   ?  » insista le curieux. «  Et après je pleure  !   »

Dieu crée l’homme par un acte de bonté de sa part, par amour. Ne cherchons pas des raisons philosophiques, telles que “ le bien est diffusif de soi ”  : postulat très contestable. La vie est un pur don de Dieu, don de son infinie liberté. Dieu a décidé d’être bon envers cette créature à laquelle Il a donné des limites, un certain ordre naturel et une ressemblance avec Lui. L’homme est l’objet de ses attentions. Par amour, Il le fait vivre et le comble de biens toujours nouveaux. Tel est l’amour paternel de Dieu pour Adam, pour sa créature de néant. Comme est juste l’appellation  : le bon Dieu  ! Comprenons la perfection du Cœur de Dieu, d’une inépuisable Bonté  ! Dieu a avec Adam, des relations d’amour, l’invitant à une intimité particulière avec Lui comme son fils  : c’est une communication perpétuelle. Pure adoption de grâce gratuite, réserve d’amour infini, à condition que son petit homme se conduise en fils, qu’il Le révère avec amour. Dieu est l’Acte Pur, incompréhensible pour nous  : nous comprenons seulement sa paternité, son amour paternel qui nous jette en adoration devant Lui.

Adam est formé des mains de Yahweh, immédiatement, il faut le voir comme un jeune homme beau, parfait, bon et à l’âme droite. Cet homme est masculin. En cela même, il ressemble à Dieu. L’homme partage avec Dieu la faculté de procréer puisqu’il est fils de Dieu, à son image et ressemblance. En tant que premier de l’espèce humaine, Adam sera le premier père, comme Dieu est Père, car il est masculin. Mais pour engendrer, il lui manque une épouse  : il la recevra de Dieu pour développer le genre humain.

La Création - Bradi BarthEn revanche, Ève est tirée d’Adam, façonnée de la côte d’Adam (Gen 2, 20-22). Ève est faite par Dieu avec Adam. Celui-ci s’éprend donc d’amour pour cet autre lui-même  ! Elle lui ressemble à l’identique et Ève est emportée par un mouvement d’amour vers Adam.

C’est un tableau charmant que ce Paradis terrestre dont nous parlent les deux premiers chapitres de la Genèse. Les relations d’Adam et d’Ève sont des relations de profond amour fondé sur une similitude de nature, une convivialité, une complémentarité.

Quand Dieu leur dit  : «  Croissez et multipliez, remplissez la terre  », il s’agit de cet amour fécond qui sera immortalisé dans le mariage, sacrement naturel rendu surnaturel par le Christ. «  Dominez la terre, elle est toute à vous  », ils sont faits pour vivre sur la terre, dans l’amour mutuel.

Mais cette mission ne va pas sans un même amour profond de ces deux êtres humains si chétifs, pour ce Dieu Créateur qui vient les visiter à la brise du soir. Il y a là une familiarité entre l’homme et la femme, d’une part, et ce Dieu qui vient les visiter et leur apprendre le langage que sans Lui ils n’auraient jamais pu inventer. Il les aime et le leur manifeste d’une manière extrêmement paternelle, en Seigneur tout-puissant et bienfaisant.

Dieu, certes, leur demande de respecter sa loi, sa volonté et leur impose une règle en épreuve de leur liberté  : ils ne devront pas s’approcher de l’arbre du Bien et du Mal. C’est donc une paternité fondée sur la confiance mutuelle et sur un amour qui doit être respectueux de ces interdits, afin de faire une alliance entre êtres spirituels, êtres libres, et que le mérite de l’amour soit dans cette obéissance même.

Pour imaginer un peu la béatitude du Paradis terrestre quand Dieu venait visiter nos premiers parents à la brise du jour, les comblant de joie en leur faisant sentir sa présence, relisons le récit des apparitions de l’Ange de Fatima, en 1916, ou de Notre-Dame aux trois pastoureaux, en 1917. Fatima, c’était le Paradis  ! Le Paradis était à Fatima.

