La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Russie de Vladimir Poutine

Vladmir Poutine«   Finalement, les différents plans de l’idéologie poutinienne s’articulent parfaitement. (…) Pour faire basculer le reste du monde en sa faveur, il a décidé de se faire le champion d’un paradigme antimoderniste et archéo-conservateur. (…) La mobilisation conservatrice, initiée et dirigée par le Kremlin, n’a plus de frontière. L’Urss n’était pas un pays, mais un concept. Avec Poutine, la Russie est à nouveau le nom d’une idée.   »

“ Dans la tête de Vladimir Poutine ”, Michel Eltchaninoff, Solin/Actes/Sud, 2015

«   Le problème n’est pas de l’aimer ou de le détester, mais de comprendre pourquoi la voix de la Russie compte et porte beaucoup plus qu’il y a dix ans dans les relations internationales, de savoir qu’aucun des dossiers brûlants en cours ne pourra être traité en ignorant la Russie ou en l’ostracisant   »

“ Poutine ”, Frédéric Pons, Calmann-Lévy, 2015

Ce que les analystes de toutes tendances s’évertuent à comprendre avec plus ou moins de succès, l’abbé de Nantes l’expliquait déjà en 1982 quand il dénonçait “ l’erreur ” de l’Occident  : «  tenir le peuple russe, l’empire des tsars, la Russie éternelle pour l’ennemi juré, l’ennemi mortel de l’Occident et non pas le communisme, marxiste, léniniste, stalinien qui serait une idéologie et un programme comme les autres  » (La Russie avant et après 1983) (…)

Et il montrait que pareille confusion n’était pas seulement une erreur, mais un péché délibéré.

En effet, les principes originels de la révolution bolchévique ne se trouvent pas en Russie. De Moscou à Paris, puis de Paris à Washington, sa filiation passa par Napoléon, par la Convention de la République française, mise à l’école de Jefferson et de ses théories sociales-démocratiques protestantes. (…)

Cette filiation est commune à tous les pouvoirs démocratiques de l’univers – Union soviétique comprise –, elle explique leur coalition de fait contre les nations civilisées chrétiennes. Cela fut flagrant au lendemain de la “ victoire ” de 1945, quand, cédant tout à l’ogre soviétique, les Alliés placèrent tous les peuples devant deux seules alternatives  : la démocratie ploutocratique ou la démocratie soviétique.

Ce le fut encore au début des années 1980, quand le péril rouge menaçait de dominer le monde, et que les alliés ne surent dénoncer en lui rien d’autre que de regrettables “ violations des Droits de l’homme ”…

L’interprétation de l’abbé de Nantes se vérifie encore, alors qu’aujourd’hui la Russie est libérée du joug communiste  : la haine de nos démocraties libérales à son endroit va montant au fur et à mesure que Vladimir Poutine restaure le nationalisme chrétien de son pays.

Cette clef nous permet de discerner parmi les torrents d’informations circulant autour de Vladimir Poutine, le portrait d’un grand chef d’État au destin providentiel.

I. UNE VOCATION PARTICULIÈRE

UNE VIE PRÉDESTINÉE.

Vladimir PoutineVladimir Poutine est né à “ Leningrad ”, le 7 octobre 1952, dans une famille très modeste. Il fut baptisé à l’insu de son père, militant communiste, comme il l’apprendra en 1993 seulement.

C’est un film, «  Le bouclier et l’épée  », tout à la gloire d’un espion russe, qui lui donne le désir de servir son pays dans le renseignement.

Après une solide formation en droit, marquée surtout par l’éminent Anatoli Sobtchak, il intègre les rangs du kgb. Mais un dissentiment s’installe entre lui et cette institution-phare du bolchevisme, dont la servilité envers le parti étonne son instinct de juriste.

Ses supérieurs se partagent à son sujet. Ils préfèrent l’employer dans le renseignement plutôt que dans la répression, ce qui lui vaut une carrière correcte, quoique sans éclat.

Il est à Dresde en 1985, et c’est de là qu’il assiste aux graves événements qui secouent l’Allemagne de l’Est en 1989. Les atermoiements de Moscou lui ouvrent les yeux sur le délabrement de l’empire soviétique. (…)

Vladimir Poutine et Anatoli SobtchakDès janvier 1990, il quitte le service actif du kgb et regagne “ Leningrad ” pour achever sa thèse de doctorat.

Anatoli Sobtchak, élu maire de Leningrad le 12 juin, le prend à son service, d’abord comme directeur des relations extérieures, puis premier adjoint, responsable des questions économiques et financières et de la sécurité. Sa compétence est telle que bientôt, plus rien d’important à Saint-Pétersbourg ne se fait sans son aval. Il se familiarise notamment avec les vices de l’économie de marché et apprend à les combattre.

Il perd son poste en 1996, quand Sobtchak est battu aux élections, mais on lui offre alors un poste au sein de l’administration présidentielle.

Ses responsabilités de contrôleur général et d’administrateur présidentiel auprès des gouverneurs de région lui permettent de sonder les graves désordres de la Russie. Il est alors nommé à la tête du fsb, le service fédéral qui a succédé au kgb. Il travaille en relation directe avec Boris Eltsine et son entourage.

En août 1999, celui-ci le nomme à la tête du gouvernement.

«  J’en ai été moi-même stupéfait  », explique-t-il en 2007. «  Il me semble que l’entourage du Premier président Eltsine a estimé que je serais franc en toute circonstance, que je me donnerais entièrement pour accomplir les devoirs de ma charge, que je serais honnête vis-à-vis du Premier président et ferais tout mon possible pour protéger les intérêts du pays. Je pense que toutes ces raisons furent celles qui décidèrent le président Eltsine et ses proches à me faire cette proposition.  »

Le 31 décembre, Eltsine présente sa démission. Cette décision place de plein droit Vladimir Poutine à la tête de l’État sans même que son nom soit passé par les urnes.

