Il est ressuscité !
N° 279 – Juillet-août 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
Les premières encycliques
« Miette exégétique » sur les épîtres de saint Pierre
AU moment où la Fraternité Sacerdotale qui usurpe le patronage de saint Pie X réitère son schisme d’avec le Siège Apostolique, et après avoir étudié avec consternation la première encyclique de notre Saint-Père Léon XIV, il est bon de revenir à l’enseignement de saint Pierre, roc sur lequel est fondée l’unique Église, toujours Sainte, Catholique et romaine.
Pour ce faire, étudions ses deux épîtres, qui sont les premières encycliques de l’histoire de l’Église. Avant de survoler la première, nous reviendrons sur le contexte dans lequel elle fut écrite, grâce aux travaux de notre frère Bruno de Jésus-Marie. À son école, nous essaierons ensuite de définir les motifs et les circonstances qui ont poussé saint Pierre à composer, lui-même, sa seconde épître.
LA PREMIÈRE ÉPÎTRE DE SAINT PIERRE
« 1 Pierre, apôtre de Jésus-Christ, aux étrangers de la Dispersion : du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d’Asie et de Bithynie. »
Frère Bruno explique que saint Pierre écrit cette épître après le martyre de Jacques, en l’an 62, aux « étrangers de la dispersion », les chrétiens venus du judaïsme, dispersés dans les provinces romaines d’Asie Mineure par la persécution qui vient de recommencer à Jérusalem (cf. Les années d’épreuve de l’Église, in Bible, archéologie, histoire, t. 3, p. 107).
Revenons sur les origines de ce drame. Les premiers chrétiens étaient partagés entre païens convertis, disciples de Paul, et les convertis du judaïsme. Nombre de ces judéo-chrétiens, dont Jacques le Mineur, « le frère du Seigneur » (Ga 1, 19), étaient issus de la secte des Esséniens. Ces Juifs pieux, attendant le Messie, soucieux de pureté rituelle, furent touchés en grand nombre par le discours de saint Pierre après la Pentecôte, et entraînés par la conversion de Jacques, leur “ chef de file ”, qui bénéficia d’une apparition du Seigneur après sa résurrection (1 Co 15, 7). Ces esséniens chrétiens croyaient en l’accomplissement de l’Ancienne Alliance par Jésus de Nazareth, et ils avaient conscience que la communauté de ses disciples, l’Église, était le nouvel Israël, le peuple de Dieu.
« Mais, écrit frère Bruno, on ne peut se considérer comme le petit nombre des élus, les sauvés du peuple, les fidèles tenants de l’Alliance, les vrais interprètes des prophéties, sans vouloir conserver cet ordre ancien, cette Loi, cette liturgie qui ont si merveilleusement prouvé leur sainteté en donnant naissance à l’Église nouvelle. Impies les juifs déicides, oui, certes, mais excellente et divine la loi éternelle de Moïse et les liturgies du Temple !
« Ainsi l’Église naissante, dont la croissance est décrite dans les quinze premiers chapitres des Actes des Apôtres, avait, à ses débuts, deux lieux de culte : sur la colline du Temple, elle continuait de pratiquer tout ce que prescrit la Loi, y compris la liturgie des sacrifices, à l’exemple de Jacques ; sur le mont Sion, elle instaurait la religion du Christ, dans “ la grande salle à l’étage ” (Mc 14, 15) où Jésus avait institué les sacrements de l’Ordre et de l’Eucharistie avant de souffrir. » (L’Église des Apôtres, in Il est ressuscité n° 129, juin 2013, p. 18)
Aussi la persécution des juifs contre les chrétiens ne frappa pas indistinctement, mais elle visa d’abord les hellénistes, dont Étienne, puis Paul, l’Apôtre des païens, tandis que la communauté judéo-chrétienne put continuer à fréquenter le Temple. En 44, lorsque saint Pierre dut quitter Jérusalem pour Rome à cause de la persécution d’Hérode, il laissa la direction de la communauté à Jacques, qui lui-même pouvait toujours paraître dans le Temple de Jérusalem, « demandant pardon pour le peuple, si bien que ses genoux s’étaient endurcis comme ceux d’un chameau, car il était toujours à genoux, adorant Dieu et demandant pardon pour le peuple », selon le témoignage d’Hégésippe (cf. B. A. H., t. 3, p. 90).
