La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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HISTOIRE SAINTE DE FRANCE

I. LA DÉFAITE, L’ARMISTICE,
la naissance de l’État français

L’IMPRÉPARATION FRANÇAISE

LE 3 septembre 1939, la France se déclare “ en état de guerre ” contre l’Allemagne, aux côtés de l’Angleterre. Le président du Conseil Daladier en a pris la responsabilité, sans l’accord des Chambres, ce qui était contraire à la Constitution de 1875. Mais la France, à la remorque de l’Angleterre, avait donné des garanties à la Pologne, et celle-ci était agressée par l’Allemagne. C’est ainsi que la France fut jetée dans la guerre contre une Allemagne surarmée, fanatisée par son Führer, qui plus est alliée momentanée de l’Union soviétique avec laquelle elle avait conclu un pacte de non-agression, le 23 août 1939.

Or, la France n’était pas prête, ni militairement, ni moralement, à faire cette guerre  : peu de matériels modernes, surtout en avions, en chars, en artillerie lourde, des munitions chichement comptées, un corps d’officiers insuffisant, une mobilisation industrielle anarchique, un haut commandement divisé, coiffé par un ministre indécis. Les chiffres sont là, accablants. (…)

Ce drame fera dire au maréchal Pétain à l’adresse de Daladier  : «  Comment avez-vous osé déclarer la guerre dans cette situation  ?  » La remarque visait tout aussi bien, à quelques exceptions près, la classe politique de la IIIe République décadente, anticléricale et désarmeuse, qui depuis vingt ans avait sacrifié les exigeantes conditions d’une nation forte et indépendante aux chimères pacifistes d’Aristide Briand et aux slogans démagogiques de “ pain, paix, liberté ” à n’importe quel prix. (…)

L’INERTIE DE NOS CHEFS

Le 3 septembre 1939, les armées allemandes et russes entrent donc en Pologne et les démocraties occidentales assistèrent, impuissantes, à son dépeçage. La Russie soviétique profita ensuite de son avantage pour annexer l’Ukraine, la Biélorussie, en attendant les États baltes en juillet 1940. Tandis qu’à l’Ouest, les mois passaient, dans une stagnation démoralisante, c’était la “ drôle de guerre ”  ! À défaut d’une attaque frontale, nos stratèges imaginèrent une manœuvre d’enveloppement, par Petsamo et Mourmansk  ! pour aller soutenir la Finlande, en guerre contre l’Urss.

Au milieu du mois de janvier 1940, une occasion favorable se présenta pour faire entrer nos troupes en Belgique et leur permettre de s’y établir en position forte. Mais le roi Léopold III y mit comme condition préalable la garantie explicite par les Alliés du respect de l’intégrité du territoire belge, métropolitain et colonial. La France évidemment y consentait, mais l’Angleterre s’y refusa et ce refus rejeta la Belgique dans sa neutralité  ; nos armées n’y pénétreront qu’au moment de l’invasion allemande, quand il sera trop tard.

Le 8 mars 1940, Hitler décidait de privilégier le plan audacieux du général Manstein qui avait imaginé de forcer le dispositif français, non par un débordement latéral, mais au centre, c’est-à-dire par les Ardennes  ! (…)

En 1938, un général français, Prételat, avait fait un rapport selon lequel l’armée allemande pouvait traverser les Ardennes en soixante heures. Mais Gamelin, généralissime français, n’en avait tenu aucun compte… annihilé qu’il était par la crainte de déplaire au pouvoir. (…)

Et lorsqu’en mars 1940, Léopold III transmet à l’état-major français l’information sûre que l’armée allemande s’organisait pour percer le front au centre du dispositif, à Sedan, Gamelin lui répondit  :

«  (…)La position fortifiée qui défend le territoire français est à même, dans toutes ses fractions, de recevoir le choc de l’ennemi.  » (…)