En mars 2000, il est élu triomphalement président de la Fédération de Russie.

Extraordinaire ascension de celui qui n’a jamais voulu “ faire carrière ” et dont Alexandre Soljenitsyne dira, après l’avoir rencontré le 21 septembre 2000  : «  Il a un esprit mordant, il comprend vite et n’a aucune soif personnelle du pouvoir. Le président comprend toutes les énormes difficultés dont il a hérité. Il faut souligner son extraordinaire prudence et son jugement équilibré.  »

Et l’abbé de Nantes, le 14 mai 2000, à Paris, salle de la Mutualité  : «  La Russie a reconquis sa liberté en un seul moment avec ce jeune officier remarquable de modestie, de résolution, de calme. Cet homme est un brave qui sait comment manier un peuple, une armée, un kgb.  »

Prémonition qui appelle une comparaison chère à nos cœurs de bons Français…

«  Je peux affirmer en toute certitude que je ne me suis pas contenté de prendre cet emploi comme il se trouvait. J’ai pris l’engagement personnel de faire tout ce qui était en mon pouvoir, de consentir à tous les sacrifices, pour remettre le pays en ordre. C’est devenu le but principal de ma vie et je décidais en conséquence que ma vie au sens large, que mes intérêts personnels avaient pris fin. Le destin m’a donné la chance de jouer un rôle positif dans l’histoire de mon peuple, et je me considère comme membre à part entière de ce peuple et ressens intensément mon lien avec lui. Je l’ai toujours senti et le ressens encore aujourd’hui. Et depuis le moment où j’ai pris ma décision, j’ai orienté toute ma vie vers ce but.  » (19 décembre 2007) (…)

Vladmir Poutine prête serment le 7 mai 2000.

Vladmir Poutine prête serment le 7 mai 2000.

II. DANS LA TÊTE DE VLADIMIR POUTINE  : L’UNITÉ DE LA RUSSIE

CONSTAT D’ÉCHEC ET PROJET DE RECONSTRUCTION.

Le jour même où le Président Eltsine annonçait son départ, Vladimir Poutine publiait un texte-programme intitulé “ La Russie au tournant du millénaire ”.

Programme politique, par un renforcement de l’autorité de l’État, car «  un État fort n’est pas une anomalie, c’est une source d’ordre, la principale force directrice de tout changement.  »

Programme économique, en conservant l’idée d’un «  engagement plus marqué de l’État dans les processus sociaux et économiques… L’État doit agir où et quand on a besoin de lui  ; la liberté doit exister où et quand elle est requise.  »

Le tout animé par un idéal supérieur  : «  Je suis convaincu que le choix d’assurer les nécessaires dynamiques de croissance n’est pas seulement un problème économique. C’est aussi un problème politique et, d’une certaine manière – je n’ai pas peur d’utiliser ce mot –, idéologique, spirituel et moral. Il me semble que cette dernière dimension est d’une importance particulière dans nos efforts actuels pour assurer l’unité de la société russe.  »

EMPIRISME ORGANISATEUR.

Vladimir PoutineDans le péril où se trouve la Russie, il ne s’agit pour elle ni de revenir au communisme et à ses excès, ni de renier totalement les réalisations de cette époque.

Lucide sur la «  futilité historique  » de la doctrine communiste et sur le bilan de ses ruines, Poutine veut éviter qu’une critique exacerbée du passé tourne à la chasse aux sorcières.

Il tranche la question épineuse des symboles nationaux dans cet esprit de conciliation  : adoption du drapeau tricolore tricentenaire, de l’aigle à deux têtes, emblème vieux de cinq cents ans, du drapeau rouge pour les forces armées, drapeau qui a remporté la victoire de 1945, et enfin de l’hymne soviétique, mais en en modifiant les paroles.

À ceux qui discutent encore, il déclare  :

«  Je vous exhorte à ne pas dramatiser la situation, à ne pas ériger d’insurmontables barrières, à ne pas brûler les ponts et diviser à nouveau la société. (…) Souvenez-vous comment joyeusement et bruyamment nous avions l’habitude de chanter “ Nous détruirons tout de fond en comble et ensuite nous construirons notre propre monde où celui qui n’était rien sera tout. ” Vous savez comment tout cela s’est terminé.  »

Loin d’accabler ses prédécesseurs Gorbatchev et Eltsine, il leur reconnaît le mérite d’avoir tourné la page d’un régime communiste devenu invivable, «  chose que je n’aurais sans doute pas pu faire moi-même  » ajoute-t-il modestement.

Mais quant à lui, confronté à un effondrement du nouveau système libéral, il ne veut pas engager la Russie dans une nouvelle série de ruptures désastreuses  :

«  La Russie a atteint ses limites pour ce qui est des bouleversements politiques et socio-économiques, des cataclysmes et des réformes radicales. Seuls des fanatiques, ou des forces politiques totalement apathiques ou indifférentes envers la Russie et son peuple peuvent en appeler à une nouvelle révolution.  »

«  Notre futur dépend de la combinaison des principes universels de l’économie de marché et de la démocratie avec les spécificités russes.  »

ENQUÊTE SUR LA “ DÉMOCRATIE ”.

Quoiqu’en dise Soljenitsyne, Vladimir Poutine admet que la Russie, nation moderne, en phase avec son époque, «  doit reconnaître certains principes généraux universellement admis tels que la démocratie et la liberté  ».

Encore faut-il s’entendre sur les mots  :

«  La démocratie en Russie signifie le pouvoir des Russes avec leurs propres traditions d’auto­régulation et non pas l’exécution de normes qui nous seraient imposées de l’étranger.  » Ce qui concrètement implique que «  l’unité, l’intégrité et la souveraineté russe sont inconditionnelles  » et que «  toute ingérence étrangère directe ou indirecte dans nos procédures politiques internes est inacceptable. Quiconque reçoit de l’argent de l’étranger pour ses activités politiques et pour le service de certains intérêts étrangers nationaux ne peut faire de la politique au sein de la Fédération de Russie.  » (…)

Le problème n’est pas dans la Constitution, mais dans la capacité du pouvoir à en faire respecter les lois.

