La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Saint Jean de la Croix

XII. La Vive Flamme

NOUS voici arrivés à la dernière œuvre de saint Jean de la Croix, elle aussi composée à Tolède dans les tourments de la persécution, les ténèbres physiques et morales, mais également dans les tourments de l’Amour divin et l’illumination des fiançailles et du Mariage spirituels. Plus tard, à la demande de Doña de Peñalosa, sa dirigée, il en rédigera le commentaire. Ce poème est l’un des plus parfaits, car il aborde le degré le plus haut de l’expérience mystique. Saint Jean de la Croix a été élevé à une connaissance claire de l’Amour divin et nul n’a su comme lui le raconter, l’analyser et l’enseigner aux autres. Toutes les traductions déçoivent, nous suivons ici celle du Révérend Père Grégoire de Saint Joseph.

Il y a les saints pour lesquels Dieu est vivant et les autres pour qui Dieu est une idée, une «  valeur  » parmi d’autres, un meuble dans leur univers mental, sans personnalité, sans présence, sans action sur eux. Pour les saints, les Trois Personnes sont presque les seules personnes réellement présentes, aimantes et agissantes. Même s’ils ne le sentent pas, ils en ont la Foi. Ainsi, les vrais événements de la vie mystique de saint Jean de la Croix ne sont pas les événements de sa vie, les ordres de ses supérieurs, mais ce sont les touches et les paroles divines, les jeux et les fêtes que l’Amour divin produisait dans son âme. Saint Jean de la Croix était en colloque perpétuel avec son Dieu, en un contact, un regard, une présence immédiate… Dieu est là, et voilà pourquoi le péché est une chose horrible et la prière une action si riche et si parfaite.

Prologue

Saint Jean de la Croix a reçu quelque connaissance de Dieu. Il y a un progrès par rapport au Cantique Spirituel. Lisant cette parole de l’Évangile  : «  Si quelqu’un m’aime, le Père, le Fils et le Saint-Esprit viendront en lui et ils y établiront leur demeure.  » (Jean XIV, 23), il l’a prise au pied de la lettre, il a connu cette présence et cette vie des Trois Personnes dans son âme… «  Cette âme est déjà si transformée et si ennoblie intérieurement dans le feu d’amour que non seulement elle est unie à ce feu, mais que, de plus, elle lance elle-même de vives flammes.  » Nous sommes toujours dans l’état chanté par le Cantique Spirituel, mais avec quelque chose de plus. Quoi donc  ?

Ô vive flamme d’amour,
Comme vous me blessez avec tendresse
Dans le centre le plus profond de mon âme  !
Puisque vous ne me causez plus de chagrin,
Achevez votre œuvre si vous le voulez bien,
Déchirez la toile qui s’oppose à notre douce rencontre.

«  Cette flamme d’amour est l’esprit de son Époux, c’est-à-dire l’Esprit-Saint. Elle est si ardente que non seulement elle transforme l’âme à sa ressemblance, mais elle fait jaillir de cette âme même des actes d’amour de Dieu surnaturels. C’est l’exemple de la bûche incandescente, d’abord changée en braise, ce qui est l’étape du Cantique Spirituel, et qui passe encore à un plus haut degré de transformation quand elle devient elle-même flammes. «  En cet état, l’âme se trouve si près de Dieu qu’elle est transformée en cette flamme d’amour où le Père, le Fils et le Saint-Esprit lui sont communiqués. Serait-ce incroyable qu’elle goûte ici quelque peu à la Vie éternelle  ?  »

Quel est donc cet amour  ? «  Il n’est jamais en repos  ; il est au contraire toujours en mouvement, comme la flamme qui se porte toujours ici et là  »… C’est un amour dont la nature est de blesser pour provoquer l’amour et communiquer ses délices…  » Cet échange de tendresse et de joie divine a lieu au «  centre  » très secret de l’âme où Dieu habite, sanctifie, aime, attire à Lui.

