La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Notre-Dame de Montligeon

L'abbé Buguet

L’abbé Buguet

L E pèlerinage de Montligeon, sanctuaire normand dédié à la prière pour la délivrance des âmes du purgatoire,est né dans le cœur du saint curé de la paroisse à la fin du dix-neuvième siècle.

Paul-Joseph Buguet était né le 25 mai 1843, dans le village de Bellavilliers (…). Sa famille étant très pauvre, il avait dû à la charité d’une famille aisée de pouvoir faire des études afin de devenir prêtre. «  Travailler pour Dieu, l’Église et les âmes  » était tout son programme. Ordonné en 1866, il exerça un premier ministère dans le nord du diocèse de Sées. D’une piété et d’un renoncement exemplaires, il brûlait aussi de zèle pour la foi. (…)

Déjà le problème scolaire se posait, et notre abbé Buguet prit sur lui de remonter jusqu’à Paris pour obtenir, au nom de ses paroissiens, un instituteur catholique. Mais son zèle fut jugé trop excessif par l’évêché qui le muta dans une autre paroisse, réputée “ sans histoires ”. Las  ! Les élections de 1876 survenant, le jeune prêtre, qui ne cachait pas ses convictions royalistes, recommanda en chaire à ses paroissiens de voter pour le candidat légitimiste du canton (…). Une cabale se forma contre ce curé «  qui faisait de la politique  », et l’évêque céda une nouvelle fois en nommant l’abbé Buguet curé de la paroisse la plus pauvre et la plus oubliée du diocèse  : La Chapelle-Montligeon.

C’était le 1er août 1878. L’aventure commençait…

EN VUE D’UNE MUTUELLE DÉLIVRANCE

L’abbé Buguet avait déjà le souci des âmes du Purgatoire. La pensée de son frère unique, écrasé accidentellement par la chute d’une cloche, ne quittait pas son esprit. (…)

L'église paroissiale Saint-Pierre de La Chapelle-Montligeon

L’église paroissiale Saint-Pierre de La Chapelle-Montligeon (XVe siècle) possède deux nefs selon une disposition habituelle aux églises normandes.

Il commence par se dévouer corps et âme au soin de sa petite paroisse de Montligeon, y fonde l’Association de Saint-François de Sales, celle de la Propagation de la foi (…) ainsi qu’une Garde d’honneur du Sacré-Cœur de Jésus et un Comité catholique. Tout cela pour un village de quelques centaines d’habitants  ! Mais surtout le désolait le dépeuplement de son village, si nombreux étaient ses paroissiens qui restaient “ bras-ballants ”. Leur pasteur recourut alors à saint Joseph. (…)

En 1884, un projet tout surnaturel germa dans l’esprit de l’abbé Buguet  :

«  Je cherchais, écrit-il,à concilier ce double but  : faire prier pour les âmes délaissées, les délivrer de leurs peines par le Sacrifice de la Messe, qui renferme l’expiation suprême et, en retour, obtenir par elles le moyen de faire vivre l’ouvrier.C’était dans mon esprit comme un “ Do ut des ” entre les âmes souffrantes du Purgatoire et les pauvres abandonnés de la terre. C’était une délivrance mutuelle.  »

Là-dessus, une dame mystérieuse vint, en mai 1884, lui demander une messe en le remerciant du vœu qu’il avait fait de célébrer une fois par semaine une messe «  pour l’âme la plus délaissée du Purgatoire  », vœu qu’il n’avait confié jusque là à personne. Ému par ce signe, le curé résolut de demander à son évêque l’autorisation de fonder une Association qui aurait pour but de faire dire des messes pour ces âmes, «  surtout les plus délaissées, les plus oubliées  ». Pour y adhérer et participer aux mérites de ces messes, il suffirait de verser un sou.

«  Mon bon curé, que ferez-vous avec un sou  ?

– Monseigneur, ce sera l’Œuvre des pauvres.

– Eh bien, répondit l’évêque, faites comme vous voudrez. Si vous ne réussissez pas, vous en aurez au moins le mérite  ; et si Dieu le veut, rien n’arrêtera votre œuvre.  » Rien ne l’arrêta en effet.