Mais parmi ces Hébreux, nombreux étaient ceux que l’ouverture aux païens de Paul et, dans une moindre mesure, de Pierre, heurtait, inquiétait. Ils bénissaient, eux, la Loi mosaïque, et s’attachaient au moindre de ses préceptes, tandis que Paul la condamnait, la déclarait vaine ! C’est que, « chose étonnante, mais bien avérée du commencement (Ac 2, 46) à la fin (Ac 21, 17-26) : Notre-Seigneur avait laissé pendante la double appartenance de ceux qui embrasseraient la foi tout en demeurant “ de zélés partisans de la Loi ” (Ac 21, 20). Il l’a encore laissée courir tout le temps de la génération apostolique, sans doute pour donner au peuple juif toutes ses chances de se convertir, afin qu’il soit vraiment “ inexcusable ”, comme dira saint Paul (Rm 2, 1). » (Les années d’épreuve de l’Église, in B. A. H., t. 3, p. 107)
Jusqu’en 62, les judéo-chrétiens purent continuer à pratiquer l’Ancienne Loi tout en croyant en Jésus-Christ, à la suite de Jacques. Mais cette année-là, profitant d’une vacance du pouvoir romain, les Chefs des Juifs, les scribes et les pharisiens mirent à mort le frère du Seigneur lorsqu’il témoigna devant le peuple de sa foi en Jésus-Christ, alors qu’ils voulaient en détourner la foule (cf. B. A. H., t. 3, p. 90).
Ce martyre du chef de la communauté judéo-chrétienne mit fin brutalement à la double appartenance en plaçant les chrétiens “ hébreux ” judaïsants au pied du mur. Il fallait choisir : ou “ la porte de Jésus ”, ou la justice de la Loi.
C’est dans ce contexte que saint Pierre écrivit aux judéo-chrétiens restés fidèles, exilés en Asie Mineure, dans les communautés qu’il avait visitées. Car ils durent souffrir, suite à cette nouvelle rupture, un surcroît de persécution de la part des juifs d’Asie, qui étaient de farouches partisans de l’Ancienne Alliance, persécuteurs de Paul et de ses païens convertis (Ac 21, 27).
LE CŒUR DE SAINT PIERRE.
« 1 Pierre, apôtre de Jésus-Christ, aux étrangers de la Dispersion : [...] élus 2 selon la prescience de Dieu le Père, dans la sanctification de l’Esprit, pour obéir et être aspergés du sang de Jésus-Christ. À vous grâce et paix en abondance. » (1 P 1, 1)
On voit déjà dans cette adresse l’intention qui guidait saint Pierre : rappeler à ses chrétiens persécutés l’immense grâce de prédestination qui est la leur, afin de les encourager à persévérer dans l’épreuve.
Il leur rappelle qu’ils bénéficient de la Nouvelle Alliance, scellée par l’aspersion du Sang de Jésus-Christ, nouveau Législateur à qui il faut obéir, dont l’Ancienne Alliance scellée dans le sang de taureaux et conditionnée par l’obéissance à la rude loi mosaïque (Ex 24, 3-8), n’était qu’une pâle figure.
