La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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HISTOIRE DE LA RUSSIE

I. L’EMPIRE SOVIÉTIQUE DOMINERA LE MONDE
L’ERREUR  ? NON LE PÉCHÉ DE L’OCCIDENT

LA pire erreur, pour un pays menacé, pour une coalition de nations, serait de se tromper d’ennemi. (…) C’est pourtant ce que Soljénitsyne reproche au monde libre, dans un petit livre dont on ne saurait exagérer l’importance, L’erreur de l’Occident (Grasset, 1980).

«  L’ERREUR DE L’OCCIDENT  »

« L'erreur de l'Occident »L’erreur consiste à tenir le peuple russe, l’empire des tsars, la Russie éternelle pour l’ennemi juré, l’ennemi mortel de l’Occident, et non pas le Communisme, marxiste, léniniste, stalinien, qui serait une idéologie et un programme politique comme les autres. (…)

Se trompant d’ennemi, l’Occident ménage autant le communisme soviétique qu’il décourage et déconsidère le nationalisme russe. Idéologie comme les autres  ! État souverain autant que les autres  ! Malheureusement encore teintés de leur sauvagerie originelle, cruauté, despotisme, impérialisme russes, ou plutôt moscovites, asiatiques dont l’Occident saura les guérir à force de douceur, de générosité, de patience et d’exemple  ! D’abord leur donner l’exemple du respect des Droits de l’homme et de la liberté  ! (…)

L’ENNEMI, C’EST LE COMMUNISME

Or, ce dont témoigne Soljénitsyne en dénonçant «  le refus obstiné de l’Occident, pendant soixante ans, de considérer la vraie nature du communisme  », alors qu’il n’y a pas au monde un fait qui crève les yeux à ce point, c’est le caractère foncièrement inhumain, et pour parler comme il se doit, satanique du communisme. Originellement et radicalement, le communisme est un «  athéisme féroce  », et il s’accompagne d’une fureur permanente, illimitée, contre tout ce qui n’est pas lui, qui existait avant lui et qui s’essaie à survivre à côté de lui, sans lui, malgré lui. C’est la «  Terreur jacobine  » radicalisée, universalisée, éternisée. «  Que ce soit Lénine, Trotski, Sverdlov, Staline, Molotov ou Brejnev, nul d’entre eux n’a fait un pas vers l’humain. Ce qui n’a pas empêché Kroutchev, lui aussi, de se montrer fidèle au marxisme dans ce qu’il a de plus fondamentalement diabolique  : la haine et la destruction de la religion.  »

Rien à voir entre l’Okhrana des tsars et leurs camps de relégation, et la Tchéka, le G.P.U., le N.K.V.D., le K.G.B., et leurs millions de victimes de l’Archipel du Goulag  ! «  Le but du communisme en Russie n’était pas et ne pouvait pas être de continuer la politique tsariste, mais d’anéantir deux puissances principales, l’une spirituelle, l’autre nationale  : l’Église orthodoxe et le peuple russe.  » (M. Markovik, p. 11)

Radicalement différent de tout État normal, de toute pensée politique humaniste, de toute sensibilité nationale, même russe  ! de toute civilisation, le communisme est d’abord et uniquement, et universellement destructeur. Comment peut-on encore se laisser tromper par ses prétentions à renverser partout l’état de choses ancien pour procurer enfin à tous les peuples le bien-être, l’ordre et la paix  ? Et c’est ainsi que, depuis soixante-cinq ans, exploiteur, oppresseur, persécuteur au-dedans de son empire, subi, refusé et haï par les peuples qu’il domine, il est admiré, désiré et appelé toujours par de nouveaux peuples, en libérateur  !

Comme si nul homme au monde, comme si le pape Pie XI n’avait mis hors la loi humaine et divine le communisme «  intrinsèquement pervers  », interdisant toute ouverture, toute coopération, toute entente avec lui, même sous les spécieux motifs de la justice sociale, de l’émancipation des opprimés et de la paix (Divini Redemptoris, n° 58; 19 mars 1937)  ! Comme s’il n’avait pas désigné clairement le bourreau, en le distinguant de sa victime (…).

Comment, après avoir fustigé l’aveuglement de l’Occident, la papauté put-elle décider cette «  rapide volte-face de la politique vaticane elle-même vers le monde communiste  », qui «  depuis Jean XXIII n’a subi en fait aucune correction  ».

Comment cette erreur  ? Comment se tromper d’ennemi au point d’ignorer l’ami persécuté pour “ dialoguer ”, indéfiniment et sans aucun résultat, avec le persécuteur si vigoureusement dénoncé auparavant  ? Il y a là un noir mystère qu’on ne peut esquiver, qu’il faut absolument éclaircir.

CE N’EST PAS UNE ERREUR INNOCENTE

Soljénitsyne

Alexandre Soljénitsyne

Pour Soljénitsyne c’est, bien sûr, le désintérêt de l’Occident pour la Russie profonde, son drame, son martyre, occultés par les études savantes, les plans, les discours, les statistiques.

Mais c’est aussi la conséquence de la convoitise capitaliste, avide de profits, étrangère à toute autre considération  !

C’est encore le résultat de la «  désinformation  » communiste, pourtant suspecte. L’Occident serait-il volontairement sourd et aveugle à l’éclatante vérité  ? Soljénitsyne visiblement ne comprend pas. Il finit par incriminer «  l’incurie et l’autosatisfaction  », la «  faiblesse psychologique  » d’un monde perdu par «  la civilisation du confort  » qui brise ses énergies morales. (…)

Venu des pays du froid, où la tyrannie est pesante, Soljénitsyne a-t-il soupçonné que nous en subissons une autre, légère et séductrice plutôt que menaçante, mais tout aussi efficace et corruptrice  ? Et qu’il devrait résulter de ce fait une entente profonde et permanente entre nos peuples chrétiens d’Orient et d’Occident, les uns comme les autres bâillonnés, en face d’une caste de dominateurs idéologues et statocrates, eux-mêmes complices, d’URSS, d’USA et d’EU  ?

C’EST LE PÉCHÉ DE L’OCCIDENT

Il fut un temps où les «  Nouveaux philosophes  » démontraient et la perversité du marxisme originel, en amis sincères de Soljénitsyne, et ses origines réelles, dans la Philosophie des Lumières du XVIIIe siècle, mère de la Terreur jacobine (CRC n°124, déc. 1977). Mais le jacobinisme hérite d’une longue tradition qui n’est ni russe ni française  !

LES SOURCES AMÉRICAINES DE L’IDÉOLOGIE TERRORISTE DE 1789

La filiation réelle de l’utopie d’où devait sortir finalement le bolchevisme, s’établit ainsi  : de Calvin à Brown, aux presbytériens américains d’une part, concepteurs de la première Déclaration des droits de l’homme, le Massachusetts Body of Liberties (1641), et aux Pilgrim Fathers d’autre part, congrégationalistes débarqués du Mayflower, adeptes du contrat social et de la démocratie intégrale.

Thomas Jefferson

Thomas Jefferson

Il est démontré que la Déclaration d’indépendance américaine, de Thomas Jefferson (1776), reprend les théories sociales-démocratiques de ces fanatiques, aux applaudissements des francs-maçons du monde entier. Et c’est Jefferson en personne qui viendra nous apprendre les vrais et immortels Principes de la Révolution universelle, Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort  ! Ainsi que la Déclaration des droits de l’homme tout orientée à la ruine de l’autorité de Dieu et de la souveraineté des rois.

On croyait tout ce fatras révolutionnaire venu de Genève, sorti tout bouillonnant de la cervelle malade de Jean-Jacques. Partis de Wittenberg et de Genève, puis de Londres où ils s’arment de judéo-maçonnisme, les Principes de la Révolution universelle passent en réalité par Washington et Yorktown, pour nous revenir par Franklin, Jefferson, et ce grand benêt de La Fayette.

Napoléon, plus encore que les «  gars en sabots  » de 1793, les impose à toute l’Europe et s’en va les étendre jusqu’à Moscou, oui, c’est lui, l’impérialiste, l’autocrate, le sanguinaire… Les Russes, alors, étaient les bons chrétiens, luttant pour leur foi et leur liberté contre ces démons de Français, impies, révolutionnaires, devenus le fléau de l’Europe. Comme c’est oublié  !

UNE INFLUENCE INTELLECTUELLE ALLEMANDE, ET NON RUSSE  !

MarxC’est ce mal, cette peste, démocratique ou révolutionnaire c’est tout un, idéologie aussi antihumaine qu’antichrétienne, qui enflamme alors les esprits allemands. C’est à qui mieux mieux établira, et exportera, la théorie d’un État Léviathan, «  panoptique  », perpétuellement absolu et terroriste qui ferait, à lui seul, la révolution intégrale et le bien des peuples par le fer et par le feu. Ce mélange de rationalisme absolu et de romantisme hagard, conduit en ligne directe de Kant à Hegel, et de Hegel à Marx et à Engels.

C’est de ces sources étrangères que la Russie reçut le communisme de Lénine, de Staline, de Brejnev et d’Andropov. L’intelligentsia de Saint-Pétersbourg, il est vrai, s’en nourrit dans sa curiosité fébrile et sa hâte à s’emparer de tout ce qui venait de Germanie, ici Marx et là Nietzsche. Ils en devinrent fous, est-ce la faute du tsar et de l’Orthodoxie  ?

«  Les chefs bolchevistes, Lénine en tête, ont été matériellement importés en Russie par les fonctionnaires de l’Empire allemand… Mais déjà et de tout temps, la révolution était allemande en Russie  » (Charles Maurras, 1er janvier 1921, Dict. pol., art. Bolchevisme, p. 176)

LE MESSIANISME ANARCHIQUE

Ce n’est pas encore assez expliquer. Soyons historiens matérialistes jusqu’au bout. Passons à la fameuse praxis  : Qui a fait le coup  ? Les Russes  ? Allons donc  ! Maurras écrivait, le 10 juillet 1909, après la révolution manquée de 1905, avant l’autre  :

«  Dix millions de juifs sont massés au sud et à l’est de la Russie, et par le nombre, le fanatisme, par la densité de la population, c’est le plus fort agglomérat juif de l’univers… Ils ont pris leur point de contact avec la religion de tous les démocrates et de tous les libéraux  : le messianisme anarchique. Tant que le peuple russe tiendra bon et que la horde sera sujette, l’Occident pourra espérer la victoire finale de la civilisation et de la raison. Au contraire si l’on a le malheur de les laisser se déchaîner en terre russe…, l’Europe est à eux. Si le tsarisme tombe, la juiverie universelle, seule organisée pour lui succéder, deviendra la maîtresse d’une moitié du monde.  » (Russie, p. 151-152)

La Russie «  agitée à des profondeurs océaniques par les secousses du tolstoïsme, de l’anarchisme et du socialisme allemands, de l’esprit révolutionnaire juif sous la forme prophétique et sous la forme bakounino-marxiste  » (ibid.), a sombré sous les coups de l’Étranger, fondateur par juifs interposés de l’Empire du Goulag. Quels étrangers  ? Comptez-les bien tous  : Suisses et Anglais, Américains, Français, Allemands de Prusse, pères fondateurs du goulag  !

LA TRILATÉRALE CAPITALO-SOCIALISTE

Il n’est donc nullement question d’une «  erreur  », Alexandre Soljénitsyne, de la part de l’Occident  ! Ses autorités ont couvert de fleurs les anticommunistes expulsés de Russie pour mieux étouffer leurs voix, tandis qu’elles faisaient parler davantage les dissidents juifs marxistes, sortis de Russie pour faire leur saumâtre propagande. C’est bien la démonstration de l’union de tous les pouvoirs “ démocratiques ” de l’univers, y compris celui de la grande Union des républiques socialistes soviétiques, contre leurs ennemis communs  : la Civilisation humaine antérieure, la Religion, les Nations civilisées chrétiennes, qui leur sont un obstacle.

