La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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CHARLES DE FOUCAULD

VII. Le sacerdoce
(1898-1901)

Son amour de Dieu se fait amour du prochain. Charles de Foucauld a vécu cette intimité, cette intériorité de l’amour de Jésus et de l’amour du prochain dès son entrée à la Trappe. Il avait écrit à Marie de Bondy  :

«  “ Je suis constamment avec Lui et avec ceux que j’aime. ”

«  Cette présence de ses proches ne rivalisait pas avec celle de Jésus, au contraire, elle était comme portée par celle de Jésus. Il écrira un jour, beaucoup plus tard, à l’un de ses fils spirituels  :

«  “ De plus en plus vous aimerez non plus Dieu seul, mais Dieu le premier et toutes ses créatures pour Lui, parce qu’Il les aime, parce qu’Il ordonne de les aimer, parce qu’elles sont un reflet de Lui. ”

«  Ça c’est tout le Père de Foucauld  ! C’est l’Évangile, au plus loin d’une ascèse inhumaine et d’un pessimisme janséniste. Selon la charité qui habite le frère Charles de Jésus, on ne peut aimer Dieu comme un Père, on ne peut aimer Jésus comme un Époux, sans que germe en nos cœurs l’amour des âmes… Voilà donc ce qu’il a éprouvé, dès le début à Nazareth. Seulement, dans la première période de son séjour à Nazareth, cet amour des âmes était tout contemplatif et s’épanouissait uniquement dans le dialogue avec Notre-Seigneur, dans un cœur à Cœur eucharistique. Dans cette deuxième partie de son temps de solitude à Nazareth et à Jérusalem, cet amour des âmes va se gonfler, prendre son indépendance, et susciter en lui le désir d’aller aux plus pauvres, aux plus déshérités, pour leur apporter le Jésus qu’il aime et qu’il voudrait leur faire aimer.  »

ÉTABLIR LE RÈGNE DE JÉSUS

Il s’en ouvre à l’abbé Huvelin dans une lettre du 3 mars 1898  :

«  … Si je rentrais à la Trappe, si je recevais le sacerdoce, si je retournais à ma Trappe d’Akbès  ; je pourrais y faire du bien aux âmes, j’y ferais plus de bien à mon prochain qu’ici, je travaillerais bien plus pour le service du Bon Dieu […].

«  On ne peut pas vivre au milieu de ces malheureux musulmans, schismatiques, hérétiques sans soupirer après le jour où la lumière se lèvera sur eux. Et en conscience, je ne vois pas de meilleur moyen d’y travailler que de travailler à l’établissement de Trappes dans ces pays  : Trappes comme celle d’Akbès […].

«  Je suis également prêt à partir aujourd’hui, à rester toujours, à faire tout autre chose… Voyez ce que le Bon Dieu veut de moi […].

L’abbé Huvelin lui répond  : «  C’est à Nazareth que Dieu vous veut encore. Vous avez trop de biens, un équilibre à trouver, dans cette vie de contemplation.  » Cela l’apaise et il jubile de rester là, mais il sera prêt, quand Dieu le voudra, à partir pour sauver les âmes.

MÈRE ÉLISABETH DU CALVAIRE

Le 7 juillet 1898, il part pour Jérusalem, envoyé par mère Saint-Michel à mère Élisabeth, prieure du monastère des clarisses, qui a grande envie de voir cet homme dont le couvent de Nazareth lui parle avec tant d’admiration. Séduite à son tour dès la première rencontre, elle lui propose de venir s’établir auprès de leur couvent à Jérusalem, ce qu’il fera à la mi-septembre. En cette mère Élisabeth, frère Charles a trouvé son maître  ! C’est elle qui le persuadera que recevoir l’ordination sacerdotale est la parfaite imitation de Jésus. L’abbé Huvelin, lui, hésite… mais la grâce travaille toujours frère Charles qui veut servir et sauver les âmes. Il se demande cependant  : comment cela se fera-il  ?

LE MONT DES BÉATITUDES

Quand il apprend que le mont des Béatitudes, propriété du gouvernement turc, est à vendre, il y voit une réponse de la Providence. En la fête de saint Marc (25 avril 1900), il comprend avec clarté qu’il doit «  recevoir les Saints Ordres et s’établir comme ermite-prêtre au sommet désert de ce Mont  » pour y ériger un tabernacle et un autel. Il écrit tout de suite à sa famille pour demander les 12 000 francs-or dont il a besoin  !

