La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’Action française après la guerre de 1914-1918

MAIS NON, DIEU EST RÉPUBLICAIN  !

Charles MaurrasPendant la guerre, l’Action française a voulu l’union sacrée, elle ne s’est pas rendu compte qu’elle était trompée par Briand et les autres, mais il fallait faire l’union de la nation  ; tant pis pour la République, on la supportera, mais il faut sauver la France  ! L’Action française a maintenu le moral du pays réel, elle a cru à la victoire. Elle a contribué au salut de la patrie de 1914 jusqu’en 1924.

Après la Guerre de 14-18, on parla beaucoup de rétablir les relations diplomatiques entre la France et le Vatican. Maurras y poussait vivement, la Chambre Bleu-horizon y allait mollement, mais le pays le souhaitait trop pour que cela ne se fît pas. Daudet, lui, le redoutait et, nous le savons maintenant, pour les mêmes raisons qui firent soutenir le projet par Briand  : il remettrait l’Église en tutelle. Nous avons mainte preuve écrite des intentions machiavéliques de Briand, poussé par son intime collaborateur Berthelot, protestant, et conduit par l’âme damnée du Quai d’Orsay, Canet, catholique moderniste acharné. Il fallait, selon ce dernier, non seulement remettre l’Église de France en tutelle mais aller jusqu’à exiger la nomination des Évêques par la Secrétairerie d’État et la Nonciature, au lieu de la Consistoriale où régnait encore l’esprit de saint Pie X avec le Cardinal de Lai… Le lien rétabli, Briand n’aurait pas de peine à travailler avec le cardinal Gasparri et Mgr Ceretti bientôt nonce à Paris, ses intimes amis. Il faudrait alors crever l’abcès, détruire le Séminaire français et obtenir le renvoi de son supérieur, le P. Le Floch, puis la disgrâce du cardinal Billot, tous gens et maisons de tradition catholique intégrale, liés à l’Action française d’intentions sinon d’action. On encouragerait en revanche les Sulpiciens, gens libéraux, ralliés au Régime, modernisants. Dieu alors serait vraiment républicain  ?

C’est ainsi que furent renoués les liens diplomatiques entre la France et Rome, comme le souhaitait ardemment Maurras, mais plus étroitement parlant, entre la République des radicaux francs-maçons, de Briand et d’Herriot, et la Secrétairerie d’État de Pie XI, Gasparri, Ceretti.

En 1919, «  Femme sans tête  », la République se hâta de signer, sans même avoir envahi l’Allemagne, Le Mauvais Traité dans les termes duquel Maurras, Bainville, Daudet, surent lire à vingt ans de distance le détail précis d’une nouvelle guerre et d’une autre invasion. Maurras suivra jour après jour la folle politique des désarmeurs qui se changeront subitement en va-t’en-guerre.

En 1920, l’Armée pouvait, devait «  faire le Roi  »; elle se contenta d’être acclamée et remit sa force au râtelier de la République.

L’accession au trône pontifical, en 1922, du Cardinal Ratti, devait rendre au parti germano-démocrate toutes ses espérances. Bientôt son arrogance ne connut plus de bornes. L’Action française avait reçu d’extraordinaires accroissements du fait de sa clairvoyance et de son énergie durant la Guerre et dans l’établissement de la fausse Paix, contre la trahison installée aux abords du Pouvoir. Elle exerçait sur l’opinion une sorte de magistère indiscuté. Et Léon Daudet était entré à la Chambre où il dominait tout.

Dès 1922, les Ralliés relevèrent la tête et préparèrent le retour des Gauches au Pouvoir, radicaux et socialistes réconciliés, en sabotant toute tentative d’Union Nationale de droite catholique. Pie XI donnait des consignes en ce sens, à l’encontre même de la campagne de l’Épiscopat contre le Laïcisme. Le Pape voulait un second et définitif Ralliement, par tous les moyens même légaux.

1924 vit le retour au pouvoir des vrais Républicains, persécuteurs de l’Église, gaspilleurs de la Victoire. Au lendemain de la victoire des anticléricaux, l’Église de France presque entière était acquise aux idées du Nationalisme Intégral. En 1926, la France effrayée, l’Église menacée, se retournaient vers l’Action française  ; ses réunions rassemblaient des foules énormes, par dizaines de milliers, l’élite du clergé y adhérait de cœur. Toutes les nations d’Occident étaient d’ailleurs le lieu d’un pareil redressement et, sous l’influence prestigieuse de Maurras, la Civilisation latine, la Tradition catholique retrouvaient partout leur primauté naturelle. Une grande Heure allait sonner…

L’Action française repartait à l’assaut de la République. Daudet et les royalistes avaient été à la Chambre bleu horizon  ; non pas réélus, ils ont fait la guerre à Herriot, puis à Blum et ils auraient peut-être réussi le coup de force s’ils n’avaient pas de nouveau été condamnés par l’Église. (conf. F 56, l’Entre-deux-guerres, 1995)

Le Cartel des Gauches était en difficulté et craignait une insurrection de l’Action française qui aurait tout emporté. Le Nonce Ceretti faisait le lien entre Briand et Gasparri et la condamnation de l’Action française par Pie XI tomba.

