La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Le Mont-Saint-Michel

Mont Saint-Michel

SAINT MICHEL, ANGE GARDIEN DE L’ÉGLISE ET DE LA FRANCE

Dans l’Ancien Testament, la mission de l’Archange saint Michel était de protéger le peuple élu. Sa protection s’étendit tout naturellement par la suite sur l’Église catholique et ne se démentit jamais. À Rome même, son culte fut en honneur dès les premiers siècles. En 590, la Ville éternelle était sous la menace des Lombards, et la peste sévissait dans ses murs. Saint Grégoire le Grand décida, pour conjurer le fléau, d’organiser une procession de pénitence. Lui-même, les pieds nus, portant l’image de la Vierge vénérée à Sainte-Marie-Majeure, fit le tour de la ville, suivi du sénat et d’un grand concours de peuple. Arrivé au niveau du pont sur le Tibre qui fait face au mausolée d’Hadrien, il entendit dans les airs des chœurs angéliques qui chantaient l’hymne de la Résurrection  : “ Regina cæli, lætare, alleluia  !  ” Au même moment, il vit un ange apparaître au sommet du mausolée. C’était saint Michel, tenant à la main un glaive qu’il remettait au fourreau en signe de paix et de pardon. En souvenir de cette apparition, on bâtit une chapelle en l’honneur de saint Michel dans le mausolée d’Hadrien, qui prit le nom de château Saint-Ange.

L’analogie avec le troisième Secret de Fatima est frappante  : un Pape qui traverse la Ville, l’Ange qui tient un glaive en main, et la Sainte Vierge qui arrête le fléau…

Le même saint Grégoire affirmait  : «   Toutes les fois que Dieu veut opérer quelque merveille, il envoie saint Michel, comme pour nous apprendre qu’en son nom et par sa puissance, se produisent des choses que nul autre ne pourrait obtenir. En l’honorant, les peuples attirent sur eux d’innombrables bienfaits.   »

Parmi les peuples qui furent l’objet d’une protection spéciale de l’Archange, figurent en bonne place le peuple franc. (…) Dans un songe, saint Michel ordonna à saint Aubert, évêque d’Avranches, au début du VIIIe siècle, d’édifier au sommet du mont Tombe un oratoire en son honneur. L’évêque, qui était réputé pour être «  très religieux et très aimable au Seigneur  », hésita cependant, voulant «  éprouver les esprits  ». À la troisième injonction, il dut s’exécuter, bâtit l’oratoire demandé, et les pèlerins commencèrent d’affluer au sanctuaire de «  Saint-Michel au péril de la mer  », ainsi appelé parce qu’il était enserré par la mer et qu’on n’y accédait qu’à marée basse. Dès la fin du huitième siècle, Charlemagne proclamait saint Michel «  patron et prince de l’Empire des Gaules  ».

Pendant les incursions des Normands, le rocher devint un lieu de refuge. Quelques familles bâtirent leur demeure sous l’égide de l’Archange et créèrent le village qui existe encore aujourd’hui. Mais bientôt, les Normands, convertis à la suite de leur chef Rollon, comprirent que le Mont-Saint-Michel constituait le plus rare joyau de la province qu’ils avaient reçue en fief. En 966, le petit-fils de Rollon installait au Mont des moines bénédictins relevant de l’Ordre de Cluny. Cette date marque le début de la grande histoire du Mont-Saint-Michel.

LA MERVEILLE DE L’OCCIDENT

(…) Le Mont-Saint-Michel est l’œuvre de générations de moines et de Rois très Chrétiens, accomplie au milieu d’incessants combats et périls de toutes sortes.

Les trois étages de l'abbaye

Les trois étages de l’abbaye

Dès la première moitié du XIe siècle, s’éleva au sommet du Mont une église romane aussi vaste qu’une cathédrale, en forme de croix latine. Seule la croisée du transept reposait sur le rocher (80 m2). Là où l’espace n’existait pas, on l’inventait, on le créait, en avançant dans le vide  ! La nef de cette église abbatiale, chef-d’œuvre de l’architecture normande, se distingue par sa grandeur à la fois austère et lumineuse.

Quant aux bâtiments conventuels, ils enserraient l’église sur trois côtés. Ne pouvant pas être disposés autour du cloître, ils étaient superposés, imbriqués l’un dans l’autre. Ainsi fut dressée en moins de trente ans la citadelle de l’Archange, véritable cité de Dieu à la jonction du ciel et de la terre. Quand on imagine ce qu’il a fallu de peines et de persévérance pour édifier cette église et ce monastère aux fondations énormes, – il fallait, hisser les blocs de granit le long des parois abruptes jusqu’au sommet du rocher, à près de 80 mètres de hauteur – on demeure stupéfait d’une telle hardiesse  ! Cela nous ferait presque oublier que, pendant ce temps, s’instaurait sur le Mont la stricte observance de la Règle de saint Benoît. (…)

En 1204, la Normandie était rattachée au royaume de France, mais le Mont-Saint-Michel tarda à se rallier. Par dépit de ne pouvoir s’en rendre maître, un seigneur breton, allié de Philippe Auguste, y mit le feu. Apprenant cela, le roi de France voulut faire lui-même réparation. La reconstruction fut rapide  : en dix-sept ans, ce qu’on nomme la Merveille jaillit au flanc nord de l’abbaye. Cet ensemble conventuel unique, constitué de six salles réparties sur trois niveaux, demeure, aux yeux du monde entier, le symbole même de la Chrétienté rayonnante. (…)

SAINT MICHEL ET LES LYS DE FRANCE

Philippe Auguste fonda en 1210 à Paris, une confrérie pour l’accueil des pèlerins du Mont. Il y en avait des milliers chaque année. Saint Louis vint deux fois en pèlerinage au Mont-Saint-Michel, et Philippe le Bel, offrit une statue de l’Archange toute plaquée or, qui sera l’objet de la dévotion des pèlerins jusqu’à la Révolution. Saint Michel fut le grand protecteur de nos Rois capétiens.