UNE “ DRÔLE DE GUERRE ” À L’ARRIÈRE

À Paris, la guerre se faisait… entre politiciens  ! (…) Les deux mois qui précédèrent l’attaque allemande du 10 mai furent tout occupés de manœuvres, de calculs et d’intrigues, tant au parlement qu’au sein du gouvernement français. (…)

En France, «  c’est la politique qui a tout pourri   », remarquera le Maréchal. Le 21 mars 1940, Daladier, président du Conseil en exercice, est mis, après l’échec du projet d’expédition en Finlande, en minorité à la Chambre. Élu à une seule voix de majorité, Reynaud n’en prononça pas moins un discours-programme fracassant et ridicule, à la Clémenceau  : «  L’enjeu de cette guerre totale est un enjeu total…  », répétant à l’envi  : «  Nous vaincrons, car nous sommes les plus forts  !  » (…)

En fait, il n’est plus libre de ses actes  : «  (…) Pour se maintenir en selle et conserver le pouvoir, qu’une majorité précaire a mis entre ses mains, il n’hésitera pas à jouer toute la vie du pays sur un seul coup de dés.  » (Benoist-Méchin, I, p. 62)

Paul Reynaud était un homme de parti et non pas un homme d’État.

REYNAUD VA-T’EN GUERRE

Il monte, de concert avec Churchill, une expédition en Norvège, (…) mais Hitler riposte par une nouvelle guerre éclair  : le Danemark est occupé en quatre heures, la Norvège envahie en quelques jours. À la fin avril, nos troupes sont contraintes de rembarquer.

Mais le plus grave est l’accord signé le 28 mars 1940, à Londres, par Reynaud seul qui, pour assurer son aventure personnelle, se lie étroitement à Churchill. Celui-ci n’est pas encore Premier ministre de son pays mais, à travers leurs personnes, la France et la Grande-Bretagne «  s’engagent à ne pas négocier ni conclure d’armistice ou de traité de paix durant la présente guerre si ce n’est de leur commun accord   ». Inconditionnellement.

Le 9 mai, Reynaud exige en Conseil des ministres le renvoi de Gamelin, ce qui veut dire qu’il espère par ce moyen se débarrasser définitivement de Daladier. Comme un silence gêné accueille ses paroles, Reynaud se met en colère et présente sa démission, que le président Lebrun lui demande de garder secrète jusqu’à la formation d’un nouveau cabinet. Celui-ci sera-t-il confié à Daladier  ? On dit que Laval a aussi ses chances. Ainsi vont les choses en République, quand l’ennemi est aux portes  !

Ce que ces messieurs ne savent pas, c’est que, à la même heure, la Wehrmacht gagne ses positions de départ pour l’attaque du lendemain. Le 10 mai 1940, à l’annonce de l’invasion de la Hollande et de la Belgique, chacun se voit contraint de rester à son poste. Reynaud, lui, exulte. Enfin la “ vraie guerre ” commence  : on va voir ce qu’on va voir  ! (…)

LE COUP DE FAUX DE L’ARMÉE ALLEMANDE

Les Allemands ayant attaqué simultanément en Hollande et en Belgique, Gamelin a aussitôt donné l’ordre à nos meilleures troupes, des troupes d’active  ! de franchir la frontière belge et de se porter à leur rencontre. (…) «  Ils sont tombés dans le piège  !   » s’exclame Hitler fou de joie. Le piège consistait en effet à attirer les Français au Nord, comme dans une nasse… pour mieux les prendre à revers par le Sud.

Dès l’aube du 10 mai, une masse compacte de trois divisions de panzers s’est engagée dans les Ardennes, en suivant les vallées sinueuses, dans un silence radio absolu. (…) Le 13 mai au matin, une formidable attaque se déclenche, où l’habituelle préparation d’artillerie est remplacée par un intense bombardement aérien. (…) Guderian, qui commande le Corps blindé de tête, s’est donné pour objectif  : les côtes de la Manche. À 300 kilomètres  !