Lucie raconte  :

«  L’atmosphère surnaturelle qui nous enveloppait était si intense, que pendant un long moment, nous nous rendions à peine compte de notre propre existence Nous restions dans la position où l’Ange nous avait laissés, répétant toujours la même prière. La présence de Dieu se faisait sentir d’une manière si intense et si intime, que nous n’osions même plus parler entre nous (…) La paix et la joie que nous ressentions étaient grandes…  »

Ces enfants sont comme Adam et Ève innocents, quand ils entrent dans le mystère de Dieu. Ils se sont sentis pénétrés de la présence de Dieu avec un bonheur indicible. Le petit François rassasié de la présence de Dieu, dans cette lumière… Adam ressemblait à cela  !

Et la présence de la Sainte Vierge introduit les enfants dans la lumière de Dieu. Le 13 mai, «  Notre-Dame ouvrit les mains pour la première fois, et nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d’elle, une lumière si intense que, pénétrant notre cœur et jusqu’au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu, qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs. Alors, par une impulsion intérieure qui nous était communiquée, nous tombâmes à genoux et nous répétions intérieurement  : “ Ô Très Sainte Trinité, je Vous adore. Mon Dieu, mon Dieu, je Vous aime dans le Très Saint-Sacrement. ”

«  Cette Apparition vint de nouveau nous plonger dans le surnaturel mais d’une manière beaucoup plus suave [que les apparitions de l’Ange](…) Elle nous laissa une paix, une joie expansive…  »

Pour Adam et Ève, ce devait être pareil.

Et le 13 juin, au moment où la Sainte Vierge prononçait ces paroles à l’adresse de Lucie  : «  “ Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu. ” Elle ouvrit de nouveau les mains et nous communiqua pour la seconde fois, le reflet de cette lumière immense. En Elle, nous nous vîmes comme submergés en Dieu.  »

C’est toute la circumincessante charité, s’épanchant du Père au Fils et de leur commun principe au Saint-Esprit, qui trouve son bassin d’accumulation dans le Cœur Immaculé de Marie. Dieu veut que ce soit par ce saint Cœur, si tendrement proposé à nos désirs, que nous ayons accès à la vie divine. Par Lui, nous allons plus sûrement au Cœur Sacré du Fils de Dieu et ainsi, nous retournons à Dieu son Père devenu le nôtre, sans crainte ni tremblement.

Le péché originel

Sur ce point, l’abbé de Nantes propose une explication nouvelle qui cependant renoue avec une théologie réaliste que l’architecture médiévale par exemple, ne craignait pas d’évoquer.

Ce fut une chose terrible, horrible, à la mesure des horribles suites qui en sortiront pour le monde et chacune de nos vies. C’est un événement formidable que les apparitions de la Sainte Vierge à Fatima ont remis sous nos yeux, principalement par la vision du 13 juillet 1917 et les cris d’horreur des enfants voyant l’enfer.

Évidemment, pour les enfants, c’est une histoire de pomme qu’ils n’avaient pas le droit de manger. Les modernes envoient tout promener, les fondamentalistes acceptent tout. L’Église catholique se fraie un chemin  : l’histoire de la pomme est bien choisie, elle est inspirée par Dieu, mais elle est une image, un figuratif d’un événement vrai, épouvantable. Ce fut l’intrusion au Paradis, de Satan le tentateur.

Satan séduisit Ève par le regard qui parlait de transgression de toutes lois divines et humaines. C’est ainsi que dans ce trouble et cette compromission, elle se laissa violer âme et corps par la bête au venin mortel et par le Satan à l’esprit impie, le chef des rebelles qui sont dans l’enfer pour toujours  : ce fut un crime de bestialité. Ève qui était innocente, s’est laissé violer l’âme d’abord par orgueil, jalousie de toute souveraineté divine. Son corps, ensemencé d’un virus, parle de soi-même, parce qu’au vingtième siècle, le sida est fait pour nous le faire comprendre.

Dans cet état, Ève séduisit Adam en usant de la même séduction de sa beauté, se livrant pour le tenter à l’infestation du diable. Et Adam se laissa aller au même crime. Horreur  ! Dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, la statue de la Vierge à l’Enfant est représentée terrassant le serpent dont le buste est celui d’une femme.

Le péché commis, Adam et Ève ont compris qu’ils étaient devenus esclaves de Satan, eux et leurs enfants, marqués par le crime, promis à la mort temporelle et à la damnation éternelle  !

Le virus de la révolte

«  Les âmes en tourbillons qui tombent en enfer  », comme l’a vu sœur Lucie de Fatima.