En définitive, sous le nom de “ démocratie ”, Vladimir Poutine n’entend pas autre chose pour son pays que l’instauration d’un État efficace au service du bien commun. (…)

UN ÉTAT EFFICACE.

«  Lorsque je parle d’État fort, le public occidental est un peu effrayé, car un État fort est immédiatement associé à une dictature… Par un État fort nous pensons à quelque chose de différent, à la déréglementation, à l’absence d’ingérence de l’État dans les affaires civiles ou dans l’économie et à la création de règles communes dans la sphère des relations sociales, dans la sphère économique. Mais après avoir fixé les règles, l’État doit s’assurer qu’elles sont respectées. (…) Nous pourrions tout aussi bien parler “ d’État efficace ” plutôt que “ d’État fort ”.  » (9 juin 2000)

En bon juriste, Vladimir Poutine veut imposer une “ dictature de la loi ”. Il s’explique  :

«  Lorsque je parle de la suprématie de la loi, de la dictature de la loi, je veux dire une seule chose  : que la loi doit être interprétée de manière uniforme par tous et partout dans la Fédération de Russie.  » (ibid.)

Pour en arriver à cette fin, il faut qu’une autorité personnelle soit le garant de cette loi, comme le remarque l’abbé de Nantes  : «  Un État, c’est toujours une autorité personnelle… Il n’y a d’autorité efficace et visible, respectée, qu’une autorité personnelle, et d’autre part une autorité absolue, c’est-à-dire qui gouverne en dernier ressort, sans pouvoir être contrôlée et mise en échec par d’autres.  » (Politique totale)

UNE AUTORITÉ PERSONNELLE.

Scéance de questions téléviséeDepuis qu’il est au pouvoir, Vladimir Poutine a affiché un remarquable souci de loyauté et de transparence envers son peuple, assumant personnellement toutes ses décisions, s’en expliquant chaque année au cours de séances de questions télévisées.

«  Nous devons résolument, de manière cohérente et patiemment expliquer notre position, expliquer pourquoi nous agissons comme nous le faisons et où se situent les intérêts du pays dans son ensemble et ceux de chaque citoyen russe lorsque le chef prend certaines décisions.  » (15 janvier 2002), car, précise-t-il, «  je suis convaincu que tout citoyen russe peut comprendre quels sont les intérêts de son propre pays.  »

«  Les gens doivent voir que les autorités sont transparentes, accessibles, travaillent dur dans le seul intérêt du pays, de la ville, de la région, du village et de chaque citoyen et réagissent par rapport à l’opinion du public. Les autorités ne doivent pas être une caste isolée.  » (Discours à l’Assemblée fédérale du 12 décembre 2012)

Ainsi a-t-il soin de donner l’exemple à son peuple. Il mène une vie personnelle saine, ne fume ni ne boit pas, pratique ouvertement le sport. Il se défend de chercher le “ culte de la personnalité ”, mais cherche simplement à se garder en santé, lui et son peuple.

Partout, à tous les tournants de sa présidence, on le verra assumer personnellement ses responsabilités.

Le retrouve-t-on dans un sous-marin ou à bord d’un avion de chasse, il le fait pour montrer son «  attitude positive envers les militaires  » mais aussi et surtout parce qu’ «  en vertu de mes fonctions, je suis le Commandant des forces armées et je considère que je dois personnellement prendre connaissance de certaines choses qui me semblent très importantes en terme de sécurité nationale et en terme de prises de décision, si je suis appelé à prendre de telles décisions.  »

LE SERVICE DU BIEN COMMUN.

De tous ses collaborateurs, Poutine a toujours exigé compétence, expérience, loyauté et désintéressement. Quelques noms se démarquent par leur stabilité  :

Denis Manturov, ministre-adjoint de l’Industrie et de l’Énergie à trente-huit ans en 2007, puis ministre de l’Industrie et du commerce, a d’abord fait sa carrière dans l’industrie spécialisée de l’aéronautique.

Alexander Konovalov, ministre de la Justice à quarante ans en 2008, juriste, condisciple et ami de Dmitri Medvedev, professeur de droit civil à l’Université d’État de Saint-Pétersbourg. Poutine l’a d’abord choisi comme représentant plénipotentiaire dans le district de la Volga où il a pu s’initier aux relations avec les gouverneurs régionaux.

Dmitri Kozac, vice-premier Ministre en 2007, a aussi fait ses preuves comme représentant plénipotentiaire dans les districts sud du pays. Ancien parachutiste des troupes d’élite, diplômé de droit avec la note maximum en 1985. Collaborateur de Poutine à la mairie de Saint-Pétersbourg, il fut appelé comme lui dans l’administration présidentielle par un proche d’Eltsine parce que chevronné et «  propre  ».

Sergueï Lavrov, «  Monsieur Niet  » pour ses homologues, ministère des Affaires étrangères depuis mars 2004. Diplomate chevronné, vieux routier de l’ONU, connaissant parfaitement les dossiers qu’il traite. Dans le dossier syrien en 2015, il s’est mérité lui seul les éloges du médiateur de l’onu. Préféré pour son patriotisme, sa confiance en la force stabilisatrice de l’État, et surtout son franc-parler dans les négociations.

Denis Manturov, Alexander Konovalov, Sergeï Lavrov et Dmitri Kozak

Denis Manturov, Alexander Konovalov, Sergeï Lavrov et Dmitri Kozak

Dmitri Medvedev, premier Ministre, personnage clé de ce gouvernement. Né à “ Leningrad ” le 14 septembre 1965, docteur en droit et collaborateur de Vladimir Poutine à la mairie de Saint-Pétersbourg, il intègre l’administration présidentielle en novembre 1999.