La IXe armée du général Corap, composée presque exclusivement de réservistes, est bousculée, hachée menu, anéantie. Il n’y a pas de réserve pour colmater la brèche. (…) C’est la catastrophe…

L’APPEL AU MARÉCHAL PÉTAIN

À Paris, le gouvernement est paniqué et réclame des mesures spectaculaires. Au Quai d’Orsay, on brûla les archives, d’ordre de Reynaud qui, ce même 16 mai, envoyait un télégramme au maréchal Pétain alors à Madrid, lui demandant de revenir d’urgence à Paris, où, disait-il, «  sa présence est indispensable   ».

Au général Franco qui tentait de l’en dissuader, le Maréchal répondit  : «  Ma patrie m’appelle et je me dois à elle. C’est peut-être le dernier service que je pourrai lui rendre.  » Le général Weygand, lui aussi, est rappelé de Beyrouth pour prendre le commandement de nos troupes, en remplacement de Gamelin qui s’est avéré aussi incapable de diriger les opérations que de les préparer. (…)

Le 19 mai, on voit le gouvernement se rendre en corps constitué à Notre-Dame de Paris. On est écœuré de voir tous ces politiciens connus pour leur laïcisme militant et leur appartenance à la Franc-maçonnerie venir placer le pays sous la protection de la Vierge Marie et du Sacré-Cœur quand la situation est déjà gravement compromise.

Le 20 mai, les blindés allemands ont atteint la côte, nos armées sont coupées en deux, le piège se referme à présent sur celles qui se battent dans les Flandres. (…)

Hitler cependant, le 24 mai, arrête ses blindés à quelques kilomètres au sud de Dunkerque. Les généraux allemands sont furieux et ne comprennent pas que leur chef les frustre d’une victoire éclatante. (…) Il semble qu’à ce moment-là, Hitler ait fait des propositions à la démocratique Angleterre, afin de sauvegarder les chances d’une paix de coopération et de partage du monde entre les deux grandes puissances. Mais Churchill ne tient pas à céder le pouvoir à ses rivaux, partisans de l’appeasement; il repousse donc l’offre d’Hitler, accélère le rembarquement de ses troupes, et contraint son pays à la lutte à outrance, engageant la France à se solidariser avec lui. (…)

LE MARTYRE DU MARÉCHAL

À Paris, au cours du Comité du 25 mai, où tout le monde se rend compte, sans vouloir l’avouer, qu’il faut se résoudre à mettre un terme aux hostilités, c’est Reynaud qui, le premier, parle d’armistice. Il a déjà reçu des propositions en ce sens de la part des Allemands. (…)

Mais ne faudrait-il pas, fait remarquer le ministre Campinchi, demander à l’Angleterre ce qu’elle en pense, en vertu de l’accord du 28 mars  ?

Le Maréchal prend alors la parole. Il s’est interdit jusque-là d’intervenir dans la conduite des opérations. Cette fois, il s’agit d’une question d’État  : il fait observer qu’à son avis, les engagements conclus avec l’Angleterre ne sont applicables que s’il y a eu réciprocité de services entre les deux signataires. Or, tel n’est pas le cas  : les Anglais se dérobent, ils gardent leurs avions pour la défense de leur île, c’est trop clair. (…)

Le Maréchal n’admet pas non plus qu’on porte atteinte à l’union sacrée des Français. Il en veut au président du Conseil qui a dénoncé à la Chambre, et donc devant l’opinion, nos généraux vaincus. (…) Il écrira le lendemain une lettre à Reynaud en ce sens  :