Dieu, leur Père des Cieux, châtia Adam et Ève, comme le livre de la Genèse le raconte au chapitre 3, verset 16. Nous sommes étonnés devant ce châtiment d’une telle sévérité pour l’homme et pour la femme et leur descendance à jamais. Mais il ne s’agit pas d’un simple fruit défendu  : ce péché est une ignominie. L’insulte faite à Dieu a pour mesure la souillure contractée par cette faute, on comprend alors la sanction. Dieu avait donné un précepte qui demandait soumission d’esprit et du cœur, avec pour sanction la mort. Ils ont transgressé, ils ont bravé Dieu. Ils ont été personnellement responsables et ils méritent la mort et l’enfer. Dieu ne peut revenir là-dessus. La justice de Dieu est si bafouée que Dieu ne peut accorder son pardon. Cette justice s’étend jusqu’aux enfants. Et nous nous sentons solidaires d’Adam et Ève puisque nous sommes leurs enfants. Nous aussi, nous sommes exclus du Ciel, coresponsables de leur péché. La doctrine de l’Église nous enseigne la réalité du péché originel en nous. Par notre existence même, nous héritons de nos parents et nous rappelons l’ignominie du péché originel qui est en nous, et Dieu en souffre. Solidarité naturelle, innée, héréditaire. C’est toute la tragédie de l’humanité et de son salut, qu’il ne faut pas rejeter. Il est naturel de nous sentir atteints, souillés par le péché de nos parents, afin d’avoir le désir de réparer. Dans sa sainteté de justice, Dieu ne pouvait pas pardonner à Adam et Ève, il fallait que quelqu’un intercède. Mais qui  ?

La Bible nous l’apprend par ce verset sauveur, au livre de la Genèse, chapitre 3, verset 15, justement appelé par les Pères de l’Église «  le Protévangile  ». C’est en effet la première Bonne Nouvelle en plein milieu de la catastrophe  : Dieu annonce qu’il y aura un combat entre Satan et la Vierge, avec la promesse merveilleuse que la Vierge remportera la victoire définitive sur le démon.

«  Je mettrai une hostilité entre toi et la Femme, entre ton lignage et le sien. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  » (Gen. 3, 15)

Cette Femme, c’est la Vierge (annoncée en Isaïe) qui donnera naissance au Messie. Ce lignage, c’est le Fils qui doit venir, Jésus-Christ. Avec quelle allégresse nous tournons nos regards vers la Vierge Marie, la Femme par qui l’œuvre de Dieu sera réparée, et vers la Croix  : «  O crux ave, spes unica  !  »

En effet, Jésus et Marie ont supplié le Père d’avoir pitié d’Adam et Ève misérables, et ils ont offert leur vie pour réparer ce double crime, pour se substituer aux délinquants, payer le crime. C’est la Rédemption. C’est à l’opposé de la religion moderne qui nie toute nécessité de payer le crime  : Dieu pardonne à l’homme sans aucune condition  ! Mais c’est fou  ! Dieu est certes tout amour et miséricorde, mais il y a aussi en Lui une Sainteté de Justice qui est absolument intangible, inviolable  : sainte Marguerite-Marie l’a appris de Jésus-Christ lui-même. Et c’est inscrit dans notre nature humaine  : qui casse paie. Pour tout crime commis contre Dieu, il faut que quelqu’un paie. Mais, par tractation entre le Père et le Fils, dans l’amour du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, il peut y avoir une rançon, une rédemption, Dieu disant  : «  Ma Justice s’inclinera devant ma Miséricorde à condition que le prix soit payé.   » Nos modernes qui nient cela, sous l’inspiration du démon, croient pouvoir entrer au Ciel les mains dans les poches, sans croire que c’est le Christ qui les a rachetés  ? Ils se damnent  !

Il a fallu que le Fils de Dieu s’offre à son Père  ; la Fille Immaculée de Dieu pareillement. Cette offre a été acceptée. Ainsi se trouve fondée l’institution universelle et originelle du sacrifice qui est l’offrande du pur pour sauver l’impur et rétablir dans le Sang répandu et le Corps partagé la parenté rompue entre Dieu et l’humanité.

