La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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VLADIMIR SOLOVIEV

Prophète de la conversion de la Russie

Vladimir Soloviev, à l'âge de vingt ans.

Vladimir Soloviev,
à l’âge de vingt ans.

LA conversion de la Russie ne sera pas l’œuvre d’un homme, fût-il génial, mais celle du Cœur Immaculé de la Vierge Marie, Médiatrice de toutes grâces, parce que Dieu l’a voulu ainsi et l’a révélé au monde en 1917. La vie et l’œuvre de Vladimir Soloviev illustrent parfaitement cette vérité de Fatima. «  Le plus grand génie russe du XIXe siècle  », a été à sa manière un prophète de la “ conversion ” de sa bien-aimée Patrie, en annonçant son nécessaire retour dans le giron de l’Église romaine.

Cet “ amant de la sagesse ” fut aussi un authentique prophète, dont l’âme transparente était le miroir où se reflétait une mystérieuse et lumineuse Sophia.

«  Très grand, maigre, d’apparence antique, “ relique vivante ” selon ses amis, il avait la tête d’un prophète de l’Ancien Testament, des yeux admirables et le regard toujours perdu au loin, fixant quelque chose de l’au-delà. Il possédait le don de clairvoyance et souvent percevait ce qui se passait loin de lui. Les gens venaient lui demander conseil  : les yeux fermés, en prière, il répondait. Ses lourdes boucles qui lui tombaient sur les épaules le faisaient ressembler à une icône. Les enfants disaient  : “ C’est le bon Dieu. ”

«  D’une gaieté contagieuse et d’une bonté sans limite, souvent il ne pouvait pas sortir de chez lui car il avait distribué tous ses vêtements aux pauvres. C’était un vrai pèlerin, n’ayant ni logis permanent, ni soucis matériels.  » (Paul Evdokimov, Le Christ dans la pensée russe, Paris, 1970, p. 105)

Par l’exemple de sa vie, Soloviev rappelle l’indispensable moyen de cette œuvre immense  : l’auto-renoncement, le sacrifice personnel et collectif, en russe le podwig, par lequel seul Église, nations, saints et héros se font les instruments des desseins divins

Suivons-le dans sa méritoire et mystique conversion, qui ouvre un chemin de lumière à son peuple, en faisant jaillir une source de grâce et de miséricorde.

UN DISCOURS ÉVANGÉLIQUE

Un événement vint ébranler la foi patriotique de Soloviev. Le 1er mars 1881, Alexandre II était assassiné par des révolutionnaires. Quelques jours après, Soloviev prononçait un Discours dans lequel il recommandait à son successeur, Alexandre III, d’accorder sa grâce aux régicides «  pour l’exercice exemplaire de la piété russe  », ce fameux podwig «  qui est le fond de l’âme évangélique du peuple russe dont le tsar est la vivante icône  ». Hélas  ! Soloviev ne fut pas compris…

L’année suivante, il publia un autre article intitulé  : “ Le schisme dans le peuple et la société russes ”. Remontant loin dans le passé, il incriminait le métropolite Nikon d’avoir brisé, au temps de Pierre le Grand, la communion, la Sobornost, si chère au peuple russe, en excommuniant le Raskol, farouche gardien de la religion populaire traditionnelle… Depuis, la hiérarchie orthodoxe, asservie au pouvoir impérial, s’était avérée impuissante à gouverner et à sanctifier l’Orthodoxie. Elle n’était plus qu’une “ Église locale ” affaissée, sécularisée, qui aurait besoin, pour se redresser et revivre, de s’ouvrir à “ l’Église universelle ”. (…)

Au cours du printemps 1882, Soloviev fut bouleversé par un songe singulier. Rêvant qu’il rencontrait un ecclésiastique catholique de haut rang, il le priait instamment de le bénir. Comme le prêtre s’y refusait, Soloviev insistait en affirmant  : «  La séparation des Églises est la chose la plus funeste qui soit.  » Finalement, l’ecclésiastique acceptait.