«  Attaquer ainsi les cadres de l’armée, diminuer le sentiment naturel de confiance que le soldat français a en ses chefs, c’est gravement compromettre notre force essentielle, c’est la diminuer aux yeux du pays… Si des responsabilités peuvent être mises en cause, les chefs militaires ne sont pas les seuls à devoir rendre des comptes. (…) Ainsi le pays tout naturellement oublie les fautes qu’il a, et que nous avons tous commises pendant vingt-deux ans, ce goût de la vie tranquille, cet abandon de l’effort qui nous a menés là où nous en sommes bien plus que les défaillances individuelles  ; c’est pourtant le “ mea culpa ” que nous devons faire si nous voulons être sauvés.  »

Si le Maréchal emploie humblement le nous, c’est sa grandeur d’âme qui le pousse à se solidariser avec le peuple de France, à prendre sur lui ses faiblesses, ses tares, ses péchés. Il nous faut prendre la mesure du “ martyre ” qu’il endure.

Pendant vingt-deux ans, le maréchal Pétain a été en quelque sorte la conscience de l’armée française. Il avait compris, dès le 11 novembre 1918, que les soldats français (…) n’auraient pas une paix à la hauteur de leur sacrifice, à cause de l’ambition, de la jalousie et de la bêtise de Foch et de son compère Clemenceau. Cette blessure intime, il la porta pendant vingt-deux ans.

Il savait que l’Allemagne invaincue, humiliée, préparait sa revanche, il en guettait les signes, il en suivait avec angoisse l’évolution, surtout à partir de 1933. Il en avait averti le pays dans maints discours et articles, toujours en vain. Il savait quelle était la responsabilité des hommes politiques qui, par idéologie ou par lâcheté, s’étaient opposés au réarmement de la France. (…) Les généraux ont fait ce qu’on leur avait dit de faire, avec les moyens qu’on leur avait donnés. Que les politiques prennent maintenant leurs responsabilités  ! Plus ils tarderont, plus la négociation avec l’ennemi sera difficile. (…)

Le Maréchal se rappelait comment, en 1918, les Allemands avaient su arrêter les frais à temps, dès qu’ils avaient compris que c’en était fini pour eux. Ce vieux soldat avait la sagesse des forts. Il n’était pas défaitiste. Il tenait simplement compte du réel et raisonnait en homme d’État. Tandis qu’autour de lui, on s’accrochait à des projets de plus en plus chimériques. (…)

LA BATAILLE DE FRANCE

Pendant qu’à Paris, on palabrait, le port de Dunkerque se transformait, du 27 mai au 4 juin, en un immense camp retranché, vers lequel refluaient des centaines de milliers d’hommes. Le “ coup d’arrêt ” d’Hitler n’avait pas produit l’effet escompté et avait même permis aux Anglais d’élever de solides défenses autour du port. Enfin les chiffres sont là  : sur 250 000 Anglais, 215 000 purent être rapatriés, mais seulement 125 000 Français sur 380 000 réussirent à s’échapper. On vit même des Anglais rejeter des Français à l’eau… À la date du 4 juin, les Allemands avaient déjà fait 1 200 000 prisonniers. Quelle humiliation  !

À peine la poche de Dunkerque était-elle réduite qu’on vit l’énorme machine de guerre allemande pivoter sur elle-même, face au sud  : 150 divisions, dont 10 blindées, contre 49 divisions françaises, dont 3 cuirassées. (…)

Exode de 1940 en France Le 5 juin à l’aube, les Allemands attaquent sur toute la ligne de la Somme. (…) Après une résistance héroïque, notre front se disloque. À l’ouest, le 7 juin, Rommel s’ouvre une route vers la Seine, tandis qu’en Champagne, le 9 juin, nos Armées, submergées, se replient, quand elles ne sont pas capturées. Guderian fonce alors vers le sud-est, menaçant d’encerclement nos troupes massées derrière la ligne Maginot. Là aussi, l’ordre de repli leur parviendra trop tard…

On compte à ce moment plus de huit millions de réfugiés qui fuient sur les routes de l’exode, mitraillés par les avions ennemis. Quand donc va finir ce cauchemar  ? se demande le Maréchal. Weygand partage maintenant son avis. (…)