En mars 2008, comme la Constitution défend à Vladimir Poutine de briguer un troisième mandat, il est élu dès le premier tour Président de la Fédération de Russie.

Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine

Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine

Au grand dam des Occidentaux, cette alternance du pouvoir n’altère pas la bonne entente qui règne entre les deux hommes. Medvedev allonge le mandat présidentiel pour renforcer la stabilité du pouvoir. Il poursuit la politique intérieure de Vladimir Poutine et montre à l’extérieur la même réactivité que Poutine face aux provocations occidentales.

En 2012, dès le premier tour des élections, Vladimir Poutine reprend les rênes du pays et nomme Dmitri Medvedev Premier ministre.

Un analyste l’a remarqué  : «  Des amis qui auraient pu supplanter Vladimir Poutine dans ses aptitudes ou sa maîtrise des affaires du monde ont fait montre de la plus grande modestie pour le préférer à eux-mêmes. Ils ont organisé leur vie pour le servir.  » (A. Kalika)

N’est-ce pas là son charisme particulier  : faire travailler ensemble des personnes de grande valeur, tout en exigeant de ses collaborateurs ses propres qualités de compétence et de loyauté pour s’imposer comme leur chef.

L’AMOUR DE LA PATRIE.

Parade pour les 70 ans de la Seconde Guerre mondialeLe 31 décembre 1999, Poutine écrivait  : «  Le patriotisme est la source du courage, de la loyauté et de la force de notre peuple. Si nous perdons le patriotisme, comme la fierté et la dignité nationales qui lui sont liées, nous ne serons plus une nation capable de réaliser de grandes choses  ». Il précisait que pour n’être pas répréhensible ni intolérant, ce patriotisme devait être «  exempt de tout nationalisme vaniteux et d’ambitions impériales.  »

À son retour au pouvoir en 2012, il précise sa pensée  : «  Être un patriote ne signifie pas seulement traiter son histoire nationale avec amour et respect mais avant tout servir le pays et la société. Comme Soljenitsyne l’a dit, le patriotisme est un sentiment organique et naturel (…) Vous ne pouvez pas vivre sans vous soucier des autres, sans aider les faibles, sans étendre votre responsabilité au-delà de votre cercle familial et professionnel  » bref, sans «  mettre en relation leurs vies personnelles et leur travail avec le souci des autres, les aspirations de la nation tout entière et des intérêts de l’État.  »

LE SECOURS DE LA RELIGION.

Vladimir Poutine dans une égliseDouze ans d’exercice du pouvoir semblent avoir convaincu Vladimir Poutine qu’il n’y a pas de vraie civilisation sans civilisation morale, ni de vraie moralité sans le secours de la religion, selon le mot de saint Pie X  : «  Aujourd’hui la société russe souffre d’un déficit évident de valeurs spirituelles comme la charité, la compassion, le soutien et l’assistance mutuelle. Un déficit de valeurs qui, tout au long de notre histoire, nous ont rendus plus solides et plus forts. Des valeurs dont nous avons toujours été fiers. (…) Or il ne peut y avoir dans le monde de moralité ni de vertu indépendamment de valeurs religieuses.  »

Nous le verrons exalter principalement le fondement chrétien de la Russie, son baptême au temps de saint Vladimir, son élan mystique sous l’impulsion de saint Serge Radonège, salué comme l’un des principaux “ bâtisseurs ” de la Russie.

UNE COMMUNAUTÉ HISTORIQUE.

Mais il se défend bien de regarder son pays comme un idéologue. La Russie reste une mosaïque de peuples, de religions et de cultures, dont l’ «  identité nationale  » ne peut pas être imposé d’en haut, à partir d’un monopole idéologique de l’État, qu’il soit russe ou orthodoxe  :

«  Tout au long des siècles et dès les origines, la Russie s’est développée en nation multi-ethnique, en un état civilisé soudé grâce au peuple russe, la langue russe et la culture russe, et nous maintenant dans l’unité tout en nous préservant d’une dissolution dans la diversité du monde. Nous traitons et continuons à traiter avec beaucoup de soin et respect chaque groupe ethnique, chaque nation au sein de la Fédération de Russie. Notre diversité a toujours été et reste la source de notre beauté et de notre force.  »

Cette communauté historique que Vladimir Poutine s’emploie à restaurer, le Ciel aussi a entrepris de la «  sauver  ». Œuvre conjointe de la grâce et de la sagesse humaine, elle se déploie déjà sous nos yeux, nous en retraçons les premières étapes, nous pouvons aussi en repérer les lacunes, nous en attendons surtout le dénouement surnaturel…Vladimir Poutine dans une église

III. LA RENAISSANCE DE LA RUSSIE

LA RÉVOLTE DE TCHÉTCHÉNIE.

Aslan Maskhadov, Président élu de Tchétchénie, assiste, impuissant, à la radicalisation islamiste de son pays. En 1999 la Brigade islamique de Chamil Bassaïev s’attaque au Daghestan voisin et lance une vaste opération terroriste en Russie.

Poutine avec les soldats en Tchétchénie, janvier 2000Vladimir Poutine prend le pouvoir sur les entrefaites. Il rejette l’idée d’une sécession de la Tchétchénie. «  Je n’ai jamais cru une seconde que la Tchétchénie se limiterait à sa propre indépendance. Elle deviendrait au contraire une tête de pont pour de nouvelles attaques contre la Russie  ». Par-delà la Russie, il entrevoit déjà la volonté de créer «  un Califat islamique de la mer Caspienne à la mer Noire  », première étape vers l’établissement d’un califat mondial et totalitaire.