Songe prémonitoire, qui devait susciter chez Vladimir Soloviev un ardent désir de réconciliation avec le catholicisme, et le pousser à écrire une suite d’articles, publiés chaque mois dans le journal slavophile Rouss de son ami Aksakov, et regroupés ensuite dans un ouvrage au titre retentissant  : La grande Controverse et la politique chrétienne. Une maxime revenait constamment sous la plume de l’écrivain russe  :

«  D’abord et avant toutes choses, travailler à restaurer l’unité de l’Église, et que brûle le feu de l’Amour dans le sein de l’épouse du Christ.  »

Par une ironie du sort, le terme “ Controverse ”, qui désignait pour Soloviev le conflit entre Rome et l’Orient, allait donner lieu à une âpre controverse entre lui et ses amis orthodoxes et slavophiles.

LA GRANDE CONTROVERSE

Dostoïevski

Dostoïevski

En janvier 1883, il ouvrait le feu par une lettre ouverte à Aksakov en montrant que, pour s’implanter sur terre et durer dans l’histoire, la religion chrétienne avait eu besoin d’une autorité supérieure, il expliquait qu’il faudrait restaurer «  l’union de toutes les forces chrétiennes et ecclésiastiques sous l’étendard et sous le pouvoir d’une autorité ecclésiastique centrale  ».

Le 19 février, Soloviev prononçait un discours en hommage à son maître Dostoïevski. C’était presque une louange de l’Église romaine  ! Il déclarait souhaiter ardemment la réconciliation des deux Églises, des deux parties de l’Église universelle qui n’auraient jamais dû être séparées, et dont le centre était… Rome. À la suite de ce discours, il se vit signifier l’interdiction de parler en public. Les journaux ne firent aucun écho à son discours. Soloviev était victime pour la première fois, et ce ne serait pas la dernière  ! de la censure de Constantin Petrowitch Pobiedonostev, grand Inquisiteur de Russie, et conseiller du Tsar pour les questions religieuses.

Dans le même temps, il écrivait à Aksakov  : «  Il faut défendre le catholicisme des fausses accusations portées contre lui…Prônant la réconciliation avec le catholicisme, par là même, je présuppose que le catholicisme, en principe, n’est pas erroné car on ne peut se réconcilier avec l’erreur.   » Que voilà un vrai œcuménisme  ! La vie de Soloviev, écrit notre Père, «  fut une ascension continue vers la vérité  ».

À l’accusation de “ papisme ” portée contre lui, Soloviev répondait en mars 1883 par une admirable profession de foi, déjà catholique  :

«  Il me semble que vous considérez seulement le “ papisme ” quand je regarde avant tout la grande, la sainte, l’éternelle Rome, partie fondamentale et intégrante de l’Église universelle.Je crois en cette Rome, je m’incline devant elle, je l’aime de tout mon cœur, et de toutes les forces de mon âme je désire sa réhabilitation pour l’unité et l’intégralité de l’Église universelle. Et que je sois maudit comme un parricide si jamais je profère une parole de condamnation contre la Sainte Église de Rome.  »

LA RÉALISATION DU SONGE

En mai 1883, à l’occasion du couronnement de l’empereur Alexandre III, la presse moscovite se plaignit de ce qu’on faisait trop de concessions pour rétablir avec le Vatican des relations diplomatiques rompues depuis 1866, mais Soloviev protesta  : un tel accord était nécessaire, ne serait-ce que pour améliorer les relations avec les catholiques de Pologne. Le Pape se fit représenter à la cérémonie par son envoyé spécial, Mgr Vincenzo Vanutelli. Alexandre III n’avait‑il pas écrit peu de temps auparavant à Léon XIII  : «  Jamais l’union de toutes les Églises et de tous les États n’a été plus nécessaire, afin de réaliser le vœu exprimé par Votre Sainteté de voir les peuples abandonner les erreurs funestes qui sont causes du malaise social et retourner aux saintes lois de l’Évangile…  »

Quelques jours après la cérémonie, Soloviev traversait Moscou en voiture de louage. Soudain, il reconnut le trajet suivi en songe l’année précédente. Il s’arrêta bientôt devant une maison, d’où sortait un prélat catholique  : c’était Mgr Vanutelli en personne… Même hésitation de ce dernier à donner sa bénédiction à un schismatique, mêmes instances de Soloviev, qui finalement obtint ce qu’il désirait, cette fois-ci pour de vrai  !