L’ŒUVRE EXPIATOIRE

Le curé de Montligeon prit son bâton de pèlerin, sa besace, et commença sa propagande. Ses paroissiens furent bientôt tous inscrits au registre de l’Association, des villages environnants affluèrent des centaines d’adhésions, bientôt de tout le diocèse. Cinq ans après, la France entière était alertée. La nouvelle de la création d’une Œuvre expiatoire en faveur des âmes du Purgatoire s’était répandue, de bouche à oreille ou par voie de presse, comme une traînée de poudre.

Pour imprimer les feuilles d’adhésion, puis les bulletins de l’Œuvre, il fallait une imprimerie. C’est ainsi que l’abbé Buguet fit l’acquisition d’une presse à bras, forma au métier de typographe son sacristain enfant de chœur, et commença de proche en proche, à embaucher du personnel, procurant ainsi du travail à tout le village… C’est extraordinaire  : quand saint Joseph met la main à l’ouvrage, les affaires marchent bien  ! Cela n’alla pas sans contradictions et tracasseries de toutes sortes, de la part de l’administration républicaine. On connaît cela. Mais l’imprimerie de Montligeon existe toujours, ultramoderne, et c’est encore elle qui fait vivre l’Œuvre et le village.

En 1893, le pape Léon XIII élevait l’Œuvre de Montligeon au rang d’archiconfrérie. Trois ans plus tard, la première pierre de la basilique était bénie. Pour récolter les fonds nécessaires à la construction de cette “ cathédrale dans les champs ”, et pour récolter de nouvelles moissons, l’abbé Buguet, “ commis voyageur des âmes du Purgatoire ” comme il fut appelé par ses compatriotes, parcourut l’Europe entière. Il alla même jusqu’aux États-Unis et au Canada. En 1894, l’Œuvre comptait trois millions d’associés, tandis que, sous son impulsion, des milliers de messes étaient célébrées à l’intention des défunts dans le monde entier. Quant à lui, toutes les semaines, il offrait pieusement le Saint-Sacrifice de la Messe dans sa petite église pour «  l’âme la plus délaissée du Purgatoire  ». Il y tenait plus que tout…

C’est sous le pontificat de saint Pie X que l’Œuvre de Montligeon connut son plus grand essor. Son directeur vénérait tellement le pontife au cœur ardent (…) qu’il voulut que les armes du Souverain Pontife soient dessinées dans la mosaïque du chœur de la basilique, aux pieds de Notre-Dame libératrice. Reçu en audience le 7 septembre 1904, il fut émerveillé de la connaissance que le Pape avait de l’Œuvre. (…) La bienveillance de saint Pie X ne se démentit jamais à l’égard de l’Œuvre de Montligeon.

LA DÉVOTION DES SAINTS

Basilique de MontligeonLa “ basilique des âmes du Purgatoire ” (…) domine de ses deux flèches élancées le petit village de Montligeon. (…) À l’intérieur, de part et d’autre de la nef, chacune des chapelles latérales est consacrée à un saint qui a prêché sur le Purgatoire ou en a eu révélation, véritable leçon de catéchisme par la vie et l’exemple des saints.

Ainsi du curé d’Ars qui disait que le Purgatoire était «  l’infirmerie du bon Dieu  ». Il ajoutait  : «  Si l’on savait combien grande est la puissance des bonnes âmes du Purgatoire sur le Cœur de Dieu et si l’on connaissait toutes les grâces que nous pouvons obtenir par leur intercession, elles ne seraient pas tant oubliées.  »

Sainte Marguerite-Marie, qui reçut mission de ce même Divin Cœur de subir à la place de «  ses bonnes amies  », les âmes du Purgatoire, les rigueurs de la sainteté divine, qui se sert des mérites des saints pour soulager les âmes des défunts des cruelles flammes dévorantes, et hâter leur entrée dans la joie éternelle.

«  Quoi de plus joyeux que de faire monter des âmes vers le Ciel  !  » s’exclamait Marie René-Bazin, la fille du romancier catholique devenue Sœur auxiliatrice du Purgatoire.