Dès août 1999, il décrète une guerre «  totale  » à l’ennemi  :

1) D’abord l’éradication militaire des «  bandits  ». En refusant déjà de distinguer parmi eux les groupes modérés et les groupes radicaux.

2) Ensuite, et simultanément, relever le pays. Renforcer les administrations, «  prendre à bras-le-corps les problèmes sociaux, les écoles, les hôpitaux, créer des emplois. Et puis tenir des élections.  » (…)

Aujourd’hui, la pacification complète de la Tchétchénie justifie ce discours. Grozny, reconstruite, a reçu de l’ONU le prix pour «  la meilleure réhabilitation après un conflit armé  ». Pour cela, Poutine n’a pas hésité à contrôler les informations relatives au conflit, à limiter l’accès des journalistes et des ong sur le territoire, entorses remarquées – mais nécessaires – à la démocratie. (…)

LA DESTITUTION DE L’ARGENT-ROI.

Sous Boris Eltsine, l’élite financière du pays accapare près de 50 % du pib russe. À partir des élections de 1996, la sujétion du pouvoir politique devient tellement évidente qu’on qualifie d’ «  oligarques  » sept richissimes qui ont appuyé la candidature d’Eltsine contre le candidat communiste. (…)

Vladimir Poutine ne remet pas en cause les privatisations. «  Prendre aux riches pour redistribuer aux pauvres est la pire des solutions, explique-t-il en juillet 2000. Nous devons, au contraire, renforcer le principe de la propriété et donner à tous les propriétaires, grands et petits, la sensation que non seulement ils conserveront leur propriété, mais qu’ils pourront l’augmenter, l’utiliser et en disposer sur le territoire de la Fédération russe en pleine confiance.  »

Vladmir Poutine avec Mikhaïl Khodorkovsky

Vladmir Poutine avec Mikhaïl Khodorkovsky

Au soir du 28 juillet 2000, il convoque les grandes fortunes du pays et leur fixe les nouvelles règles du jeu  : ils doivent respecter la loi du pays, cesser de contourner leurs obligations fiscales, réinvestir leur argent en Russie, et surtout ne plus utiliser leur puissance financière pour influer sur la politique.

Tous obtempérèrent sauf deux.

Boris Berezovski, âme damnée de Boris Eltsine s’exile pour échapper aux poursuites judiciaires. Il finance de l’étranger toutes les formes possibles d’opposition au Président Poutine. Le 23 mars 2013, il est retrouvé mort, discrédité et ruiné. (…)

Mikhaïl Khodorkovski fait mine de se soumettre mais finance en sous-main une opposition politique. Il négocie la cession de 40 % du capital de Ioukos aux compagnies américaines Exxon Mobil et Texaco Chevron. Enfin, il envisage de construire un oléoduc reliant directement la Chine aux forages de Ioukos pour contourner le monopole d’état sur le transport pétrolier. (…)

Arrêté le 25 octobre 2003, condamné et incarcéré pour fraudes fiscales, sa compagnie Ioukos subit un redressement fiscal qui l’accule à la faillite, elle est démantelée et transférée à Gazprom et à Rosneft.

Le 20 décembre 2013, devançant de quatre ans l’échéance de sa peine, il sollicite – et obtient  ! – la grâce présidentielle… reconnaissant implicitement sa culpabilité.

LES ROUAGES D’UN ÉTAT EFFICACE.

Dès son élection à la présidence, Vladimir Poutine s’attaque directement à l’autorité usurpée des chefs de régions qui paralysent le bon fonctionnement des institutions fédérales.

En mai 2000, il supprime leur représentation au Conseil de la Fédération de Russie et la transmet à des sénateurs-fonctionnaires désignés en concertation avec les instances régionales.

Il crée sept district fédéraux, se répartissant les 89 sujets de la Fédération pour favoriser la cohésion législative du pays.

En septembre 2004, dans l’émoi suscité par la tragédie de Beslan, il abolit l’élection directe des chefs d’exécutif des régions et des républiques.

En 2012, une fois le système assaini et le terrorisme endigué, il rétablit l’élection directe, mais en laissant au Président la faculté de démettre les gouverneurs de leur poste.

LE RÉTABLISSEMENT DE L’ÉCONOMIE.

Dans les années 1990, la trop fameuse «  thérapie de choc  » d’Igor Gaïdar et Anatoli Tchoubaïs avait fait brusquement passer le pays d’une économie collectiviste à une économie capitaliste sans frein.

En août 1998, la vente massive des titres de la dette russe provoquait un effondrement massif du rouble et mettait la Russie en état de cessation de paiement.

Personne n’envisageait alors un possible redressement économique. Le fmi prévoyait une nouvelle chute du pib de 7 % pour 1999.

Or le pib augmenta de 6,4 %, grâce aux mesures prises immédiatement par Evgueni Primakov pour ramener le pays à une économie réelle  : Dévaluation du rouble, blocage des prix des monopoles naturels, lourdes contraintes imposées à la spéculation financière. (…)

Vladimir Poutine ne fit que poursuivre cette politique réaliste.

Il voulut notamment garder le pays de s’engourdir dans une économie tributaire de ses seules richesses naturelles. Il assigna à l’État des secteurs clés d’intervention pour en faire des “ locomotives ” pour l’industrie nationale  : énergie, industrie automobile, construction aéronautique et navale, secteur bancaire. (…)

Ce capitalisme dirigé a parfaitement joué son rôle. Dès 2004, la demande intérieure commençait de prendre le relais de la rente pétrolière. Sa contribution à la croissance a représenté 85 % en 2004 et 90 % en 2005.

Cette politique nationaliste fut toutefois jumelée un temps à la politique libérale du ministre Koudrine, qui visait à réduire la dette publique et à limiter l’inflation, mais qui ralentit le développement industriel, décourageant l’exportation et rendant les grandes entreprises dépendantes de la finance internationale. (…)

LA RUSSIE DANS LE MONDE.