Durant l’été 1883, notre auteur écrivit deux articles sur La question catholique. Selon Soloviev, c’était à la Russie de faire le premier pas pour se rapprocher de l’Église catholique.

Ses articles ne pouvaient laisser ses lecteurs indifférents. Du côté orthodoxe, c’était une irritation croissante, tandis que du côté catholique, la surprise fit bientôt place à l’enthousiasme. La nouvelle franchit les frontières, se répandit en Pologne et jusqu’en Croatie, où Mgr Strossmayer voyait enfin ses vœux se réaliser. La juridiction de son évêché de Djakovo s’étendait jusqu’en Bosnie et en Serbie, c’est-à-dire en terre orthodoxe. Doué d’une intelligence supérieure et animé d’un grand zèle apostolique, cet évêque croate ressentait vivement la nécessité d’un œcuménisme vrai, intelligent et bienveillant. Il écrivait en 1883 à l’un de ses amis, le Père Martynov  :

«  Selon mon opinion, la principale tâche de l’Église catholique et du Saint-Siège dans le siècle présent est de se rapprocher autant qu’il est possible de la nation slave,principalement de la nation russe. En la gagnant à l’unité divine de l’Église catholique, on gagnerait en même temps tous ceux qui, dans le monde, possèdent encore une foi positive.  »

L'évêque Strossmayer (1815-1905) et la cathédrale de Djakovo

L’évêque Strossmayer (1815-1905) et la cathédrale de Djakovo, en Slavonie actuelle, sur le fronton de laquelle il a fait inscrire  :

«  À la gloire de Dieu. À l’union des Églises. À l’entente et à l’amour dans notre peuple.  »

«  Mgr Strossmayer, dont la devise était “ Tout pour la religion et la patrie ”, redonna vigueur au panslavisme à la fin du XIXe siècle. Il était convaincu, dans son amour de la Russie, que seule la réunion des Églises pourrait d’une part sauver la Russie des désordres révolutionnaires et d’autre part infuser une force nouvelle à Rome.  » (Strémooukhoff, l’œuvre messianique de Soloviev)

Au mois de septembre 1883, au moment où paraissait le sixième chapitre de La grande controverse, le bruit se répandit à Moscou que Soloviev était “ passé ” au catholicisme, mais il n’en était rien. D’ailleurs, pour curieux que cela nous paraisse, il ne prétendait pas “ passer au catholicisme ”, mais seulement ouvrir l’Orthodoxie à l’universalité de l’Église romaine.

Soloviev n’en continuait pas moins sa quête de la vérité, surmontant tous les obstacles. Son article “ Neuf questions au Père Ivantsov-Platonov ”, publié en décembre 1883, eut un grand retentissement jusqu’en Occident  ; il y posait à son ancien maître en orthodoxie neuf questions sur les points litigieux opposant l’Église d’Orient à l’Église de Rome. En voici la trame  :

«  D’où vient que les contrées orientales sont séparées de l’Église romaine  ? Celle-ci a-t-elle émis une proposition hérétique  ? On n’oserait le soutenir, car l’addition du Filioque au Symbole qu’on met en avant pour justifier la séparation n’a aucunement le caractère d’une hérésie. D’autre part, il est absurde de dire que l’Église romaine est en état de schisme vis-à-vis des Églises orientales. Donc, la séparation de celles-ci avec celle-là est sans fondement. Qu’on le reconnaisse  ; et, dès lors, mettant de côté toute vue humaine, qu’on travaille à l’Union  ; ou plutôt, pourrait-on dire, que l’Union, qui existe déjà virtuellement, devienne une réalité.  »

LE FIL D’UNE TRADITION SÉCULAIRE

Durant l’année 1884, le philosophe russe étudia la dogmatique catholique. Il s’enthousiasmait dans le même temps pour le prêtre croate Georges Krijanitch, venu de Zagreb à Moscou, au XVIIe siècle, pour propager l’idéal du saint Royaume de Dieu, catholique romain et panslave, rassemblant sous le sceptre des tsars et sous la houlette du Pape, tous les peuples slaves ainsi délivrés et protégés dudouble joug qui les enserrait comme un étau, des puissances germaniques et des Turcs.