Soljénitsyne proteste qu’on n’a jamais vu, qu’on ne verra jamais un roi, un prince, un gouvernement normal «  ravager et ruiner en premier lieu la vie de sa propre nation comme le fait dans chaque pays tout régime communiste dès ses premiers pas  ».

Mais les révolutionnaires de 1789, de 1848 et de 1870 en France, et nos Républiques successives ont organisé la décadence religieuse et morale, la dégénérescence démographique et la démilitarisation de notre pays, à travers dix invasions étrangères, de manière aussi obstinée. Et qu’on le comprenne enfin, la judéo-maçonnerie universelle, le parti des démocrates révolutionnaires qui siège à l’ONU et à Washington, comme à Genève et au Vatican, préfère le communisme mondial à toute subsistance ou résurgence des nations chrétiennes catholiques. Affaiblissant, corrompant les peuples tant qu’ils peuvent pour y étouffer toute contre-révolution, ils les livrent d’avance à l’hégémonie soviétique. (…)

MAIS NUL NE DIRA LA VÉRITÉ

Pourquoi  ? Parce qu’on ne peut engager la lutte contre tout cet appareil de Satan, sans gripper la démocratie, sans remettre en cause le parlementarisme, sans condamner de ce fait même les Grands principes de 1789, la Déclaration universelle des droits de l’homme, la statue de la Liberté et la Constitution américaine, les programmes du judaïsme et de la franc-maçonnerie, et ceux du Conseil œcuménique des Églises comme ceux du Concile Vatican II, autre appareil de Satan. Car tout cela se tient, démocratie occidentale et marxisme pseudo-oriental, comme frères siamois.

Impossible d’arrêter la marche du communisme mondial sans blesser la démocratie, sans tuer la liberté  ! Plutôt lui sacrifier encore quelque victime…

L’OCCIDENT VAINCU, L’EUROPE OCCUPÉE

Marx et Engels ont programmé la destruction du monde chrétien prétendu “ bourgeois ”, l’anéantissement des peuples slaves, qu’ils haïssaient, l’assujettissement des Noirs et des Jaunes qu’ils méprisaient, au profit de leur nouveau peuple élu, Peuple-messie, le Prolétariat, réplique de l’État prussien et secrètement vengeance et incarnation totalitaire de leur Peuple errant, humilié. C’était leur idée fixe. Lénine a eu la chance d’en commencer la réalisation, au hasard des objectifs de l’État allemand, en Russie et non ailleurs. Moscou en est devenue la base de départ de la révolution universelle.

Si les soldats chrétiens combattent, il arrive que Dieu donne la victoire. Nous le savons par la Bible, par Jeanne d’Arc et Franco. Mais si les soldats ne veulent pas se battre, si les gouvernements pactisent avec l’ennemi, si les idéologues propagent les idées de l’adversaire, et tout cela dans un affreux concert d’irréligion des élites, d’impiété des prêtres, de corruption des masses, alors Dieu ne donne pas la victoire. Il châtie plutôt ces nations infidèles par la défaite, l’invasion, l’oppression qu’elles-mêmes attirent sur leurs têtes. C’est sa dernière charité  ! (…)

II. LA RUSSIE CONVERTIE ÉVANGÉLISERA LE MONDE

La famille royale russeAucun prophète du Très-Haut n’a été envoyé seulement pour menacer de catastrophes, ou annoncer des châtiments, mais «  pour rebâtir et pour planter  ». (Jr 1, 10)

Notre lecture divine de l’histoire nous apprend à distinguer les Puissances de Satan en œuvre dans les pays païens et dans les pays chrétiens retombés en leur possession, des peuples eux-mêmes qu’elles oppriment, appelés eux aussi au salut, chrétiens ou en passe de l’être, et qui ne demandent pour leur meilleure part qu’à être délivrés de leurs démons et à trouver ou retrouver l’Ounia, la bienheureuse et pacifique unité de la Jérusalem nouvelle, sainte Église unique et indivise du Christ et de sa sainte Mère. (…)

RÉVÉLATIONS, DEMANDES ET PROMESSES DE FATIMA

Dieu lui-même, par sa Très Sainte Mère, premièrement nous rappelle comment tout ce qui s’est déjà réalisé avait été prédit, par Elle, et deuxièmement, pour ce qui nous inquiète, pour le présent, pour l’avenir, il formule ses volontés et en annonce l’accomplissement, gage de ses plus merveilleuses promesses. (…)

LES MENACES ANCIENNES, RÉALISÉES…

«  Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Si l’on fait ce que je dirai, beaucoup d’âmes se sauveront et l’on aura la paix. La guerre va finir, mais si l’on ne cesse pas d’offenser Dieu, une autre, pire, va commencer sous le règne de Pie XI. Quand vous verrez une nuit éclairée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne qu’il va punir le monde de ses crimes, par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Église et contre le Saint-Père. Pour l’empêcher, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis.  »

Qu’est-ce que ce mélange de religion et de politique  ! Ce n’est pas une salade russe, cher ami. C’est un divin mélange, c’est Dieu en visite dans le monde, figurez-vous qu’il y est chez Lui. Notez que les petits voyants prononçaient ce nom de Russie, pays dont ils ne savaient même pas l’existence. Et observez la date  : juillet 1917, c’est l’instant du dernier échec et de la dernière hésitation de Lénine, Trotski et Zinoviev avant leur prise du pouvoir en octobre (L’utopie au pouvoir, de Heller et Nekrich, 1982; p. 26). Continuons  :

Notre-Dame de Fatima«  Si l’on écoute mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix  ; sinon elle répandra ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir. Plusieurs nations seront anéanties.  »

Là, nous avons de solides points de repère. La «  lumière inconnue  », les astronomes l’ont observée et dénommée, pour éviter toute question embarrassante, «  l’aurore boréale (qui était plutôt méridionale  !) du 25 au 26 janvier 1938  ». Pie XI régnait alors, comme il avait été annoncé aux petits voyants vingt ans plus tôt. La guerre annoncée est celle que la Russie doit faire au monde, guerre de subversion idéologique, guerre de religion, et guerre d’anéantissement de populations ou “ génocide ”.

Pourquoi en 1938  ? La Deuxième Guerre mondiale, pour les habitants du Ciel, c’est la guerre que l’Union soviétique fait au monde. «  Je pense, déclarait sœur Lucie au P. Jongen en 1946, que s’accomplissent maintenant les paroles de Notre-Dame  : Si on ne le fait pas, la Russie répandra ses erreurs à travers le monde.  » Elle dit cela en 1946  : la Deuxième Guerre mondiale est terminée, mais cette guerre-là, du communisme persécuteur et inhumain, que l’autre, par les soins de la propagande des trois démocraties victorieuses, a occultée, cette guerre mondiale dure toujours.

LES DEMANDES CÉLESTES REFUSÉES

«  Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé. Il promet de la sauver par ce moyen. Les âmes que la justice de Dieu condamne pour les péchés commis contre moi, sont si nombreuses que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie.  » (13 juin 1929)

C’est en effet l’époque de la seconde “ purge ” décrétée par Staline, et de la «  nouvelle offensive contre l’Église  ». «  On démolit des centaines d’églises, le dimanche est supprimé  », et des milliers d’icônes sont souillées et brûlées. Puis commence l’effroyable «  liquidation des koulaks  ». C’est le génocide «  d’une population de souche en temps de paix par son propre gouvernement  ». Combien de morts  ? Les uns disent cinq à six millions, d’autres quinze. C’est le début de «  l’irrésistible ascension de Staline  ».

Le 29 août 1931, sœur Lucie note ce nouvel et instant message du Ciel  : «  Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France, en retardant l’exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le malheur. Jamais (cependant)il ne sera trop tard pour recourir à Jésus et à Marie…  » Eh bien  ! cinquante ans ont passé, cinquante ans d’effroyables souffrances, cinquante nouveaux millions de morts en Union soviétique (Soljénitsyne, EO, p. 168, 188). Et l’Église n’a rien fait  ? Autre avertissement de la même période  : «  Comme le roi de France, ils s’en repentiront et ils le feront, mais ce sera bien tard…  » À l’heure qu’il est ce n’est toujours pas fait. «  La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir.  »

La voix de Dieu n’est pas écoutée. C’est l’époque où le Vatican court «  au secours des Soviets  », où Pie XI se vante de reprendre les négociations avec le gouvernement soviétique (…). Le résultat fut l’extermination de la hiérarchie et du clergé romains entre 1927 et 1934. Pie XI se faisait fort de «  traiter avec le diable  ». Le diable se joua de lui. Ils sont incorrigibles, Seigneur  !

Mais le Seigneur le sait. En 1689, le roi Louis XIV dans toute sa gloire refusait la consécration qui lui était demandée, de son royaume au Sacré-Cœur. En 1789, la Révolution allait jeter Louis XVI à bas de son trône. Il ferait certes cette consécration, déjà prisonnier au Temple, et mourrait pour elle, martyr, le 21 janvier 1793. Qu’en sera-t-il alors du Pape  ?

LA VIERGE, CHARGÉE DE LA RUSSIE

Durant ces années affreuses, le Ciel ne semble s’intéresser qu’à la Russie  : «  Si le Saint-Père daigne (sic) faire, et ordonne à tous les évêques du monde catholique de faire un acte solennel de réparation et de consécration de la Russie aux très saints Cœurs de Jésus et de Marie… le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie (ah, merveille  ! oh, alors, vite…) et si Sa Sainteté promet, par le moyen de la fin de la persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice que Dieu lui-même et la T. S. Vierge ont daigné demander en 1925.  » (29 mai 1930)

Mais Pie XI est occupé ailleurs. Démocrate, il excommunie les catholiques d’Action française, combat le fascisme à Rome, nomme un archevêque-primat progressiste à Gniezno, le cardinal Hlond, pour faire pièce au prince Sapieha, archevêque de Cracovie, nationaliste, désempare et désarme les Cristeros, ainsi livrés à la cruauté des francs-maçons marxistes de Mexico soutenus par la ploutocratie protestante anglo-saxonne.

Jésus et Marie, eux, ont pitié de «  la pauvre Russie  ». Le 21 janvier 1935  : «  Dans un entretien intime avec Lui, il me semble qu’il m’a fait savoir qu’il était disposé à user de miséricorde à l’égard de la pauvre Russie, comme il l’a promis, il y a cinq ans, et désirer beaucoup la sauver.  » Comme c’est touchant, bouleversant  ! Sous la dictature impie et sanglante de Staline, Jésus et Marie seuls avaient de ces compassions. Ils les ont encore…

Alors, le 18 mai 1936, Lucie s’émeut et s’enhardit  : «  Je lui demandais pourquoi il ne convertirait pas la Russie sans que Sa Sainteté fasse cette consécration. — Parce que je veux que toute l’Église reconnaisse cette consécration comme un triomphe du Cœur Immaculé de Marie, afin d’étendre ensuite son culte et de placer, à côté de la dévotion à mon divin Cœur, la dévotion à ce Cœur Immaculé. — Mais, mon Dieu (dis-je), le Saint-Père ne me croira pas, si vous-même ne le mouvez par une inspiration spéciale. — Oh  ! le Saint-Père  ! Priez beaucoup pour le Saint-Père. Il la fera, mais ce sera bien tard. Cependant le Cœur Immaculé de Marie sauvera la Russie, elle lui est confiée.  » (…)

Et c’est pourtant ce même peuple qui est l’objet d’une mystérieuse prédestination, d’une préférence inexplicable du Cœur de Dieu. Quoi  ! ces affreux bolcheviks  ? Les victimes, certes, mais leurs tortionnaires  ? Sans doute. Il l’a confiée au Cœur Immaculé de Marie, sa Mère, cette Nation aujourd’hui bénie entre toutes, à l’exception cependant du Portugal «  où se conservera toujours le dogme de la foi  ».

