La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Saint François de Sales

QUELLE religion, quel Dieu va renaître, après les guerres protestantes, afin de reconquérir le Vieux Monde et de porter la foi dans le Nouveau  ? Un Dieu de terreur sacrée, luthérien, calviniste, ou un Dieu de miséricordieuse bonté, parlant au cœur, catholique  ?

Le château de Thorens

Le château de Thorens

Saint François de Sales est né pour répondre à cette angoissante question au moment décisif pour être l’antidote au poison du jansénisme. Portant son cœur dans ses mains, l’évêque de Genève trace le sillon où s’engageront tous les saints canonisés de ce siècle, mais aussi d’innombrables Philothée et Théotime de bonne volonté. Saint François de Sales est le docteur que Dieu a donné à son Église, au début du XVIIe siècle, pour la préparer à la grande révélation de son Sacré-Cœur à la fin.

C’est le jeudi 21 août 1567 que François naquit au château de Sales à Thorens, fils premier-né du noble et puissant François de Sales, âgé de quarante-quatre ans, figure de patriarche, tel Saint Joseph, «  plein d’autorité et d’amour majestueux  », et de damoiselle Françoise de Sionnaz, sa toute jeune femme, qui a juste quinze ans, l’âge de la Sainte Vierge au jour de l’Annonciation. Celle-ci ayant reçu en dot la riche seigneurie de Boisy, voisine de Sales, on appela désormais le seigneur de Sales  : Monsieur de Boisy.

«  MON DIEU ET MA MÈRE M’AIMENT BIEN  »

Portrait de Françoise de Sionnaz, mère de St-François de Sales.

Portrait de Françoise
de Sionnaz,
mère de St-François de Sales

Françoise de Boisy est d’une piété tendre, forte et pratique. Elle a voué son enfant à Notre-Seigneur «  alors qu’il était encore dans ses entrailles  », devant le Saint Suaire exposé à Chambéry. «  Mon Dieu et ma mère m’aiment bien  » est son premier mot d’enfant. À onze ans, il demande à être tonsuré, montrant une «  résolution si forte d’être d’Église que pour un royaume, je n’en aurais pas changé  ». La même année, en 1578, il quitte le collège chapuysien d’Annecy pour entrer à celui des jésuites de Clermont, à Paris. Dans cette adolescence épanouie où il étudie tout le cycle des humanités et des arts libéraux «  pour plaire à son père  », il ressemble à Thomas More  : humaniste accompli, il étudie aussi la théologie «  pour se plaire à lui-même  ». Dans la congrégation de Marie, ses condisciples l’appellent «  l’Ange de l’école  ».

Le docte moine Génébrard commente le Cantique des cantiques. C’est un éblouissement  : l’amour de Dieu pour sa créature lui est révélé comme celui d’un époux pour son épouse.

N.-D. de Bonne Délivrance

Notre-Dame de Bonne Délivrance

1586. Après deux ans de cette sainte ivresse, il connaît une crise  : étudiant les diverses théories sur la prédestination, la réponse des “ thomistes ” au pessimisme de Calvin… le plonge dans «  de grandes tentations et extrêmes angoisses d’esprit contre l’espérance de son salut. Ce furent six semaines si atroces qu’il en perdit quasi tout le manger et le dormir, et devint tout maigre et jaune comme cire  ».

C’est la Sainte Vierge qui le délivra. Il entra dans l’église Saint-Étienne-des-Grès, à Paris, et récita le “ Souvenez-vous ” aux pieds de Notre-Dame de Bonne Délivrance. Alors, «  la tentation s’évanouit  ; son mal lui tomba sur ses pieds comme des écailles de lèpre  ». En reconnaissance, il voua sa virginité à Dieu et à Marie, et fit vœu de réciter son chapelet tous les jours.

1588  : François achève sa formation à Padoue. Ses études de théologie le ramènent au problème insoluble de la prédestination. Car la grâce de la Sainte Vierge, à Paris, avait calmé l’angoisse de son cœur, mais les objections de son esprit demeuraient. Ne fallait-il pas que François passât par cette agonie afin de procurer un jour l’antidote au poison du jansénisme qui infesta tout le XVIIe siècle, en ouvrant la voie à la dévotion et à l’extase des œuvres  ?

«  IL FAUT RECONQUÉRIR GENÈVE  »

Brillamment reçu docteur ès droits civil et canonique, François rentre en Savoie en février 1592, gentilhomme et juriste accompli… Monsieur de Boisy, son père, a déjà tout prévu  : carrière d’avocat pour accéder un jour au sénat de Savoie, un titre, un domaine… et une fiancée  !

