Il est ressuscité !
N° 279 – Juillet-août 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
LA LIGUE

La CRC roule depuis cinquante ans !
IL y a juste cinquante ans, l’abbé de Nantes informait ses lecteurs dans la Ligue : « Je suis encore sans autre nouvelle de notre camp-roulant de Vendée, que celles d’un coup de téléphone reçu par des amis : soixante-dix jeunes roulent à bicyclette, tôt matin et soir tard pour éviter les insolations ; le tee-shirt blanc frappé de l’insigne rouge (tee-shirt, 25 F ; indiquez la taille) fait grande impression, paraît-il, sur les populations ! Frère Gérard a tout préparé avec les dévoués de Paris et de Vendée. Tout ira bien, j’en suis sûr. Par cette chaleur, ce doit être un rude effort. Mais conférences et visites prévues au long du parcours seront passionnantes. »
Actualisez chiffres, prix et lieux, et vous obtiendrez un compte-rendu très juste de nos camps de cette année. D’autant plus que les frères de Magé continuent à mener leurs jeunes sur les hauts lieux de la Vendée militaire.
En 1975, ces amis « dévoués de Paris et de Vendée » avaient organisé un rallye cycliste sur les traces des Vendéens. Mais pour l’année suivante, ils avaient demandé à notre Père de leur prêter un frère. Voilà quelle fut la genèse des camps-roulants, bientôt baptisés camps-vélos, destinés à une fortune étonnante. Dès l’année suivante, en Béarn, les cyclistes étaient cent vingt. En 1978, en Lorraine, cent cinquante. Dans les années 1980, les effectifs se stabilisèrent autour de deux cent vingt. Mais dès 1983 s’ajouta le camp Notre-Dame-des-Enfants, pour les 9-12 ans, répartis en “ familles ”, à la charge de parents CRC. Pour expérimenter cette nouvelle formule, frère Gérard s’installa d’abord chez ses propres parents, à La Tuilerie, en Berry. Le succès fut tel que l’année suivante, il fallut dédoubler ce camp de petits !
Aujourd’hui, les participants sont souvent les petits-enfants des pionniers de ces camps-vélos qui sont devenus peu à peu un creuset de la Phalange. Ceux qui n’y cherchaient que des vacances d’agrément se sont lassés de la piété, de la doctrine, de la docilité, du combat, de l’abjection. Seules sont finalement demeurées les âmes mystiques, qui comprenaient que la CRC est « une famille dont la vocation est de ne rien mettre plus haut que le service de la Vérité et de l’Église » (frère Georges de Jésus-Marie).
S’il nous arrive d’être éconduits dans tel diocèse ou tel sanctuaire, nous sommes en revanche souvent consolés par l’accueil bienveillant de prêtres inconnus. Et ce réconfort est mutuel, preuve de la fécondité de notre “ situation ecclésiale ”, dans une bienheureuse dépendance de notre sainte Mère, de ses sacrements, de ses ministres. En 1981, après le camp de Berry, le Père évoquait « les larmes d’émotion, souvent, des curés réconfortés de voir des jeunes qui, encore aujourd’hui... Tiens, mais pourquoi ? regardez leur tee-shirt ! Le Cœur et la Croix, c’est tout un programme ; et CRC, c’est la défense de ce programme. »
Pour fêter dignement le cinquantenaire des camps, il faudrait évoquer la générosité inépuisable de tant de nos amis secondant les frères dans cette belle œuvre d’éducation et de transmission des convictions CRC aux enfants.
IN MEMORIAM : MARTINE BROST
Précisément, le 11 juillet, nous avons eu la douleur de perdre notre chère Martine Brost, qui fut pendant quelques décennies, en retrait, aux cuisines, l’une de ces auxiliaires insatiables de servir grâce auxquelles trois générations d’enfants ont profité des bienfaits des camps-vélos. Lequel, parmi ces centaines d’adolescents affamés par les kilomètres, a su mesurer la masse d’abnégation quotidienne nécessaire pour lui servir un repas chaud, à l’heure et avec le sourire ! Alors même que la cuisine déménageait chaque jour...
