La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly, PDF & Email

Jésus notre Rédempteur

Le Christ en croixLe signe le plus angoissant de l’apostasie dans nos temps modernes, est l’effacement du mystère de notre rédemption, la disparition des crucifix et des croix, l’oubli chez les chrétiens eux-mêmes de cet Événement majeur de la Passion douloureuse du Christ et, dernier degré de cette négligence, la perte de vue de la signification et de la réalité essentielle de la Messe qui est le Mémorial sacramentel de cette Mort rédemptrice… (…)

Peut-être nos contemporains ont-ils cependant une excuse, celle de n’avoir jamais bien compris ce mystère du Dieu Sauveur. Ce que l’Église prêchait dans son admirable sagesse tenait tant de vérités en parfaite harmonie  ! Les hérésies sont venues briser ce miroir en morceaux disparates et la lumière s’en est éteinte. (…) La Réforme protestante la première, voulant renchérir sur la sagesse catholique, a tout compromis. D’abord elle imagina la Passion comme un drame de colère et de justice. Le Père se vengeait sur son Fils de tous les crimes des hommes. Et le Fils acceptait de s’identifier ainsi au péché pour apaiser la haine de son Père, supportant avec désespoir la peine de nos crimes, comme un damné. Telle était, pour Luther, Calvin et les autres, la haute doctrine que l’Église avant eux ignorait  : Dieu s’était élevé contre Dieu. (…) À ce prix les hommes se trouvaient maintenant soustraits au Châtiment et réconciliés sans peine avec Lui. Il leur suffisait d’y croire pour être sauvés. L’hérésie ne vit pas qu’elle faisait ainsi de la Rédemption une affaire toute réglée entre le Père et le Fils, loin de nous, sans nous, préalable obligé de notre salut mais préalable bientôt oublié  ! Cette   » théologie   » se coupait du monde des hommes. Une “ anthropologie ” devait s’édifier, comme une erreur complémentaire, qui séparerait définitivement de Dieu ce monde humain. Jésus, le meilleur des hommes, était sensé leur apporter la révélation de l’amour fraternel, l’annonce de leur libération, acquise une fois pour toutes et qui devait leur assurer dès ici-bas salut, paix, prospérité. Tel est notre modernisme où Jésus n’est plus qu’un homme comme les autres… (…)

Je voudrais vous proposer une présentation nouvelle de ce dogme de la Rédemption, car j’ai cru discerner la raison profonde du caractère inachevé et composite de ce traité dans les livres classiques dont l’exposition oscille entre la formulation desséchante du dogme par la théologie et le sentimentalisme outrancier de la prédication de la Passion. Que la Vierge Marie me vienne en aide, au seuil de ce beau labeur, Ave Maria  !

UN DIEU DE MISÉRICORDE INFINIE

DIEU N’EST PAS CONTRE DIEU  !

L’erreur, la fatale, l’immense erreur de Luther porte sur le cœur de la religion. Elle est un coup mortel au Cœur même de Dieu. Le Réformateur, pour aggraver encore le sentiment du péché de l’homme, a cru nécessaire de prêcher un Dieu de Colère et non plus un Dieu d’Amour, un Dieu furieux dominé par son ressentiment, ne respirant que vengeance et châtiment. (…)

Pour la grande théologie scolastique, Dieu dans son infinie liberté pouvait répondre à l’injure du péché soit par un juste châtiment des coupables soit par un pardon de miséricorde, sans exclure toutes sortes de possibilités intermédiaires qui échappent à notre imagination. Dépendant de saint Anselme, saint Thomas d’Aquin puis le Concile de Trente enseignent que Dieu choisit NON le châtiment MAIS le pardon que réalise et manifeste la   » satisfaction   » offerte par le Christ sur la Croix.

Pour la Réforme au contraire, cette Croix du Christ est elle-même un châtiment, le châtiment exigé inexorablement par la Colère de Dieu outragé par le péché. Dieu veut sa vengeance et rien en lui ni hors de lui ne pourra l’en détourner. Rien en lui que fureur et épouvantement, rien en lui au-dessus de la mécanique de la colère et du châtiment. Il ne peut, asservi comme il est à cette fatalité de ses humeurs, pour nous épargner, nous les coupables, que déverser ce torrent dévastateur sur quelque autre, sur son Fils, l’Innocent qu’il réprouve alors et fait l’objet de sa vindicte infinie.

