La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

II. Le combat des derniers temps

Notre-Dame des VictoiresDepuis le livre de la Genèse jusqu’à celui de l’Apocalypse, la sainte Écriture raconte le combat entre la Sainte Vierge et Satan, en annonce l’issue finale  : «  Elle t’écrasera la tête.  » (Gn 3, 15)

Notre Père nous ayant montré en sainte Thérèse une “ miniature ” de la Vierge Immaculée pour notre XXe siècle, nous ne nous étonnerons pas de voir le démon exprimer sa rage par un fait étrange qui précéda la naissance de cette enfant. Un soir, dans l’attente du “  grand saint ” qu’elle n’avait cessé de demander à Dieu, sa mère admirable était restée seule pour achever une lecture spirituelle. Songeant aux vexations diaboliques dont souffrent les grands serviteurs de Dieu, Zélie pensait avec une sorte de soulagement  :

«  Ce n’est pas à moi qu’arriveront de pareilles avanies, il n’y a que les saints à pouvoir les appréhender.  » Au même instant s’abattit sur son épaule un poids énorme, comme la griffe d’une bête féroce. Après un premier mouvement de terreur, elle recouvra bientôt la paix d’une âme qui se sait dans l’amitié de Dieu.

Sainte Thérèse à 8 ansAu début de l’Histoire d’une âme, nous lisons un autre récit d’une haute portée figurative. Thérèse avait quatre ans  :

«  J’ai rêvé que je sortais pour aller me promener seule au jardin. Arrivée au bas des marches qu’il fallait monter pour y arriver, je m’arrêtai saisie d’effroi. Devant moi, auprès de la tonnelle, se trouvait un baril de chaux et sur ce baril deux affreux petits diablotins dansaient avec une agilité surprenante malgré des fers à repasser qu’ils avaient aux pieds  ; tout à coup, ils jetèrent sur moi leurs yeux flamboyants, puis au même moment, paraissant bien plus effrayés que moi, ils se précipitèrent au bas du baril et allèrent se cacher dans la lingerie qui se trouvait en face. Les voyant si peu braves je voulus savoir ce qu’ils allaient faire et je m’approchai de la fenêtre. Les pauvres diablotins étaient là, courant sur les tables et ne sachant comment faire pour fuir mon regard…  » (…)

Thérèse ajoute, avec une parfaite humilité  :

«  Sans doute ce rêve n’a rien d’extraordinaire, cependant je crois que le Bon Dieu a permis que je me le rappelle, afin de me prouver qu’une âme en état de grâce n’a rien à craindre des démons qui sont des lâches, capables de fuir devant le regard d’un enfant…  »

Précisons qu’il s’agit du regard d’une enfant prédestinée dont nous pressentons déjà, à lire ce récit, l’étonnante supériorité sur tous les saints des temps modernes, selon le jugement de saint Pie X, qui la déclara, avant même qu’elle fût béatifiée, «  la plus grande sainte des temps modernes  ». La raison de ce jugement nous est donnée par notre Père lorsqu’il nous fait voir en Thérèse une figure de l’Église – dont la Vierge Marie est la personnification – aux prises avec le démon dans nos temps d’apostasie. La victoire de sainte Thérèse annonce la victoire de la Vierge Marie et de l’Église à la fin des temps. Nous y sommes. Quand elle est dans toute sa splendeur, dans toute sa jeunesse, dans toute son innocence, l’Église en état de grâce, bien unie à son Époux, fait peur au diable. Il lui suffit d’un regard pour le mettre en fuite.

Mais le démon reviendra à son heure.

POSSÉDÉE DU DIABLE

Le 23 mars 1883, Monsieur Martin emmène Marie et Léonie à Paris, pour les cérémonies de la Semaine sainte. Déjà minée par le chagrin, et les nerfs à bout, Thérèse, confiée à son oncle et à sa tante, ne peut supporter cette courte séparation. Le 25 mars, soir de Pâques, Monsieur Guérin achève, à son insu, de la bouleverser en évoquant le souvenir de sa mère. Thérèse fond en larmes et est saisie d’un tremblement étrange. Le docteur Notta juge son état très grave. L’oncle Isidore dira qu’on n’avait jamais vu un cas semblable. Il comprit qu’on ne la guérirait pas par des moyens humains.

«  La maladie dont je fus atteinte venait certainement du démon, furieux de votre entrée au Carmel, il voulut se venger sur moi du tort que notre famille devait lui faire dans l’avenir.  » (…)

«  Je crois que le démon avait reçu un pouvoir extérieur sur moi, mais qu’il ne pouvait approcher de mon âme ni de mon esprit, si ce n’est pour m’inspirer des frayeurs très grandes de certaines choses.  »

Marie Martin

Marie Martin à 20 ans

Thérèse était tombée dans la possession du diable. Sans complicité de sa part, et malgré tous ses efforts pour repousser les suggestions du Malin, elle voyait avec horreur son univers mental et intellectuel, son imagination et son corps lui-même dévastés. (…)

Marie, sa sœur aînée qui la soigna avec une inlassable tendresse maternelle, n’hésite pas à déclarer  :