Après le premier échec de Tchétchénie (1996), le naufrage du sous-marin Koursk et la guerre du Kosovo (1999) ont laissé à la Russie un souvenir amer. Elle assiste, impuissante, au pilonnage de son alliée Serbe et à la constitution du Kosovo en république musulmane indépendante, selon la volonté unilatérale des Américains.

Discours de Vladimir PoutinePoutine marque toutefois la dissidence russe par un geste souverain  : le 12 juin, les parachutistes russes occupent l’aéroport de Pristina, ils y assureront le maintien de la paix, en collaboration avec la force de l’otan.

De 2000 à 2007, Poutine affiche une volonté positive de collaboration avec l’otan, il crée à cet effet le conseil Russie-OTAN (COR).

En 2001, après les attentats du 11 septembre, il est le premier à offrir son aide contre le terrorisme. Fort de l’expérience tchétchène, il dit la nécessité de faire front commun contre un ennemi commun.

Cependant, les Américains n’en font qu’à leur tête. Ils envahissent l’Irak le 20 mars 2003, à la recherche d’introuvables “ armes de destruction massive ”, sans aucun mandat du Conseil de sécurité de l’ONU.

Poutine, toujours impuissant, avertit du danger.

«  Notre position au sujet de l’Irak est bien connue. Dès l’origine, je savais que l’invasion de l’Irak était une erreur et je l’ai dit publiquement. Non seulement il n’y a aujourd’hui aucune raison de changer d’avis, mais, au contraire, tous les événements qui se sont déroulés ces dernières années montrent que cette position était correcte.  »

Il signale notamment le danger de «  mettre à la rue  », du jour au lendemain, les soldats de l’armée de Saddam Hussein…

LA RUSSIE, L’EUROPE ET L’OTAN.

Bases de l'Otan

Bases de l’Otan

Poutine affiche une volonté d’ouverture et de collaboration envers l’Union Européenne. Elle lui semble toute naturelle, dictée par l’histoire et la culture européenne de la Russie. Il émet toutefois des réserves sur le gouvernement européen, dont la réglementation brime les relations bilatérales existantes entre la Russie et les pays membres.

En 2004 puis en 2009, les États-Unis et leurs alliés poursuivent l’élargissement de l’otan vers l’Est, avec l’intégration de la presque totalité des anciens satellites du pacte de Varsovie et l’installation de nouvelles bases militaires, toujours plus proches des frontières russes. Du plus, révoquant leurs engagements de 1991, les États-Unis annoncent l’établissement d’un bouclier antimissile sur l’Europe, soi-disant pour prévenir une attaque iranienne, en réalité pour désamorcer l’arsenal stratégique russe.

Le 13 février 2007, Vladimir Poutine déclare à ce sujet à Munich  : «  Il est évident, je pense, que l’élargissement de l’otan n’a rien à voir avec la modernisation de l’Alliance, ni avec la sécurité en Europe. Au contraire c’est un facteur représentant une provocation sérieuse et abaissant le niveau de la confiance mutuelle. Nous sommes en droit de demander ouvertement contre qui cet élargissement est opéré.  »

LES RÉVOLUTIONS COLORÉES.

Le 23 novembre 2003, Mikhaïl Saakachvili renverse Édouard Chevardnaze en Géorgie, c’est la révolution dite des “ roses ”, aidée et financée par des ong anglo-saxonnes. Saakachvili annonce aussitôt sa volonté de rapprochement avec l’otan et l’Union européenne. Ce basculement de Géorgie pourrait ôter à la Russie le contrôle du flux des hydrocarbures de la Caspienne et de l’Asie centrale.

Révolution orange en UkraineEn 2004, un scénario semblable s’empare de l’Ukraine où, sous la pression de la rue, l’élection de Victor Ianoukovitch est invalidée au profit de celle de Viktor Iouchtchenko. C’est la révolution orange, dont Poutine dénonce aussitôt le caractère anticonstitutionnel.

Il dénonce aussi les intérêts étrangers, en particulier américains, qui l’ont allumée  : «  Vous avez décidé de les diviser entre factions, vous avez décidé qui soutenir et vous l’avez soutenu dans une action inconstitutionnelle. C’est une erreur. En procédant de cette manière, vous détruisez l’Ukraine. Ce serait mieux de les laisser résoudre par eux-mêmes leurs problèmes nationaux.  »

Les relations privilégiées et historiques de la Russie avec l’Ukraine se trouvent menacées, et Iouchtchenko menace même de ne pas renouveler le bail de location pour la base navale russe de Sébastopol, en Crimée. Il ne cache pas non plus son hostilité pour la forte minorité russophone orthodoxe du pays, surtout concentrée dans le Donbass et la Crimée.

L’ARMÉE RUSSE EST DE RETOUR.

Blindés russes en Géorgie

Blindés russes en Géorgie

Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, l’armée géorgienne de Saakachvili, encadrée et exercée par des Américains, entre en Ossétie du Sud où elle se livre à une épuration ethnique des ressortissants russes. Medvedev, élu président depuis peu, envoie aussitôt son armée. L’opération dure quatre jours, après quoi les troupes russes restent sur place et assurent “ le maintien de la paix ”.

Cette victoire diplomatique complète résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel des relations internationales. La Russie est maintenant déterminée à défendre ses intérêts y compris hors de ses frontières nationales, elle a les moyens militaires de le faire.

Pourtant, cette guerre éclair révèle plusieurs dysfonctionnements au sein de l’armée, et c’est l’occasion pour Poutine et Medvedev d’enclencher une réforme préparée de longue date. Le budget militaire est augmenté. Les effectifs sont réduits, réorganisés en unités plus compactes, plus mobiles, mieux équipées et adaptées aux opérations extérieures. On voit au développement de nouvelles armes et au perfectionnement de la force nucléaire stratégique.