En même temps, dans cette adresse, saint Pierre manifeste son propre cœur, sa reconnaissance envers la vertigineuse miséricorde à laquelle Dieu le Père, son Fils Jésus-Christ et leur commun Esprit les ont prédestinés. Plus que quiconque, Simon-Pierre a conscience d’avoir été purifié par le Précieux Sang de Jésus-Christ de ses propres péchés, de son reniement, qu’il a « pleuré amèrement » (Lc 22, 62). Et il sait maintenant qu’il faut obéir à Jésus, le suivre sur le chemin de la Croix sans « lui faire obstacle » (Mt 16, 23). Le chef des Apôtres en déborde d’enthousiasme :
« 3 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, 4 pour un héritage exempt de corruption, de souillure, de flétrissure, et qui vous est réservé dans les cieux, à vous 5 que, par la foi, la puissance de Dieu garde pour le salut prêt à se manifester au dernier moment. » (1 P 1, 3-5)
Saint Pierre est tout tourné vers le Ciel, cette vivante espérance déjà commencée ici-bas, puisque les chrétiens sont déjà engendrés de nouveau à la Vie divine. Voilà de quoi encourager ses fidèles éprouvés : il ne leur parle pas de l’attente d’un monde plus juste, où leur dignité humaine serait respectée ! Mais il leur fait désirer le vrai héritage réservé pour eux dans les cieux, où la « mite ni le ver ne consument » (Mt 6, 20). C’est pourquoi, jouant sur leur condition d’exilés, l’Apôtre dit à ses chrétiens qu’ils sont des étrangers, des voyageurs ici-bas, devant donc s’abstenir des désirs charnels qui les détournent du Ciel, la vraie Patrie (1 P 2, 11).
LA FOI, UNIQUE DIGNITÉ DU CHRÉTIEN.
Et puisque ses chrétiens sont privés des richesses de l’Ancienne Alliance, notamment la liturgie du Temple, et afin qu’ils ne regrettent pas leur ancienne pratique de la Loi, Pierre leur rappelle ensuite que leur unique trésor est leur foi en Jésus-Christ, foi vivante, aimante, qui leur mérite la béatitude :
« 6 Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves, 7 afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus-Christ. 8 Sans l’avoir vu vous l’aimez ; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire, 9 sûrs d’obtenir l’objet de votre foi : le salut des âmes. » (1 P 1, 6-9)
L’Apôtre leur explique ensuite que ce salut qui leur est offert est la perfection du don de Dieu, que les prophètes ont recherché et désiré, « et sur lequel les anges se penchent avec convoitise » (1 P 1, 10-12).
Encore faut-il vivre selon cette foi. Dans la suite de son épître, Pierre développe sa parénèse, ses exhortations morales.
SE SÉPARER DU MONDE.
La première recommandation de l’Apôtre est de ne plus vivre comme les païens, selon les mauvais exemples du monde qui entourait alors ces premières communautés chrétiennes. « 14 En enfants obéissants, ne vous laissez pas modeler par vos passions de jadis, du temps de votre ignorance. 15 Mais, à l’exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, 16 selon qu’il est écrit : Vous serez saints, parce que moi, je suis saint. » (1 P 1, 14-15)
Le fondement de cette morale est l’amour de Jésus, et Jésus crucifié, comme saint Pierre le rappelle à plusieurs reprises : « 1 Le Christ ayant donc souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de cette même pensée, à savoir : celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché, 2 pour passer le temps qui reste à vivre dans la chair, non plus selon les passions humaines, mais selon le vouloir divin. » (1 P 4, 1-2)
Vivre en chrétien ne consiste donc pas à rechercher la liberté pour épanouir sa propre dignité, ni même à vouloir agir selon sa conscience, mais tout simplement à vivre selon le vouloir divin, à faire la Volonté de Dieu, qui, aujourd’hui, veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.
« 3 Il suffit bien en effet d’avoir accompli dans le passé la volonté des païens, en se prêtant aux débauches, aux passions, aux soûleries, orgies, beuveries, au culte illicite des idoles. » (1 P 4, 3)
Obéissance, humilité, esprit d’enfance : telles sont les vertus fondamentales du chrétien. « Conduisez-vous avec crainte [componction] pendant le temps de votre exil. Sachez que ce n’est par rien de corruptible, argent ou or, que vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères, mais par un Sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ. » (1 P 1, 17-19)
EXHORTATIONS « RÉACTIONNAIRES ».
Saint Pierre exhorte ses fidèles à « vivre en hommes libres », précisant toutefois : « non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu » (1 P 2, 16).