La romance du peuple hébreu

La Bible est la “ romance ” du peuple hébreu  : c’est sous ce titre que notre Père se plaît à nous faire découvrir cette histoire pathétique et attachante de l’Ancien Testament, en parties joyeuse, douloureuse et glorieuse. Nous ne pouvons que la survoler. La bonté infinie de notre Père Céleste s’est montrée dans la création d’Adam et Ève. Il sera toujours notre bon Père bienveillant. Mais après le péché, l’homme a perdu sa ressemblance avec Dieu. Dieu va-t-Il l’abandonner  ? Non  !

Après le premier échec de son alliance avec Adam et Ève, Dieu ne se repent pas de son dessein d’amour. Il reprend chaque fois les choses en douceur, comme un Père et son dessein se forme, s’accomplit d’une alliance à l’autre  : alliance avec Noé puis avec Abraham. Il choisit des êtres qui vont devenir dépositaires de sa vie, de sa vérité, de sa grâce. Ainsi, Dieu choisit Abraham  : c’est l’événement fondateur et c’est touchant. Lisons ces scènes du chapitre 12 de la Genèse, et les suivants, car dans chacun de ces événements, le Cœur de Dieu s’est un peu dévoilé. On aime à revenir à ces récits pour les méditer, pour être touché au cœur, saisi par le choc de la paternité et de la filiation  :

DIEU choisit un araméen nomade, Il lui apparaît et lui annonce ses desseins «  comme un ami parle à un ami  ». Et cet homme crut à de si étonnantes promesses. Dieu l’arrache à son pays et en récompense de sa foi, lui promet son Alliance éternelle.

Le Dieu unique lui donnera une descendance, une terre, une immense prospérité, figures d’autres grandeurs plus merveilleuses encore et spirituelles.

Lettre à mes Amis n° 230

Puis, c’est l’apparition admirable au chêne de Mambré sous la forme mystérieuse de trois hommes. Dieu se fait tout proche d’Abraham qui est son ami. Incroyable et saisissant  ! Dieu demande conseil à Abraham sur le sort qu’il réserve aux villes corrompues de Sodome et Gomorrhe  : Abraham intercède pour eux. C’est stupéfiant  !

CETTE alliance patriarcale a la fraîcheur des aurores, l’innocence de douces fiançailles. Les apparitions de Dieu sont familières et majestueuses.

Après Abraham, on trouve «  Isaac son fils et Jacob son petit-fils, imitateurs de sa foi et de sa simplicité dans la même vie pastorale  » (Bossuet).

Dieu les “ apprivoise ”, se les attache et les détourne de l’idolâtrie (…) Puis c’est la merveilleuse histoire de Joseph sauvant ses frères.

Suite de la Lettre à mes Amis n° 230

Le buisson ardentPendant deux mille ans, le peuple hébreu abondamment pourvu de lumières divines est entré en contacts de plus en plus réguliers avec Dieu. Celui-ci se dévoile et fait connaître un peu de son intimité. À Moïse, Il révèle son Nom  : «  JE SUIS  ». Il agit, il donne la Terre promise, sa Loi. Dieu se présente comme un Maître absolu, Tout-puissant. Ce peuple se constitue  : il a une liturgie, une hiérarchie. C’est la préfiguration des institutions parfaites de l’Église. Ce peuple entre en relation avec Dieu, mais ces relations sont parfois orageuses, quand le peuple se met à faire une idole, par exemple  ! Nous avons toute une histoire de la colère de Dieu contre les indignités des hommes, l’appel au pardon de Dieu, la repentance  : refrain qui nous apprendra comment Dieu pardonne. Il a pitié des pécheurs, Il est un Père qui n’oubliera jamais ses enfants.

Par amour des hommes, Il suscite des héros à la vocation divine, des rois, des prophètes, des législateurs à qui Il donne quelque chose de son autorité pour réaliser son plan. Ils sont comme des images de Dieu pour le peuple. Ainsi, Dieu est présent à son peuple. Le saint Roi David en est l’exemple le plus parfait…

IL médite un don plus stable et décisif avec le roi David. C’est la plus belle romance de l’Ancien Testament, d’une beauté de légende. Pasteur de brebis à Bethléem, vainqueur de Goliath par son amour de Dieu et son courage, il joue de la cithare et il compose des psaumes. De belle figure, et blond, il charme le cœur de la fille du Roi. À la mort de Saül, il devient Roi à trente ans, et Roi heureux  : Dieu l’aimait et il aimait Dieu et «  le peuple approuvait tout ce que faisait le roi   ». (II Sam 3, 36)

Il est bon, il a un cœur aimant, tendre, compatissant en même temps que juste, c’est un roi admirable. Tous les psaumes nous parlent de lui  : leurs sentiments et leurs prières sont mis dans la bouche de David. Il nous donne un portrait de Dieu et le Cœur de Dieu s’exprime par le cœur du roi. Par son prophète Nathan, Dieu lui promet une descendance éternelle pour son trône  : «  Je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles et j’affermirai sa royauté (…) Ton trône sera affermi à jamais.  » (2, Sam 7, 12 et 16). David est la figure du Messie à venir.

