La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

III. Divine Eucharistie

Libérée de la possession du diable grâce au sourire de la Sainte Vierge en Personne, et guérie de la maladie, notre petite fille de dix ans reprend sa vie tranquille, extérieurement très simple mais intérieurement semée de grâces nouvelles. Notre-Seigneur la charme de sa présence, de ses dons et de ses inspirations, principalement par la vie des sacrements.

Dévorée depuis longtemps par la faim eucharistique, elle se prépare avec une extraordinaire générosité à sa première Communion. Le bilan des sacrifices et des actes d’amour, dûment enregistrés sur un petit livre préparé par sa sœur carmélite, est impressionnant. (…)

carnet de Thérèse

Le nombre de fleurs (24 ci-dessus) correspond au nombre de sacrifices accomplis. Le chiffre suivant (50) exprime le nombre d’invocations adressées à Jésus.

PREMIÈRE COMMUNION
(8 MAI 1884)

«  Le ” beau jour entre les jours ” arriva enfin.

Image de Première communion

Image de Première communion envoyée par le Père Pichon de Paris.

«  Ah  ! qu’il fut doux, le premier baiser de Jésus à mon âme  !… Ce fut un baiser d’amour, je me sentais aimée, et je disais aussi  : “ Je vous aime, je me donne à vous pour toujours. ” […] Ce jour-là, ce n’était plus un regard, mais une fusion, ils n’étaient plus deux, Thérèse avait disparu, comme la goutte d’eau qui se perd au sein de l’océan. Jésus restait seul, Il était le maître, le Roi. Thérèse ne lui avait-elle pas demandé de lui ôter sa liberté, car sa liberté lui faisait peur, elle se sentait si faible, si fragile que pour jamais elle voulait s’unir à la Force Divine  ! …  »

Elle prend trois résolutions  : «  Je ne me découragerai pas  ; je dirai tous les jours un “ Souvenez-vous ” à la Sainte Vierge, je tâcherai d’humilié (sic) mon orguel (sic).  » (…)

«  Le lendemain après ma communion […], je sentis naître en mon cœur un grand désir de la souffrance et en même temps l’intime assurance que Jésus me réservait un grand nombre de croix. […] Souvent, pendant mes communions, je répétais ces paroles de l’Imitation  : “ Ô Jésus  ! douceur ineffable, changez pour moi en amertume, toutes les consolations de la terre  ! ” Cette prière sortait de mes lèvres sans effort, sans contrainte  ; il me semblait que je la répétais, non par ma volonté, mais comme une enfant qui redit les paroles qu’une personne amie lui inspire…  »

Nous ne pourrions nous faire une image plus réaliste, plus parfaite, plus féconde de la Vierge Marie «  pleine de grâce  » dès sa conception, à qui l’Ange du Seigneur annonça dans son adolescence  : «  Le Seigneur est avec vous  !  » (Lc 1, 28) Thérèse a la même maturité. C’est le Saint-Esprit qui lui dicte ces paroles et qui, le jour de sa Confirmation, lui infuse le don de Force en vue de la souffrance.

Le Bon Dieu ne tarde pas à l’exaucer et la tient dans l’humilité. Très appréciée des uns, l’innocente enfant subit les rebuffades des autres, ce qui la persuade de son infériorité. (…)

Au pensionnat, l’amitié volage des petites filles avec lesquelles elle essaie de se lier lui vaut de cruelles déconvenues. Notre Père nous fit apprécier la valeur inépuisable de toutes ces pages dignes d’un docteur de l’Église. (…) Voulant son cœur pour Lui seul, Dieu dispose tout son entourage dans le dessein de la conduire, d’une course rapide, à la plus grande sainteté.

«  Mon cœur sensible et aimant se serait facilement donné s’il avait trouvé un cœur capable de le comprendre […]. Combien je remercie Jésus de ne m’avoir fait trouver “ qu’amertume dans les amitiés de la terre ”. […] Jésus me savait trop faible pour m’exposer à la tentation […]. Je n’ai donc aucun mérite à ne m’être pas livrée à l’amour des créatures, puisque je n’en fus préservée que par la grande miséricorde du Bon Dieu  ! …  » (…)

Thérèse à 13 ans

Thérèse à 13 ans

Les dépositions faites aux procès sur la jeune Thérèse par ses proches, nous montrent bien que le Saint-Esprit l’a fait triompher très tôt de la plupart des déficiences de l’enfance. Notre Père nous fit remarquer toutefois, sur la photo qui la représente à l’âge de treize ans (ci-contre), sa bouche amère et ses yeux un peu égarés. En effet, à cette époque, l’existence lui était à charge et elle se faisait des peines de tout. Son père, l’ayant retirée du pensionnat où la vie lui était si pénible, lui fit prendre des leçons particulières chez Madame Papineau tandis que sa sœur aînée complétait sa formation et la guidait admirablement dans la maladie des scrupules dont elle souffrait depuis plus d’un an. (…)

Aussi, quand Marie entra au Carmel le 15 octobre 1886, Thérèse perdait «  l’unique appui qui l’attachât à la vie  ».