Voilà le drame que des prédicants dépeindront en termes cruels à leurs auditoires terrifiés  : dans la famille de Dieu, c’est une scène de cruauté. Cette couronne d’épines, les sillons ensanglantés sur ce dos flagellé, ces larmes, ces sueurs, ces clous, ce coup de lance, Chrétiens, c’est le Père qui frappe son Fils avec rage jusqu’à ce que le malheureux ait payé assez pour calmer sa fureur de Père outragé. (…) Je passe sur la sèche théorie de Grotius dont le légalisme est aussi odieux dans son genre froid que l’horreur sacrée de ses devanciers protestants. (…) Odieuse théologie, insupportable figuration de la Sainte Passion  ! C’est l’honneur des grands théologiens de la Contre-Réforme, saint Robert Bellarmin, Maldonat, Suarez, d’y avoir contredit lumineusement. (…)

On comprend que les générations suivantes se soient détournées de cette sinistre doctrine. Pour ne plus avoir à contempler ce Dieu de fureur ni cette scène inimaginable de sadisme, protestants libéraux et modernistes catholiques ont conclu que, de toutes manières, le péché ne compte pas, qu’il n’y a pas de châtiment pour les hommes, et que tout va bien dans un climat rasséréné sans justice et sans condamnations. La Colère de Dieu n’est plus qu’un repoussoir pour jeter dans l’autre extrême d’un humanisme quiet. La Croix disparaît de nos églises, la psychanalyse remplace le culpabilisme sacré, le repas fraternel prend la place du Saint-Sacrifice de la Messe. (…)

DIEU CRUCIFIÉ POUR NOUS, PÉCHEURS

La réponse de Dieu au péché de l’homme  : c’est son Verbe, c’est sa Parole unique. (…) L’Incarnation du Verbe est la manifestation historique de l’amour pour nous, pécheurs, du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La vie de Jésus est toute une prédication de cet amour infini accompagnée des gestes les plus expressifs. (…) Puisque le crime de l’homme est une agression contre Dieu, l’Amour de Dieu se fera Passion sous l’injure. Tous verront Dieu subir tout et pardonner… (…) Le Père est Amour, le Fils est Amour, mais leur unique Amour se livre à cette Passion dans le Cœur humain de Jésus. Il n’y a pas de colère là où est l’amour, il y a la joie. (…) Ainsi cette   » expiation «  , cette   » rédemption   » n’est pas l’exigence de la Colère ni de la Justice du Père s’exerçant cruellement contre son Fils innocent, c’est leur décision commune, tout inspirée par une pédagogie pleine de sagesse. (…) «  Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime  ».

AINSI JÉSUS EST-IL NOTRE RÉDEMPTEUR. Il a payé pour nous, il a expié, il nous a rachetés au prix de son Sang. Là-dessus quelqu’un demande étourdiment  : à qui donc devait-il payer  ? (…) Au livre de Ruth, court récit charmant qui est une parabole mystique, ne voyons-nous pas Booz le généreux se déclarer le   » rédempteur   » de la Moabite du seul fait qu’il entend exercer envers elle son droit de rachat  ? Il ne verse pas un sou pourtant à celui qui pourrait la réclamer avant lui et qu’il écarte. Il ne paie rien, mais il paierait s’il le fallait et d’autant qu’il aime déjà cette enfant et se l’est choisie pour épouse. Tel Booz et mieux que lui, Dieu manifeste son intention d’exercer son droit de rachat à l’égard de l’humanité tombée esclave du diable. Mais dès la création de la Vierge Immaculée il écrase par Elle la tête du serpent et dépouille son Adversaire, sans rien lui payer  ! C’est seulement ensuite, pour montrer à l’humanité de quelles entrailles de miséricorde il l’aime que son Seigneur se réduit à souffrir pour elle jusqu’à la mort, et à la mort de la Croix. (…) La pécheresse touchée par une Parole de pardon infini ne connaîtra que plus tard le geste qui en mesura la peine, le don de la vie sur la Croix. L’enfant prodigue revient à la maison dans les bras de son Père heureux  : il ne comprendra que plus tard la grandeur de sa misère et l’infini de la miséricorde par les sueurs et le sang prodigués sur la Croix par son Frère pour son salut. Ainsi Dieu règne sur l’Histoire par sa Passion…