Il suffirait pour que tout arrive que le Pape et les évêques catholiques consacrent la Russie — et non pas le monde, comme on s’efforça mais en vain, de le faire dire à sœur Lucie, puis de le faire croire au Pape — et, d’ennemis du genre humain, les Russes convertis en deviendraient les sauveurs  ! D’eux viendrait, non plus la dévastation, la guerre et les génocides, mais la paix, la paix chrétienne, catholique  ! (…)

L’AVENIR DÉVOILÉ

Mais enfin, la consécration demandée se fera, dans l’épouvante et dans les douleurs du châtiment annoncé. Ce sera suffisant pour que Dieu, faisant leçon à la terre entière, manifeste sa miséricorde et sa puissance en convertissant la Russie, et quelle leçon pour Rome, alors, d’avoir tant regimbé  ! «  Vous verrez un jour la statue de l’Immaculée au centre de Moscou, au plus haut du Kremlin,  » annonçait saint Maximilien Kolbe. Ne sera-ce pas aussi, selon son vœu, l’œuvre des Missionnaires de l’Immaculée que cette conversion fulgurante des peuples de la Russie  ? Il l’affirmait sereinement, héroïquement à la face des francs-maçons anticléricaux et socialistes qui, dès ce moment-là, minaient l’Église polonaise. (…)

Ainsi, à la lumière de Fatima, nous évoluons de nos convictions spontanées vers une sagesse plus profonde. Hier, la Russie nous paraissait être le peuple satanique par essence, le fléau de l’humanité et nous, l’Occident démocratique, quoique abandonnés, esclaves de toutes nos passions et asservis par notre volonté au pouvoir franc-maçon et à son capitalo-socialisme athée, nous nous flattions d’être le Monde libre, nations bénies de Dieu, assurées de sa protection contre tout assaut de l’Ennemi.

Maintenant la Russie nous apparaît sous un tout autre jour, comme un peuple possédé par Satan. Je dis  : possédé, parce que la possession est la saisie et l’oppression d’une créature par le démon, mais malgré elle. Ce terrible état qui n’est en soi nullement coupable, au contraire est souvent un méritoire et mystique martyre. Et il dépend de Dieu seul que cet état dure ou disparaisse en un instant. (…)

De la Russie tourmentée, exténuée, la Vierge Marie est établie gardienne. Elle saura l’exorciser, la délivrer par la Puissance divine dont elle est Médiatrice. Il suffit que cette possédée lui soit consacrée, officiellement, par le Pape et les évêques du Monde libre. Libre, mais infesté par Satan. Là est le point noir, le seul point noir dont dépendent l’avenir du monde et le salut de millions d’âmes. (…)

L’ANCIENNE RUSSIE, SES VERTUS ET SES TARES

Pour sortir de cette incroyable ignorance, ou plutôt, de cette méconnaissance totale où nous sommes des Slaves en général et des divers peuples de la sainte Russie. C’est Soljénitsyne qu’il faut lire. (…)

Ce qui m’a inspiré confiance, à sa lecture, c’est qu’il reconnaît, dans son amour de sa patrie bien-aimée, cependant, «  les fautes du passé  », qu’il veut que l’on distingue des «  vices du système  », qui est le marxisme.

Une telle objectivité l’autorise à dénoncer tant de travaux de «  savants occidentaux  », qui «  passent presque sous silence l’histoire spirituelle d’un pays millénaire, comme si celle-ci n’avait eu aucune influence (méthode marxiste) sur le cours de l’histoire matérielle.  »

Il y a évidemment en Russie bien des races et des peuples divers. (…)

Certains de ces peuples conquis par l’Empire soviétique, étaient sauvages, idolâtres, incultes et le sont restés. D’autres étaient chrétiens depuis des siècles et le sont encore, tout possédés qu’ils sont par ce “ Vatican diabolique ”, et par lui abrutis, ahuris, corrompus. Ces peuples opprimés ont une âme.

Un peuple vaut sans doute, dans le moment, ce que valent ses gouvernants. Mais il vaut en profondeur, et c’est à ces profondeurs que descend le regard de la Mère des chrétiens, ce que vaut sa tradition qui est, en réserve, son âme véritable. Eh bien, ce peuple est profondément chrétien, peuple évangélique par excellence, et point du tout marxiste, si j’en crois mon maître en cette connaissance, Mgr Rupp, l’un des princes de l’Église, en tout cas le Français qui connaît le mieux l’âme slave, les Églises d’Orient.

Peuples envahis, agressés sur toutes leurs frontières au long de leur histoire difficile, et jamais envahisseurs  ! Peuple innocent, victime des influences étrangères, pernicieuses après avoir été excellentes, grecques d’abord, fort peu romaines, hélas  ! puis constamment protestantes, anglo-hollandaises et germaniques, prussiennes s’entend. Peuple communiste au sens ancien et pur de ce mot dévoyé, communautaire, assoiffé de partage et de pitié, malheureusement soumis à des formes d’autocratisme et de servage absolument étrangères à sa tradition.

Nous voudrions connaître à fond l’histoire de ce peuple afin de mieux comprendre les prédilections et les desseins divins providentiels. (…)

L’ADMIRABLE CHRÉTIENTÉ KIÉVIENNE

Les Slaves fondent Kiev et Novgorod au VIIIe siècle. Les Normands de Rjurik se taillent au siècle suivant un immense empire aux frontières indécises de la Baltique à la mer Noire. Mais je mets en garde mon lecteur… Toutes les origines sont obscures.

Normands et “ Russ ” de Kiev descendent en 860 assiéger Constantinople. Ils sont repoussés par l’intervention de la Theotokos, la B. V. Marie Mère de Dieu. Paradoxalement, puisque ce fut leur défaite, les Russes continuent d’en célébrer le souvenir le 1er octobre, fête de l’Intercession, depuis longtemps oubliée par les Grecs  !

saints Cyrille et Méthode

Saints Cyrille et Méthode

C’est à la suite de cette première rencontre que Constantinople s’occupe d’envoyer des missionnaires à ces barbares. Ce seront les grands saints Cyrille et Méthode qui évangéliseront les Bulgares et baptiseront leur roi Boris. Ils feront des chrétiens à Kiev puis poursuivront leur extraordinaire marche apostolique jusqu’au centre de l’Europe, en Moravie, où ils se heurteront d’ailleurs aux Francs germaniques de rit latin qui réprouveront et combattront leur liturgie en slavon. Le voyage que les deux frères effectueront à Rome en 867 leur obtiendra pourtant du pape Adrien II toute liberté en ce domaine. Ce sont eux qui traduisirent les Évangiles en slavon et les fixèrent par écrit en inventant une écriture nouvelle, un glalolitique amélioré, le “ cyrillique ”. Ils sont en cela vraiment les fondateurs de la civilisation russe.

L’évangélisation reprendra au siècle suivant, par des prêtres bulgares, et connaîtra un succès merveilleux. Sainte Olga, princesse de Kiev, baptisée en 954, amène son petit-fils, le grand-prince Vladimir, à se convertir. Il se fait baptiser, lui et tout son peuple, en 988, tel Clovis cinq cents ans plus tôt, et de débauché qu’il était, il devient saint d’un seul coup. Son royaume de Kiev est le modèle des États chrétiens, aux mœurs évangéliques, comme devint après le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911) la Normandie de Rollon. La petite-fille de S. Vladimir épousera Henri Ier de France et instaurera à Soissons le même système de sécurité sociale que son grand-père avait établi à Kiev. À sa mort, l’un de ses fils resté païen tue deux de ses frères, pour les supplanter  ; ceux-ci, pour avoir préféré mourir plutôt que de livrer un combat fratricide, deviendront les saints préférés du peuple russe, S. Boris et S. Gleb, les Innocents sacrifiés   !

Sous le règne du prince Iaroslav (1019-1054), le royaume de Kiev atteint son apogée. Mais son rayonnement missionnaire, sa haute civilisation, se maintiendront ainsi deux siècles durant, jusqu’à l’invasion mongole des Tatars de la Horde d’or, en 1240. Alors Novgorod reprendra le flambeau, conservera le patrimoine. Encore que les Ukrainiens contestent que Kiev ait été détruite et que sa civilisation ait été anéantie…

L’ÂME RUSSE

Quoi qu’il en soit, c’est à Kiev que s’est façonnée l’âme russe, faite de radicalisme évangélique, d’un sens violent du péché et d’un élan égal vers la sainteté  ; et son désir obsédant de purification et de transfiguration allant jusqu’à la hantise d’une rédemption universelle et même cosmique. Le nœud de ce mysticisme est assurément cette pitié viscérale que le Russe, si souvent tenté par le vertige de la cruauté inutile, éprouve pour la “ souffrance innocente ”, pour le “ juste persécuté ”. Qu’y a-t-il de plus évangélique qu’un tel sentiment, si profondément imprimé dans l’âme slave devenue chrétienne  ?

Ajoutez à cela, non point inspirés par l’immensité des plaines et leur monotonie, mais par la méditation évangélique, ces autres caractères fondamentaux du mysticisme russe populaire, le sens communautaire, le détachement des biens terrestres satisfait par les pèlerinages des pauvres gens, pérégrinations sans fin d’un monastère à un autre, et l’éblouissement des âmes dans l’exubérance de la liturgie byzantine et le flamboiement des iconostases, et vous connaîtrez, vous aimerez l’âme russe.

LES SAINTS RUSSES

De cette première civilisation kiévienne, les saints furent les inspirateurs et les créateurs. Saints reconnus par l’Église romaine, il faut le remarquer, et bien au-delà du Schisme de Byzance en 1054. Ces saints habitent encore aujourd’hui la mémoire populaire.

Au-dessus de tous, préférés à tous, les «  saints ayant souffert la passion  », Boris et Gleb (…), saints moines, princes chrétiens, enfin grands évêques, et startsi, sorte de moines charitables qui se laissent assaillir dans leur solitude par le pauvre peuple, éternel pèlerin, avide de conseils et de consolations spirituelles.

La vitalité du christianisme russe est assurée. La liturgie byzantine en est la nourriture essentielle  ; comme le culte des icônes, la dévotion aux saints Apôtres Pierre, Paul, André, et plus que tout, à la Vierge, dévotion empreinte d’un immense respect dans une grande familiarité.

Cette Église kiévienne puis moscovite demeure selon la volonté de ses saints fondateurs, Cyrille et Méthode, attachée à Rome. Catholique, contrairement à ce qu’on imagine, elle le restera tout naturellement longtemps après le Schisme grec. Cette fidélité durera des siècles encore, malgré les métropolites de Kiev, Grecs envoyés de Byzance et fanatiquement ennemis du nom latin. La «  Soborny  », idée russe par excellence, c’était le mot qu’avait choisi S. Cyrille pour traduire en slavon le concept de catholique. Les Russes y tenaient.

L’ÂGE D’OR DE LA CHRÉTIENTÉ RUSSE

Chassée, ou tout au moins gravement perturbée par les incessantes vagues dévastatrices de Tartares dans les plaines méridionales, la civilisation chrétienne se réfugie aux XIIIe et XIVe siècles dans les impénétrables forêts du Nord. Lentement, elle renaît à Novgorod, à Rostov, puis à Moscou où le métropolite Pierre fixe son siège en 1325. La cathédrale de l’Assomption qu’il y bâtit devient la primatiale de toute la Russie.