Et voici un examen bien utile si nous doutions de l’expérience de notre saint  : «  Le Père des lumières dont le bras n’est pas raccourci se répand à profusion, sans acception de personnes, partout où Il trouve la place libre, comme le rayon de soleil. Il se montre aux enfants des hommes par toutes les voies possibles, de bon cœur, sans hésitation, tout heureux de trouver ses délices au milieu d’eux, ici-bas. Nous ne devons pas regarder comme incroyable qu’une âme déjà éprouvée et purifiée par le feu des tribulations, des travaux et des tentations de diverses sortes, mais trouvée fidèle dans son amour, ne voie s’accomplir ici-bas en elle ce que le Fils de Dieu a promis quand Il a dit  : “ Si quelqu’un m’aime, les Trois Personnes de la Très Sainte Trinité viendront en lui et y établiront leur demeure. ”  » Cela veut dire que son «  entendement sera divinement éclairé par la Sagesse du Fils, que sa volonté sera remplie de délices par le Saint-Esprit et que le Père l’absorbera d’une manière puissante et forte dans l’abîme de sa tendresse.  »

Auparavant, la Vive Flamme avait causé bien des chagrins à l’âme, car il faut passer par la souffrance pour atteindre à la joie, c’était la voie purgative qui est une opération de l’Esprit-Saint par laquelle Il dispose l’âme à l’union et à la transformation en Dieu. «  Car il faut bien le remarquer  : ce feu de l’amour qui s’unit à l’âme pour la glorifier est le même qui la pénétrait pour la purifier.  »

Soyons donc d’abord décidés à souffrir, car cette flamme d’amour prend la bûche, la noircit, la dessèche, la tord, la brise et de la même manière, l’amour de Dieu va commencer par nous faire souffrir, mais au bout du compte, il ne nous causera plus de chagrin. C’est pourquoi le Père spirituel, toujours un peu inquiet quand il voit une âme qui visiblement est appelée à la vie mystique, sait qu’il va y avoir une étape difficile à franchir et que ce feu d’amour de Dieu va produire la souffrance et ce désir même de souffrir toujours plus. Il faudra que l’âme tienne bon dans l’épreuve, car ce feu de l’amour commencera par réduire cette âme à merci et la consumera entièrement avant de lui donner toutes les délices de l’amour. «  Cette purification intense se vérifie en peu d’âmes. On ne la trouve que chez celles que Dieu appelle à une union très intime.  »

L’âme demande alors la consommation parfaite du Mariage spirituel et la Vision béatifique. Elle vit d’espérance… Achevez votre œuvre… Que nous en venions au jour des Noces, “ si vous voulez ”, car la volonté et ses tendances ne font tellement qu’un avec Dieu, qu’elle met sa Gloire à accomplir ce que Dieu veut. Ce sont des vœux qui se rejoignent.

Il n’y a plus qu’un voile qui s’oppose à l’union immédiate de l’âme à Dieu. Il y avait trois cloisons dont deux sont déjà brisées, les créatures sensuelles et les richesses de l’esprit, attaches, consolations, raisonnements, souvenirs. «  La troisième est sensitive et regarde l’union de l’âme et du corps.  » Sa déchirure entraîne la mort d’amour dont nous avons parlé dans le récit de la mort de notre saint  : l’âme s’envole et après avoir demandé à Dieu de déchirer cette dernière toile, trouve le chemin libre pour aller à Lui. La toile de la vie sur terre est devenue si mince, si fine, qu’elle est transparente et cependant l’âme demande à Dieu de la «  déchirer  » avec impétuosité, car, dit saint Jean de la Croix, c’est le propre de l’amour de «  montrer sa force et de donner des assauts si violents et impétueux  » et «  parce que l’amour désire que l’action soit de très courte durée et qu’elle s’accomplisse le plus promptement possible.  » L’amour de Dieu pour l’âme est bien comme l’amour conjugal  ; il faut à l’amour conjugal que tout voile soit écarté et que l’union soit parfaite et immédiate. Dieu l’a voulu parce que c’est le signe qu’il n’y a avec Lui d’union Esprit à esprit, de Cœur à cœur, d’Âme à âme, que lorsque tout voile charnel est écarté. Il faut cette possession de l’Esprit de Dieu par la créature et de la créature perdue dans l’océan de l’Esprit de Dieu, car nul ne peut voir Dieu sans mourir. Ainsi faut-il s’arracher à ce corps charnel qui est un obstacle… «  De la sorte, je pourrai vous aimer immédiatement avec plénitude et ce rassasiement que désire mon âme, c’est-à-dire sans mesure et sans fin.  »

Ô brûlure suave,
Ô plaie délicieuse,
Ô douce main, ô touche délicate  !
Qui a la saveur de la vie éternelle,
Qui paye toute dette  !
Qui donne la mort et change la mort en vie  !