«  Je puis dire que le démon essaya même de tuer notre petite sœur. Son lit était placé dans une grande alcôve et à la tête et aux pieds, il y avait un espace vide où elle essayait de se précipiter. Cela lui est même arrivé plusieurs fois et je me demande comment elle ne s’est pas brisé la tête sur le pavé. Mais elle n’avait pas même une égratignure.  » (…)

Si nous gardons en pensée le parallèle des violences de Satan contre la Sainte Vierge, en tout point semblables à celles qu’il fit subir au Christ lui-même pendant ses quarante jours au désert, l’hypothèse de notre Père devient encore plus prégnante  : sachant que la maladie de Thérèse dura quarante jours, nous découvrons en sainte Thérèse un figuratif de l’Église au péril du monde moderne. «  Désorientation diabolique  » est l’expression par laquelle sœur Marie-Lucie du Cœur Immaculé, la carmélite voyante de Fatima, caractérise l’état de l’Église. Celui-ci est comparable à une possession. L’Église ne perd pas le contrôle d’elle-même  ; elle conserve une discipline  ; ses lois sont toujours professées  ; il y a un Pape, des cardinaux, des dicastères romains. Mais la “ désorientation ” est telle que les membres de l’Église commettent toutes sortes de crimes et de désordres qui devraient susciter la plus grande réprobation. L’Église est liée par une force diabolique. C’est une véritable possession.

LE SOURIRE DE LA SAINTE VIERGE
(13 MAI 1883)

«  Mais le démon ne savait pas que la douce Reine du Ciel veillait sur sa fragile petite fleur.  »

Vierge au sourire

La Vierge qui a souri à Thérèse
avait déjà parlé à sa mère.

«  Un jour, je vis Papa entrer dans la chambre de Marie où j’étais couchée  ; il lui donna plusieurs pièces d’or avec une expression de grande tristesse et lui dit d’écrire à Paris et de faire dire des messes à Notre-Dame des Victoires pour qu’elle guérisse sa pauvre petite fille. […]Il fallait un miracle et ce fut Notre-Dame des Victoires qui le fit.  »

En effet, la réponse du Ciel ne se fit pas attendre. Le dimanche de la Pentecôte, 13 mai 1883, la maladie semblait au paroxysme. Thérèse, couchée à côté de la statue de la Sainte Vierge (qui avait parlé à sa mère), ne reconnaissait plus Marie, sa sœur aînée, et ne cessait de l’appeler. Celle-ci raconte la scène  :

«  La crise la plus terrible de toutes fut celle dont elle parle dans le récit de sa Vie. Je crus qu’elle allait y succomber. (…) C’est alors que je me jetai avec mes sœurs aux pieds de la Sainte Vierge, la conjurant d’avoir pitié de nous. Par trois fois je renouvelai la même prière. À la troisième fois, je vis Thérèse fixer la statue de la Sainte Vierge  ; son regard était irradié, comme en extase. Je compris qu’elle voyait, non la statue, mais la Sainte Vierge elle-même. Cette vision me parut durer quatre à cinq minutes, puis deux grosses larmes tombèrent de ses yeux, et son regard doux et limpide se fixa sur moi avec tendresse. Je ne m’étais pas trompée. Thérèse était guérie. (…)  »

Quant à la sainte, elle écrira  : «  […]Tout à coup, la Sainte Vierge me parut belle, si belle, que jamais je n’avais vu rien de si beau, son visage respirait une bonté et une tendresse ineffable, mais ce qui me pénétra jusqu’au fond de l’âme, ce fut le “ ravissant sourire de la Sainte Vierge ”. Alors toutes mes peines s’évanouirent.  »

La chambre à coucher de Thérèse

La chambre à coucher où Thérèse fut guérie par le sourire de la Vierge Marie.

La Sainte Vierge intervient, un 13 mai, comme Elle apparaîtra à Fatima, au seuil du XXe siècle, pour annoncer son triomphe final. Le diable est vaincu. Notons au passage que la statue miraculeuse écrase la tête du serpent. L’enfant est libérée de la puissance démoniaque, mais pas encore de sa propre hypersensibilité. Ainsi en va-t-il aujourd’hui de l’Église  : entourée de la prière des saints, elle résiste à l’emprise du démon, mais nous ne voyons pas encore la victoire promise.

Notre jeune sainte fait figure de prophète des temps à venir et de précurseur, ayant vécu dans sa propre vie à l’âge de dix ans ces alarmes de l’Église, ces tourments des martyrs de la grande apostasie finale. Elle aurait voulu être de ceux qui connaîtront toutes les tortures, toutes les douleurs et toutes les convulsions de la fin des temps, pour manifester au Christ sa fidélité jusque dans cette agonie.

Prions Notre-Dame des Victoires, qu’Elle vienne triompher des ténèbres, qu’Elle nous apparaisse et que, par son sourire, Elle nous guérisse de toutes nos plaies et nous délivre du dragon de l’Apocalypse.

CRC n° 338, septembre 1997, p. 5-7

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