La Russie se donne les moyens de sa diplomatie…

L’UKRAINE, ENTRE L’EUROPE ET LA RUSSIE.

En 2008, la crise des subprimes en provenance des États-Unis est rapidement surmontée en Russie.

Il n’en est pas de même pour l’Ukraine qui, mal gouvernée depuis vingt-cinq ans, est frappée de plein fouet et rate son examen d’entrée à l’Union européenne.

En 2009, Bruxelles engage toutefois un “ Partenariat oriental ” avec six anciens satellites de l’Union soviétique. L’objectif est de conclure des accords bilatéraux de “ libre-échange approfondi et complet ”, qui ouvrirait aux Européens l’espace commercial privilégié de la Russie. C’est une concurrence à peine voilée au projet d’Union économique eurasienne proposé par Poutine presque aux mêmes pays.

En 2010, Iouchtchenko, son économie exsangue, ses projets d’adhésion à l’otan échoués, cède le pouvoir à Ianoukovitch. Ce dernier prolonge aussitôt le bail de Sébastopol jusqu’en 2042 en échange d’une baisse du prix du gaz russe de… 30 %. La “ révolution orange ” semble alors endiguée…

Il balancera cependant encore longtemps entre l’est et l’ouest, ardemment sollicité pour un contrat d’association avec les États membres de l’Union européenne…

LES PRINTEMPS ARABES.

Poutine examine le nouvel hélicoptère MI-28UBEn février 2011, l’Afrique du Nord est traversée par le souffle du “ printemps arabe ”, qui ébranle les régimes égyptien, libyen et tunisien.

En Lybie, Mouammar Kadhafi est voué aux gémonies par l’Occident. Le Conseil de sécurité décrète un embargo sur le pays, une “ couverture aérienne ” visant à “ protéger les populations civiles ”, mais qui tourne au bombardement des forces régulières libyennes et au lynchage du dictateur (20 octobre).

Cette même année 2011, Poutine fait voter une augmentation du budget militaire de 474 milliards d’euros sur dix ans. Critiqué par le ministre Koudrine, il limoge celui-ci.

En mars 2012, il est reconduit au pouvoir dès le premier tour, par 64 % des voix. Son discours annuel à l’Assemblée fédérale en décembre fait date dans l’évolution de sa pensée politique.

LA SYRIE.

Suralimentée par les armes étrangères et encouragée par les médias et gouvernements occidentaux, la rébellion syrienne gagne du terrain.

Poutine multiplie les avertissements, mais rien n’y fait. Les États-Unis sont décidés à “ sanctionner ” Bachar el-Assad accusé – sans preuve, avant toute conclusion d’enquête – d’utiliser des armes chimiques pour réprimer son propre peuple…

Seul un miracle peut renverser la situation…

Le 5 septembre 2013, Vladimir Poutine reçoit une lettre du Pape François à l’occasion de la réunion du G 20 en Russie, qui lance aux leaders présents «  un appel sincère pour permettre de trouver des moyens pour surmonter ces conflits et de mettre de côté la poursuite futile d’une solution militaire.  »

Le 7 septembre, à la demande du patriarche syrien, le Pape organise une immense veillée de prière place Saint-Pierre et fait réciter le chapelet pour la paix.

Le miracle attendu se produit.

Les frappes aériennes, programmées pour le 8 septembre, sont reportées.

État islamique à RakkaLe 9 septembre, la Russie propose, avec l’accord de Bachar el-Assad, de placer le stock d’armes chimiques syrien sous contrôle international. Le 14 septembre 2013, les États-Unis signent un accord avec la Russie.

Les frappes américaines n’ont pas lieu, mais la rébellion se radicalise, sous la double pression du “ front Al-Nostra ” et du soi-disant “ État islamique ” (autoproclamé le 29 juin 2014). Son approvisionnement apparemment illimité en hommes, en armes, ainsi que sa faculté de vendre du pétrole via la Turquie, cache mal la complicité de l’Occident, qui conserve comme cible première le “ régime ” de Damas.

LA CRIMÉE ET LE DONBASS.

Émeute sur la place MaïdanLe 21 novembre 2013, en Ukraine, le président Ianoukovitch ajourne la signature de l’Accord commercial avec l’Union Européenne.

Une large propagande antirusse est aussitôt lancée dans le pays par des organisations et personnalités de la vie politique américaines, relayée par les mouvements néo-nazis ukrainiens.

Elle aboutit aux mouvements insurrectionnels de février 2014, aux émeutes de la place Maïdan. La vie du Président Ianoukovitch est menacée, Poutine déclenche une opération commando pour le sauver.

Les vexations affluent contre les russophones, le Donbass se soulève. La guerre civile entraîne le déplacement de près d’un million de personnes, dont beaucoup sont recueillis par la Russie.

Soldats russes en CriméeLes autorités de Crimée demandent le rattachement à la Russie. En absence de tout gouvernement légal capable de statuer sur cette question, considérant la menace directe pour les intérêts stratégiques russes et le lien historique qui a toujours attaché la Crimée à la Russie, Vladimir Poutine décide d’accéder à la demande…

Non sans avoir fait d’abord sécuriser le territoire par ses soldats.

Il n’y a eu aucune effusion de sang. Il n’y a pas eu à proprement parler d’annexion, encore moins d’invasion de la part de la Russie.

SANCTIONS ÉCONOMIQUES.

Gouvernement russe en 2015La Crimée épargnée et pacifiée, fièrement unie derrière le drapeau russe, l’Occident n’a d’autre recours que les sanctions économiques contre la Russie.

Elles surviennent au moment d’une baisse opportune du prix du pétrole. Elles s’intensifient jusqu’à bloquer à quatre-vingt-dix jours les emprunts des entreprises russes sur les marchés financiers internationaux.