Émotive à l’excès, l’adolescente maîtrise mal ses nerfs et souffre d’un déséquilibre que sa volonté, si trempée soit-elle, n’arrive pas à surmonter. (…)

Un “ miracle ” va lui permettre de faire le progrès décisif, la rendant capable d’entrer dans l’Ordre de celle qui disait à ses filles  : «  Je veux que vous ne soyez femmes en rien, mais qu’en tout, vous égaliez des hommes forts.  »

“ COMME UNE ARMÉE RANGÉE EN BATAILLE ”

«  Ce fut le 25 décembre 1886 que j’ai reçu la grâce de sortir de l’enfance, en un mot, la grâce de ma complète conversion.  »

Au sortir de la messe de minuit, Thérèse s’apprête à tirer les cadeaux de ses souliers, placés au pied de la cheminée. Son père, fatigué par la cérémonie, murmure  : «  Enfin, heureusement que c’est la dernière année  !  » Et voilà qu’au lieu du déluge que Céline attendait à la suite de ces paroles qui percèrent le cœur de sa petite sœur, celle-ci refoule ses larmes, tire joyeusement les surprises de ses souliers, «  ayant l’air heureuse comme une reine. Papa riait, il était aussi redevenu joyeux et Céline croyait rêver  !… […]Thérèse n’était plus la même, Jésus avait changé son cœur  !  » (…)

L’énergie lui est venue de l’amour que Jésus a répandu en elle par cette Communion  : «  En un instant, l’ouvrage que je n’avais pu faire en dix ans, Jésus le fit se contentant de ma bonne volontéqui jamais ne me fit défaut.  »

«  En cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me revêtit de ses armes et depuis cette nuit bénie, […]je marchai de victoires en victoires et commençai pour ainsi dire, ” une course de géant  !… “  »

Le 8 août qui précédera sa mort, revenant sur l’événement, Thérèse soulignera sa correspondance personnelle à la grâce  :

«  J’ai pensé aujourd’hui à ma vie passée, à l’acte de courage que j’avais fait autrefois à Noël. […] Bien des âmes disent  : “ Mais je n’ai pas la force d’accomplir tel sacrifice. ” Qu’elles fassent donc ce que j’ai fait  : un grand effort. Le Bon Dieu ne refuse jamais cette première grâce qui donne le courage d’agir  ; après cela, le cœur se fortifie et l’on va de victoire en victoire.  »

La cuisine avec la cheminée

La cuisine avec la cheminée devant laquelle Thérèse reçut sa “ grâce de Noël ”.

PÊCHEUR D’ÂMES

Que peut être pour une enfant de quatorze ans une “ course de géant ”, se demande notre Père  ? La suivant du regard de mois en mois, il découvre que le Saint-Esprit lui a d’abord infusé le don d’Intelligence. Elle pénètre le secret de l’Imitation de Jésus-Christ. Ensuite, en lisant les conférences de l’abbé Arminjon, elle comprend que la terre n’est rien, que le Ciel est tout  : don de Science. Thérèse est aimantée par le Ciel. Avec un ravissement communicatif, notre Père nous lut les conversations de Thérèse et de Céline à la fenêtre du Belvédère. Là, elle reçut le don de Sagesse, parlant des choses de Dieu d’une manière qui l’égale aux plus grands mystiques. (…)

Citant le Cantique spirituel de saint Jean de la Croix, elle se voit avec sa sœur courant à la recherche de leur Bien-Aimé et répétant la même demande que le docteur mystique du Carmel  : «  Seigneur  ! souffrir et être méprisée pour vous  !  »

«  Tout élevait nos âmes vers le Ciel, le beau Ciel dont nous ne contemplions ” que l’envers limpide “ […]. Qu’il était transparent et léger le voile qui dérobait Jésus à nos regards  !… […] Je sentais en mon cœur des élans inconnus jusqu’alors, parfois j’avais de véritables transports d’amour.  »

Chacune des étapes de cette vie manifeste ce que fut en perfection l’ascension de la Vierge Marie elle-même, ne l’oublions pas. La “  course de géant ” doit aboutir au Carmel, et son élan la porte déjà au-delà de ces flammes ardentes et de ces consolations célestes. Après son récit de Noël 1886, elle poursuit  :

«  Il fit de moi un pêcheur d’âmes, je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs, désir que je n’avais pas senti aussi vivement… Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir, et depuis lors je fus heureuse  !  »

De l’amour de Jésus qui brûle en elle, Thérèse va passer à l’amour des âmes qui sont à sauver. Elle a donné rendez-vous à Jésus au Carmel pour le premier anniversaire de sa complète conversion.