Le Mandement parut le 25 août, fête de saint Louis, date anniversaire de la condamnation du Sillon. La revanche était signée. Dix jours plus tard, pleine et entière approbation du Saint-Père, renouvelée le 20 septembre pour les Tertiaires Franciscains, et le 20 décembre en Consistoire. Rien ne menace davantage la Chrétienté à ce moment que le paganisme de l’Action française. Les catholiques doivent d’ordre du Pape, réprouver et abandonner cet horrible mouvement ennemi de Dieu, du Christ et de l’Église  ! L’excommunication effective fut lancée contre les Ligueurs catholiques obstinés. Briand y poussait, pour sauver la République, la judéo-maçonnerie commandait, la démocratie-chrétienne cherchait sa vengeance de la condamnation du Sillon par Pie X, la nouvelle Action Catholique que lançaient les Pères Jésuites de gauche, réclamait la disqualification d’un mouvement qui gênait son essor. Le Pape sauva la République Maçonnique et sans doute la Démocratie Universelle, mais il lança l’Église dans le processus de son autodémolition et le monde dans sa course aux guerres apocalyptiques que nous avons vues et verrons.

Nous le savons maintenant, Pie XI marchait, le fer de l’obscène Briand dans les reins. Ce grand Pape Dictateur était en réalité le dernier des forçats de la République.

Jacques Maritain, pour se distinguer aux yeux de tous comme le futur grand philosophe et docteur catholique, tournait sa veste, en trois temps trois mouvements. Dès septembre 1926, Une opinion sur Ch. Maurras et le devoir des catholiques préconise la formation d’une AF à direction catholique  ; on continuerait dans la même ligne, mais Maurras jeté par-dessus bord. Le livre déplut en haut lieu  : ce n’était pas suffisant. Il publie donc un an plus tard Primauté du Spirituel, qui reconnaissait au Pape un Pouvoir indirect sur toutes choses politiques et le droit de supprimer tout mouvement qu’il jugerait contraire aux intérêts de la religion. Le livre déplut encore. Alors, avec des théologiens et philosophes de l’Institut Catholique de Paris, il compose le fameux Pourquoi Rome a parlé qui reprend et développe en syllogismes ténébreux les sempiternelles diffamations des Fidao-Pierre-Lugan-Passelecq, agrémentées des théories retrouvées des modernistes Blondel et Laberthonnière.

L’Action française n’avait pas cédé au coup de force spirituel, pas plus qu’aux attentats policiers du juif Schrameck ministre de l’intérieur. Revendiquant l’indépendance de leur action politique et se déclarant soumis à l’autorité ecclésiastique en religion, ses membres catholiques réussirent la gageure de rester bons chrétiens pratiquants, quand même leurs prêtres les tenaient pour excommuniés. Ils montrèrent en ces temps affreux et je pense à mes parents une sagesse, une patience héroïque, une humble discrétion que nous voudrions imiter dans nos heures de ténèbres.

Mais le coup porté fut très dur et de conséquence grave. L’arrivée des jeunes élites venues des collèges catholiques fut stoppée  : les vannes des bons Pères dirigèrent le flot mouvant vers l’Action Catholique. Désastre plus profond  : le Nationalisme Intégral prit l’habitude de se passer du clergé et de se méfier de toute référence religieuse, il se cantonna dans le positivisme politique. Pie XI provoquait ainsi ce mal qu’il avait dénoncé dans l’AF. On se tiendra éloigné de l’Église et comme étranger à sa mystique dans tout le domaine de la politique où les démocrates-chrétiens en revendiqueront exclusivement la propriété. Autre conséquence  : les conversions et vocations religieuses, si abondantes jusqu’alors, diminuèrent fortement après 1926; au contraire, certains incroyants ou libertins venus à l’AF, qui en d’autres temps auraient poursuivi leur évolution jusqu’à la foi catholique, tournèrent à l’anticléricalisme et au mépris de la religion.