La Providence dut frapper de bons coups pour renverser tous les obstacles et permettre à son élu de suivre sa vocation «  d’Église  ». Et c’est avec la bénédiction paternelle que, nommé prévôt de Genève, il est ordonné prêtre le 18 décembre 1593 en la cathédrale d’Annecy par son évêque, Mgr de Granier, qui le chérissait comme un fils.

«  Que ferons-nous donc, mes compagnons d’armes  ?  » lance à ses chanoines ce prévôt de vingt-six ans qui récitait l’Office avec un tel recueillement qu’on eût dit «  un saint dans sa niche  »  : «  Il faut reconquérir Genève  !  » Et levant son étendard  : «  C’est par la charité qu’il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu’il faut l’envahir, par la charité qu’il faut la reconquérir.  »

Il s’offre pour la mission du Chablais, province redevenue terre catholique en cette année 1593 par sa restitution au duc de Savoie, mais ravagée par soixante ans de terreur protestante. Tout est à reconstruire. Dans l’incertitude des lendemains politiques, la population n’ose pas revenir à la religion catholique. D’ailleurs, les bourgeois ont leurs intérêts commerciaux en pays protestants.

St-François avec son cousin Louis de Sales, invoquant l'ange du Chablais.

Saint François avec son cousin Louis de Sales, invoquant l’ange du Chablais.

Quelle épopée  ! Cette mission du Chablais est exemplaire, œuvre catholique par excellence, qui est de conversion. Par la controverse, écrite et orale, infatigable, courageuse, elle reçut finalement sa récompense. Après deux ans de labeur ingrat, des conversions retentissantes annoncèrent la débâcle de l’hérésie et le retour en masse des populations (1597). Abjurations innombrables de pasteurs, de notables, de familles entières rentrant dans le giron de l’Église, tellement qu’on finit par ne plus inscrire que les chefs de famille  : en onze jours, 2 300 noms  !

Le doux saint François de Sales se révèle ici un athlète, un apôtre intrépide  : chaque soir, remonter la pente abrupte des Allinges, les pieds en sang, et finir sur les genoux. En plein hiver, connaître la “ joie parfaite ”  : être rebuté des habitants et trouver… un four à pain encore tiède pour y passer la nuit sans mourir de froid  ! Échapper de justesse aux loups en grimpant dans un arbre où les paysans le retrouvèrent, au matin, gelé  ; échapper à une embuscade d’hommes armés, bien décidés à le tuer  ; s’encourager avec Louis de Sales à supporter sans mot dire… et sans maudire, les quolibets que leur lancent les protestants de Thonon.

Cette même année 1597 fut pourtant celle d’une troisième crise terrible de tentations contre le dogme de la Sainte Eucharistie, cette fois, et de sa délivrance miraculeuse par l’invocation du Nom de Jésus et de Marie.

Quel homme  ! Le fruit de tant de labeurs était là  : accueilli au Chablais par vingt familles catholiques, il en repartait, ne laissant que vingt familles encore protestantes.

C’est donc tout auréolé de cette gloire de “ convertisseur ” du Chablais qu’il arrive à Paris en 1602, envoyé comme coadjuteur de son évêque pour une mission diplomatique auprès du roi Henri IV. On le requiert de prêcher le Carême au Louvre, dans la chapelle de la Reine. «  Sitôt qu’il fut entendu, il fut tenu pour l’un des plus grands prédicateurs qu’on ait ouï en France, auparavant.  » Jamais on n’avait eu l’idée de cette simplicité, de ce sourire, de ce ton affectueux, chaleureux.

Introduit par le jeune abbé de Bérulle dans le salon de la “ Belle Acarie ”, il y fait la conquête de tout ce que Paris comptait de dévots. François encourage Bérulle dans son projet de fonder l’Oratoire, le décide à introduire le Carmel en France. Dans ce “ cercle Acarie ”, l’on prisait fort la mystique suréminente, d’union directe avec l’essence divine, sans re cours à l’humanité du Christ. Contre cette mystique rhénane, prônée par Bendit de Canfeld, François choisit résolument la voie de sainte Thérèse d’Avila.