Pour réaliser ce dessein grandiose, capable de beaucoup avancer d’un seul coup le Royaume de Dieu sur la terre, Krijanitch prêchait à Moscoula réconciliation de la Russie avec Rome; elle serait facile, disait-il, parce que les Russes n’avaient sombré dans le schisme que par ignorance et non par hérésie ou malice. Lui-même déjà prêchait la reconnaissance, par chacun, de ses propres fautes, fussent-elles inconscientes ou involontaires, et leur expiation. Les bénédictions de Dieu s’ensuivraient, immenses, éternelles. C’est justement à ce moment-là qu’il entra en relation d’amitié avec l’évêque croate Strossmayer. Au début de décembre 1885, Soloviev reçut pour la première fois une lettre de l’évêque croate. Il lui répondit  : «  De la réunion des Églises dépend le sort de la Russie, des Slaves et du monde entier. Nous, Russes orthodoxes et tout l’Orient,nous ne pouvons rien faire avant d’avoir expié le péché de schisme ecclésiastique et avant d’avoir rendu au pouvoir pontifical ce qui lui est dû.  » Et il achevait par ces mots  : «  Mon cœur brûle de joie à la pensée que j’ai un guide tel que vous. Que Dieu conserve longtemps votre précieuse tête pour le bien de l’Église et du peuple slave.  »

LA DIFFICILE MAIS NÉCESSAIRE RÉUNION DES ÉGLISES

En août, Soloviev rejoignit Mgr Strossmayer dans les Alpes styriennes, et passa avec lui dix jours merveilleux. Ces deux esprits étaient vraiment faits pour s’entendre. L’admiration qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre renforçait leur amitié spirituelle. Mais Soloviev continuait à communier de la main du curé orthodoxe de la paroisse serbe de Zagreb… Surmontant les critiques qui ne manquaient pas de s’élever, il écrivit alors une lettre à Mgr Strossmayer, destinée à faire un bilan de leurs premiers entretiens  :

«  La réunion des Églises serait profitable pour les deux parties. Rome gagnerait un peuple pieux et enthousiaste pour l’idée religieuse, elle gagnerait un défenseur fidèle et puissant. La Russie de son côté qui, par la volonté de Dieu, a dans ses mains les destinées de l’Orient, non seulement se débarrasserait du péché involontaire de schisme, mais encore et, de ce fait, serait libre d’accomplir sa grande mission universelle de réunir autour de soi toutes les nations slaves et de fonder une nouvelle civilisation réellement chrétienne, c’est-à-dire réunissant les caractères de la vérité une et de la liberté religieuse dans le principe suprême de la charité, comprenant tout dans l’unité et distribuant à tous la plénitude du bien unique.  »

C’était la transcription du principe catholique bien connu  :In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas  : l’unité dans les choses essentielles, dans les options secondaires le pluralisme, toujours et en tout la charité. Telle doit être la Charte de l’œcuménisme catholique sous la houlette de l’unique Pasteur.

Mgr Strossmayer et Soloviev avaient convenu de se revoir à Rome pour le pèlerinage jubilaire de 1888. L’évêque croate résolut de préparer les voies à Rome en écrivant au secrétaire d’État de Léon XIII, le cardinal Rampolla. Il présentait son ami russe comme «  toto corde et animo catholicus   ». Le Pape s’intéressa d’abord lui-même à l’affaire  : «  Voilà une brebis, dit-il, qui franchira bientôt la porte du bercail  ». Mais curieusement, il n’y eut pas de suite. Il semble que Léon XIII n’ait pas pris la mesure du génie de Soloviev…

Lorsqu’en juillet 1888 eurent lieu les fêtes du baptême de saint Vladimir, Mgr Strossmayer envoya de Zagreb un télégramme dans lequel il exaltait le rôle futur de la Russie, à la manière de son ami Soloviev. Scandale  ! Le cardinal Rampolla fit savoir à l’évêque croate que Léon XIII en était très mécontent  !… Les deux amis avaient de plus en plus conscience que leur entreprise de réunion des Églises n’aboutirait pas, au moins de leur vivant.

Envrai prophète, Soloviev continuait néanmoins à prêcher avec force le repentir à son peuple. Pour qu’il soit fidèle à sa vocation au sein de la grande famille slave, Soloviev lui demandait de renoncer à ses ambitions démesurées, de revenir à une conception plus vraie, plus chrétienne, de ses destinées, et de l’accomplir au sein de la seule organisation internationale qui puisse en guider la marche, le catholicisme, c’est-à-dire l’universalisme romain.