Le 10 juin, l’Italie, qui veut sa part du butin, déclare la guerre à la France. Ce même jour, le gouvernement quitte la capitale. C’est le sauve-qui-peut général…

Trois hommes au gouvernement s’obstinent criminellement à refuser la cessation des hostilités  : Reynaud, Mandel et de Gaulle. Il est question maintenant, dans leur esprit chimérique, de gagner l’Afrique du Nord, (…) mais ce repli n’aurait fait qu’aggraver la défaite en métropole  : l’Armée presque tout entière prisonnière, la population laissée sans protection, un gouvernement à la botte de l’ennemi mis en place avec le risque d’un renversement d’alliance… La France était rayée de la carte.

L’ARMISTICE, UNE DÉCISION STRATÉGIQUE

Le Maréchal, lui, en a assez de toutes ces discussions qui ne mènent à rien. Au cours du Conseil des ministres qui se tient à Candé le 13 juin, il se lève et lit le texte qu’il a préparé. L’instant est solennel  :

«  Il est impossible au gouvernement, déclare-t-il, sans émigrer, sans déserter, d’abandonner le territoire français. Le devoir du gouvernement est, quoi qu’il arrive, de rester dans le pays, sous peine de n’être plus reconnu pour tel. Priver la France de ses défenseurs naturels, dans une période de désarroi général, c’est la livrer à l’ennemi. C’est tuer l’âme de la France, c’est par conséquent rendre impossible sa renaissance. Le renouveau français, il faut l’attendre en restant sur place, plutôt que d’une conquête de notre territoire par les canons alliés, dans des conditions et dans un délai impossibles à prévoir… Je déclare, en ce qui me concerne que, hors du gouvernement s’il le faut, je me refuserai à quitter le sol métropolitain. Je resterai parmi le peuple français pour partager ses peines et ses misères. L’armistice est, à mes yeux, la condition nécessaire à la pérennité de la France.  »

Tout est dit en quelques phrases. C’est, au jugement de l’histoire, la seule décision d’État qu’imposaient le désastre militaire et ses conséquences. Ajoutons que l’armistice n’est pas une capitulation, c’est une suspension d’armes, un arrêt temporaire des hostilités, résultant d’un traité, qui a pour effet de limiter une défaite. Il permet la reprise ultérieure du combat. L’honneur est sauf, et l’avenir est sauvegardé. (…)

Reynaud donne enfin sa démission, le 16 juin au soir, désignant au président Lebrun son seul successeur possible  : le maréchal Pétain. (…) L’accord unanime qui se fit, au cours des jours suivants, autour du Maréchal prouve qu’il était vraiment l’homme de la situation.

LA SOUVERAINETÉ FRANÇAISE EN PÉRIL

Il était temps  : ce même 16 juin, de Gaulle, assisté de Jean Monnet, concoctait à Londres avec Churchill un projet de condominium franco-britannique qui aurait mis en commun les ressources, les gouvernements, les armées des deux pays. Il en dicta le texte par téléphone à Reynaud, de façon à ce que celui-ci en tire profit pour se maintenir au pouvoir  :

«  À l’heure du péril, où se décide la destinée du monde moderne (  !), les gouvernements de la République française et du Royaume-Uni dans l’inébranlable résolution de continuer à défendre la liberté contre l’asservissement aux régimes qui réduisent l’homme à vivre d’une vie d’automate et d’esclave (  !), déclarent  : désormais, la France et la Grande-Bretagne ne sont plus deux nations mais une nation franco-britannique indissoluble…  » (…)

Quand de Gaulle arriva à Bordeaux, porteur du mirifique projet, le cabinet Reynaud venait d’être dissous. Le Maréchal formait un nouveau gouvernement, dans lequel de Gaulle n’avait pas de portefeuille. Catastrophe  ! Il en fut si dépité et furieux, qu’il demanda à Spears de le ramener derechef en Angleterre. Churchill n’en fut pas enchanté, mais il dira plus tard  : «  J’avais besoin de quelqu’un qui soutienne la thèse de la trahison [du gouvernement français]. Ce fut un général français qui se présenta. Je m’en suis servi.  »

Ce même jour, le Maréchal annonçait à la radio qu’il assumait la direction du gouvernement de la France  :

Maréchal Philippe PétainSûr de l’affection de notre admirable armée qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr que par sa magnifique résistance elle a rempli ses devoirs vis-à-vis de nos alliés, sûr de l’appui des anciens combattants que j’ai eu la fierté de commander, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.