L’industrie russe paie alors le prix de la politique libérale de Koudrine…

Le 12 décembre, une malveillante spéculation boursière à Wall Street et à la City provoque une chute spectaculaire du rouble…

Mais l’écroulement de l’économie russe, annoncé partout, ne se produit pas. Après une semaine difficile, le rouble remonte.

Témoin de la résilience du peuple russe, capable d’assumer les privations nécessaires à sa politique nationaliste, mais aussi d’une économie plus saine que l’on imaginait, affichant des gains de productivité constants depuis 2003 dans les principaux secteurs.

Union économique eurasienne

Union économique eurasienne

Le 29 mai 2014, Poutine fonde avec la Biélorussie et le Kazakhstan, bientôt rejoints par l’Arménie et le Kirghizstan l’Union économique eurasienne.

Poutine déclare «  l’intégration avec nos voisins est notre priorité absolue.   » Depuis 2007, il développe de plus en plus sa conception d’un monde multipolaire, intensifiant ses échanges avec les nouveaux centres de la croissance mondiale (pays du groupe BRICS)

«  … La Russie ne va pas perdre son calme, dit Vladimir Poutine, s’offenser ou venir mendier à la porte de quiconque. La Russie est un pays autosuffisant. (…) Bien sûr, les sanctions constituent un obstacle. Ils essaient de nous affaiblir, d’entraver notre développement et de nous pousser à l’isolement, politique, économique et culturel (…) Nous n’avons pas l’intention de nous isoler de quiconque ou de choisir une voie de développement fermée, en essayant de vivre en autarcie.  » (24 octobre 2014)

INTERVENTION EN SYRIE.

Le 28 septembre 2015, Vladimir Poutine s’envole pour New York, ayant déjà une demande officielle d’assistance militaire du gouvernement syrien. Il est décidé à intervenir, mais il veut au préalable proposer de former une coalition dans le cadre de l’ONU.

Son discours, attendu et minuté, stigmatise de manière accablante la responsabilité des États-Unis et de leurs alliés «  dans la formation de zones anarchiques  » en Irak, en Libye et en Syrie, rapidement envahies par des extrémistes et des terroristes.

Soldats russes en SyrieSuite à l’échec de sa démarche, il annonce le 29 septembre le déploiement d’une force de frappe aérienne russe sur le territoire syrien, conformément aux règles du droit international. Les frappes commencent le 7 octobre, leur intensité et leur efficacité, dues à une collaboration étroite avec l’armée régulière de Bachar el-Assad, fait resplendir par contraste l’inefficacité et l’incohérence des frappes américaines et alliées.

Par cette intervention survenant au plus creux de l’attentisme occidental, la Russie entre par la grande porte dans le jeu politique du Moyen-Orient, s’imposant comme négociateur incontournable et arbitre suprême de la paix.

Le plan qu’il préconise pour la Syrie est en tout point celui qui a fait ses preuves chez lui, en Tchétchénie.

IV. VERS LA CONVERSION DE LA RUSSIE

La vraie renaissance du pays a commencé quand les Russes, libérés du joug communiste athée, ont retrouvé le chemin de l’église.

«  Les Russes sont retournés à la foi chrétienne sans aucune pression de la part de l’État ni même de l’Église, a déclaré Vladimir Poutine. On se demande pourquoi. Les gens de mon âge se souviennent du Code des bâtisseurs du communisme qui était en fait un résumé simpliste des principes éthiques et religieux de toutes les religions modernes. Quand ce code a cessé d’exister, un vide moral s’est formé qu’on ne pouvait combler qu’en retournant aux valeurs authentiques.  »

Vingt-cinq mille églises orthodoxes ont été construites en à peine un quart de siècle.

Dmitri Medvedev, son épouse et Vladimir Poutine à l'office pascalPoutine donne l’exemple, assistant avec son Premier ministre à l’office pascal célébré par le patriarche dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou.

Il met tout en œuvre pour favoriser l’Église orthodoxe.

Le 19 novembre 2010, sa loi sur la restitution des biens spoliés par la Révolution bolchevique passe par 345 voix contre 42.

Le 8 février 2012, il promet l’octroi de près de 80 millions d’euros pour l’Église orthodoxe et s’engage à augmenter la visibilité de celle-ci dans les médias russes.

L’Église orthodoxe est «  un partenaire naturel de l’État  », œuvrant de conserve avec nombre d’organismes fédéraux, notamment dans les prisons et les hôpitaux.

Vladimir Poutine a déclaré le 19 septembre 2013  : «  La Russie est l’un des derniers gardiens de la culture européenne, des valeurs chrétiennes et de la véritable civilisation européenne  », fustigeant une Europe qui «  renonce à ses racines, à son idéologie traditionnelle, culturelle et religieuse, et même sexuelle…  »

La réprobation universelle dont la Russie fait l’objet n’est pas étonnante, car elle met en échec, à elle seule, l’alliance Trilatérale capitalo-socialiste de toutes les démocraties pour réduire en servitude les peuples chrétiens.

Néanmoins, la Russie n’est pas revenue de son schisme, origine de tous ses malheurs, qui la prive de la bienheureuse et pacifique unité de l’Église catholique.

Aujourd’hui, Vladimir Poutine est certainement l’homme d’État le mieux disposé à entendre l’appel du Pape à promouvoir la paix. Pour y parvenir, il faut et il suffit que le Saint-Père consacre la Russie au Cœur Immaculé de Marie.

«  Ce sera prodigieux, écrit notre Père, la Russie par son étonnante conversion sera un objet de stupéfaction et un instrument de salut pour tous les autres peuples, tombés dans l’anarchie, l’immoralité, l’apostasie.  »

Alors le monde entier connaîtra le «  certain temps de paix  » promis par Notre-Dame de Fatima, et, de cette paix, la Russie convertie sera la médiatrice.

Le 4 novembre 2016, Vladmir Poutine a inauguré une statue géante de saint Vladimir en face du Kremlin.

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