Trinité-Saint-SergeC’est alors qu’un saint anachorète, S. Serge de Radonège fonde, non loin de Moscou, la laure de la Sainte-Trinité, sous la règle de S. Théodose de Kiev, en 1344. Des foules y accourent et le rayonnement spirituel du monastère accompagne l’ascension politique de Moscou, érigée en capitale par le prince Jean Ier. Comment ne pas évoquer notre Saint-Denis, près de Paris, abbaye royale  ? Et quand le 8 septembre 1380, à Koulikovo, le Grand Prince Dimitri livre bataille aux Tatars de la Horde d’or, S. Serge en prière soudain se relève, transfiguré, et annonce à ses moines  : «  Nous avons vaincu  !  » Comme fera, exactement, S. Pie V à Rome au jour et à l’heure même de la victoire de Lépante en 1571.

La mort du saint, dont le corps est demeuré intact et souple, augmente encore le rayonnement de la Trinité-Saint-Serge, monastère devenu ville, Ville sainte et cœur de l’Église russe, dont provigneront 254 monastères au cours des deux siècles suivants.

LE SCHISME, COMMENCEMENT DES MALHEURS

Le schisme de Moscou s’érigeant en «  Troisième Rome  » fut le commencement de tous les malheurs de ces admirables peuples chrétiens de la Russie d’Europe. Et je dois le dire parce que cette rupture pèse encore sur le monde de maintenant, et parce qu’il en est bien question, de cette rupture, à Fatima quand la Vierge Marie annonce «  la conversion de la Russie  ». Mais procédons par ordre…

LE MYTHE TSARISTE DE LA “ TROISIÈME ROME ”

Jusqu’aux lendemains du Concile de Florence, en 1439, on ne peut dire que les peuples de Russie, kiévien et moscovite, aient formellement rompu avec Rome, comme voulut bien le rappeler Pie XII, dans son encyclique Sacro vergente anno de 1952. Malheureusement ce concile qui fit l’union, ô combien fragile et brève  ! entre Rome et Byzance, allait être cause de la séparation définitive de Moscou d’avec l’une et l’autre obédience. Il faut savoir, et il faut proclamer que la responsabilité du schisme est entièrement celle du grand-prince Basile, et non celle du métropolite Jonas que celui-ci imposa à l’Église de Moscou à la place du métropolite Isidore de Kiev, revenu de Florence apôtre ardent de l’Union.

Cet acte de césaropapisme fut le commencement des malheurs. (…) Funeste rupture, consommée au concile de Moscou de 1448  ! À partir de laquelle la sobornost, cette unité de communion spirituelle et fraternelle, tant exaltée en Russie, va perdre rapidement son caractère mystique pour revêtir l’aspect contraint et froid d’une nécessité politique. Tout recul de Rome se solde par un alourdissement du pouvoir temporel, cette loi ne connaît pas d’exception. L’humiliation de l’empereur germanique à Canossa (1077) sauva l’Occident pendant cinq siècles, et le monde latin jusqu’aux révolutions contemporaines, du fléau du césaropapisme. Le coup de force schismatique du grand-prince Basile l’Aveugle, au contraire marque l’avènement de l’autocratisme en Russie et le début du déclin de la spiritualité moscovite. S’il y a une filiation à rechercher entre le régime soviétique et le régime tsariste, c’est dans le schisme de 1448 qu’il faut la dénoncer.

Du métropolite de Moscou, asservi au pouvoir, les monastères s’émancipent bientôt pour conserver leur liberté spirituelle, mais ils entrent en luttes doctrinales les uns contre les autres. (…)

La Russie méridionale, Ruthénie et Ukraine de Lviv et de Kiev, conquis par la Pologne, se séparent de Moscou pour se réunir à Rome, par l’Acte d’union de Brest-Litovsk (1595). Enfin, et c’est sans doute le plus pernicieux, à la hiérarchie officielle, fonctionnarisée, va s’opposer graduellement une religion populaire qui se raidit contre les innovations mais aussi contre les réformes les plus judicieuses, gardant ses admirables traditions hélas mêlées de rites étranges au symbolisme oublié. (…)

LE DÉPÉRISSEMENT DE LA RELIGION SOUS LE RÈGNE DES AUTOCRATES

LES AUTOCRATES

Ivan III

Ivan III

Ivan III commence à se faire nommer tsar, c’est-à-dire césar. Il étend immensément la Grande-Principauté de Moscou et fonde l’État moscovite. Ce fut un très grand prince, convaincu de la mission divine du peuple russe dans un monde dévoyé et corrompu. Mais sa gloire réelle devait être éclipsée par la renommée farouche de son petit-fils…

Ivan IV le Terrible (1533-1584), que le peuple surnommera le monstre après le massacre de Novgorod, est couronné tsar par le métropolite de Moscou durant une fastueuse liturgie, en 1547, et ainsi devenu le «  représentant de Dieu sur toute la Russie  », le premier il prit des allures de parfait autocrate, avec la volonté de créer un empire universel orthodoxe. (…)

Luther dans le même temps se faisait «  le théoricien de l’absolutisme, l’apologiste de la force  », et cela au nom de l’Évangile. Le plus bel exemple de cet évangélisme nouveau est certes celui du grand maître de l’ordre teutonique, Albert, qui abandonne ses vœux, fait des territoires de l’ordre une principauté laïque, se marie à une princesse de Danemark, apostasie et fonde la dynastie des Hohenzollern, princes puis rois de Prusse, cet état militaire qui fera de l’Allemagne «  le chien enragé de l’Europe  » (Bainville)… et le perpétuel séducteur de la Russie.

Je n’excuse pas Ivan le Terrible. Libéré de Rome, son pouvoir n’avait plus de frein… Mais que d’émules il avait en Europe, à l’époque  ! Et convenons que Staline doit beaucoup plus aux théories de Luther et aux exemples des Hohenzollern qu’à ceux des tsars sacrés de la sainte Russie. (…)

La dynastie des Rjurik tombe et disparaît après sept siècles de service de la civilisation chrétienne russe, victime de son schisme, victime de ses excès, en 1598. Alors viennent les «  Temps troubles  », demeurés inscrits dans la mémoire russe comme des temps de grande misère, d’invasion et d’anarchie (1605-1613). (…) Enfin les Polonais battent en retraite et Michel Romanov est élu tsar. Sa dynastie régnera trois cents ans (1613-1917), jusqu’à d’autres “ temps troubles ”  !

LES LUTTES INTESTINES DE L’ÉGLISE RUSSE

Avec retard, la Russie entre dans le grand mouvement européen de la Renaissance et de la réforme religieuse déclenchées en Occident par l’afflux des manuscrits anciens, réchappés de la ruine de Constantinople, l’invention de l’imprimerie et cent autres causes. (…)

Malheureusement, faute de l’autorité souveraine de Rome et d’institutions comparables par leur science et leur discipline aux grands ordres religieux catholiques, les réformateurs moscovites ne pourront mener à bien une si vaste entreprise (…). Le Concile de 1666 consomme la rupture, définitive pourrait-on dire, entre l’Église établie et le mysticisme populaire russe, entre les raskolniki, les Vieux-Croyants, partisans de l’intégrité de la vieille tradition russe, et les innovateurs Grecs et Latins, ces suppôts de Satan  ! (…)

Pour nous en sortir, nous aurons toujours le Pape, tandis qu’ils eurent un autre Pierre surnommé l’Antéchrist  ! Les raskolniki connaîtront une fin cruelle, en 1682. Le Raskol survivra comme une plaie vive, formant hémorragie, au flanc de l’Église moscovite. C’est un fanatisme pour Dieu devant lequel on ne peut que s’incliner, même si nul ne saurait l’approuver. Le peuple russe ne l’a jamais oublié.

L’ANTÉCHRIST EN RUSSIE EST ALLEMAND

Pierre le Grand

Pierre le Grand

Viennent alors les temps maudits. Pierre Ier les inaugure (1682-1725). Surnommé le Grand par ses courtisans et les historiens occidentaux, il fut communément appelé par le peuple russe l’Antéchrist. Mais son plus exact titre serait Pierre Ier l’allemand (…). Il déteste son peuple, il méprise son propre clergé qu’il trouve «  ignorant et rétrograde  ». Dès l’enfance, il ne se complaisait que parmi les luthériens du faubourg allemand de Moscou. Il s’empare des biens ecclésiastiques. Il crée un «  saint-synode  » pour être l’instrument servile de sa domestication de l’Église. Enfin il trouve dans le moine Théophane Procoviev l’instrument dont il rêve pour la protestantisation, ou la germanisation, de Moscou. Le misérable poursuivra son œuvre impie jusque sous le règne d’Anna Ivanovna.

Catherine II

Catherine II

Catherine II avancera encore dans la voie de ce despotisme, de cette mise en servage de toute une immense nation, à la mode prussienne, si contraire au génie slave. N’oublions pas quand même, que cette fameuse “ Catherine de Russie ” était aussi peu russe que possible. Elle était saxonne… comme Luther  !

Dans ces conditions, qui oserait imputer à l’impérialisme russe séculaire, les trois partages de la Pologne complotés sous le règne de la Saxonne, entre elle, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche  ?

LES TÉNÈBRES CONTRE LA LUMIÈRE

Mais voici l’admirable, totalement ignoré des historiens modernes. Au même moment où les démons de l’Allemagne protestante et rationaliste se jetaient sur Moscou, la «  Petite Russie  », comme voulut qu’on l’appelât Pierre le Grand, l’Ukraine, connaissait un merveilleux réveil religieux sous l’influence des universités catholiques de Pologne. (…)

On faisait l’Ounia, sans le dire, passant du catholicisme à l’Orthodoxie et vice versa, comme d’un rit à un autre. La Russie se catholicisait  !

Saint Dimitri de Rostov

Saint Dimitri de Rostov

Saint Dimitri de Rostov est le plus remarquable de ces Kiéviens, répandant avec ardeur les doctrines de la contre-réforme catholique au cœur même de la Russie, y provoquant un renouveau de ferveur eucharistique et y instituant la dévotion au Sacré-Cœur, dès 1689, l’année de Paray-le-Monial  ! Jamais ne fut plus proche, imminente même, la conversion de la Russie à l’éblouissante vérité et gloire de l’Église romaine.

De même les jésuites s’installèrent à Moscou sous le règne de cet “ Antéchrist ” auquel ils plurent, eux aussi, par leur prestige intellectuel et moral. Ainsi la Russie allait-elle demeurer, comme la France, pendant tout le XVIIIe siècle, le champ de bataille des deux religions, des deux civilisations, des deux formes permanentes de l’esprit moderne, la latine et la germanique, la catholique romaine et la luthéro-calviniste. Par la force de l’autocratie, c’est l’esprit germanique qui l’emporta cent ans durant, de 1694 à 1796. Mais les ténèbres ne réussirent pas à étouffer si bien la lumière qu’elle ne resurgisse au premier souffle de liberté.

LE RÉVEIL MYSTIQUE RUSSE AU XIXe SIÈCLE

Le renouveau encore une fois viendra du Sud profond. Du monastère de Niamtsij en Moldavie, initiateur de la «  prière de Jésus  » (philocalie) ou prière perpétuelle, appelée aussi l’hésychasme (de hésukia, tranquillité, repos intérieur), qui allait provoquer un immense courant de ferveur dans toute la Russie.

Les Récits d’un pèlerin (1860), montrent l’immense influence de ces startsi sur les foules russes, un peu semblables à celles qui accouraient à Ars à la même époque comme plus tard à Lourdes, à Paray-le-Monial et à Lisieux. Ici et là, cette piété populaire allait sauver la France, la Russie, du dessèchement rationaliste et du libéralisme pervers auxquels s’abandonneraient les hautes classes de la société et surtout l’intelligentsia éprise de culture allemande.