Comment cela ? En se soumettant. « Les jeunes, soyez soumis aux anciens : revêtez-vous tous d’humilité dans vos rapports mutuels, car Dieu résiste aux orgueilleux mais c’est aux humbles qu’il donne sa grâce. » (1 P 5, 5) « Pareillement, vous les femmes, soyez soumises à vos maris. » (1 P 3, 1) « 18 Vous les domestiques, soyez soumis à vos maîtres, avec une profonde crainte, non seulement aux bons et aux bienveillants, mais aussi aux difficiles. » Car « si, faisant le bien, vous supportez la souffrance, c’est une grâce auprès de Dieu. 21 Or, c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces, [...] 24 lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris. » (1 P 2, 18-25)
« 13 Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine : soit au roi, comme souverain, 14 soit aux gouverneurs, comme envoyés par Lui pour punir ceux qui font le mal et féliciter ceux qui font le bien. » (1 P 2, 13-14)
Le pouvoir vient donc de Dieu, et non pas du peuple. Saint Pierre n’était pas démocrate, au contraire, il avait l’esprit de droite, comme le disait notre Père : « on voit que le premier des Papes avait des idées vraiment réactionnaires. La révolution vient de Satan, l’établissement et la conservation de l’ordre viennent de Dieu. C’est incroyable d’être obligé de préciser de telles choses. » (Sermon du 3 mai 1998)
« 15 Car c’est la volonté de Dieu qu’en faisant le bien vous fermiez la bouche à l’ignorance des insensés. » (1 P 2, 15)
En effet, comme ils avaient traîné Notre-Seigneur devant Pilate, les Juifs calomniaient les Chrétiens auprès des Romains, les accusant de nourrir des desseins séditieux, révolutionnaires contre l’Empire (cf. Ac 17, 5-7 et 25, 8).
COMMENTAIRE MYSTIQUE DE L’ADRESSE DE SAINT PIERRE PAR NOTRE PERE
«SELON la prescience de Dieu le Père » (1 P 1, 2) :
C’est la prescience, la prescience de Dieu le Père, notre Père. Nous avons au Ciel un Père qui a prévu toutes choses et Il a prévu de telle manière que nous nous réjouissons pour ce qui est de nous. Pour ceux qui sont loin, ce n’est pas notre but en ce moment de nous en préoccuper, on ne va pas mettre la charrue avant les bœufs. Premièrement, je me réjouis, parce que mon Père du Ciel m’a comblé de grâces, m’a séparé de cette masse païenne pour me donner la lumière, parce qu’il est mon Père.
Et les autres, alors, cette masse païenne ? Il n’est pas leur Père ? Cela, pour l’instant, je n’en sais rien, mais je lui demanderai d’exercer sa paternité de la même manière bienveillante avec les autres, je devrai aider les autres à se sauver. Selon la prescience de Dieu le Père : aussitôt, grand mouvement de confiance filiale, voilà donc la première Personne.
« Dans la sanctification de l’Esprit » : la troisième Personne, l’Esprit, sanctifie, l’Esprit nous pénètre de son souffle et nous fait semblables au Fils – nous allons voir – pour plaire à Dieu le Père. Nous ne sommes pas livrés à nos seules forces, ou plus exactement à notre impuissance de créatures frappées par le péché originel, mais l’Esprit-Saint est comme un vent qui souffle dans nos voiles. C’est la sanctification de l’Esprit. L’Esprit nous rend saints comme Dieu est Saint. Cela ne se fait pas d’un seul coup.
« Pour obéir à Jésus-Christ et être aspergés de son Sang » : ce “ obéir à Jésus-Christ ” nous montre en Jésus un Didascale, un Maître, celui qui enseigne avec autorité les mystères du Ciel et de la terre. Nous comprenons que la première manière de profiter de la grâce de Dieu, c’est d’être fidèles à l’Évangile, c’est d’avoir la foi, de croire les mystères que le Christ nous a enseignés, ainsi que toute la morale qui s’ensuit. Pour obéir à Jésus-Christ et être aspergés de son Sang : après que le Christ a évangélisé les peuples, Il a versé son Sang, comme l’agneau pascal ou la victime de l’holocauste en réparation pour le péché, dont le sang était l’objet d’une aspersion pour que les fidèles profitent de ce sacrifice. C’est la rédemption du Christ sur la Croix.