Dans cette strophe, l’âme glorifie le Père, le Fils et le Saint-Esprit en exaltant les trois faveurs dont ils l’enrichissent. Cette brûlure, qui est le Saint-Esprit, manifeste le rayonnement de la complaisance, de l’Amour, de l’Unité entre le Père et le Fils. Ce sont comme des rayons issus de cet unique foyer et qui diffusent l’Amour. Cet Esprit est en nous une Personne qui nous brûle, vous consume sans nous détruire, mais nous comble de délices et de Gloire.

«  Heureuse l’âme qui a la rare fortune de recevoir cette brûlure  ! Elle sait tout, elle goûte tout, elle fait tout ce qu’elle veut  ; tout lui réussit, personne ne peut prévaloir contre elle ni l’atteindre.  »

Quant à la plaie causée par une telle brûlure d’amour et non plus par ses misères, elle devient pour l’âme une plaie d’amour, «  délicieuse  »… Il faut avoir l’expérience de l’amour pour comprendre comment l’amour peut soudain s’allumer dans une âme. À ce degré, cet embrasement peut avoir pour effet la «  transverbération de l’âme  » ainsi que l’apparition des stigmates  ; c’est le dard de l’amour dont la pointe aigüe pénètre la substance de l’esprit et transperce le cœur. L’amour fait mal, mais c’est un amour suave. «  Il semble alors à l’âme que l’univers entier est une mer immense d’amour où elle est submergée sans qu’elle puisse voir le terme ou la fin de cet amour.  » La main qui provoque cette blessure, c’est le Père et sa touche délicate, c’est le Fils, le Verbe de Dieu qui pénètre l’âme. Mais il faut être épuré, dégagé de toutes les créatures, pour éprouver ce contact délicat qui est un avant-goût du Ciel.

De telles grâces, dit saint Jean de la Croix, sont souvent réservées aux fondateurs qui doivent transmettre leur esprit et leur vertu «  à une succession plus ou moins grande d’enfants qui devront embrasser leur règle et leur esprit.  » Or, on n’arrive à cet état qu’après de grandes tribulations… «  Ce n’est pas que Dieu veut restreindre le nombre de ces âmes privilégiées  ; son désir est plutôt que tous soient parfaits. Mais Il en trouve très peu qui veuillent entreprendre une œuvre si haute et si sublime…  »

C’est là la principale leçon de cette retraite  : les saints ont tellement souffert que l’on peut comprendre de quel salaire ils sont payés. «  Souffrez donc dans la patience et la foi quelques peines extérieures, et vous mériterez que Dieu abaisse ses regards sur vous pour purifier et sanctifier davantage votre âme à l’aide d’épreuves spirituelles plus intimes et arriver par là à vous combler de biens plus intimes également. Il faut avoir rendu de grands services à Dieu, avoir manifesté beaucoup de patience et de constance, avoir enfin mené une vie et accompli des œuvres qui nous rendent agréables à ses yeux pour qu’Il nous accorde une grâce signalée comme celle des épreuves plus intérieures afin de nous combler de dons et de récompenses.  »

Alors si nous pouvions nous persuader que ce sera dur d’être seul en face d’un Dieu qui se tait, sans courage avec mes tentations et cependant que ma volonté est d’être fidèle afin que Dieu m’élève à cet état supérieur de l’amour, et ainsi avoir en haute estime les épreuves, bénir et accepter nos croix… Alors nous pourrons espérer parvenir à l’Union divine où notre Père du Ciel essuiera nos larmes et récompensera royalement notre fidélité. C’est là le fondement de la vie spirituelle.

L’âme morte à tout ce qu’elle était, vit maintenant de la Vie de Dieu où «  elle goûte presque constamment une telle jubilation divine qu’elle chante un cantique toujours nouveau rempli d’allégresse et d’amour.  » C’est vraiment la vie béatifique  : «  Sa substance n’est pas la substance de Dieu parce qu’elle ne peut se transformer substantiellement en Lui  ; néanmoins, dès qu’elle Lui est unie et qu’elle est absorbée en Lui, elle est Dieu par participation.

Ô Lampes de feu
Dans les profondeurs desquelles
Les profondes cavernes du sens,
Qui était obscure et aveugle,
Donnent avec une perfection extraordinaire
Chaleur et lumière tout à la fois à leur Bien-Aimé  !