Signe indiscutable du réveil de la foi russe à cette époque, la construction d’églises de village, innombrables, aux touchants clochers à bulbe. Cette piété populaire, d’ailleurs partagée par une grande part de la noblesse, et par la famille impériale à un haut degré, jettera ses derniers feux avant la tourmente à Saint-Pétersbourg même, dans le rayonnement de Jean de Cronstadt.

LA RÉVOLUTION  ? UN ATTENTAT ANTIRUSSE  !

Comment donc un tel empire a-t-il pu tomber démocratiquement, volontairement, dans la révolution antichrétienne, antinationale, la pire de l’histoire humaine  ? (…).

Durant ce XIXe siècle dramatique, les tsars de Russie vécurent en bons et honnêtes princes, épris du bien de leurs peuples. Ils assumèrent tous leur mission de Représentants de Dieu sur la terre de Russie et de Défenseurs des peuples orthodoxes. Ils maintinrent sans réelle difficulté l’union paisible des diverses ethnies de leur immense empire par la seule allégeance à leur Personne sacrée, et cela même au temps de la «  russification  » forcée qu’on leur a justement reprochée. Les autonomismes ne représentèrent jamais des mouvements importants, sauf lorsqu’ils furent soulevés par des organisations maçonniques et révolutionnaires, à la solde de l’étranger prussien, surtout prussien  ! anglais et parfois même français.

L’erreur des tsars depuis la Révolution de 1789, celle de tous les princes européens, fut de croire à la possibilité d’un compromis avec la révolution. Et d’admettre que le régime constitutionnel était devenu un droit des peuples, une acquisition définitive et inviolable de la liberté  ! (…)

Le peuple russe et son tsar bien-aimé se trouvèrent cent ans durant l’objet d’une guerre subversive implacable, faite de violences terroristes dans le pays, d’intoxication idéologique parmi l’intelligentsia gagnée à la philosophie allemande et détachée de la foi et de la tradition russe, avec le soutien assuré d’une propagande internationale, mi-partie naïve, mi-partie payée.

Je regrette  ! C’est la tsarine Alexandra, princesse d’une intelligence supérieure, et accessoirement Raspoutine, son starets illuminé et, dit-on, débauché, qui avaient raison en prêchant à Nicolas II, nouveau Louis XVI, la fermeté en face des agitations et trahisons de Saint-Pétersbourg. Il fallait renvoyer la douma et faire donner la troupe contre les bolcheviks à la solde de Berlin. Au lieu d’abdiquer, et de livrer ainsi son peuple, contre sa volonté, à la terreur révolutionnaire. Nicolas II n’eût pas dû s’y résoudre. Ce fut sa plus grande faute.

Famille du tsar Nicolas II

Nicolas II entouré de sa famille.

MARTYRS ET DÉMONS

L’honneur impérissable du dernier des Romanov a été de périr dans cette tourmente, lui, la tsarine, le tsarévitch et les tsarevnas, pour sa fidélité à son Dieu, à sa nation et à ses alliés. Il avait déclaré la guerre à l’Autriche pour défendre la Serbie, nation slave dont il se considérait comme le défenseur né, en vertu de son rôle sacré de Protecteur de l’Orthodoxie. Il poursuivit cette grande guerre en y engageant loyalement toutes les forces russes dès 1914 dans la seule pensée de soulager les Alliés, de leur obtenir un répit, et ce fut notre “ miracle de la Marne ”, puis en 1915 et 1916, rendant possible la résistance de Verdun. C’était encore son unique volonté en 1917 pendant que le méprisable Kerenski l’acculait à l’abdication.

Prisonnière des bolcheviks, ou plus précisément d’une poignée de révolutionnaires juifs, la famille impériale manifesta la plus grande noblesse de sentiments, la plus vive piété orthodoxe, l’attachement le plus profond au peuple russe. (…) Ils furent tous ensemble massacrés, avec leurs derniers serviteurs, le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg, par un groupe de prétendus prisonniers allemands, tueurs juifs envoyés par Moscou. (…)

C’est édifiant. On est fondé à en conclure qu’ils furent tués par des diaboliques, en haine de la foi chrétienne et de la patrie russe. Ainsi sont-ils devenus les effigies les plus émouvantes de ces «  saints ayant souffert innocemment la passion  », qui sont l’objet de l’infinie vénération du peuple russe depuis les origines. C’en est assez pour justifier leur canonisation, à laquelle procéda naguère l’Église russe hors frontière  ; accomplissant ainsi le premier acte contre-révolutionnaire de résurrection de la Sainte Russie.

Quant aux démons qui s’emparèrent le 25 octobre du Palais d’hiver, leur prise de possession du pouvoir souleva à Saint-Pétersbourg puis, comme un train d’ondes, à travers tout l’empire et dans l’immense armée russe, de la stupeur, puis de l’effroi et enfin une horreur, une haine universelle. La liberté annoncée se mua aussitôt en terreur organisée, et les «  soviets  », version moderne de la «  sobornost  » ou communauté de frères, ne durèrent pas trois mois. (…)

L’idéal de la Commune  ? Proclamé le 25 octobre 1917, il a péri le 5 janvier 1918 sous la Terreur. Le peuple russe tombait à son tour, comme nous en 1793, sous la possession diabolique d’un nouveau jacobinisme…

LA CONTRE-RÉVOLUTION CHRÉTIENNE RUSSE

De grands penseurs russes ont constitué dès 1830 pièce à pièce toute une doctrine de contre-révolution parfaitement adaptée à leur peuple, en leur siècle, doctrine de contre-révolution russe et donc chrétienne, les meilleurs ont précisé  : et donc nécessairement de contre-schisme et de conversion catholique. N’ayant pas été écoutés, ils ont compris et annoncé, comme des prophètes  ! que la grande révolution diabolique tomberait bientôt sur leur malheureux pays. Mais, plus mystiques que nos maîtres français, ils crurent et ils annoncèrent que leur peuple, purifié par la souffrance, renaîtrait. C’est pourquoi ils sont aujourd’hui pour les Russes de Russie et ceux de l’émigration les maîtres de la renaissance à venir. (…)

LES SLAVOPHILES, NATIONALISTES CHRÉTIENS

Sous le nom d’occidentalisme, l’engouement, pour Kant, Hegel, Schelling et Schopenhauer, et plus tard pour Marx et pour Nietzsche, ayant produit à Saint-Pétersbourg et à Moscou la déchristianisation des élites intellectuelles et administratives, et la perte sèche de tout patriotisme, de tout sentiment russe, les meilleurs esprits ont très tôt découvert la vertu du «  nationalisme  », et non pas d’un nationalisme révolutionnaire, mais tout simplement d’un nationalisme conservateur, admiratif et passionné de leur propre patrimoine. Ils s’intitulèrent «  slavophiles  ». Slaves, ils seraient fiers de l’être et penseraient heureux de le demeurer plutôt que de céder à la tentation de copier servilement l’Europe, l’Occident, germanique, nordique ou anglais. (…)

Le mysticisme russe trouve sa source secrète dans la compassion de l’âme slave chrétienne pour «  l’innocent qui a subi la Passion  ». La Sainte Russie aspirait au renoncement, au sacrifice avec le Christ. La malheureuse  ! elle l’a reçu en don plus qu’aucune autre nation. Mais, fidèle à sa vocation, elle attend du Christ et de la Vierge Immaculée sa résurrection.

LE PANSLAVISME CATHOLIQUE

L’idée russe moderne de la Monarchie universelle, «  aspiration éternelle des peuples  », que l’alliance du Pape catholique et de l’Empereur slave seule pourrait réaliser, par la réconciliation en leurs personnes de l’Orient et de l’Occident, allait devenir chez Soloviev l’«  œuvre messianique  » par excellence comme le dit Strémooukhoff, d’autres l’avaient envisagée, déjà, du côté catholique, avec moins d’ampleur mais avec un stupéfiant réalisme sous le nom de «  panslavisme  » (…).

Ainsi les Croates travailleraient-ils à se libérer de la tutelle autrichienne en même temps qu’ils aideraient les Serbes leurs frères, orthodoxes, à secouer la domination musulmane.

Pour réaliser ce dessein grandiose, capable de beaucoup avancer d’un seul coup le Royaume de Dieu sur la terre, Krijanitch prêchait à Moscou la réconciliation de la Russie avec Rome  ; elle serait facile, disait-il, parce que les Russes n’avaient sombré dans le schisme que par ignorance et non par hérésie ni par malice. Lui déjà leur prêchait la reconnaissance, par chacun, de ses propres fautes, fussent-elles inconscientes ou involontaires, et leur expiation. Les bénédictions de Dieu s’ensuivraient, immenses, éternelles.

Nous verrons plus loin comment un autre Croate, Mgr Strossmayer (1815-1905), dont la devise était «  Tout pour la religion et la patrie  », redonnera vigueur au panslavisme à la fin du XIXe siècle et en persuadera aisément Soloviev. «  Il était convaincu, dans son amour de la Russie, que seule la “ réunion des Églises ” pourrait d’une part sauver la Russie des désordres révolutionnaires et d’autre part infuser une force nouvelle à Rome.  » (Strémo., p. 192-193)

Mais ce plan grandiose et sage, qui n’a pas réussi avant le malheur, pourquoi ne serait-il pas la voie sainte de l’avenir  ? Léon XIII n’avait-il pas dit de ce projet d’un panslavisme catholique  : «  Bella idea, ma fuor d’un miracolo è cosa impossibile  »  ? Le miracle est promis. Nous le verrons.

DOSTOÏEVSKI LE CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE

DostoïevskiFiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881) est connu de tous. À l’égal de Tolstoï, ce qui est une absurdité. Tolstoï est inutile, faux et pernicieux. Dostoïevski est le premier des trois grands convertisseurs du peuple russe en état de possession diabolique prétendue socialiste soviétique, en fait judéo-marxiste. Il l’est d’abord à titre de témoin, étant passé lui-même par les trois étapes de ce drame russe qui est l’expression de la tragédie humaine par excellence, celle de l’orgueil et de la chute, de l’expiation et enfin de la résurrection. Mais il l’est aussi parce qu’il a su livrer les fruits de son extraordinaire expérience de «  possédé  » exorcisé, délivré, et mettre en garde son peuple contre l’orgueil idéaliste et l’utopie révolutionnaire, crime et apostasie qui mènent l’homme et la société tout droit dans l’enfer de cette vie en attendant l’autre, dans une œuvre littéraire dantesque, il n’y a pas d’autre mot, qui d’emblée s’est rangée parmi les chefs-d’œuvre du trésor commun de l’humanité.

Maintenant, je ne comprends pas qu’on puisse écrire sur Dostoïevski en dehors de Soloviev et autrement qu’il ne l’a compris et expliqué, lui, son ami, à la fois son disciple et son maître, dans les trois Discours superbes qu’il a prononcés à sa gloire au lendemain de sa mort.

UN ITINÉRAIRE SPIRITUEL EXEMPLAIRE

(…) D’abord membre actif du nouveau mouvement social, il participe au soulèvement révolutionnaire européen de 1848. Arrêté, condamné à mort, gracié in extremis, c’est un autre homme, humilié mais sauvé, qui prend alors le chemin de la Sibérie, un petit Évangile sur le cœur pour unique viatique.

Revenu de ses dix ans de bagne (1849-1859), il a compris l’injustice de ses aspirations révolutionnaires (…). Pendant vingt-deux ans de vie il peint cette immense fresque prophétique du drame révolutionnaire, athée, inhumain, auquel il oppose l’intime fidélité des humbles à leur peuple où règne la foi vivante au Christ. Il dénonce, sous le voile de la fiction romanesque, dans la pensée socialiste un crime contre le peuple, et dans l’humanisme nouveau un attentat contre Dieu, folle impiété qui conduit l’homme au suicide ou à la damnation.