Les biographes qui représentent notre prévôt savoyard montant à Paris faire ses classes de spiritualité n’ont pas pris la mesure de sa sainteté éminente, qui le place au-dessus de tous  ; les contemporains non plus, d’ailleurs, au même moment où ils professent une grande admiration pour Monsieur de Sales. Quant au roi Henri IV, qui voulait le retenir à Paris, il ne lui accorde ni l’aide ni l’argent demandé en faveur du rétablissement du culte catholique au pays de Gex revenu à la France au traité de Lyon, en 1601, avec la Bresse et le Bugey. C’est que le roi de France y soutient les autorités protestantes…

Sur le chemin du retour, François apprend la mort de son cher évêque, Mgr de Granier. Le 8 décembre 1602, il reçoit la consécration épiscopale «  qui l’ôta à lui-même pour le donner à sa chère diocèse, sa chère et pauvre femme dont il ne voudra plus jamais se démarier  ». Au cours de la cérémonie, son visage devint resplendissant  : entrant en extase, il vit la Très adorable Trinité imprimer intérieurement en son âme ce que les évêques consécrateurs faisaient extérieurement sur sa personne. Il vit Notre-Dame et les apôtres Pierre et Paul le prendre sous leur protection. Un mois durant, il demeura comme étranger au monde extérieur. Pendant son sermon d’installation, dans la cathédrale d’Annecy, il fut ravi en extase et se mit à raconter aux assistants, à son insu, les merveilles de son sacre  !

«  L’AUTRE CHARLES DE DEÇÀ LES MONTS  »

Saint François de SalesLe voilà évêque à trente-cinq ans. Il prend pour modèle saint Charles Borromée. Sous sa soutane violette, il porte des hardes rapiécées… ce qui ne l’empêche pas, un prêtre lui ayant avoué sa pauvreté extrême, de s’écarter pour les retirer et les lui donner. À ceux qui s’étonnent de le voir choisir, dans la belle maison que vient de lui donner pour évêché son ami Antoine Favre, une méchante chambre pour lui-même, il répond  : «  Je me promènerai tout le jour en qualité d’évêque de Genève, et me retirerai la nuit en qualité de François de Sales.  »

Ordre à ses domestiques de n’empêcher personne de venir jusqu’à lui. À son frère, devenu son coadjuteur, qui s’impatientait un jour de le voir interrompre son repas pour recevoir une simple servante, il répondit en riant  : «  Voyez-vous, mon frère, nous autres évêques, il faut que nous soyons comme ces grands abreuvoirs publics où tout le monde a le droit de puiser.  »

Au confessionnal, il montrait un cœur «  paternellement maternel  ». Il s’y réservait «  les miséreux, chancreux et autres punais  » (qui puaient du nez  !) qui auraient pu être rebutés des autres prêtres. Il pleurait avec les pénitents et «  mêlait tellement son cœur avec eux que jamais aucun ne lui a rien celé  ». Dans la cathédrale, il fit transporter son confessionnal tout près de la petite porte, côté Évangile, pour que les pécheurs honteux puissent s’y glisser discrètement.

À ses prêtres, il commence par enseigner la théologie, tellement il déplore leur ignorance, «  la pire des choses pour un prêtre  ». Au risque de se rompre les os, «  parmi les plus épouvantables montagnes et les horribles glaces  », il visite jusqu’au plus petit hameau, mettant ses délices à ranimer partout la ferveur, et s’usant à la tâche en sorte que le soir venu, il ne peut plus remuer ni son corps ni son esprit, tant il est las  : «  mais le matin, je suis plus gai que jamais  !  »

Les jours de catéchisme, deux jeunes gens vêtus d’une dalmatique bleue, aux armoiries dorées, au nom de JÉSUS, passent dans les rues d’Annecy en agitant une sonnette  : «  À la doctrine chrétienne  ! À la doctrine chrétienne  ! qui nous enseignera le chemin du Paradis.  »

Les enfants venaient à l’église et Monseigneur, monté sur une estrade, faisait lui-même la leçon à l’aide du catéchisme de Robert Bellarmin. Il était si suave «  et faisait si bien l’enfant avec les enfants  » que tout ce petit monde était sous le charme. Il interrogeait lui-même les garçons et les filles, donnait force explications, comparaisons, histoires faciles à retenir, et les petits répondaient à l’envi «  pour tant mieux jouir des caresses et présents qu’il leur faisait en images, médailles, couronnes et Agnus Dei  ». Les parents accompagnèrent d’abord leurs enfants par curiosité, puis ils restèrent par plaisir. Jusqu’à sa propre mère.