Ces lampes de feu (lampadas de fuego) sont les perfections divines qui éclairent l’âme et l’embrasent, Sagesse, Bonté, Force, Miséricorde qui brillent dans notre nuit… Essayons d’imaginer  !… dans une nuit obscure, un embrasement soudain de flammes dans lesquelles l’âme est attirée, œuvre simultanée de l’âme et de l’Esprit, mouvement de l’âme (car Dieu ne se meut pas) où elle devient à son tour Sagesse, Beauté, Bonté divine et comme le miroir de toutes ces perfections. Ces lampes sont comme des «  obombrations  » qui protègent et favorisent les grâces. Or, chaque chose produit une ombre en rapport avec sa forme et sa propriété, ainsi l’ombre d’une lumière sera la lumière… Ainsi en sera-t-il pour chaque «  lampe  » ou perfection qui embrasera l’âme et finalement cette âme goûtera «  la Gloire de Dieu dans l’ombre de Gloire qui lui fait connaître la propriété et l’image de la Gloire de Dieu.  »

Mais il y faut «  les profondes cavernes du sens  », et voilà la raison de cette longue voie purgative que l’âme a dû parcourir. Il fallait que se creuse en elle des abîme d’attente et de désirs, des capacités infinies, tout une œuvre de purification, une faim cruelle de Dieu pour que les sens enfin vides, plongés dans la nuit bienheureuse, reçoivent en torrents toutes ces splendeurs divines, possession de Dieu dans l’Amour.

À présent, ces cavernes donnent «  chaleur et lumière  » au Bien-Aimé, elles renvoient à Dieu, par Dieu, outre le don qu’elles Lui font d’elles-mêmes, ces mêmes splendeurs qu’elles reçoivent de Lui, elles renvoient à Dieu, Dieu-même, elles rendent au Soleil divin, la lumière du soleil même qu’elles réfléchissent parfaitement. C’est le Mariage spirituel  : donner à Dieu plus que soi-même, Lui-même  ! «  Or, une satisfaction inouïe et un contentement ineffable pour l’âme, c’est de voir qu’elle donne à Dieu plus qu’elle n’est en soi et plus qu’elle ne vaut, que plus elle donne Dieu à Lui-même avec une libéralité extrême, comme sa propriété personnelle et qu’elle le donne avec cette même lumière et cet amour ardent qu’elle a reçu de Lui.  »… «  Cette transformation a lieu dans l’autre vie par la lumière de Gloire, mais ici-bas elle s’accomplit par le moyen de la Foi tout inondée de lumière.  »

Avec quelle douceur et avec quel amour,
Vous vous réveillez dans mon sein,
Où vous demeurez seul en secret,
Et avec votre aspiration savoureuse
Pleine de biens et de gloire
Quelle délicatesse vous mettez à m’embraser d’amour  !

Ce sont deux faveurs admirables que saint Jean de la Croix renoncera finalement à commenter, se sentant dépassé. C’est d’abord un réveil de Dieu dans l’âme, car le feu n’est jamais inactif et l’amour de Dieu jamais en repos, aussi, quand Il opère un nouveau mouvement d’amour, c’est un accroissement d’amour et de douceur dans l’âme où le Verbe-Époux repose «  comme sur mon propre sein tant vous m’êtes intimement et étroitement uni…  »

Ce réveil est «  un mouvement d’une telle grandeur, d’une telle majesté et d’une telle gloire, et d’une suavité si intime, qu’il semble à l’âme que tous les baumes, toutes les essences aromatiques et toutes les fleurs du monde se mêlent et s’agitent pour répandre leur parfum… Il lui semble en outre que tous les royaumes et tous les empires du monde, que toutes les puissances et toutes les vertus du Ciel se meuvent. Bien plus, il lui semble que toutes les vertus, les substances, les perfections et les grâces de toutes les créatures sont resplendissantes de lumière et produisent toutes le même mouvement à l’unisson et dans une harmonie parfaite (…) De là vient que si le Monarque souverain vient à se mouvoir dans l’âme, toutes les créatures semblent se mouvoir à la fois…  » C’est alors que l’âme connaît toutes les créatures par Dieu et non plus Dieu par les créatures.