Donc nous voilà en relation avec les trois Personnes divines, parce que Dieu le Père nous a connus avant même que nous existions pour nous choisir pour ses élus, parce que l’Esprit-Saint est là dans nos âmes, depuis notre confirmation en particulier, qui nous donne les énergies qui sont capables de nous faire dépasser notre condition humaine pour entrer dans la vie intime de Dieu, et cela en obéissant à Jésus-Christ. Dieu est dans le Ciel, qui sait tout là-haut, notre Père, l’Esprit-Saint est confondu avec le meilleur mouvement intime de notre âme, puis nous avons un partenaire comme on dit maintenant, nous avons un Époux, nous avons un Roi, un Maître et Sauveur qui d’une part nous enseigne et d’autre part nous rachète, Il donne son Sang pour nous, Sang qui est rédempteur.
(Sermon du 20 janvier 1990)
LES ÉPREUVES DES DERNIERS TEMPS.
Ces persécutions redoublèrent après le martyre de Jacques, et saint Pierre prévenait ses chrétiens : « 12 Très chers, ne jugez pas étrange l’incendie qui sévit au milieu de vous pour vous éprouver, comme s’il vous survenait quelque chose d’étrange. 13 Mais, dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse. » (1 P 4, 12-13)
Cette persécution soudaine « appelle sur Jérusalem, obstinée dans son incrédulité, le châtiment annoncé par le Seigneur trente ans auparavant. “ La fin de toute chose est proche ” (1 P 4, 7). » (B. A. H., t. 3, p. 107) Il faut donc veiller et prier, dans l’attente du jugement : « Soyez donc sages et sobres en vue de la prière. 8 Avant tout, conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés. » (1 P 4, 7-8)
Et l’Apôtre conclut par cet avertissement : « Je vous écris ces quelques mots par Silvain, que je tiens pour un frère fidèle, pour vous exhorter et attester que telle est la vraie grâce de Dieu : tenez-vous-y. » (1 P 5, 12)
Précisément, la deuxième lettre de saint Pierre montre que tous ne furent pas fidèles à cet avertissement, mais renièrent la vraie grâce de Dieu.
LA SECONDE ÉPÎTRE DE SAINT PIERRE
« 1 Syméon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui ont reçu par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ une foi d’un aussi grand prix que la nôtre... » (2 P 1, 1)
En dépit de cette signature, la seconde lettre de saint Pierre est – ex aequo avec l’épître aux Hébreux – le texte du Nouveau Testament dont l’authenticité est la plus contestée. Selon le consensus exégétique actuel, dont témoignent toutes les « introductions au Nouveau Testament », ce texte fut écrit plusieurs décennies après la mort de Pierre par un chrétien pseudonyme, puisqu’il est assez différent de la première épître, que certains passages sont repris de celle de saint Jude, et que dès le troisième siècle, Origène a émis certains doutes à son sujet.
Le Père Spicq, dominicain, spécialiste incontesté des épîtres apostoliques, est de cet avis : « On situera cette épître avec probabilité à la fin de l’âge apostolique, vers 90 » (Les épîtres de saint Pierre, Gabalda, 1966, p. 188-195). Mais il faut se rappeler que notre frère Bruno a démontré contre lui que saint Paul est bien l’auteur de la lettre aux Hébreux, dénoncée elle aussi comme pseudonyme pour des motifs semblables (cf. L’épître aux Hébreux... d’aujourd’hui, B. A. H., t. 3, p. 97).
En effet, comme l’expliquait notre Père, pour affirmer que la seconde épître de saint Pierre fut écrite après sa mort par un chrétien quelconque, « il faudrait supposer tout simplement que la communauté chrétienne était faite de naïfs qui acceptaient n’importe quoi. Un beau jour, on aurait lu dans les assemblées du dimanche une Épître de saint Pierre qui ne serait pas de lui. Et personne n’aurait protesté, aucun Apôtre, aucun disciple des Apôtres n’aurait contesté ? Personne ne se serait élevé là contre ? » (sermon du 7 août 1983)
Le Père Spicq se justifie en affirmant que « la fiction littéraire, si en honneur dans l’Antiquité », était une habitude chez les premiers chrétiens (op. cit., p. 192), sans toutefois donner d’exemple d’un autre texte écrit sous le nom d’un apôtre par un auteur pseudonyme dans les années 90.