Amour, amour, amour, rayonne de la Croix et resplendis  ! (…)

LE PRÊTRE, PAROLE DE DIEU AUX HOMMES

«  Philippe, qui me voit, voit le Père  »… Alors, ne mettons aucune différence ni contrariété entre les sentiments du Père et ceux que nous voyons sur la Face du Christ. (…) Jésus, à la cime de son être, était dans sa Volonté divine et son obéissance filiale tout embrasé de joie en s’offrant à de telles souffrances parce qu’il savait manifester ainsi à son Épouse infidèle de quel amour il l’aimait encore, il l’aimerait toujours, et comment il se la réconcilierait dans le repentir et le pardon. Ainsi est-il à mes yeux LE PRÊTRE par excellence, car j’aime à voir d’abord dans le prêtre le sublime dispensateur du pardon, de la grâce, de la joie de Dieu aux hommes. (…) Le Prêtre du Très-Haut Jésus-Christ, et tout prêtre de l’Église devenu par son ordination un autre Christ, est d’abord cette Parole qui se fait chair, cet instrument créé de la Bonne Nouvelle, ce ministre de Dieu qui se mesure aux œuvres criminelles de l’humanité pour y répondre par l’absolution, par la rédemption, par la sanctification. (…) On ne comprendra toujours rien à la Croix de Jésus et à la Passion des Saints si d’abord ne brille à nos yeux l’Amour souverain de Dieu, recréé tout neuf après la Faute, donné une fois pour toutes à son Église par le Christ Souverain Prêtre pour y fructifier jusqu’à la fin des temps. (…) C’est pour cela qu’il institue l’Ordre sacerdotal qui le fait subsister par sa Parole parlée et par sa Parole effectuée sous les signes et sacrements du Baptême, de la Pénitence, de l’Eucharistie… (…)

Il suffira que chacun, pour prendre place au banquet de l’Agneau, revête la robe nuptiale. Cela n’est pas un complément nécessaire à la rançon versée au diable  : il n’y a jamais eu de rançon que l’homme dût verser pour apaiser Dieu et le démon a déjà perdu son empire. Ce n’est pas davantage une œuvre que l’homme devrait accomplir pour satisfaire à la justice divine  : Dieu a préféré la Miséricorde à la colère. Cette robe nuptiale est donnée gratis à qui la demande  ; elle est elle-même un effet de l’Amour Sauveur et nous savons que l’Amour crucifié se donne à tous sans contrepartie.

Tel est le Mystère de la Rédemption dans sa première face, dans sa face divine où c’est Dieu qui parle aux hommes en Jésus-Christ Souverain Prêtre et dispensateur de la grâce. (…)

UN SAUVEUR D’UNE SAINTETÉ PARFAITE

NON PAS “ L’HOMME POUR LES AUTRES ”…

N’oublions jamais que cette Bonne Nouvelle nous est donnée par le Fils de Dieu dans ses abaissements d’esclave et de victime des méchants  : cette Parole d’Amour est une Parole crucifiée. Car l’autre erreur nous guette, celle de Socin, selon laquelle il n’en coûte rien à Dieu d’oublier les péchés parce qu’il est inaccessible à la colère, indifférent à toute justice, insensible à nos injures. À l’extrême opposé de la théorie protestante où Dieu se cabrait sous l’injure, on nous le donne ici comme établi dans une infinie bienveillance envers ses créatures jusqu’au point de supporter leurs révoltes et leurs extravagances sans réagir. Dès lors, le péché perd toute gravité, toute importance et n’a plus d’autre inconvénient que ses fâcheuses suites naturelles. Dieu ne compte plus. C’est ce Socinianisme et ce rationalisme que distillent avec malice les Nouveaux Catéchismes, le hollandais pour adultes comme le français pour enfants  ; je l’ai démontré ailleurs sans que personne n’ait rien à répondre (CRC n° 17, p. 4-5; n° 31, p. 6-9). (…)