LA DOUCE RENCONTRE

Mais tout cela n’est rien encore. Voici la belle histoire d’amour que l’on ne se lasse pas d’entendre raconter par notre Père qui s’en émerveille. En trois actes  :

1604. Le rideau se lève au château de Sales où François s’est retiré pour préparer le Carême qu’il doit prêcher à Dijon. Un matin, pendant son action de grâces, il est ravi en extase et contemple dans une vision les trois premières religieuses d’une congrégation qu’il doit fonder. L’une d’elles est veuve  ; vêtue de noir, visage grave et pudique.

Portrait de Jeanne-Françoise Frémyot à vingt ans.

Portrait de Jeanne-Françoise Frémyot à vingt ans.

Deuxième tableau de ce premier acte  : Jeanne-Françoise de Frémyot, baronne de Chantal, demande à Dieu, depuis son veuvage, de lui donner «  pour la guider, un homme, mais un homme qui soit saint, angélique et tout divin  ». Or, un matin, parcourant à cheval le vallon de Bourbilly, elle voit non loin d’elle, au pied d’un coteau, un homme inconnu d’elle, qui avait la ressemblance d’un évêque, grand, blanc, de figure angélique et de grand air, majestueux et doux. Une voix intérieure lui dit  : «  Voici le guide bien-aimé de Dieu et des hommes, entre les mains duquel tu dois reposer ta conscience.  »

Deuxième acte. Son père l’ayant invitée à suivre les prédications du Carême à Dijon, au premier regard que Jeanne-Françoise jeta sur l’orateur, elle reconnut celui que Dieu lui avait montré. Aussitôt, dans sa joie, elle fit mettre son siège à l’opposite, «  en un lieu d’où elle le voyait droit au front  ».

De son côté, le saint prélat reconnut aussitôt celle que Dieu lui avait montrée.

Troisième acte. C’est un amour surprenant par sa soudai neté, sa force mais aussi sa sainteté, sa pureté «  plus blanche que la neige  ». Après l’avoir confessée, il avouera  : «  En cette petite confession, Dieu logea cette bonne âme bien intimement en mon cœur et d’une façon extraordinaire, et je sentis comment il fallait soulever cette âme à la sainteté.  » Sur le chemin du retour, à la première dînée, il lui envoie ce billet  : «  Dieu m’a donné à vous, ce me semble  ». Et plus tard  : «  Croyez-moi, mon âme ne m’est point ce me semble, plus chère que la vôtre. Je ne fais qu’un même désir, que mêmes prières pour toutes deux, sans division ni séparation. Je suis vôtre  : Jésus le veut et je le suis.  »

CŒUR À CŒUR EUCHARISTIQUE

Saint François de Sales

La maison de la Galerie, dans la petite rue de la Providence, à Annecy, est le berceau de l’ordre de la Visitation Sainte Marie. Le saint évêque ayant «  trouvé une ruche pour ses petites abeilles  », la baronne de Chantal y entra, en la fête de la Trinité, 6 juin 1610, avec Jacqueline Favre et Charlotte de Bréchard. Anne-Jacqueline Coste les attendait, offrant ses services et sollicitant la faveur d’être admise dans la communauté naissante.
La première pièce à laquelle on accède, une cave, avait été transformée en oratoire. Dès le lendemain, Monseigneur y vint offrir le Saint-Sacrifice. Au terme du noviciat, le 6 juin 1611, c’est là qu’il reçut l’oblation des premières religieuses. La porte à double paroi de bois, le bénitier rustique en pierre se voient encore dans la petite chapelle où nous nous sommes rendus en pèlerinage. Sur la muraille opposée à la rue, une peinture sur bois, ex-voto de la guérison miraculeuse de sainte Jeanne de Chantal  ; saint François de Sales y est représenté en prière devant la Sainte Vierge, avec mademoiselle Favre et mademoiselle de Bréchard portant le costume de leur postulat  : coiffe et robe noires, large collerette blanche.

Alors tout commence. Il résulte de ce mariage spirituel, que notre Père n’hésite pas à comparer au mariage de la Sainte Vierge et de Saint Joseph, une fécondité sans pareille, une profusion de vertus et d’œuvres. Le 24 août 1604, au cours de la Messe, au moment où l’évêque élevait le Saint-Sacrement, Madame de Chantal lui fit vœu d’obéissance en même temps que de chasteté  ; et lui-même, ayant renouvelé son voeu de chasteté, promit solennellement à Dieu «  de conduire, aider, servir et avancer Jeanne-Françoise Frémyot, sa très chère fille spirituelle, le plus soigneusement, fidèlement et saintement en l’amour de Dieu, l’acceptant et tenant désormais comme sienne pour en répondre devant Notre-Seigneur  ». Au sortir de l’autel, il en dresse l’acte que la sainte portera suspendu à son cou dans un petit sachet jusqu’à sa mort.