Le professeur John A. T. Robinson, vrai moderniste quant à lui, mais esprit libre et britannique de surcroît, montre que cette affirmation est anachronique et entachée d’un certain arbitraire :
« Il existe un appétit pour la pseudonymie qui tourne en rond », écrit-il. C’est-à-dire que si l’on considère a priori que la pseudonymie « est partout [dans le Nouveau Testament], on cesse de devoir argumenter son propos » (Re-dater le Nouveau Testament, Lethielleux, 1987, p. 253). Mais « si on recherche des indices montrant que des épîtres orthodoxes furent composées au nom d’apôtres en l’espace d’une ou deux générations après leur mort, et que ceci était une convention littéraire acceptable à l’intérieur de l’Église, on n’arrive à aucun résultat. » « Plus tard, non seulement les apocalypses, mais aussi les Évangiles, les Actes et les épîtres [tous apocryphes] furent attribués librement à des apôtres morts depuis longtemps (et à Pierre plus qu’à tout autre). Mais il n’existe aucune indication ferme d’un tel état de choses avant le milieu du deuxième siècle. » (p. 253-254)
Au contraire, ce professeur anglican cite ensuite deux cas où l’Église, à la fin du deuxième siècle, a condamné des auteurs pour le seul motif qu’ils avaient écrit sous le pseudonyme d’un Apôtre : l’auteur des Actes de Paul et Thècle, bien qu’orthodoxe, fut déposé du presbytérat pour sa contrefaçon. Et Sérapion, évêque d’Antioche, écrivit au sujet d’un prétendu Évangile de Pierre : « Pour notre part, frères, nous recevons Pierre, et les autres apôtres, comme le Christ, mais les écrits portant faussement leurs noms, nous les rejetons en hommes d’expérience, sachant que de tels livres ne nous ont pas été transmis. » (cité dans Re-dater le Nouveau Testament, p. 255)
Ainsi, Robinson donne raison à notre Père : on ne peut prétendre que les premiers chrétiens acceptaient comme canoniques des textes pseudonymes, sans les prendre pour des naïfs ou pour des faussaires. C’est une erreur ou un mensonge historique relevant de l’a priori moderniste.
Abordons maintenant ce texte sacré, inspiré par l’Esprit-Saint, en tâchant de comprendre dans quel contexte il fut écrit, à l’école de frère Bruno.
GARDER LA FOI PAR UNE VRAIE CONNAISSANCE DE NOTRE-SEIGNEUR.
« 1 Syméon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui ont reçu par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ une foi d’un aussi grand prix que la nôtre, 2 à vous grâce et paix en abondance, par la connaissance de notre Seigneur !
« 3 Car sa divine puissance nous a donné tout ce qui concerne la vie et la piété : elle nous a fait connaître Celui qui nous a appelés par sa propre gloire et vertu. 4 Par elles, les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise. » (2 P 1, 1-4)
On retrouve ici les idées principales du premier chapitre de la première épître de saint Pierre : la prédestination miséricordieuse du Bon Dieu qui nous offre les plus grandes promesses, la vie éternelle, en nous arrachant à la corruption du monde. Nous sommes « engendrés de nouveau par la résurrection de Jésus-Christ » (1 P 1, 3), par une adoption, une nouvelle naissance qui fait de nous des fils de notre très chéri Père céleste, des frères et des disciples de Jésus-Christ, Fils Unique de Dieu. Le baptême nous donne donc d’entrer dans leur circumincessante charité trinitaire, par une filiation réelle, entitative, qui nous rend participants de leur divine nature.