Voilà notre amie arrivée au terme de l’itinéraire. Sûrs des promesses de Notre-Dame de Fatima qu’elle a tant honorée, nous espérons la suivre au Ciel, dans ce canton du paradis où se retrouvent, l’un après l’autre, tous les “ saints de chez nous ” qui se sont dévoués dans les camps-vélos, à l’intendance ou à la mécanique, comme parents de famille ou comme grands assistants : l’amiral Lecoq, Éric Aviat, Odile Claude et Thérèse Darcel, Marinette Landais et Ghislaine de Saint-Hénis, jusqu’à Pascal Jean-Préau. Qu’on nous pardonne d’en omettre beaucoup d’autres.
Dans son allocution au cimetière de Bar-sur-Seine, le 21 juillet, frère Benoît mit en lumière les ressorts les plus profonds du dévouement de notre amie, telle qu’elle les avait indiqués elle-même dans une lettre à notre frère Benoît-Joseph : l’enthousiasme CRC, l’angoisse du salut des âmes, le zèle pour consoler le Cœur Immaculé de Marie. Au fond, on s’aperçoit que ce sont là les fruits constants chez nos bons amis de la fidélité à l’abbé de Nantes, à sa doctrine, à son combat de Contre-Réforme.
Frère Benoît résuma finalement le secret de la perfection de Martine Brost en citant notre Père : « Il est pour moi dès maintenant certain et d’une vérité qui ne passera pas, que tous ceux qui brûlent d’amour pour l’Immaculée, de dévouement eucharistique et marial, et de service de toutes les causes qu’elle patronne, sont déjà, par grâce inouïe de la Très Sainte Trinité, prédestinés, élus et promis par sa Médiation à la Vie éternelle du Ciel. »
Petit signe de cette prédestination, la grâce pour notre amie d’avoir conservé jusqu’au bout son chapelet dans une main, son carnet de chant dans l’autre.
CARNET DE CHANTS ET CAMPS-VÉLOS
Ah ! Le carnet de chants CRC ! C’est le vade-mecum du phalangiste et l’abrégé de ses amours. En le feuilletant, on raconterait toute l’histoire des camps-vélos. Mais oui ! en commençant par la prière du matin et du soir et toutes les autres prières quotidiennes qui rythment les journées, jusqu’aux complies qu’il est si réconfortant de réciter, à la nuit tombante, au retour d’une longue course à vélo.
Ensuite viennent les chants pour la messe et les saluts du Saint-Sacrement : les pièces grégoriennes qui ravissent l’âme au Ciel, les vieux cantiques qui fleurent bon la religion de nos pères, les polyphonies de frère Henry dont nous sommes si fiers, qui constituent notre identité musicale ! C’est en tournant ces pages jusqu’à les jaunir, c’est en chantant tous ensemble ces cantiques pour rendre vie à des églises plus ou moins désaffectées, que trois générations de phalangistes ont pris goût à la piété.
A, B, C, D, les pages défilent... E ! La section la plus fournie du carnet de chant CRC, celle des cantiques à la Sainte Vierge. Les autres rubriques ont pu maigrir au fil des éditions, celle-là n’a fait que s’étoffer, pour suivre les progrès de la dévotion mariale de notre frère Georges de Jésus-Marie et de la Phalange, de plus en plus envahissante, accentuée à chaque nouveau pèlerinage.
Dans la Ligue d’août 1985, notre Père écrivait de nos jeunes des camps-vélos que « ce qui leur en reste le plus profondément gravé, ce sont les pèlerinages. Et c’est le meilleur. »
Or, tant que demeurera un recoin inexploré dans notre belle France, vallon reculé ou forêt profonde, un chemin perdu que nos caravanes cyclistes n’auront pas emprunté, il nous restera des sanctuaires à découvrir, où célébrer sous un nouveau nom la Madone de tous nos pays, Notre-Dame de France. Un frère qui se pique de statistiques nous a certifié que le camp de Frébourg, cette année, en a visité en moyenne 1, 5 par jour !