Cette hérédité dynastique aboutit à Jésus, reconnu et acclamé au jour des Rameaux comme le Fils de David. La promesse faite à David s’est réalisée puisque Jésus est roi pour toujours  ! David nous en donnait une image par les perfections de son cœur.

Puis, Dieu parle par les prophètes qui nous font connaître le Cœur de Dieu  :

Ézéchiel dit la bonté et la miséricorde de Dieu pour son peuple qu’Il avait comblé de bienfaits, mais qui s’est infatué de sa beauté et est tombé dans l’infidélité, la prostitution, comme une épouse adultère.

Avec Osée, nous apprenons que Dieu est toujours “ commiséreux ”. Étrange histoire que celle de ce prophète à qui Dieu demande de prendre pour femme une prostituée  ! qui l’abandonnera, mais que Osée poursuivra pour qu’elle cesse de le trahir, car il continue à l’aimer. Dieu a des sentiments d’Époux pour son peuple infidèle. Il a la même tendresse qu’Osée pour son épouse qui l’oublie. C’est le cri des entrailles, le “ résed  ”, en hébreu, la miséricorde.

C’est aussi la leçon du Cantique des cantiques. Dieu qui épouse son peuple, c’est un jeune homme qui épouse une jeune infidèle, le peuple d’Israël  ! Dieu se laisse toucher dès que le peuple cesse de le trahir et se convertit  : c’est prodigieux  ! Nous commençons à connaître notre Dieu par toute cette suite de révélations. Toutes ces alliances successives se tiennent, comme des tuiles se recouvrant l’une l’autre, pour donner une meilleure connaissance du Cœur de Dieu. Jésus dans ses paraboles, reprendra la leçon des prophètes. Entre Ézéchiel et Jésus donnant la parabole de l’enfant prodigue (Lc 15), il y a similitude  ! Jésus décrit le père de l’enfant prodigue qui, sur la colline, attend le retour de son fils et le voyant revenir, ému dans ses entrailles, court se jeter à son cou et l’embrasse longuement  ! Ce père-là, dans la bouche de Jésus, c’est la description de l’Être qu’Il aime le plus au monde, son propre Père, Dieu le Père. Et nous, nous sommes l’enfant prodigue  ! Après cela, quand nous disons le Notre Père, nous sommes émus, persuadés que notre Père nous écoute et nous donnera ce que nous demandons. Jésus nous a fait faire un progrès décisif dans la connaissance de notre Père des Cieux.

L’Église a conservé cet enseignement. Saint François de Sales, dans une charmante allégorie, parle de Dieu comme d’un Père, et de l’Église, l’humanité, comme d’une fille, la fille d’un excellent médecin  :

«  Cette aimable fille tenant ses yeux arrêtés sur le visage de son père, ne disait autre chose sinon parfois tout doucement  : “ Mon Père m’aime bien, et moi, je suis toute sienne. ”   » (Traité de l’amour de Dieu, livre IX, chap. XV) Parfaite expression de l’amour filial et de la confiance absolue de la créature pour son Père Céleste.

Et Notre-Seigneur disait à sainte Marguerite-Marie cette parole  : «  Ne te suffis-je pas  ? Que crains-tu  ? Un enfant aussi aimé que Je t’aime peut-il périr entre les bras d’un Père tout-puissant  ?   »

Dieu aurait pu parler comme cela à Adam et Ève  ! Mais il fallait que la Révélation soit progressive et au cours de l’Ancien Testament, Il a prodigué ses merveilles de tendresse et de charité, nous faisant connaître ce qu’est la Paternité divine pour d’admirer, l’adorer, la servir, l’aimer. Nous autres, maintenant, nous serions impardonnables si nous restions de glace en face de tant de manifestations de l’amour plein de miséricorde de Dieu pour nous  !

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