« 5 Pour cette même raison, apportez encore tout votre zèle à joindre à votre foi la vertu, à la vertu la connaissance, 6 à la connaissance la tempérance, à la tempérance la constance, à la constance la piété, 7 à la piété l’amour fraternel, à l’amour fraternel la charité. 8 En effet, si ces choses vous appartiennent et qu’elles abondent, elles ne vous laisseront pas sans activité ni sans fruit pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. » (2 P 1, 5-8)
La vie divine est une semence (1 Jn 3, 9) jetée en nous, qu’il faut entretenir, nourrir pour qu’elle croisse et porte des fruits, par une connaissance fructueuse de Notre-Seigneur. Car « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul véritable Dieu et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3). Il faut que la foi passe à l’acte par la pratique de la vertu et de la piété. « 9 9 Celui qui ne les possède pas, est un aveugle, un myope ; il oublie qu’il a été purifié de ses anciens péchés. »
Voilà encore un contact avec la première épître, où l’on voit le cœur de saint Pierre, bouleversé d’avoir été pardonné grâce au Précieux Sang de Jésus. Selon ce verset, il ne faut donc pas nous glorifier d’être participants de la nature divine et à ce titre, comme chrétiens certes, et non comme hommes, d’une grande dignité ! Mais il faut en rendre grâce et y rester fidèles :
« 10 Ayez donc d’autant plus de zèle, frères, pour affermir votre vocation et votre élection. Ce faisant, pas de danger que vous tombiez jamais. 11 Car c’est ainsi que vous sera largement accordée par surcroît l’entrée dans le Royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. » (2 P 1, 9-11)
Saint Pierre manifeste ici l’intention centrale de son épître : il veut empêcher ses frères de tomber, c’est-à-dire d’apostasier. C’est pour cela qu’il les a exhortés à nourrir leur vie spirituelle, comme notre Père recommandait à ses phalangistes de faire un quart d’heure d’oraison quotidienne, pour ne pas succomber dans la tiédeur, la lâcheté, finalement l’impiété et le reniement.
LE TÉMOIGNAGE APOSTOLIQUE.
« 13 Je crois juste, tant que je suis dans cette tente, de vous tenir en éveil par mes rappels, 14 sachant, comme d’ailleurs notre Seigneur Jésus-Christ me l’a manifesté, que l’abandon de ma tente est proche. 15 Mais j’emploierai mon zèle à ce qu’en toute occasion, après mon départ, vous puissiez vous remettre ces choses en mémoire. » (2 P 1, 13-15)
Puisque l’Apôtre annonce sa mort prochaine, cette épître doit dater de l’an 64, avant son martyre le 13 octobre, ainsi que l’a démontré Margherita Guarducci (cf. B. A. H., t. 3, p. 109).
« 16 Car ce n’est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté. »
Le Père Spicq écrit avec raison que ce verset « est l’un des plus importants du Nouveau Testament » (op. cit., p. 218). Car il exprime bien que la foi catholique repose sur la vérité historique du témoignage des Apôtres, et non sur des mythes, des reconstitutions sentimentales forgées par la communauté primitive... quoiqu’en dise le « consensus » moderniste qui règne aujourd’hui sur l’exégèse chrétienne.
Saint Pierre insistait déjà sur son autorité de témoin oculaire à l’encontre des hérétiques de son temps, qui, eux, forgeaient des fables sophistiquées évoquées avec plus de détails par l’Apôtre dans la suite de son texte. Comme le démontre Robinson, « nous n’avons pas affaire ici aux systèmes développés des hérésies chrétiennes du deuxième siècle » (op. cit., p. 239). Mais un rapprochement s’impose avec les épîtres de saint Paul à Timothée et Tite, datées des années 60 de notre ère, qui contiennent elles aussi de vigoureuses dénonciations des faux docteurs et de leurs fables (1 Tim 1, 4 et 4, 7 ; 2 Tim 4, 4 ; Tt 1, 14).
Saint Pierre témoigne donc ensuite de la majesté de Notre-Seigneur, qu’il a vue de ses yeux :
« 17 Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole : “ Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. ” 18 Cette voix, nous, nous l’avons entendue ; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte. » (2 P 1, 17-18)
Puis il en vient ensuite au but de sa lettre : la dénonciation des faux docteurs, qui ne croyaient plus en la divinité de Jésus-Christ manifestée sur la montagne sainte.
LE PREMIER PAPE S’ÉLÈVE CONTRE L’APOSTASIE.