«  C’est un de mes thèmes que la cause de la Réunion des Églises en Russie exige un podwig (sacrifice) plus lourd à porter encore que celui, exigeant déjà beaucoup d’abnégation, qui a été nécessaire pour assurer l’ouverture de la Russie à la culture occidentale, événement très désagréable déjà pour le sentiment national de nos ancêtres.

«  Eh bien  ! ce sacrifice qui consiste dans le rapprochement avec Rome, il faut le faire à tout prix. Là est la correction du péché russe .  »

Entre l’Oriental qui se contente de prier et l’Occidental qui prie et travaille, le choix de Soloviev est fait. Il se retourne alors vers ses compatriotes  :

«  Si notre grande Église, qui ne fait que prier pendant des siècles, n’a pas prié en vain, elle doit se manifester comme une Église vivante qui agit, qui lutte et qui triomphe. Mais il faut que nous le voulions bien nous-mêmes. Il nous faut avant tout reconnaître l’insuffisance de notre idéal religieux traditionnel, et faire des efforts sincères pour réaliser une conception plus complète du christianisme. Il n’est pas besoin de rien inventer et de rien créer pour cela. Il ne s’agit que de rendre à notre religion son caractère catholique ou universel, en nous reconnaissant solidaires de la partie active du monde chrétien, de cet Occident centralisé et organisé pour une action universelle et possédant tout ce qui nous fait défaut. On ne nous demande pas de changer notre nature orientale ou de renier le caractère spécifique de notre esprit religieux. Il faut seulement reconnaître sans réserve cette vérité toute simple  : à savoir que nous, l’Orient, ne sommes qu’une partie de l’Église universelle, et une partie qui n’a pas son centre en elle-même, et qu’il nous faut par conséquent rattacher nos forces particulières et périphériques au grand centre universel que la Providence a placé en Occident. Notre devoir à nous, c’est seulement de nous reconnaître pour ce que nous sommes en réalité  : une partie organique du grand corps chrétien, et d’affirmer notre solidarité spirituelle avec nos frères de l’Occident. Cet acte moral, cet acte de justice et de charité, serait par lui-même un progrès immense pour nous et la condition indispensable de tout progrès ultérieur.  » (La Russie et l’Église universelle, p. 154)

Le caractère éminemment religieux du peuple russe ne peut qu’aider à cette sainte entreprise. On retrouve le vrai œcuménisme catholique, celui des saints et des humbles, qui fait fi des objections des hiérarques et des théologiens orthodoxes, dont Soloviev remarque qu’ils sont animés «  d’une haine toute protestante contre la monarchie ecclésiastique  ».

De son vivant, Soloviev se heurta à un mur d’hostilité et d’incompréhension  : «  Je ne suis pas assez naïf, disait-il, pour prétendre convaincre les esprits qui trouvent des intérêts plus puissants que la recherche de la vérité religieuse. En exposant les preuves générales de la primauté permanente de Pierre comme base de l’Église universelle, je n’ai voulu qu’aider ceux qui sont opposés à cette vérité, non par des intérêts et des passions, mais seulement par des erreurs inconscientes et des préjugés héréditaires.  »

En 1897, quand eut lieu un recensement dans toute la Russie, une question était posée au sujet de la religion. «  Je suis catholique et orthodoxe  ; que la police se débrouille  !  » répondit Soloviev.

«  Les gens sourcilleux de Rome et de Moscou s’en déclarèrent scandalisés, écrit notre Père. L’heure n’était pas encore venue du podwig, de l’autorenoncemennt, de la réconciliation dans la vérité-justice, la pravda, pour la restauration de la toute divine unité de communion dans l’amour, la sobornost. Mgr Rupp (le biographe de Soloviev) pense qu’elle nous est venue de Vatican II. Hélas, point  ! Je l’attends, l’espère, la veux de Vatican III… après l’épreuve, la conversion, l’expiation… et la satisfaction des humbles demandes de Notre-Dame de Fatima.  » (CRC n° 184, p. 26)

Extrait de Résurrection n° 8, août 2001, p. 13-22

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