Ce réveil, c’est encore lorsque tous les deux sont réveillés, «  car lorsque l’un d’eux est endormi, ils ne se communiquent pas leurs connaissances et leurs amours  ; il faut pour cela que tous deux soient éveillés.  » Cependant si l’Époux se manifestait toujours éveillé en communiquant à sa bien-aimée des connaissances toujours nouvelles et un amour toujours plus ardent, ce serait pour elle l’état de Gloire  !

Et cette aspiration savoureuse, qu’est-elle  ?… Saint Jean de la Croix nous dit que tout commentaire est impossible, «  car tout ce que je pourrais en dire paraîtrait bien au-dessous de la réalité. Il s’agit en effet d’une aspiration que Dieu fait à l’âme, par un réveil de haute connaissance de la Divinité qu’Il produit en elle  ; le Saint-Esprit l’aspire dans la mesure de cette connaissance ou intelligence  ; elle est donc absorbée très profondément par le Saint-Esprit qui la remplit d’amour avec une perfection et une délicatesse suprême qui correspondent à ce qu’elle a vu en Dieu. Comme c’est une aspiration pleine de biens et de gloire, l’Esprit-Saint comble cette âme de biens et de gloire et la remplit d’un amour qui est au-dessus de toute expression et de tout sentiment dans ces profondeurs de Dieu à qui soient rendus honneur et gloire dans les siècles des siècles  ! Ainsi-soit-il  !  »

N’ajoutons qu’une chose  : si l’expérience des saints est telle, s’il y a tant de grandeur, de dignité, de majesté dans l’union de l’âme, dès cette terre, avec le Dieu trois fois Saint, que sera-ce dans la Béatitude Céleste  ?… Que sera-ce  ! Alors méditons sur ces splendeurs, ces jeux et ces fêtes de l’Amour divin qui nous sont réservés dans le Ciel pour payer nos petits mérites humains et alors, comment n’aurions-nous pas la ferme volonté de nous diriger courageusement vers le sommet de la montagne  ?

POINT DE MÉDITATION

Méditons sur une maxime de saint Jean de la Croix, peut-être celle pour laquelle on donnerait tout le reste… À présent que nous sommes plus à même de la comprendre et d’en faire notre profit spirituel  :

«  Ô mon Bien-Aimé, tout pour vous, rien pour moi  ; rien pour vous tout pour moi. Tout ce qu’il y a de plus dur et de pénible, je le veux pour moi et nullement pour vous. Oh  ! Combien sera douce à mon cœur votre présence, ô vous qui êtes le Souverain Bien. Je dois m’approcher de vous dans le silence, je dois vous découvrir les pieds afin que vous daignez m’unir à vous par les liens du mariage spirituel. Je ne goûterai de joie, que lorsque je me réjouirai dans vos bras. Je vous supplie maintenant, ô Seigneur, de ne jamais abandonner mon âme à elle-même, puisque je n’ai fait que dissiper ces biens.  » (Élévation vers Dieu)

Quelle preuve d’amour dans les actes de la vie quotidienne  ! L’âme réclame pour elle ce qui est dur et pénible et demande pour Dieu toute la Gloire et la joie. Puis vient l’Espérance de la Béatitude, mais, pour y arriver, et c’est la grande leçon de saint Jean de la Croix, il faut faire place nette et congédier tous les bruits, toutes les agitations sensuelles ou spirituelles, pour s’avancer dans le silence de la contemplation obscure…

«  Découvrir les pieds  » est un emprunt au Livre de Ruth où derrière l’allégorie se dessine une leçon de vie spirituelle et de vie mystique. L’âme doit ainsi s’approcher de la Sainte Humanité du Christ, et se mettre en sa présence afin d’éveiller son Amour. Il faut s’approcher tout près de Dieu une fois rompues les trois toiles qui s’opposent à cette douce rencontre, afin que l’âme adhère au Christ son Époux. Ce symbole de l’union nuptiale est là encore affirmé par saint Jean de la Croix avec un parfait réalisme et une parfaite chasteté. L’âme est comme une épouse dans les bras de son Époux, dans l’intime communion de tous les biens et dans le don mutuel.

Mais l’âme est fragile, inconstante… Il faut qu’elle demande à Dieu de la conserver dans le bienheureux état du Mariage spirituel afin de ne pas revenir en arrière.

Abbé Georges de Nantes
S 4  : Saint Jean de la Croix, retraite automne 1966

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