Il s’applique tout d’abord à la direction spirituelle de sainte Jeanne de Chantal  : pour la libérer de son ancien directeur tyrannique, pour lui donner un règlement de vie (le même qu’il s’était fait à Padoue), pour la conduire dans la vie, et pour conforter cet intime d’elle-même qui est branlant, pessimiste, prompt à l’inquiétude.

Elle a trouvé en lui son seigneur et maître qui fera d’elle une grande sainte.

Et le diocèse n’y perd rien, au contraire  ! Plus de crises de désespoir, ni craintes de la réprobation. Son dévouement à sa chère diocèse en est décuplé  : il fera neuf cents ordinations sacerdotales en vingt ans d’épiscopat, et des visites pastorales harassantes. Il écrit à Madame de Chantal en 1605  : «  J’ai confirmé un nombre innombrable de peuple et à tous les biens qui se sont faits parmi les simples âmes, vous avez toujours participé comme à tout le reste de ce qui se fait et se fera pendant que j’en aurai l’administration.  »

 Portrait de la mère de Chantal

Portrait de la mère de Chantal

Il était d’un naturel très affectif et liant, mais avec une retenue dans le don de lui-même. Désormais, il sait qu’il peut, par la grâce de Dieu, sauver une âme et la conduire à partir de l’amour qu’il aura échauffé en son cœur, pour lui-même et pour Dieu  : c’est tout un. Il en va de la noble dame de Charmoisy comme de la servante Jacqueline Coste. Il met son cœur en avant. Son affection naturelle est devenue le tremplin, le relais de l’amour divin qu’il porte pour toutes ces âmes, de plus en plus nombreuses  : «  C’est un homme qui s’adresse à des femmes, soit jeunes soit veuves, soit désœuvrées, esseulées, dont les hommes sont occupés ailleurs  ; et il répond à leur besoin d’un homme pur, saint, angélique, divin  ! qui leur donne l’expérience vécue de la charité divine.  » C’est avec cette clef, inédite  ! que notre Père nous invite à ouvrir l’Introduction à la vie dévote, parue en 1608. Ce livre merveilleux connut aussitôt un succès singulier  : quarante éditions du vivant de l’auteur  !

C’est un dialogue entre saint François de Sales et vous-même, ami lecteur, Théotime ou Philothée, assoiffé d’amour de Dieu. Moi, dit saint François, je veux allumer en vous le feu du saint Amour, de la tendre dévotion. Dieu ne veut en vous que l’amour  : il attend votre cœur. N’allez pas le dilapider en amourettes  !

Un torrent d’amour tout divin découlant de l’unique cœur de ces deux saints va maintenant dévaler et atteindre jusqu’aux plus petites âmes, femmes ou filles de petite santé, infirmes, désireuses de se vouer à Dieu et ne le pouvant pas dans les grands Ordres, trop austères.

Pour elles, François a dessein de fonder une congrégation toute simple  : la Visitation Sainte Marie. L’on y pratiquera l’amour du cher prochain, qui inclut celui des ennemis. Car les fruits excellents de l’œuvre naissante déchaînent aussitôt les injures et les calomnies, comme une revanche de Satan. Le saint évêque ne leur opposa que douceur et pardon, et c’est un proverbe en Savoie «  qu’il fallait offenser le bienheureux François, pour en recevoir toutes sortes de bienfaits  ».

Le Traité de l’Amour de Dieu est le journal intime de ces deux saints gravissant le mont Calvaire pour y offrir le sacrifice de leurs deux cœurs comme un «  remède universel à toutes les langueurs  » (saint Vincent de Paul).

«  Gardez-vous des empressements, des mélancolies, des scrupules. Vous ne voudriez pour rien du monde offenser Dieu, c’est bien assez pour vivre joyeuse.  » (Lettre 134)

«  Il ne faut point trop pointiller en l’exercice des vertus, mais il y faut aller rondement, franchement, naïvement, à la vieille française, avec liberté, à la bonne foi, grosso modo. C’est que je crains l’esprit de contrainte et de mélancolie. Non, ma chère fille  ; je désire que vous ayez un cœur large et grand au chemin de Notre-Seigneur, mais humble, doux et sans dissolution.  » (Lettre 159)

Extrait de la CRC n° 339, octobre 1997, p. 26-28

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