UN NATIONALISME SACRÉ

Le message politique de Dostoïevski est capital. Il est chrétien, tsariste et populiste, ce qui est une traduction orientale de notre projet à nous, catholique, royaliste, communautaire. C’est ce message que les commentateurs occidentaux ne veulent pas entendre ni répercuter (…). Car le voici, ce «  socialisme ecclésial  », ce nationalisme sacré, conservateur, contre-révolutionnaire, seule sagesse politique qui puisse sauver le monde aujourd’hui, en trois vérités  :

Les personnes privées, même appartenant à la catégorie des « meilleurs » (  !) n’ont pas le droit de faire violence à la société, au nom de leur propre excellence  ; la vérité-justice (la pravda) sociale n’est pas le fruit de pensées privées, mais trouve sa racine dans le sentiment de tout le peuple  ; cette vérité-justice a une signification religieuse et elle est liée à la foi chrétienne, à l’idéal du Christ.

LE VÉRITABLE CHRISTIANISME

Mais le secret de cette sagesse politique, contre-révolutionnaire,… maurrassienne  ! c’est l’humilité évangélique  ! Écoutons le grand Soloviev  : «  Le sens du roman Crime et châtiment est très simple et très clair (…). La violation de la loi extérieure a pour sanction venue du dehors l’exil et les travaux forcés, mais le péché intérieur d’orgueil, séparant l’homme fort du reste de l’humanité et le conduisant au meurtre d’un être humain – ce péché intérieur d’autodivinisation – ne peut être racheté que par un acte héroïque (podwig) intérieur d’autorenoncement. La confiance démesurée en soi doit être effacée par la foi en ce qui dépasse le « moi » et l’autojustification doit s’humilier devant la justice suprême de Dieu, vivant dans les consciences les plus frustes des pauvres gens que les hommes forts considèrent comme d’insignifiants insectes.

«  Le retour à cette foi est l’issue commune à l’aventure de Raskolnikov et de toute société aux mains des démons. Seule la foi en le Christ, vivante dans le peuple, contient en elle-même l’idéal social positif selon lequel l’individu est solidaire de tous… Si nous voulons désigner d’un mot l’idéal social auquel Dostoïevski finit par accéder, ce mot ne sera pas le peuple mais l’Église  ». Ah, oui  ! que c’est beau  !

C’est l’Église qui oppose à la violence et au crime, l’effort moral (podwig), sacrifice extérieur, et acte spirituel d’autorenoncement. «  Cette vérité-justice appartient à l’Église. L’idéal et le but définitifs se trouvent seulement en elle et non dans le monde populaire en tant que tel qui n’est en elle qu’un serviteur. L’Église est la valeur suprême. Elle requiert le service non seulement des personnes privées, mais aussi de tout le peuple. C’est pourquoi l’Église… est le dernier mot auquel Dostoïevski est parvenu et qui a illuminé toute son activité d’une lueur prophétique.  »

Ayant écrit les dernières lignes des Frères Karamazov, Dostoïevski pouvait mourir. Il avait annoncé à sa bien-aimée la Sainte Russie, après l’effroyable descente aux enfers, par sa conversion à la véritable Église du Christ, sa RÉSURRECTION  !

SOLOVIEV, LE PROPHÈTE DU CATHOLICISME

SolovievÀ un tel génie national et chrétien, que pourrait ajouter Vladimir Sergueïevitch Soloviev (1853-1900), philosophe sans cesse en recherche, «  dont toute la vie fut une ascension continue vers la vérité  » (D.T.C., col. 362)  ? Je réponds sans hésiter  : la sainteté, l’unité, l’apostolicité, la catholicité de Rome  ! Soloviev, que je tiens pour le plus grand génie du XIXe siècle, ajouta au nationalisme chrétien de son ami un catholicisme vraiment universel et une vision mystique absolument supérieure(…).

LE MÊME ITINÉRAIRE, RÉACTIONNAIRE

Né d’une honorable famille moscovite d’ascendance en partie kiévienne, Vladimir Soloviev sera d’abord, dans un monde où l’Allemagne seule compte, victime de tous les poisons de l’Occident. Il se racontera  : Matérialiste zélé à l’âge de treize ans, lecteur de la Vie de Jésus de Renan à quinze, évolutionniste et donc (  !) athée, nihiliste à dix-huit ans, en 1871. Voilà un début de carrière intellectuelle typiquement russe “ occidentaliste ”.

Spinoza puis Schopenhauer le tirent de ce vide sans fond. Sur ce, en 1872, une mystérieuse rencontre avec «  la Sagesse  » (  ?) le tire soudain du naturalisme scientifique où il végétait et lui rend sensible, dit-il, la Beauté invisible, la «  Sophia tou théou  », fille de Dieu qui le rend témoin fervent de son habitation dans le monde et de son désir d’incarnation totale, de royauté universelle. Sa quête de la sagesse, scientifique, esthétique, mystique est commencée. Il a dix-neuf ans. Elle ne s’arrêtera plus pour ce pèlerin russe d’un nouveau genre, elle sera d’une inégalable fécondité, dans son émouvante brièveté. Il meurt d’épuisement en 1900, à l’âge de quarante-sept ans  !

(…) Quand Dostoïevski mourut, les deux amis en étaient rendus à ce point d’une critique universelle où ne trouvait plus grâce à leurs yeux que la religion profonde, encore intacte, du saint Peuple russe, appelé à la grandiose mission de convertir l’Orient gréco-byzantin et l’Occident latin et germanique, et de présider à leur réconciliation définitive, prélude à un âge nouveau de sagesse totale et universelle.

LA CONVERSION DE LA RUSSIE, PAIX DU MONDE

En 1881, Soloviev passe de la théorie à l’action afin de travailler à la transformation d’un monde devenu mauvais, par l’incarnation de la sagesse divine qui s’est révélée à lui, pure, parfaite, universaliste. Il fonde son espoir d’abord sur le Peuple russe et sur son tsar qui doit en être la figure divine, le guide religieux, la sagesse vivifiante (…). Déçu par l’indignation que soulève son discours évangélique, Soloviev constate que son peuple n’est plus ce qu’il était, ce qu’il doit redevenir. La hiérarchie n’est qu’une «  Église locale  » affaissée, sécularisée, qui aurait besoin, pour se redresser et revivre, de l’ouverture à «  l’Église universelle  ». Qui ne se trouve ni à Moscou ni à Byzance, mais à Rome  ! Soloviev découvre «  le mystère pétrinien  ». C’est son premier dépassement de Dostoïevski.

Il se tourne vers Rome, le «  centre de l’unité  », le seul authentique «  pouvoir d’une autorité ecclésiastique  » souveraine, apostolique, universellement reconnue. «  Du reste, voici ma pensée  : D’abord et avant toutes choses, travailler à restaurer l’unité de l’Église, et que brûle le feu de l’Amour dans le sein de l’Épouse du Christ  !  » Que cette maxime soit la nôtre  !

Il entreprend donc l’étude historique de la question et conclut à la nécessité d’une réunion de toutes les Églises particulières autour du pape de Rome, car il n’y a plus que «  Rome ou le chaos  », Rome dont l’anagramme est plus qu’un hasard, un signe providentiel, mais une définition  : ROMA, AMOR. Deux œuvres magistrales, qui témoignent de son immense génie, tracent encore pour la Russie de l’avenir le chemin du retour à l’Église catholique romaine, La Russie et l’Église universelle, et Histoire et Avenir de la Théocratie.

C’est alors que Soloviev entre en relation avec Mgr Strossmayer. Et, tandis qu’il lui exprime sa conviction que «  nous, Russes orthodoxes, et tout l’Orient, nous ne pouvons rien faire avant d’avoir expié le péché du schisme ecclésiastique et avant d’avoir rendu au pouvoir pontifical ce qui lui est dû  », le grand évêque croate lui répond que les Russes ne lui paraissent nullement coupables de la séparation des Églises, dont ils ont été bien plutôt les victimes, et qu’ils sont appelés à être, derrière leur tsar, les bons ouvriers de la Réunion.

Sans doute, ni d’un côté ni de l’autre les Églises ne pourront ou voudront suivre ces extraordinaires précurseurs. L’heure n’était pas encore venue du podwig, de l’autorenoncement, de la sincère réconciliation dans la vérité-justice, la pravda, pour la restauration de la toute divine unité de communion dans l’amour, la sobornost. (…)

MAIS AVANT DOIT VENIR L’ANTÉCHRIST

Depuis 1890 et jusqu’à sa mort en 1900, les espérances de Soloviev s’effondrent. Il en conclut que va venir bientôt ce que Dostoïevski a d’avance raconté  : les Diaboliques vont s’emparer de la Russie et la secouer terriblement. Soloviev s’enfonce dans de lugubres pressentiments et voit «  l’imminente catastrophe apocalyptique  » sous la forme d’une révolution doublée d’une invasion asiatique.

En conséquence, écrit-il, il n’y a que trois choses à faire  :

1. Développer la parfaite doctrine chrétienne pour que, dans ces temps d’apocalypse, l’Évangile soit si lumineusement prêché que chaque nation, chaque personne, ait le pouvoir de choisir en pleine connaissance son camp, et que ce soit celui du Christ-Roi. II s’emploie fébrilement à cette ultime élucidation de la Sagesse divine et ce seront les merveilles de son esthétique, dans La Justification du bien (1897).

2. Cesser, durant les persécutions et l’apostasie prédites, de «  rechercher la puissance et la grandeur de la théocratie comme but direct et immédiat de la politique chrétienne  ». Cependant, «  resserrer l’unité morale et religieuse des vrais croyants, ralliés autour de Rome, le critérium définitif étant l’attachement à la vérité  », une vérité qui divise, qui sépare les élus des renégats, et l’horreur de la fausse union de ceux-ci autour de l’Antéchrist.

3. Enfin, combattre l’Adversaire avec les armes de lumière, sûrs du triomphe définitif des chrétiens demeurés fidèles, après une lutte courte et acharnée qui mènera un certain temps à une apparente victoire universelle de l’Enfer. Aussi est-il important de démasquer l’Antéchrist et de préparer malgré lui, contre lui, tout le projet de la politique chrétienne future, qui sera le triomphe universel du Christ-Roi.

C’est ici que, pour la seconde fois, Soloviev dépasse Dostoïevski et de cent coudées. Avec un génie dont je ne connais pas d’égal, il détourne son attention des bruyants annonciateurs des bolcheviks, Marx, Nietzsche, diaboliques incendiaires révolutionnaires, parfaitement connus, pour la porter sur un autre moins tapageur, nullement effrayant au contraire  ! d’autant plus dangereux qu’il corrompt les âmes par la séduction de flatteuses illusions qui ressemblent aux plus émouvantes vérités du christianisme comme deux anges se peuvent ressembler, «  au point de séduire, s’il était possible, les élus eux-mêmes  », ange de ténèbres ici contre ange de lumière là  : Tolstoï, Léon Tolstoï dans toute sa gloire  ! contre Soloviev le «  strastoterptsi  », l’Innocent persécuté pour l’amour du Christ. (…)

Tolstoï, qui s’en souvient aujourd’hui  ? était alors, jusqu’en France  ! le propagandiste d’un christianisme sans dogme et d’une morale sans force, toute sentimentale, d’apparence vertueuse mais quiétiste et par ce biais, vicieuse. Dès 1891, Soloviev l’avait attaqué, comme «  le déprédateur du bien  », le «  falsificateur du christianisme  », sans le nommer toutefois tant son prestige était grand. Des rapprochements suivirent, à l’occasion d’actions charitables où leurs doctrines paraissaient jumelles. Ce n’étaient que trompeuses apparences.