L’Église a profité des mauvaises dispositions religieuses de Maurras. J’en parle toujours avec grande tristesse, mais l’anticléricalisme de Maurras est une certitude, voilée pour faire plaisir aux amis et puis sa haine de Jésus-Christ, ses blasphèmes, je le dis consterné. Cela conduisait à une politique qui était naturaliste, qui était païenne. Sous prétexte de compromis nationaliste, il ne fallait jamais parler de Dieu ni de Jésus-Christ  ! Il a mérité que Pie XI se couvre de cette raison, qui était un prétexte, pour condamner l’Action française, la rendre K.O. pour l’empêcher de faire son travail de salut.

Sa perte est due au laïcisme, au naturalisme, au paganisme, à l’anticléricalisme généralisée. L’Action française s’est durcie et s’est persuadée qu’il n’y avait qu’une question politique. Elle s’est fait une conscience vierge à trop bon prix. Quand on est catholique et qu’on suit un maître qui a horreur de Jésus-Christ, c’est vrai que c’est difficile et que Dieu ne donne pas ses grâces.

Maurras

L’ACTION FRANÇAISE BLESSÉE

L’Action française, blessée dans son âme ardemment catholique ou amie du catholicisme, suspecte désormais aux masses encadrées par les prêtres, ne put plus que retenir la France sur son chemin fou.

Cependant l’AF, mise au ban de l’Église et, a fortiori, de la République, avait encore raison, avait “ toujours raison ”. Elle était le seul phare, les seuls mentors de l’opinion déboussolée de ces Années 30 qui allaient voir la chute du monde dans une horrible guerre. C’était Cassandre, tragique, ou Démosthène annonçant le désastre. Ou Jérémie, Ézéchiel prophétisant la chute de Jérusalem, en châtiment divin de ses idolâtries et immondes fornications. La Pape, tel un Manassé plus impie que le premier, ne faisait-il pas alliance avec les idoles du moment, l’Aigle germanique et l’Ours soviétique  ?

Seule l’Action française s’élevait contre pareille trahison de la Papauté, par elle sublimée jusqu’aux cieux  : «  par-delà tous les espaces…  »

Moyennant quoi, l’Action française s’est battue comme une lionne contre la guerre qui venait, contre tous ces salopards de Léon Blum, de Herriot et compagnie.

Elle continua à dire la vérité contredite par tout le monde et la servit sans compter aucunement à son mal, à sa peine, à son attrait particulier, condamnée par le Pape, répudiée par son comte de Paris, objet constamment de l’hostilité de la franc-maçonnerie, des partis politiques en général. (Géopolitique, 1991)

L’Action française a lutté, en désespérée… S’il n’y avait pas eu la condamnation, lorsque l’affaire Stavisky a éclaté en 1934 et que Paris tout entier remplissait la place de la Concorde en criant «  à bas les voleurs  !  », ils auraient fait à ce moment-là le coup d’état. Au contraire, ils ont été chargés par la police, il y eut quinze morts dont cinq jeunes gens d’Action française, et des centaines de blessés.

Maurras fit 200 jours de prison en 1937 pour avoir menacé de mort les députés qui allaient voter la guerre à l’Italie, et cette année-là du moins la guerre fut évitée.

L’Action française accepta le fait de Munich, fort prosaïquement, parce que nous n’étions pas prêts à la guerre. Ce n’était chez elle ni accointance avec le nazisme, ni esprit de capitulation, ni pessimisme, ni défaitisme. On ne déclare pas la guerre quand on a désarmé son pays depuis vingt ans, sans le réarmer tout d’abord. Dans l’hystérie générale du clan va-t-en-guerre, au silence morne et inquiet du peuple français répondait seul l’appel véhément de l’Action française  : Armons  ! Armons  ! Armons  !

Elle a atténué notre chute et elle a rendu possible Pétain. Elle débarrassa la France en 1940 de Marcel Déat et de quelques autres qu’elle contraindra à remonter à Paris.

La «  divine surprise  » n’a jamais été, dans le texte de Maurras du 9 février 1941, la défaite de la France, mais la présence souveraine et l’œuvre sublime du Maréchal dans l’effroyable situation d’alors. Redressement inespéré, imprévisible, sauveur, miraculeux  !

On doit regretter que l’Action française ne soit pas restée après 1930 la seule Ligue Nationale à diriger le combat contre la République laïque et décadente.

Maurice Pujo, le meneur de toutes les manifestations d’Action française, le plus dévoué des serviteurs de la Nation dans l’ombre de Maurras, expliquant l’échec du 6 février, a la parole la plus juste, la plus profonde  : «  l’homme providentiel, le Chef, civil ou militaire, qui devait surgir et tirer parti de l’émeute pour restaurer l’État Français, ce chef a manqué parce qu’il a besoin de pouvoir compter, pour le soutenir, sur une force morale assez puissante  ».