Dès 1977, nos cyclistes avaient rendu leurs devoirs à notre Reine en son sanctuaire de Lourdes, dans une belle démonstration de foi et de charité catholique :
« Arrivés à Lourdes par une pluie comme on n’en voit jamais, ils se sont séchés à temps pour participer à la procession du Saint-Sacrement, tous en tee-shirt CRC et béret bleu – impressionnant, charmant – et leur groupe CRC a été parfaitement admis à tous les exercices des pèlerinages, où il a donné un exemple de bonne tenue, bain de pénitence aux piscines, chemin de Croix, Messe à la Basilique et à la Grotte. Ils ont fait connaître la CRC à une foule de pèlerins, mais ils ont surtout prié la Sainte Vierge et ils ont vu, je parle selon leurs lettres, que l’Église Catholique est encore grande et sainte et belle dans son universalité priante : c’est toujours l’unique Église de Jésus-Christ. La leçon de Lourdes n’est pas étouffée. La Vierge y parle encore en faveur de l’Église de Pierre. Un beau début pour le camp et pour ces jeunes dans la CRC, et voilà une belle démonstration antischisme, tout autant qu’antimoderne. » (CRC n° 119, juillet 1977)
Fatima est hors de la portée de nos bicyclettes. Le culte du Cœur Immaculé de Marie s’est néanmoins enraciné de plus en plus profondément dans nos âmes, à mesure que le Père, puis frère Bruno nous prêchaient avec plus d’insistance la dévotion réparatrice. Pour célébrer le 13 juillet, l’anniversaire de sa troisième apparition et de la révélation de son grand Secret, les enfants de tous nos camps, groupés autour des communautés de tous nos ermitages, processionnent en même temps à la lumière des flambeaux derrière le brancard de la Vierge. C’est devenu l’un des sommets du camp, avec la nuit d’adoration finale, d’action de grâces aux pieds du Saint-Sacrement.
Notre-Dame a daigné aussi se servir d’une foule de bons serviteurs : tous ces saints qui, en deux mille ans, bâtirent la France. Les voici qui défilent avec les pages G. Après saint Michel vient la bonne sainte Anne, bien sûr ! Serait-ce trop s’aventurer que d’affirmer que c’est elle qui a retenu la plus grande parcelle du cœur de frère Gérard ? Il l’a si souvent visitée dans son sanctuaire d’Auray ! Mais ensuite, voici Jehanne la Pucelle, dont les cantiques évoquent des camps mythiques : Domrémy – Le Puy (1985), Chinon – Reims (1987), Reims – Rouen (1988) ! Les pages suivantes sont pour sa petite sœur Thérèse, rappelant irrésistiblement auprès d’elle, à Lisieux, les camps de Normandie. Voici encore saint Louis-Marie et sa kyrielle de cantiques si populaires et religieux. La Vendée, qui fut le berceau des premiers camps, conserve un droit d’aînesse dans le cœur de frère Gérard. Et le cœur de la Vendée, c’est à Saint-Laurent-sur-Sèvres, le tombeau de son apôtre.
Après les derniers chants religieux, il nous reste encore une bonne épaisseur de feuillets à compulser : les chants de provinces, les chants militaires, les chants royalistes, les chants phalangistes ! parmi lesquels se distinguent ceux d’Yvon Leca. Le chantre de la Phalange est une autre figure mémorable des camps-vélos, auprès de frère Pascal, dans la tente mécanique, dont il voulait bien sortir à l’heure de la veillée ou de la récréation, saisissant sa guitare pour nous charmer par ses mélodies chaleureuses, chantant nos amours avec conviction et nos convictions avec tellement de cœur !
NOS CAMPS EN 2026
À Fons, à Frébourg comme à Magé, le petit camp (6 – 14 juillet) est conçu comme une véritable retraite spirituelle, pour armer les enfants en vue des combats qu’il leur faut déjà mener dans le monde et pour les faire grandir dans l’amour du Cœur Immaculé de Marie. Selon les camps, ils ont reçu pour modèle sainte Marie de Jésus-Crucifié qui lutta si âprement contre Satan dans une simplicité charmante ! ou bien les saints époux Martin, exemples si aimables de la modification évangélique, ou encore saint Jean Bosco, le modèle des éducateurs, dont frère Pierre “ raconta la vie aux enfants ” lors du camp de jeunes, au Canada.
Quant aux grands camps, frère Michel en a fait la tournée la semaine dernière, en commençant par celui de Magé. Frère Jean Duns y a harmonieusement réparti prières, instructions, grandes promenades en vélo et répétitions de l’oratorio sur Madame Élisabeth. Il ne sera intégralement monté et exécuté qu’au camp de la Phalange. Cependant, à l’heure où nous imprimons, frère Bruno s’est rendu comme à son habitude à Magé pour y assister à une première représentation.