L’un croyait que Jésus-Christ vrai Fils de Dieu fait homme, ressuscité, envahissait positivement le monde et le divinisait par l’Église, et l’Église romaine  ! Il exhortait le peuple russe à se livrer sans résistance à la grâce de Jésus, à accepter le renoncement, le sacrifice, l’humilité évangéliques, et à revenir à l’Unité visible, catholique  ! À lutter de toutes ses forces contre le Mal, en particulier contre tout schisme et toute révolution… L’autre niait la résurrection de Jésus et sa divinité  ; il remettait à l’homme le soin de se perfectionner et de se diviniser lui-même, en suivant les impulsions de son cœur, sans lutter contre le mal, en lui cédant au contraire, prétendant conduire ainsi l’humanité sans encombre vers le bonheur, la paix, la fraternité, le bien-être égal de tous…

En 1899, Soloviev revient à la charge contre des idées qui constituent pour lui «  un mensonge de l’Antéchrist  » Il le fait dans Trois Entretiens, de manière quelque peu romanesque. Le thème du livre est celui de la légitimité de la guerre, que Tolstoï refusait catégoriquement. Soloviev montre dans ce pacifisme, cette non-violence qui est une négation illusoire du Mal et donc de la Rédemption chrétienne, comme aussi de toute lutte contre le péché et de tout renoncement une sorte de bouddhisme et en tout cas une falsification intégrale de la foi chrétienne.

Enfin, préoccupé de voir la Russie se laisser envahir par une ivresse de bonheur, de fraternité indistincte, d’émotions débilitantes et sans raison, d’appels inconsidérés à la liberté de tous et de n’importe quoi, Soloviev met le comble à son service prophétique de la Sainte Russie par sa Brève relation sur l’Antéchrist. C’est l’ultime mise en garde contre l’humanisme tolstoïen qui ouvrira la Russie, si l’on n’y prend garde, et le monde à la ruée des Diaboliques.

Cela se fera, imagine-t-il, par l’ascension prodigieuse d’un homme facile, heureux et souriant, qui «  n’aimera que lui-même  » au point de «  se préférer à Dieu, inconsciemment et involontairement  », à qui tout réussira merveilleusement et qui enseignera à tous, dans un livre aussitôt réputé divin, La Voie ouverte à la Paix et à la Prospérité. Devenu le maître du monde, de fait il réalisera son évangile, en donnant à tous «  l’égalité du rassasiement général  », la paix, la liberté, la culture dans le respect de toutes les valeurs spirituelles. Sous son règne, les hommes apprendront à s’aimer, s’admirer, s’idolâtrer eux-mêmes, non comme serviteurs et vivantes icônes du Christ mais à la place de Dieu, dans l’oubli du Seigneur.

Strémooukhoff conclut très justement  : «  Au fond, le plus remarquable dans la conception soloviévienne de l’Antéchrist réside dans le fait que l’imposteur semble apparaître comme un bienfaiteur de l’humanité, qui réalise ce que Soloviev prêchait lui-même  : l’Empire unique et théocratique, la théosophie, enfin une espèce de théurgie. Seulement l’Antéchrist n’accepte pas Jésus. C’est cette antinomie qui permet à Soloviev de parler de bien falsifié.  » (…)

Ayant dit, Vladimir Sergueïevitch Soloviev s’affaiblit et meurt, non sans avoir reçu les sacrements des mains du pope Bêliaev, dans la communion de l’Orthodoxie russe à laquelle il n’avait jamais manqué, sans pourtant rien renier de son catholicisme de cœur, garanti par l’exemple des Pères du christianisme russe, les saints Cyrille et Méthode, saint Vladimir, et tant de strastoterptsi, d’innocents ayant souffert la passion, et de startsi, tout à la fois slavophiles et romanophiles, sans schisme ni contrainte, dans l’amour de la sainte Église et de la sainte Russie, Règne de Dieu à venir  !

PEUPLES INFESTÉS, PEUPLES POSSÉDÉS

Saint Pie X, l’Ange de pureté et le Docteur de sagesse envoyé par Dieu à son Église en grand danger (1903-1914), voyait lui aussi venir l’Antéchrist, il l’annonça dès sa première encyclique. Et de fait, il le craignait plus sous son personnage tolstoïen que sous tout autre masque, même les plus terrifiants, marxien ou nietzschéen. Et c’est le Modernisme que d’abord il condamna, en 1907, puis son succédané, le Modernisme social qu’il proscrivit par sa Lettre sur le Sillon du 25 août 1910.

Il prévoyait que les peuples commenceraient par s’abandonner aux séductions de la démocratie dite chrétienne, tolstoïenne, qu’ils abandonneraient leur foi et toute vie surnaturelle dans les prestiges intellectuels du modernisme, et qu’alors les Démons leur sauteraient dessus et feraient d’eux leurs esclaves. Soloviev mourant, imaginait un déferlement des Jaunes en Europe. (…)

LE TÉMOIN DE LA VÉRITÉ CAPITALE

SoljénitsyneLe troisième guide spirituel du peuple russe c’est indiscutablement Soljénitsyne, «  l’innocent qui a subi la passion  ». Cela suffit à le désigner parmi tous les émigrés ou expulsés d’URSS comme le plus grand. Je ne dis pas  : les dissidents, le mot porte tort à celui qui s’en pare. Un dissident est un soviétique qui n’est pas content du régime, et allez donc savoir pourquoi  ? Soljénitsyne est un Russe, revenu de l’enfer du Goulag, qui se dresse en témoin du massacre de millions de ses frères, et en accusateur courageux, indomptable, du régime soviétique, de l’idéologie communiste, du parti communiste, et de rien d’autre ou d’à côté, parce que le communisme en soi est inhumain, athée, diabolique, en tout lieu et en tout temps  : de Moscou à Pékin, à Cuba, à Luanda, et de Lénine à Staline, à Andropov. Cela suffit pour le désigner comme le héraut et déjà, le héros du nationalisme russe chrétien, contre-révolutionnaire. Circonstance aggravante pour l’État soviétique, Soljénitsyne est un très grand écrivain, le plus grand romancier russe depuis Dostoïevski.

L’ITINÉRAIRE D’UN HONNÊTE ÉCRIVAIN RUSSE

Sa vocation d’écrivain se fait mission sacrée  : que le monde apprenne la «  Vérité capitale  ». Je crois qu’il est le premier écrivain russe à avoir partagé toute la condition du peuple, comme un moujik, profondément enfoncé dans la masse qu’écrase le rouleau compresseur bolchevique. C’est ce peuple qu’il fait vivre dans ses courts essais, La Maison de Matriona, quel chef-d’œuvre  ! Et bientôt c’est toute l’armée effrayante des disparus du Goulag, des tués, des fous, des estropiés, qu’il ressuscite en offrande à la Sainte Russie de jadis et de l’avenir… En 1960, le moment est venu de publier tous ces manuscrits en danger de perquisition et de destruction. Mais quel problème  ! Quelle impossibilité  ! quels périls, et quels combats  ! L’énorme ouvrage qui en est la chronique, Le Chêne et le Veau (Seuil, 1975), raconte le cheminement vainqueur de la liberté de l’écrivain à travers la carapace stupide de la bureaucratie communiste. On admire par quelle poussée continue, inlassable, rusée, farouche, un rescapé des camps de la mort à tout instant prêt à y retourner, a pu faire connaître au monde l’effroyable système qui régnait depuis un demi-siècle sur l’immense territoire de l’Union soviétique sans que personne n’ait l’air de savoir, ou, le sachant, ne s’émeuve.

EXPLOITS ET ÉCHEC À L’EST

Il se trouve que Soljénitsyne a profité, providentiellement, de la libéralisation déclenchée en 1961, lors du XXIIe Congrès du P. C. soviétique, par «  l’attaque soudaine, tonitruante et furieuse  » de Krouchtchev contre la cruelle dictature de Staline, lui acquérant en Russie une popularité soudaine, extraordinaire. Étendue à l’étranger, elle lui permet de défier le pouvoir communiste, réclamant la libération d’un peuple esclave, et d’abord celle de la pensée, de la parole, de l’écriture. S’appuyant de jour en jour sur l’opinion internationale, devenu en octobre 1970 prix Nobel, il pense pouvoir gagner la partie.

Le Chêne et le Veau, c’est la révélation, l’analyse spectrale de cet étatisme qui, vu du dehors, paraît d’un seul bloc, sans fissure, et qui est une montagne de couardise, de sottise, d’irresponsabilité. (…)

Mais le veau, parviendra-t-il à instaurer en URSS un contre-pouvoir, expression reconnue d’une opposition libre  ? S’il l’a cru, il s’est trompé sur un certain nombre de choses, telles par exemple que le poids de l’opinion mondiale sur les dirigeants du Kremlin, et telles même que la solidité de l’opinion mondiale au moindre froncement de sourcils de ces mêmes dirigeants  ! Le 13 février 1974, Soljénitsyne est privé de la citoyenneté soviétique et expulsé d’URSS. On ne renvoie pas un prix Nobel au goulag, on l’expédie en Amérique où déjà il y en a tant  ! Le tout était de savoir s’il pourrait là-bas poursuivre sa lutte implacable contre le communisme esclavagiste de Moscou. Il le crut, il le fit et plus et mieux que jamais.

EXPLOITS ET ÉCHEC À L’OUEST

Le problème que je me suis posé longtemps, me refusant à donner une grande importance à Soljénitsyne émigré tant que je n’en tiendrais pas la réponse, était celui-ci  : Comment l’Occident, si profondément complice de l’Union soviétique, si attentif à ne déplaire en rien à ses dirigeants, et d’ailleurs si étroitement quadrillé, infiltré par le KGB, s’est-il embarqué d’enthousiasme dans l’opération Soljénitsyne   ? (…) La protestation de Soljénitsyne contre le marxisme, lancée dans une atmosphère américaine saturée de non-violence et de liberté tolstoïennes, était entendue comme une insurrection morale contre… les excès… de la période stalinienne, directement applicable aux excès des violences américaines au Vietnam…

L’opération moscovite était claire  : rejeter tous les crimes du passé sur Staline, bouc émissaire, et refaire d’un coup pour cent ans au communisme mondial une réputation d’humanisme indestructible. Cela a excellemment marché, et marche encore. L’opération newyorkaise était tout aussi limpide  : renforcer dans la conscience morale américaine, à l’écoute de Soljénitsyne, l’horreur de la dictature, de ses polices, de ses camps de déportation, de ses tortures, celle de Staline, comme celle de Nixon. Et Nixon est tombé en 1974, et Carter est venu en 1976 pour la déroute universelle que l’on sait…

Ferme pour interdire des fusées soviétiques braquées de Cuba vers son territoire, l’Amérique ne l’était point pour soutenir en aucun lieu une croisade antibolchevique, elle était même à mille lieues de là  !

Soljénitsyne a été trompé par l’Amérique, comme aussi bien l’ont été et le sont encore tous les peuples de l’univers (…). Sa première mission est remplie, celle-là même qui incomba à Dostoïevski depuis son retour du bagne de Sibérie en 1859 jusqu’à sa mort en 1881  : dénoncer les diaboliques, faire connaître l’horreur du régime soviétique à la Russie et au monde entier. Sa deuxième mission  : réunir en faisceau, à l’appel de l’Écrivain devenu prophète, toutes les forces anticommunistes du globe pour isoler le pouvoir soviétique et en provoquer le dépérissement, il l’a tentée, elle a échoué. Déjà Soloviev avait tenté un salut universel en tous points comparable, il y a juste cent ans et il n’avait pu le mener à bien. Pourquoi  ? Pour la même raison qui reste à dénoncer maintenant, pour en garder son peuple, comme lui le fit, dans un esprit de total renoncement, de 1890 à sa mort en 1900, pour en guérir s’il se peut le monde libre  : Parce que Tolstoï mène à Marx, parce que la liberté illimitée conduit à l’oppression illimitée, parce que la démocratie conduit les peuples au Goulag, parce que toutes les Olga du monde, défilant d’Arlington à la Maison Blanche pour la non-violence et pour la paix, finissent par se retrouver au K.G.B. ou au Goulag, un jour vient où il n’y a plus de milieu.