Basilique de MontligeonEt comment ne pas parler à Montligeon de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus  ? Sa statue a été placée au flanc de la basilique  ; Alençon et Lisieux ne sont pas loin. À sœur Philomène qui redoutait les peines du Purgatoire, la sainte disait  : «  Vous n’êtes pas assez confiante, vous avez trop peur du Bon Dieu  ; je vous assure qu’Il en est affligé. Ne craignez point le Purgatoire à cause de la peine qu’on y souffre, mais désirez n’y pas aller, pour faire plaisir au Bon Dieu qui impose avec tant de regret cette expiation. Dès lors que vous cherchez à lui plaire en tout, si vous avez la confiance inébranlable qu’il vous purifie à chaque instant dans son amour et ne laisse en vous aucune trace de péché, soyez bien sûre que vous n’irez pas en Purgatoire.  » Saint François de Sales enfin  : «  Si le Purgatoire est une espèce d’enfer par ses souffrances, il est aussi un paradis par les joies que l’amour verse dans les cœurs de ces pauvres prisonniers, un amour qui est plus fort que la mort et plus puissant que l’enfer.  »

UNE DÉVOTION DE CONTRE-RÉFORME

Les premiers à nier l’existence du Purgatoire et à rejeter la prière pour les morts furent les protestants du seizième siècle. Quand il connut cette cruelle impiété, le cœur de Thomas More en frémit d’indignation. (…) Aux yeux de notre saint Docteur laïc, l’enseignement de l’Église sur le Purgatoire était capital  : toute la conception catholique du péché, de la grâce, du Corps mystique et de la Communion des saints s’y rattache. C’est pourquoi il dénonça avec véhémence le pamphlet d’un “ novateur ” qui reniait l’enseignement de l’Église. Dans un texte d’une saisissante actualité, il fait parler les âmes du Purgatoire, plus soucieuses de l’apostasie des chrétiens que de leurs propres souffrances  :

Notre-Dame de Montligeon

Notre-Dame de Montligeon, d’un geste tendre, invite une âme du Purgatoire à prendre patience, car son tour n’est pas encore venu, tandis que, se penchant au-dessus de son autre bras, l’Enfant-Jésus couronne une âme délivrée des flammes purifiantes.

«  Notre principal motif de mettre le monde en garde contre le venin de cet ouvrage n’est pas tellement le coup qu’il nous porte ni le soulagement dont il nous prive  : c’est bien plutôt la tendre affection que nous éprouvons pour vous. Car, en ce qui nous concerne, sans doute le charitable appoint de vos prières, de vos aumônes et de vos autres bonnes œuvres faites pour nous peuvent servir à atténuer nos souffrances actuelles, et même à y mettre un terme  ; mais la miséricordieuse bonté de Dieu est si grande que, fussions-nous oubliés du monde entier, lui au moins se souviendrait de nous…Vous êtes en position plus précaire, vous qui vivez sur la terre  : non seulement la génération actuelle, mais encore aussi longtemps que durera le monde. Si les gens étaient assez fous pour suivre le misérable qui a commis ce libelle odieux, il ne manquerait pas, d’abord de faire le malheur de toutes les classes de la société dès ici-bas, ensuite de conduire tout droit en enfer bien des âmes peu averties en leur ôtant la foi au Purgatoire.  »

SALVE REGINA  !

L’abbé Buguet (…) eut l’inspiration de mettre son œuvre sous la protection de la Vierge Marie, Libératrice et Auxiliatrice des âmes les plus délaissées.

N’est-ce pas une anticipation des révélations de Fatima, où Notre-Dame a voulu montrer toute la compassion de son Cœur Immaculé à l’égard des âmes «  qui ont le plus besoin de miséricorde  » et sa volonté de ne jamais abandonner celles «  qui s’approchent de Dieu  »  ?

Le curé de Montligeon quitta d’ailleurs sa chère paroisse pour la dernière fois en septembre 1917, pour se rendre à Rome où il devait mourir au mois de juin de l’année suivante. Comme s’il passait la main à sa Reine et Maîtresse…

D’une manière inexplicable pour les historiens, c’est au lendemain de la guerre de 14-18, en dépit des millions de morts qu’elle avait causés, que la dévotion aux âmes du Purgatoire commença à décliner. Pour nous, c’est clair  : c’est à partir de ce moment que Notre-Dame a commencé à prendre le relais d’une hiérarchie défaillante. Aujourd’hui plus que jamais, son Cœur Immaculé est «  le refuge et le chemin qui conduit à Dieu  » pour ceux qui ne veulent pas périr dans la grande apostasie des derniers temps. N’est-elle pas depuis toujours «  la Mère du Bel Amour, de la crainte de Dieu, de la science et de la Sainte Espérance  »  ? Les Portugais de France le savent qui viennent tous les ans en pèlerinage à Montligeon. (…)

Extraits de Il est ressuscité  !n° 17, déc. 2003, p. 25-28

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