LE PRÉCIEUX SANG

Thérèse demande à son père d'entrer au Carmel

Thérèse demande à son père
la permission d’entrer au Carmel

Le jour de la Pentecôte, 29 mai 1887, elle confie sa résolution à son père qui n’oppose aucune résistance, et c’est un dimanche de juillet, à la fin de la messe, qu’elle reçoit une grâce eucharistique d’une importance capitale pour le reste de sa vie. Chaque événement mystique l’enrichit d’une grande vérité et lui fait prendre une décision qui la rend plus conforme à Jésus-Christ. Tout le mystère de notre Sauveur prend peu à peu place dans son âme  :

«  En regardant une photographie (sicd e Notre-Seigneur en Croix, je fus frappée par le sang qui tombait d’une de ses mains Divines, j’éprouvai une grande peine en pensant que ce sang tombait à terre sans que personne ne s’empresse de le recueillir, et je résolus de me tenir en esprit au pied de la Croix pour recevoir la Divine rosée qui en découlait, comprenant qu’il me faudrait ensuite la répandre sur les âmes… Le cri de Jésus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon cœur  : “ J’ai soif  ! ” Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et très vive… Je voulais donner à boire à mon Bien-Aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes… […]  »

Comme la Vierge Marie médiatrice, dans la vision de Tuy, Thérèse se tient au pied de la Croix pour donner le Sang de Jésus à boire aux pécheurs, afin de les purifier. Avec Marie, aimer Jésus, aider au salut des âmes, jusqu’à celles des plus grands pécheurs. Nous retrouverons la même angoisse du salut dans le message de Fatima.

Pranzini

Pranzini.
Moulage en cire conservé au musée de la Préfecture de police de Paris.

Pour savoir si Jésus souscrit à son désir de sauver les âmes, elle Lui demande «  un signe  » et elle l’obtient  ! À tout prix, elle veut empêcher le grand criminel, Pranzini, dont la condamnation fait la “ une ” des journaux, de tomber en enfer. (…)

«  Sentant que de moi-même je ne pouvais rien, j’offris au Bon Dieu tous les mérites infinis de Notre-Seigneur, les trésors de la Sainte Église, enfin je priai Céline de faire dire une messe dans mes intentions.  »

Voilà comment elle prend dans le Calice ce Sang qui tombait à terre, pour le reverser sur ce misérable. Le lendemain de l’exécution, elle s’empresse de consulter le journal La Croix et découvre avec émotion que Jésus l’a exaucée.

«  Pranzini ne s’était pas confessé, il était monté sur l’échafaud et s’apprêtait à passer sa tête dans le lugubre trou, quand tout à coup, saisi d’une inspiration subite, il se retourne, saisit un Crucifix que lui présentait le prêtre et baise par trois fois ses plaies sacrées  ! […]

Thérèse à 15 ans

Thérèse à 15 ans, quelques jours avant son entrée au Carmel. C’est ainsi qu’elle était coiffée lors de sa visite à l’évêque de Bayeux.

«  J’avais obtenu le “ signe ” demandé et ce signe était la reproduction fidèle des grâces que Jésus m’avait faites pour m’attirer à prier pour les pécheurs. […]Ah  ! depuis cette grâce unique, mon désir de sauver les âmes grandit chaque jour, il me semblait entendre Jésus me dire comme à la Samaritaine  : “ Donne-moi à boire  ! ” C’était un véritable échange d’amour  : aux âmes je donnais le sang de Jésus, à Jésus j’offrais ces mêmes âmes rafraîchies par sa rosée Divine; ainsi il me semblait le désaltérer et plus je lui donnais à boire, plus la soif de ma pauvre petite âme augmentait et c’était cette soif ardente qu’Il me donnait comme le plus délicieux breuvage de son amour…  »

Thérèse peut prendre l’essor. À quinze ans  ? Oui, le plus tôt possible. (…) Mais il lui faut «  conquérir la forteresse du Carmel à la pointe de l’épée  ». L’opposition de l’oncle Guérin étant tombée, ce sont le supérieur du Carmel et la hiérarchie qui dressent des barrières. Il faut aller jusqu’au Pape qui ne répond qu’évasivement. Éloquent figuratif des épreuves que l’Église connaîtra bientôt du fait de ses pasteurs et de leur opposition aux demandes de Notre-Dame de Fatima  !

Avec tristesse, elle voit passer le rendez-vous qu’elle s’était fixé, de Noël 1887. Enfin, le 1er janvier, Thérèse est informée de l’autorisation de l’évêque de Bayeux. La dernière volte-face, déconcertante  ! vient de sœur Agnès elle-même qui, tout à coup, ne veut plus que sa petite sœur entre avant Pâques, à cause des austérités du Carême. L’enfant réagit avec générosité.

«  Je compris le prix du temps qui m’était offert et je résolus de me livrer plus que jamais à une vie sérieuse et mortifiée.  » Et «  ces trois mois si riches en grâces pour mon âme  », passèrent bien vite.

«  Enfin le moment si ardemment désiré arriva  ».

CRC n° 338, septembre 1997, p. 7-10

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