Dans ce système, la Croix du Christ ne signifie plus rien. Sociniens, protestants libéraux, modernistes catholiques ne la considèrent plus comme un fait divin, comme une révélation inattendue de la décision céleste, ardemment souhaitée et toute gratuite, d’un pardon au lieu d’un châtiment  : plus n’est besoin de cette démonstration pour savoir d’emblée que Dieu nous aime toujours, malgré nos péchés  ! Dépouillée de son mystère surnaturel, l’émouvante Passion du Christ n’est plus maintenant qu’un fait humain, un événement fortuit et malheureux qui aurait aussi bien pu ne pas être. Pour Jésus ce fut son destin, qu’il assuma avec courage. C’est tout  ! (…)

Jésus n’est plus qu’un «   homme pour les autres «  , il n’accomplit aucune œuvre cultuelle, sacrificielle, religieuse, sur la Croix où le voilà mis par ses bourreaux sans qu’il l’ait voulu. Il est seulement, dans cette fin absurde et affreuse, un exemple, un modèle de courage et de confiance. (…) Le Modernisme aboutit ainsi au dépérissement de la religion en faveur d’une mystique tout humaine de libération et d’épanouissement temporel. (…) Un tel humanisme a beau prêcher encore le Dieu d’amour, son péché demeure. Sans rédemption, l’humanité tombe dans le malheur et l’enfer… (…)

JÉSUS, L’HOMME POUR DIEU

Ce premier Mystère du pardon accordé aux pécheurs par la Croix du Christ, en enveloppe un autre, celui de la restauration de l’homme dans la sainteté et la justice originelles par cette même Croix. (…) Tout ce que le Dieu-Verbe opère en sa chair, cette chair y coopère en s’y associant par sa décision propre. Tel est le réalisme de l’Incarnation. (…) Cette Passion que Dieu décide en Jésus-Christ, en Jésus-Christ l’Homme l’accepte et la souffre. Dieu offre son amour crucifié aux hommes, en témoignage irrécusable de grâce, et l’Homme s’immole à Dieu en témoignage irrécusable d’expiation  ! Pour la première et unique fois, en Jésus l’humanité est plus forte que son péché, elle compense sa faute, elle restaure en mieux l’ordre ancien et se réconcilie Dieu. (…) Chef moral de toute l’humanité, le plus parfait d’entre nous et le plus passionné du relèvement et de l’honneur de notre famille, Jésus ne gagne tant de mérites que pour nous. C’est la doctrine classique dans l’Église de la   » satisfaction vicaire   » dont les mots seuls ont vieilli, mais la réalité est éternelle  : «   Vicaire   » voulant dire que dans sa volonté sainte le Christ tient notre place à tous, et «   Satisfaction «  , que son œuvre humaine est à la mesure du péché humain et de l’injure faite à Dieu, ce qui est vrai par définition si l’on m’a bien compris. (…)

AINSI JÉSUS EST-IL NOTRE SAUVEUR. Nous touchons là au plus éblouissant honneur que Dieu, en les sauvant par miséricorde, ait fait à ses misérables créatures  : celui de les appeler à se sauver et se relever elles-mêmes, sous la mouvance de sa grâce et jamais en dehors d’elle, bien sûr  ! (…) Parce que c’est la face humaine du Mystère invisible et parce qu’elle nous touche de plus près, c’est ce labeur du Fils de l’Homme que partout l’Écriture et la Tradition rappellent le plus. Je ne connais pour ma part rien de plus étonnant, de plus touchant, que trois mots hébreux sur lesquels j’avoue avoir passé jadis des heures d’étude féconde, à la recherche de leur évolution sémantique et des éclaircissements de leurs concordances bibliques  : IM-TASHIM ACHAM, en Isaïe 53,10. C’est le noyau de la plus importante des prophéties de l’Ancien Testament  : «  S’il offre sa vie en expiation, il verra une postérité, il prolongera ses jours et ce qui plaît à Yahweh s’accomplira par lui. Après les épreuves de son âme il verra la lumière et sera comblé. Par ses souffrances mon Serviteur justifiera des multitudes en se chargeant lui-même du fardeau de leurs fautes…  » (…) Toute la théologie du Nouveau Testament, celle de saint Paul, de l’Épître aux Hébreux particulièrement, de saint Jean et surtout de son Apocalypse, est le développement de cette admirable révélation  : Dieu promet à l’Homme, son propre Fils, de sauver ses frères s’il veut librement s’offrir comme l’agneau égorgé au couteau du Sacrificateur, du Prêtre Éternel, du Verbe dont il est la chair. (…)