En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.

Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’écouter que leur foi dans le destin de la Patrie (17 juin 1940).

Si, pour un soldat, l’honneur est de remplir sa mission de combattant jusqu’au sacrifice de sa vie, pour un chef d’État, l’honneur est de respecter le pacte qui le lie à son peuple et à Dieu  : de préserver la vie de ceux qui lui sont confiés et d’empêcher l’anéantissement de la nation. La France était menacée de destruction totale au mois de juin 1940. Le Maréchal l’en sauva.

Y a-t-il eu complot, ce «  complot de panique et de trahison  », dont parlera de Gaulle le 19 janvier 1944  ? Quand on est ambitieux et qu’on ne pense qu’au pouvoir, on imagine les autres à sa ressemblance. Ainsi des politiciens de la troisième République vis-à-vis du Maréchal. (…)

À Mgr Feltin, l’archevêque de Bordeaux, venu le féliciter de sa nouvelle investiture, il répondait  : «  Ne me félicitez pas, Monseigneur. Priez pour la France et faites beaucoup prier pour moi. J’ignore si, depuis le Golgotha, un pareil sacrifice a été demandé à un homme.  » (…)

C’est donc le 17 juin que le Maréchal endossa l’écrasante responsabilité du pouvoir. Dans notre orthodromie de douce et sainte France, cette date nous parle  ; elle nous rappelle le 17 juin 1689, où le Sacré-Cœur fit appel au roi de France, et que, en châtiment de son refus, cent ans après, le 17 juin 1789, l’Assemblée constituante se déclarait souveraine, en rébellion contre l’autorité du roi légitime, lieutenant du Christ. Après la plus grande défaite de son histoire, comme une suite du même châtiment, un vrai chef était donné à la France, un autre 17 juin, en signe de miséricorde divine. Miracle sauveur  ! (…)

Mais reprenons le fil des événements.

UNE STRATÉGIE DE SECONDE POSITION

Le plus urgent était de conclure l’armistice. (…) Hitler imposa Compiègne comme lieu de rencontre, ville où avait été signé l’armistice de 1918. (…) Avant son départ, le Maréchal donna au général Huntziger, chef de la délégation française, cette instruction formelle  : «  Rompre immédiatement la négociation si l’Allemagne exige premièrement la remise totale ou partielle de la flotte, deuxièmement l’occupation de la Métropole, troisièmement l’occupation d’une partie quelconque de l’empire colonial.  » Les plénipotentiaires français n’eurent à négocier aucun de ces points. Hitler, qui voulait attaquer directement l’Angleterre, les leur accorda d’emblée. (…) Ce fut sa première faute. (…)

Le maréchal Pétain savait que l’intérêt du pays était de maintenir une zone hors de l’emprise allemande, ainsi que l’Empire, et la flotte pour joindre ces deux lambeaux de France et entreprendre un redressement sauveur. C’était, explique Pedroncini, sa stratégie «  de la seconde position  », qui avait fait merveille durant la Grande Guerre, et qu’il appliquait à la situation de 1940, faisant de l’Afrique du Nord une “ seconde position ” et la base d’une reconquête possible de la Métropole.