Ce qu’il reste à dire c’est qu’on ne lutte pas contre Marx avec des discours de Tolstoï, contre le bolchevisme satanique avec un programme de démocratie laïque et socialiste  ! Que la Russie doit se garder d’imiter l’Occident, ce serait revenir à la source de ses malheurs  ! Qu’elle remonte plus haut, à la Sainte Russie des startsi et des tsars, là seulement est l’espérance. Et nous aurons à profiter de ses leçons.

CONCLUSION  : CAR IL VIENDRA LE MIRACLE MONDIAL MARIAL
DE LA CONTRE-RÉVOLUTION CATHOLIQUE

LES RUSSES VOUS PRÉCÉDERONT DANS LE ROYAUME

LA RUSSIE, MARTYRE DE L’OCCIDENT, VICTIME D’EXPIATION

C’est à Vladimir Volkoff que nous demanderons notre première conclusion, projetant de vives lumières sur le présent et l’avenir de la Russie, leçon de sagesse et d’espérance pour l’échéance proche. (…)

«  La Russie a une vocation christique. Voyez ce qui s’est passé avec le Christ. Ses apôtres croyaient qu’il restaurerait le royaume d’Israël. Les pharisiens le croyaient aussi, et, craignant de ne pas y trouver de place, ils ont crucifié le roi. C’est parce qu’il a été crucifié qu’il a pu créer son vrai Royaume, que les pharisiens ne pouvaient pas concevoir. Ce n’est plus felix culpa, c’est felix error. De la même manière, Dostoïevski pensait que la Russie sauverait le monde par la théocratie, mais elle le sauvera par le martyre.  » (…)

«  Ne saviez-vous pas qu’il lui fallait souffrir tout cela pour entrer dans sa gloire  ?  » C’est la clef du mystère de Jésus (Lc 24, 26), la part la plus précieuse de l’Évangile, la «  meilleure part  », celle qui n’est pas ôtée à ceux qui la demandent.

Cette idée hante l’âme russe, nous vous l’avons montré, depuis toujours  ; elle n’a pas de culte plus révérenciel, plus ému que celui des saints Innocents qui ont souffert la passion. La Russie se mire dans ses strastoterptsi, elle y contemple sa propre vocation, son destin, son avenir sacré. On le voit dans les réflexions des personnages de Dostoïevski les plus humbles. On le lit comme une doctrine très charpentée, de salut pour la Russie d’abord et pour le monde, dans l’œuvre magistrale de Soloviev, c’est l’idée du «  podwig  », qui est un exploit, une générosité, de l’ordre du sacrifice, de l’autolimitation, de l’autorenoncement, qui est humiliation, expiation, gage de paix, de salut… Richesse d’une simple réalité évangélique, exploitée politiquement, socialement, à fond et dans tous les sens  : Per crucem ad lucem. Entrer dans le Royaume de Dieu par le sacrifice des choses terrestres et des gloires, des ambitions, jusqu’à donner sa vie pour les autres peuples. Les Saints russes en ont donné le sens, et le goût et l’espérance à leur peuple. Et Dieu enfin l’a pris au mot. En 1917.

Sonia Sémionovna, l’une des figures de Dostoïevski d’humiliés les plus pathétiques, lit à Raskolnikov dans l’Évangile, la résurrection de Lazare  ! Elle en tremble, d’émotion, d’exultation. Celui qu’elle aime part pour le bagne. Il va souffrir, peut-être mourir. En tout cas, expier. C’est bien ainsi. Tout paraît perdu pour cette terre mais son âme, le visage de Sonia s’illumine à cette certitude future, son âme de sans-Dieu et d’assassin y retrouvera sa blancheur. Un jour, il ressuscitera lui aussi, dans l’épreuve, et le Visage du Christ lui apparaîtra…

ET NOUS VERRONS LE ROYAUME DE DIEU POUR LE SAINT MILLÉNAIRE

QUAND LA RUSSIE RESSUSCITERA

Pour que la Reine du Ciel et la régente du monde en ce siècle ait ce pays de Russie en soin et amour privilégiés, certain  ! c’est quand ce peuple s’éveillera que le Royaume de Dieu universel adviendra.

Quand la Sainte Vierge promet des miracles, on peut s’attendre à pareilles merveilles. Car j’en conviens, tout ce discours serait absolument vain si nous ne connaissions les promesses de Notre-Dame, et si nous n’y croyions. (…)

Nous acceptons humblement, bien forcés  ! de voir la sainte Russie préférée à nous dans les faveurs du Ciel. Mais tout de même, il lui faudrait conserver sagesse et modération. Car la Mère de Dieu ne lui a pas attribué, à elle, la puissance, le mérite, la gloire de sa résurrection  ; au contraire, elle a dit  : «  la Russie se convertira  »  ! et elle s’est attribué à elle-même, à son Cœur Immaculé, toute la gloire de ce miracle.

Enfin, pour que nul n’en ignore, la Russie ne ressuscitera qu’à la voix forte du Christ  : «  Lazare, viens dehors  !  », Russie, sors de ton Goulag  ! Quand le Pape avec tous les évêques de l’Église catholique romaine auront consacré ce Possédé furieux à la Vierge Marie, ses démons sortiront de lui. Quels démons  ? Ceux du Schisme et de l’Hérésie  !

«  Quand Israël était enfant, je l’aimai…  », dit Dieu (Os 11, 1). Quand le grand-prince Vladimir de Kiev descendit dans le baptistère en 988, je m’épris de lui, dit le Sauveur, et confiai ce peuple rouss à ma Mère. Dès ce jour, écrira le grand Soloviev, «  Vladimir affirma en principe l’État chrétien, et il légua sa réalisation à l’histoire russe (…). Quelle puissance ou quelle fatalité a remplacé pour la Russie chrétienne l’idéal de saint Vladimir par l’idéal de Nabuchodonosor  ?  » Mgr Rupp dénonce à la suite de Soloviev la cause de ces malheurs, unique, irrépressible  : «  La soumission de l’Église à l’État, inévitable quand la religion est « nationale » et non universelle  ».

ELLE SE DÉTOURNERA DE SES DÉMONS

La dérive de ce peuple si saint, si merveilleux, commença lorsque le Schisme byzantin l’atteignit, le séparant de la fontaine de l’unité et de la charité. «  Roma, Amor  ». Elle s’accentua, s’accéléra, quand l’hérésie luthéro-calviniste convainquit ses tsars de changer leur césaropapisme byzantin en despotisme illimité. Et ces deux influences jouant successivement, tour à tour refusées, acceptées, menèrent la sainte Russie à la catastrophe de 1917.

Providentiellement, l’orgueil des Grecs a été humilié sans retour. Byzance, la «  Deuxième Rome  », n’est plus qu’une ville pouilleuse et musulmane. La malédiction plane sur ce patriarcat qui jadis, écrasant Alexandrie, Jérusalem et Antioche, voulut s’élever jusqu’au ciel. (…) Ce qu’il y a de sûr, c’est que Kiev et Moscou sont délivrées de cette engeance.

Non moins providentiellement, la philosophie allemande est morte de ses barbares excès, après avoir au siècle dernier empoisonné l’Europe et par elle, le monde. Fini pour Moscou de recevoir de Berlin des leçons d’autocratisme et de révolution, de totalitarisme et de lutte des classes, de scepticisme et de dogmatisme, de sentimentalisme religieux et d’athéisme militant. (…)

Alors, pour ce peuple prédestiné, libéré par le plus merveilleux des miracles  ! de ses gardes-chiourme et de ses Usuriers, un grand siècle européen commencera quand la sainte Mère de Dieu aura incliné le fatal Nord-Sud en un axe nouveau, évitant les écueils d’antan.

Prenez une carte d’Europe, «  de l’Atlantique à l’Oural  ». Tracez un trait de Fatima à Moscou, par Prague et Varsovie  ; pour aboutir à Ekaterinbourg qui est le seuil de la Sibérie, et qui sera un jour le grand pèlerinage aux saints innocents qui ont subi la Passion. (…) Fatima-Ekatérinbourg, nouvel axe européen, quel symbole  ! Tracez un autre trait parallèle, de Venise, par Zagreb la catholique, à Kiev et au-delà, jusqu’à Voronej  ; un autre enfin de Rome, par Belgrade la Serbe, l’orthodoxe, traversant la chère Roumanie, vers Odessa et jusqu’à Tsaritsin (ex Stalingrad) à la presque jonction du Don et de la Volga. Voilà tracée la grande voie sacrée de l’union latino-slave retrouvée sur les pas des saints Cyrille et Méthode. Voilà l’aire de la civilisation slavophile et romanophile dont ont rêvé les grandes âmes d’apôtres et les génies éducateurs des Grands que furent et demeurent Soloviev, l’évêque Strossmayer… et saint Pie X.

Oui, saint Pie X  ! «  C’est le plus grand Slavophile de l’ère pré-conciliaire, écrit Mgr Rupp aux dernières pages de Héros chrétiens de l’Est. Redisons-le une fois encore. Mon livre est plein de lui. – Pourquoi  ? – Parce qu’en sauvant l’orthodoxie chez nous, il nous a rapprochés de ceux à qui ce mot dit tant.  » Mais aussi, et plus directement, parce que, l’esprit et le cœur ouverts aux chers peuples slaves, Pie X en béatifia et canonisa plusieurs saints martyrs, et leur donna d’excellents pasteurs  : À Cracovie, en 1911, son plus grand archevêque depuis saint Stanislas, le cardinal Sapieha († 1951), et à Kiev, en 1905, le saint, l’héroïque métropolite Andrej Szeptyckyi, martyr († 1951), auquel succédera cet autre confesseur de la foi Josyf Slipyi. L’œcuménisme de saint Pie X est simple, grandiose, évangélique et populaire. Il n’a été que ralenti par la persécution bolchevique. Il se propage, germe et pousse dans la clandestinité, pour la moisson soudaine du Cœur Immaculé de Marie et du Pontife selon le Cœur de Dieu qui nous sera donné.

ELLE ÉPANOUIRA SA FOI SLAVO-ROMAINE

Jean-Paul Ier et Nikodim

Nikodim et Jean-Paul Ier

L’énigmatique figure du métropolite Nikodim donne à penser… Ce pèlerin fervent de Fatima, le 22 mai 1975, estimé de Mgr Rupp, qui mourut le 5 septembre 1978 entre les bras de Jean-Paul Ier après avoir reçu de lui l’absolution, n’est-il pas l’annonce du miracle à venir  ? «  Je n’avais encore jamais entendu, à propos de l’Église catholique, de paroles plus belles que celles que le métropolite a prononcées, je ne peux les répéter, elles demeurent secrètes  », devait dire ce saint Pape. Le mieux n’est-il pas de croire et d’espérer  ? (…)

Oui, «  Avant la ruine s’élève le cœur de l’homme  »… Quelle ruine prochaine pour notre orgueil  ! «  Mais l’humilité précède la gloire  ». Pour la Russie, martyrisée, quelle gloire  !

Abbé Georges de Nantes
Extraits de La Russie avant et après 1983, CRC tome 14, n° 184, déc. 1982, p. 1-36

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