Puis frère Michel a rejoint le camp de Frébourg, dans la grande boucle cycliste où l’entraîne frère Matthieu à travers le Perche, la Mayenne et la Bretagne, dans la pure tradition des camps itinérants des temps héroïques ! Les sœurs y assurent l’intendance volante, logeant sous la tente !
Enfin, notre frère assistant a traversé la France en diagonale pour rejoindre frère Grégoire et le camp de Fons, afin de partager la paix merveilleuse de leur retraite reculée, si propice au recueillement... et aux grands jeux remuants et bruyants ! Les dénivelés et le climat ardéchois ont imposé de remplacer les courses cyclistes par des randonnées à pied, dans des paysages montagneux de cartes postales.
Dans ces trois camps, frère Michel a pu mettre en garde nos jeunes contre les réseaux sociaux et contre les idées noires, contre les tentations d’égolâtrie ou de désespoir par lesquelles le démon cherche à les détourner de leur vocation, du service de leur famille, de leur patrie et de l’Église. Et en guise d’antidote, notre frère a saisi toutes les occasions de les initier au combat de Contre-Réforme et à nos grandes angoisses de l’heure : le schisme lefebvriste, le masdu de Léon XIV. L’abbé de Nantes nous a appris, plutôt qu’à “ faire la morale ”, à enthousiasmer d’abord les adolescents pour la vérité. C’est cet enthousiasme qui doit mobiliser nos facultés au service de Jésus-Marie dans toutes leurs causes et prévenir les tentations. Telle est la pureté de l’esprit que prêchait notre Père. Nos campeurs-retraitants s’en sont imprégnés en écoutant chaque matin les oraisons de frère Pierre sur la pureté positive.
En voilà assez dit. Pour en savoir plus, inscrivez-vous dès maintenant aux camps de l’an prochain !
Nôtre est le vrai ! Nous mettrons de nouveau cette devise en œuvre lors du camp de la Phalange, en étudiant l’histoire volontaire de la philosophie. Notre démarche sera volontaire, c’est-à-dire qu’il s’agira de juger les doctrines et les hommes selon qu’ils nous apparaîtront concourir ou bien s’opposer au dessein de Dieu, en vue de la manifestation plénière de la vérité. Ambitieux programme, auquel nous autorisent les enseignements de notre Père et spécialement sa métaphysique relationnelle.
ANNIVERSAIRES
Le 25 août nous célébrerons le centenaire de la condamnation de l’Action française et les soixante ans de la suspense a divinis de l’abbé de Nantes. Dans la CRC de juin 1991, il associait déjà ces deux anniversaires : « Dans l’excommunication des gens d’A. F., nos propres parents, ce n’était pas leur infamie, illusoire ! qui était l’important mais la dérive de la religion catholique en démocratisme fort peu chrétien, et le désarmement de nos patries excitant l’Allemagne nazie et la Russie communiste à nous faire la guerre et à nous vaincre, comme il arriva. De même, mes vingt-cinq ans de suspense...
« L’infamie dont je suis sali n’est pas l’important ; elle est en elle-même si mince, qu’à l’examiner à la loupe on n’en voit plus rien. Elle n’en a pas moins servi au parti réformiste, vainqueur au Concile, à terroriser ses adversaires et les pousser au schisme ou les contraindre au ralliement. Le crime capital est dans la forfaiture que dissimule mal cette suspense, d’une succession de papes et d’une masse de cardinaux, d’évêques, de théologiens, accusés par nous depuis vingt-cinq ans, et sur preuves irrécusables, innombrables ! d’hérésie, de schisme, finalement d’apostasie, qui arguent de cette ridicule sanction disciplinaire et d’une “ disqualification ” romaine, plus dérisoire encore ! jetée sur moi par voie de presse en juillet 1969, pour ne pas juger infailliblement des graves questions dogmatiques et morales qui nous opposent, question de vie ou de mort pour leurs âmes misérables et celles de millions de fidèles que je les accuse de mener à la damnation éternelle. »
frère Guy de la Miséricorde.