Non seulement Pétain n’a pas fait le jeu d’Hitler, mais Hitler est tombé dans le piège tendu par le Maréchal. (…) Churchill le reconnaîtra, le 8 janvier 1944, au cours d’un entretien avec le général Georges  : «  L’armistice nous a en somme rendu service. Hitler a commis une erreur en l’accordant. Il aurait dû aller en Afrique du Nord, s’en emparer, et poursuivre sur l’Égypte. Nous ne pouvions pas l’en empêcher.  » Les généraux de la Wehrmacht faisaient le même constat, mais en le déplorant.

L’UNITÉ FRANÇAISE SAUVEGARDÉE

L’armistice fut signé le 22 juin avec les Allemands, le 24 avec les Italiens, et le 25 juin prenaient fin les hostilités. On comptait, au terme de ces quarante-cinq jours de combat, plus meurtriers pour une même durée que les batailles de la Grande Guerre, 85 310 morts et plus de 120 000 blessés.

Durant ces jours dramatiques, Weygand avait assuré la cohésion de notre Empire. (…) De son côté, l’amiral Darlan sut maintenir la flotte dans l’obéissance au gouvernement légitime. Mais, il convient de le souligner, c’est le Maréchal qui maintenait l’unité française. (…)

Il est passionnant d’assister à la transformation graduelle de son prestige moral en autorité politique. On touche là à l’essence même de son pouvoir, disons mieux  : de son “ mystère ”. Quand il quitta Bordeaux avec son gouvernement, le 28 juin, à destination de Clermont-Ferrand, puis de Vichy, la foule se pressait tout au long du trajet, pour le voir et l’acclamer. À partir de ce jour, il ne pourra plus se montrer en public, ni traverser le moindre village, sans que se manifeste spontanément cet attachement du peuple de France. (…)

L’HEURE DE LAVAL

Les parlementaires furent convoqués à Vichy pour les 9 et 10 juillet. L’heure de Laval avait sonné. Cet habitué des ministères et des coulisses du gouvernement avait une réputation d’entremetteur bien établie. (…) Il avait mesuré, en traversant la France envahie, le discrédit dans lequel était tombé le régime parlementaire. Ce fut lui qui persuada ses collègues de la nécessité d’opérer une profonde réforme des institutions. Lui-même avait changé. (…)

Il voulait mettre le Maréchal à l’abri de toutes les fluctuations du régime parlementaire et lui donner les moyens d’accomplir son œuvre de redressement national. (…) C’est pourquoi Laval multiplia les conversations de couloirs, les discours, pour faire accepter de ses collègues ce projet de constitution qui tenait en un article unique  :

«  L’Assemblée nationale donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.  »

Les 9 et 10 juillet, on passa au vote, d’abord la Chambre des députés, puis le Sénat  : une majorité écrasante se prononça en faveur d’une révision de la constitution, tandis que s’exprimait une vénération unanime envers le Maréchal. Lors du dernier scrutin, toutes Chambres réunies, celui-ci se vit confier les pleins pouvoirs exécutifs et législatifs, par 569 voix sur 666. (…)

La “ légalité ” républicaine était donc parfaitement respectée. Jamais peut-être un vote n’avait été aussi conforme aux vœux de la nation. (…)

«  UNE DIVINE SURPRISE  »

Au-dessus de la “ légalité ”, il y a la légitimité. Sans doute les parlementaires croyaient-ils conférer, par leur vote, l’autorité suprême au Maréchal. En réalité, il la tenait, par ses états de service, de l’adhésion confiante du peuple français. (…)

«  Divine surprise  », dont s’émerveilla Maurras avec tous les Français, d’assister dans l’écroulement de tout, écrit notre Père, «  à l’avènement pacifique d’un chef humain, chrétien, sûr de sa légitimité, tout appliqué à défendre la patrie, atténuer son malheur, relever ses ruines matérielles et son moral à la dérive, organiser sa survie dans l’espoir de sa résurrection  ».

frère Thomas de Notre-Dame du Perpétuel Secours
Extraits de Il est ressuscité  ! n° 27, octobre 2004, p. 19-30

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