Malheureusement, ce beau projet échouera  : l’argent disparaîtra et le Mont, qui, en fait, n’était pas à vendre, restera aux mains des Turcs  ! Certains profiteront de cette aventure pour déplorer l’instabilité et l’imprudence de Charles de Foucauld. L’abbé de Nantes, une bonne fois pour toutes, lave sa mémoire de ces graves reproches, en montrant qu’on a soigneusement dissimulé les véritables responsabilités de l’escroquerie  : il a été trompé, non par des arabes, mais par des Européens, des chrétiens, et si haut placés qu’ils étaient dignes de foi  !

Jesus Caritas Avant de connaître le désastreux dénouement de cette affaire, frère Charles suit le conseil de l’abbé Huvelin. Il se présente chez le patriarche de Jérusalem, Mgr Piavi, dans sa tenue pitoyable, pour lui demander d’être l’aumônier du mont des Béatitudes et lui expliquer qu’il veut fonder un tout petit Ordre, très, très humble… Celui-ci l’écoute à peine, croit avoir affaire à un illuminé et le renvoie «  lestement   » en lui disant d’attendre.

Frère Charles de Jésus ne fera pas d’autre démarche auprès de Mgr Piavi, voyant dans son refus une indication de la Volonté de Dieu. C’est alors qu’il adopte la devise «  JESUS CARITAS  » et qu’il choisit le Cœur et la Croix comme emblème, désirant le porter sur la poitrine.

PARIS – ROME

Avec son neveu, Charles de Blic

Avec son neveu, Charles de Blic

Le 1er août, frère Charles quitte Nazareth et s’embarque pour la France avec l’intention de recevoir les saints ordres et de revenir en Terre sainte.

Le 18 août, il frappe à la porte de l’abbé Huvelin. Le 29 septembre, il est à Notre-Dame des Neiges, où il revêt la robe blanche des oblats cisterciens, afin de se préparer au sacerdoce.

Il étudie la théologie, mais il vit dans une sorte de continuelle distraction, absorbé en Dieu. Le religieux qui fut chargé de lui apprendre à dire la Messe raconte comment, à chaque parole du rituel, son élève entrait en contemplation, perdu, immobile et muet, et il fallait le tirer par la manche pour qu’il revienne à lui  :

«  Il suffisait de le voir quelques instants pour avoir l’impression nette qu’on était en présence d’un saint.  »

Du 9 mai au 9 juin, il fait sa retraite d’ordination sacerdotale en méditant surtout les Épîtres, le Cantique des cantiques et les Évangiles. Il se demande où porter, lorsqu’il sera prêtre, ses «  droits d’épouse  »  :

«  Là où c’est le plus parfait. Non pas là où il y aurait le plus de chances humaines d’avoir des novices, des autorisations canoniques, de l’argent, des terrains, des appuis  : non  :mais là où c’est le plus parfait en soi, le plus parfait d’après les paroles de Jésus, le plus conforme à la perfection évangélique, le plus conforme à l’inspiration de l’Esprit-Saint  ; là où Jésus irait  :à “ la brebis la plus égarée ”, au “ frère ” de Jésus “ le plus malade ”, aux plus délaissés, à ceux qui ont le moins de pasteurs, à ceux qui “ sont assis dans les plus épaisses ténèbres ”, dans l’ombre de la mort la plus “ profonde ”, aux plus “ captifs ” du démon, aux plus “ aveugles ”, aux plus “ perdus ”. D’abord  : aux infidèles (mahométans et païens) du Maroc et des régions limitrophes de l’Afrique du Nord…  »

Chapelle de son ordination

Chapelle de son ordination

Après toute une nuit de prière au pied du Saint-Sacrement, il est ordonné prêtre le 9 juin 1901, au grand séminaire de Viviers.

Sa sœur, Marie de Blic, est venue et assiste à sa première messe qu’il célèbre le lendemain à Notre-Dame des Neiges. Tous les assistants sont bouleversés par la ferveur du nouveau prêtre.

L’ultime étape de sa vie s’ouvre  : il a quarante-trois ans. Il y a quinze ans qu’il s’est converti. Il a encore quinze ans à vivre. «  Je connais intimement depuis onze ans M. Charles de Foucauld, et je n’ai jamais vu que dans les livres, de tels prodiges de pénitence, d’humilité, de pauvreté et d’amour de Dieu…  », dira le Père abbé, dom Martin.

Le 1er septembre 1901, il quitte Notre-Dame des Neiges pour l’Afrique.

Extrait de la CRC n° 331 de mars 1997, p. 15-19

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