Il le fut aussi des Valois. C’est pendant la guerre de Cent ans que l’invocation à saint Michel fut ajoutée au Confiteor. Ce siècle de troubles et de calamités vit accourir des milliers de pèlerins.

Le premier défenseur du Mont contre les attaques anglaises, Jean d’Harcourt, avait comme devise  : “ Personne pour me venir en aide, sinon Michel  ! ” Mais quelques années plus tard, les Anglais venaient assiéger le Mont avec les troupes du duc de Bedford, qui cantonnèrent sur le rocher de Tombelaine.

Saint Michel terrassant le dragon

Saint Michel terrassant le dragon
(église de Saint-Parres-
lès-Vaudes)

Le siège dura vingt-deux ans (1420-1442). À peine commençait-il qu’une catastrophe se produisit  : c’était tout le chœur de l’église abbatiale qui s’effondrait. Comme on n’avait pas le temps de reconstruire, ce fut une abbaye «  à moitié en ruine  », que le capitaine de la garnison, Louis d’Estouteville, et ses 119 chevaliers, tous des braves  ! défendirent au prix de souffrances inouïes. Un jour, en 1434, ils tinrent tête à dix mille Anglais  ; en la circonstance, on vit les moines prêter main-forte aux défenseurs  ! Mais surtout l’Archange montait la garde. Les Anglais le priaient bien de leur côté, mais lui avait pris le parti des Français, voulant que chacun restât chez soi, sous la houlette de son roi légitime.

C’est ce qu’il enseignait au même moment à sainte Jeanne d’Arc. Il lui était apparu un jour, dans le jardin de son père, pour lui enseigner la Religion royale, dont il était depuis l’origine le défenseur attitré  : «  Je suis Michel, protecteur de la FranceLève-toi et va au secours du roi de France.  » C’est de ses mains qu’elle reçut l’étendard  : «  Prends-le, de par le Roi du Ciel, et avance hardiment, Dieu t’aidera.  » Devant ses juges de Rouen, elle témoigna de ces apparitions  : «  Je crois aussi fermement aux paroles et aux actes de saint Michel, qui m’est apparu, que je crois que Notre-Seigneur a souffert mort et passion pour nous  ; ce qui me pousse à croire cela, ce sont le bon conseil, le bon secours et la bonne doctrine qu’il m’a apportés et donnés.  »

Charles VII, en souvenir de la très visible protection de l’Archange sur le royaume des Lys, le fit peindre sur ses étendards, et Louis XI fonda en 1469 l’Ordre des chevaliers-pèlerins de Saint-Michel. Tandis qu’au Mont, on rebâtissait le chœur de l’église abbatiale, dans le plus pur style gothique flamboyant. Le Mont-Saint-Michel resta la citadelle de la foi catholique au siècle suivant, pendant les guerres de religion. Les huguenots tentèrent plusieurs fois de s’en emparer par surprise, toujours en vain. L’Archange veillait. Dans notre douce et sainte France, on n’invoque jamais l’Archange saint Michel sans être exaucé. Aujourd’hui encore, tous ceux qui se placent sous son patronage s’en trouvent récompensés.

Pendant les troubles de la Fronde, la régente Anne d’Autriche plaça sous sa protection le Royaume et la personne du Dauphin. Bien lui en prit, puisqu’elle triompha de tous ses ennemis. Mais, à la Révolution, les religieux furent chassés de leur abbaye, la statue de l’Archange fondue, le Mont prit le nom de “ Mont-Libre ”… et fut transformé en prison. Des prêtres réfractaires et des royalistes y furent détenus dans des conditions épouvantables. Ils participèrent en martyrs au combat de l’Archange contre les puissances diaboliques qui prenaient possession de la France.

Aujourd’hui, c’est pire… L’abbaye a été restaurée, des flots de touristes la visitent, mais l’esprit n’y est plus. (…) Et c’est à Fatima que l’archange saint Michel est venu apprendre aux petits voyants et, par eux, au monde entier à combattre le culte de l’homme moderne, et à faire «  pénitence  ». (…)

«  Priez avec moi, disait-il à Lucie, François et Jacinthe. Les saints Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications.  »

Et, dans une autre apparition  : «  De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs.  »

Pèlerinage CRC en janvier 2004

Pèlerinage CRC en janvier 2004

Tel est le message de l’Archange saint Michel pour notre temps, dont la dévotion ressuscite la religion de nos Pères. C’est un appel à la réparation et à la consolation de notre Dieu. C’est un secret du Ciel, pour nos temps d’apostasie. Que faire pour tant d’âmes qui se perdent  ? «  Nous prosterner avec confusion et demander pardon,écrit l’abbé de Nantes. Cela veut dire reconnaître la sainteté, la majesté, l’autorité de notre Roi et de notre Reine à tous, leur bonté infinie et leur miséricorde, puis confesser que le monde est ingrat, injurieux, provocant dans son impiété, sa révolte et ses autres péchés. Et nous interposer entre le monde et Dieu pour implorer le pardon. Cela suffit. Les Cœurs de Jésus et de Marie feront le reste.  » (…)

Extraits de Il est ressuscité  !n° 19, février 2004, p. 29-36

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