J’aime cette admirable AF des années trente. Aux souvenirs réveillés de mon enfance, je m’émeus des 250 jours de prison de Maurras et de la formidable ovation qui monta vers lui, le Sauveur de la Paix, au Vélodrome d’Hiver le 8 juillet 1937. Je m’enthousiasme à la pensée des 40 000 français de toute la Droite Nationale, réclamant le 7 juin 1938, au Vel’ d’hiv’, l’alliance de Paris avec Rome et Burgos pour conjurer la guerre…

Pour dire le fond de ma pensée, je les trouve orphelins. Ils me font pitié parce qu’ils auraient dû aboutir cent fois, en 34, en 36, évidemment en 38. Mais ils étaient orphelins. Ces royalistes avaient un Prince séduisant, sportif, studieux, mais antifasciste et ostensiblement plus soucieux de justice sociale que de sécurité et d’ordre, contre ses partisans qu’il caricaturait en maniaques d’un nationalisme jacobin et d’un ordre brutal voulu pour la seule défense du Capital  ! Et royalistes comme fascistes n’avaient plus de Bon Dieu  ; le Pape le leur avait enlevé pour en faire le garant de la Démocratie et le Père des «  Sémites  », seuls fils pour lesquels tous les peuples devaient se ruer aux hécatombes.

Une élite peut soulever Paris, un soir, aux cris de A bas les Voleurs  ! Mais aucun parti, aucune Ligue ne peut entraîner tout un peuple à l’insurrection, à la lutte sanglante contre le Pouvoir oppresseur, ni décider un Chef militaire à franchir le Rubicon, s’il n’y a ni Dieu ni Roi pour commander et bénir le mouvement.

La levée des sanctions par Pie XII, le 16 juillet 1939, ne changea rien au fond des choses  ; tout continua dans le même sens, après la nouvelle et sanglante parenthèse de la guerre et des libérations révolutionnaires qui suivirent. On s’enfonçait mondialement dans la subversion religieuse et politique.

C’EST LE PÉCHÉ DE L’ÉGLISE

Pourtant, «  Dieu qui aime les Francs  » récompense la foi, l’obstination, l’action des meilleurs au milieu du châtiment universel. La divine surprise, dont s’émerveilla Maurras avec tous les Français, fut, dans l’écroulement de tout, cet avènement pacifique d’un Chef humain, chrétien, sûr de sa légitimité, tout appliqué à défendre la Patrie, atténuer son malheur, relever ses ruines matérielles et son moral à la dérive, organiser sa survie dans l’espoir de sa résurrection  !

L’AF mènera quatre ans le combat pour «  La France, la seule France  !  », au temps le plus noir de la guerre où le clan des Ja et le clan des Yes s’entretuaient, l’un et l’autre excités et armés par le clan des Da, cela voulait dire pour l’Action française, non la France isolée, la France contre tous, mais le seul intérêt français, et donc l’unité nationale, souverains maîtres de nos esprits, de nos cœurs et de nos armes, en face des exigences et des séductions de l’Occupant, sous les bombes et les appels de l’Allié-envahisseur à la guerre civile.

Une seule école de pensée a dit la vérité, l’a proclamée, a mis le monde en garde contre les grands périls qu’allait encourir de nouveau la paix, c’est l’Action française avec, à sa tête, Charles Maurras, Léon Daudet et Jacques Bainville.

Ils ont vu les conséquences désastreuses du traite de Versailles, ils ont annoncé la guerre qui viendrait et ils ont fait tous leurs efforts avec leurs fidèles, pour conjurer cette menace. En vain  ! La guerre est venue, la défaite, l’occupation, et pour remerciement la France, les démocraties croisées contre les dictatures ont enfermé ces gens en prison. Bainville est mort quelques années avant la guerre, Maurras a connu la prison ainsi que ceux qui lui étaient fidèles, c’était une manière d’étouffer la voix de ceux qui avaient toujours eu raison et qui auraient eu encore raison contre la révolution triomphante.

Je m’aperçus, un certain 15 août 1945, jour de la condamnation à mort du Maréchal Pétain, de cette trahison constante des gens d’Église, des hommes de Dieu, plus démocrates que chrétiens. J’ai compris qu’il n’y aurait de salut pour l’Église et pour la France que dans le retour au légitimisme ancien de Pie IX et au Nationalisme Catholique qu’avait béni saint Pie X.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC nos 81, 106, 331

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