La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’État a-t-il le droit d’enseigner  ?

Mgr Freppel

Mgr Freppel

Mgr Freppel développa le fond de sa pensée sur ce sujet dans un article remarquable paru en première page del’Univers. Citons-en l’essentiel  :

«  En réclamant le maintien de la collation des grades par le jury mixte selon la loi de 1875, bien loin d’élever des prétentions exorbitantes, nous ne faisons que réclamer une très minime partie de ce qui nous appartient. L’État, qui a usurpé subrepticement le droit d’enseignement, serait injuste au premier chef en refusant de restituer à la famille et à l’Église au moins une faible portion de leur propriété… Il n’existe dans le monde que deux enseignements premiers  : un pouvoir naturel qui réside dans la famille et un pouvoir surnaturel qui réside dans l’Église. Le père a le devoir de donner à son fils l’enseignement qui corresponde à ses conditions. Aussi le père a, de par la nature, le devoir d’enseigner à son fils la vérité… Ainsi, c’est le père qui délègue les instituteurs. L’Église est enseignante de droit divin, en vertu d’une délégation de son fondateur… En dehors de ces deux pouvoirs il n’en existe pas d’autres. Donc, l’État n’est pas un pouvoir enseignant.

«  Jusqu’à 1789, l’État favorisait, aidait, secourait l’enseignement, mais il ne se constituait jamais lui-même proprement enseignant. Il laissait ce droit à la famille et à l’Église… S’approprier l’enseignement c’est, de la part de l’État, spolier la famille et l’Église d’un droit inhérent à leur constitution, droit fondé d’un côté sur l’ordre imprescriptible de la nature qui fait le père maître de son fils et de l’enseignement à lui donner  ; et de l’autre côté, sur une délégation formelle et positive de Jésus-Christ Roi du monde et Docteur par excellence. Nulle prétention ne peut renverser ce double droit  : y porter atteinte, c’est s’attaquer en même temps à la nature et à Jésus-Christ  ; c’est tomber dans le socialisme et l’athéisme.

«  Donc  : 1° L’État n’étant pas lui-même un pouvoir enseignant, ne peut enseigner, s’il le fait, c’est d’une manière subordonnée aux deux autorités légitimes qui possèdent proprement le droit d’enseignement… Ce qui investira (les professeurs de l’État), ce sera la délégation d’un père de famille, s’il veut, par un libre choix, leur confier ses enfants. Ce qui les investira encore, ce sera, dans la société chrétienne, l’approbation de leur doctrine et de leur mission par l’Église. En matière d’enseignement, l’État ne peut et ne doit être qu’un auxiliaire.

«  2° L’État n’a pas le droit d’imposer des programmes d’enseignement. Il peut, sans sortir de son rôle d’auxiliaire, en proposer mais seulement en proposer, à la libre acceptation de ceux qui ont le droit légitime d’enseigner.

«  3° Donc, l’État n’a pas de lui-même le droit de conférer des grades puisque ces grades sont une partie qui n’est pas de son domaine. Si l’État a des professeurs auxquels les parents confient leurs enfants, ils auront eux-mêmes, comme les autres, le droit de conférer les grades mais encore une fois ce n’est pas de l’État qu’ils le tiendront. Le droit de conférer fait partie du droit d’enseigner. Cependant, l’État peut instituer des examens spéciaux à l’entrée des fonctions dont l’exercice importe à la sécurité sociale. Nous reconnaissons à l’État ce droit d’examen professionnel et nous affirmons qu’il lui suffit.

«  4° L’État, à plus forte raison, n’a pas le droit d’exclure de la collation des grades ceux à qui elle appartient, c’est-à-dire aux corps enseignants établis avec l’autorité de la famille et de l’Église. Agir ainsi serait les chasser de leur propre domaine et, par conséquent, commettre une violation des plus iniques. Les universités libres, fondées par les familles et par l’Église, ont toute autorité légitime pour enseigner et, de plein droit, conférer les grades. L’iniquité serait d’autant plus grande que l’État qui les expulserait n’a aucun droit en ce terrain. Cette expulsion pourra se faire cependant  ; on doit s’y attendre. L’État a pour lui la force qui, dans ce siècle, prime le droit.  » (…)

EXHORTATION SURNATURELLE CONTRE LE DÉCOURAGEMENT

Les mille tracasseries que l’État ne cessait de multiplier contre les universités catholiques avaient fini par démobiliser certains membres des comités catholiques de soutien pour l’enseignement libre. Pour ranimer les courages, Mgr Freppel les exhorta en ces termes  :

«  Il y a un mal contre lequel je ne cesse de lutter  ; le découragement. Sous l’impression des mécomptes du passé et des menaces de l’avenir, il n’est pas rare de rencontrer des chrétiens qui se laissent aller au découragement. Tout leur semble perdu, parce que nous n’avons pas réussi à tout sauver. Or, je ne sache rien de plus funeste que le découragement pour les grandes et nobles causes que nous avons à soutenir. Il faut bien se pénétrer de cette maxime, qu’on n’est pas toujours sûr de l’emporter ici-bas, même quand on a pour soi les bons arguments et les bonnes intentions. Sans doute, je ne veux pas le nier, la vérité finit toujours, à la longue, par avoir raison, et le droit par triompher de l’injustice, mais cela n’empêche ni le droit ni la vérité d’avoir leurs heures d’abandon et d’obscurcissement. Il y a des moments où le vertige de l’erreur fait tourner les têtes et où les meilleurs raisonnements ne viennent pas à bout d’une passion aveugle et obstinée. Est-ce un motif pour désespérer de l’avenir  ? À Dieu ne plaise  ! Dans les luttes de la vie, il faut savoir être vaincu  ; seulement, au lieu de rester sur sa défaite, sans même tenter un nouvel effort, il faut reprendre haleine, rechercher avec soin pourquoi l’on a été vaincu, et se remettre immédiatement à l’œuvre pour ressaisir la victoire.

«  Lorsque l’on se mêle de combattre, il est bon de ne pas trembler d’avance devant l’idée d’un échec possible. Donc, messieurs, pas de défaillances, quelles que soient les épreuves que l’avenir puisse nous réserver à nous-mêmes et à nos institutions. Car Dieu, de qui nous sommes et pour qui nous vivons, ne nous commande par de vaincre, mais de combattre. L’honneur d’une vie, comme son vrai mérite, c’est de pouvoir répéter jusqu’au bout cette parole du Divin Maître  :Nous avons fait ce que nous devions faire. Le reste, il faut l’abandonner à Dieu, qui donne la victoire ou permet la défaite, et qui fait contribuer l’une comme l’autre à l’accomplissement de ses éternels et impénétrables desseins. Vainqueurs ou vaincus, qu’importe, si nous avons fait notre devoir. Il y a deux sentiments qu’il ne faut jamais perdre de vue, parce qu’ils font notre force, comme ils sont notre gloire  : nous travaillons pour la France et nous servons l’Église.  »

Mgr Freppel, Tome 2  : Un évêque de combat, 1870- 1880, p. 188-190

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