Si la Miséricorde divine passe première, absolument, quand elle met en œuvre l’Incarnation rédemptrice pour nous faire grâce de tout, il n’en reste pas moins vrai que l’Homme-Dieu, né dans cette grâce, se présente au Père pour accomplir toute justice par ses larmes, ses sueurs et son sang, en notre nom et puis en tête de notre cortège. Dès lors la justice qui nous est donnée ne nous est pas   » imputée juridiquement «  , elle est effectuée en la Chair et le Sang de l’Homme même, elle transforme notre condition humaine, de pécheresse en juste et sainte. Jésus d’abord reçoit en récompense la Résurrection, nous ensuite avec Lui la Vie éternelle.

LA VICTIME, OFFERTE PAR LES HOMMES À DIEU

«  Père, je me consacre pour eux afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité  », telle est la Prière de Jésus à l’heure nocturne où déjà le traître avertit ses ennemis qu’il va le leur livrer (Jn 17, 19). (…) Ce Souverain Prêtre et Pontife de la Nouvelle et Éternelle Alliance, pour achever l’œuvre divine de pardon et de miséricorde fixée par le Père, se consacre lui-même et se livre ainsi en hostie volontaire à la souffrance et à la mort comme pour une immolation cultuelle d’expiation et d’action de grâce à Dieu. (…) Jésus meurt sur la Croix, tout à la fois Prêtre du Très-Haut, manifestant aux hommes le pardon infini de Celui qui l’envoie, et Victime offerte au nom des hommes à Dieu en action de grâce et en volonté de communion avec Lui. À travers les siècles, l’Eucharistie consistera essentiellement dans cette CONSÉCRATION du Corps et du Sang du Christ en VICTIME offerte à Dieu par l’Église et devenue ainsi, dans la réitération de son Sacrifice crucial, la matière et le sacrement de la parfaite communion de Dieu avec les hommes. (…)

Jésus ne se livre pas en Victime à la colère de Dieu, ni à la haine des démons, ni à la brutalité des méchants. Il se fait Hostie d’amour, consacrée à l’Amour du Père qui est un feu dévorant, pour être consumée par Lui au bénéfice de toute créature. Sainte Thérèse de Lisieux l’avait bien compris, elle qui s’était livrée en victime à l’Amour miséricordieux… (…) Il y aura toujours des prêtres pour distribuer le pardon et la grâce de Dieu comme le Christ. Et il y aura toujours des vierges pour être consacrées par les prêtres en Victimes à l’Amour miséricordieux, prolongeant ainsi l’immolation de la Sainte Humanité de Jésus crucifié. Telle fut la Mère de Dieu, Marie toujours vierge, depuis le premier jusqu’au dernier jour. Mais surtout quand elle reçut l’onction de l’Esprit-Saint pour subir avec Jésus tout son martyre. (…) Dans le Christ c’est tout un, du Prêtre et de la Victime, mais plus tard il paraîtra comme inscrit dans la nature différente de l’homme et de la femme que l’un poursuive par son ministère auprès de ses frères l’œuvre sacerdotale pour laquelle il est ordonné, et l’autre accueille en elle la vocation de victime pour être immolée à l’Amour divin selon les volontés de son Époux crucifié. Ainsi se poursuit encore en partie double le Mystère de notre Rédemption, sacrifice perpétuel et sacrement de la réconciliation. (…)

LE CŒUR DU CHRIST

En Jésus notre Frère, l’Homme se consacre à Dieu dans des sentiments de religion très parfaite et mérite de lui plaire, principalement en s’immolant dans son Corps et dans son Sang sur la Croix en sacrifice. Dieu parle ainsi aux hommes le langage du Cœur du Christ et dans ce même langage du Cœur du Christ les hommes chantent sa Gloire… Que ce Cœur devienne alors notre demeure, c’est tout le Mystère de l’Église, que nous dirons un jour.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 43, avril 1971, p. 1-10

 Pour en savoir plus >