« 1 Il y a eu de faux prophètes dans le peuple, comme il y aura aussi parmi vous de faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses et qui, reniant le Maître qui les a rachetés, attireront sur eux-mêmes une prompte perdition. 2 Beaucoup suivront leurs débauches, et la voie de la vérité sera blasphémée, à cause d’eux. » (2 P 2, 1-2)
Saint Pierre écrit au futur, mais la suite de son texte montre que ces semeurs d’hérésie sévissaient déjà. Qui étaient ces faux docteurs ? Le Père Spicq prétend qu’on ne peut pas le savoir (p. 228). Robinson quant à lui a le mérite d’évoquer le contexte « d’un judaïsme à tendance gnostique » dénoncé également dans les épîtres de saint Paul et dans l’Apocalypse (2, 14 ; 3, 4) (op. cit., p. 235 et 239).
Il semble que la réponse qui échappe à ces grands exégètes se trouve dans les travaux de notre frère Bruno. Étudiant la liturgie rabbinique, qui est une savante contrefaçon des rites chrétiens, il explique qu’elle provient certainement de judéo-chrétiens apostats, retombés dans leur judaïsme.
Puis il cite la première épître de saint Jean : « “ Et déjà maintenant, beaucoup d’antichrists sont survenus : à quoi nous reconnaissons que la dernière heure est là. Ils sont sortis de chez nous, mais ils n’étaient pas des nôtres. S’ils avaient été des nôtres, ils seraient restés avec nous. Mais il fallait que fût démontré que tous n’étaient pas des nôtres. ” (1 Jn 2, 18-19) [...]
« Qui sont les “ antichrists ” ici dénoncés par saint Jean ? On les identifie généralement avec les gnostiques du deuxième siècle, par un violent anachronisme. Mais s’il s’agit de la communauté des « nombreux » convertis de la première heure [les esséniens de Jérusalem], tout s’explique à la lumière des premiers chapitres du livre des Actes, où le mensonge d’Ananie et Saphire montre que tout n’était pas parfait dans la communauté naissante (Ac 5, 1-11). » (« Le salut vient des juifs » dans B. A. H., t. 3, p. 82)
L’hypothèse de frère Bruno peut expliquer la seconde épître de saint Pierre et celle de saint Jude, comme elle explique celle de saint Jean. Ces trois lettres dénoncent des apostats qui devaient être des judéo-chrétiens, esséniens renégats. « Il suffit de relire l’épître aux Hébreux, pour comprendre la puissance de cette tentation qui ravagea la communauté primitive de Jérusalem dès ses premières décennies. » (ibid., p. 83)
Le martyre de Jacques en 62 et la rupture qui s’ensuivit furent sans doute un élément déclencheur de cette vague d’apostasie, malgré les avertissements des Apôtres. On voit ce drame se nouer tout au long des missions de Paul, puis de Pierre, que les judaïsants de Jérusalem regardaient avec jalousie, à cause de leur ouverture aux païens. Si le concile de Jérusalem en l’an 50 témoigna de la communion parfaite des Apôtres et de Jacques (Ac 15, 1-35), il n’apaisa pas le ressentiment des « intégristes » judaïsants de sa communauté. Il se leva parmi eux des agitateurs, des « archiapôtres » (2 Co 11, 5), espionnant Paul, semant la zizanie et le mauvais esprit dans ses communautés (Ga 2, 4-5). Ils voulaient y imposer la circoncision, « pour aboutir à jeter dehors ou à maintenir en un état humilié les autres, les païens convertis, et demeurer seuls vrais chrétiens, glorieux fils d’Abraham et sectateurs de Moïse, ah là ! » (CRC n° 119, p. 2)
Ces « faux frères » sont sans doute à l’origine de l’émeute qui conduisit à l’arrestation de Paul à Jérusalem en 58 (Ac 21, 28). Enfin, selon le témoignage des Annales de Tacite, et surtout de la Lettre de Clément aux chrétiens de Corinthe, ils furent responsables du martyre des Colonnes de l’Église par les Romains. « Ce n’est plus un secret, écrit frère Bruno : les apôtres Pierre et Paul ont été victimes de la délation des membres de l’Église. » (Les années d’épreuve de l’Église dans B. A. H., t. 3, p. 108-109)
Ces renégats ne sont pas simplement retournés à leur judaïsme ancien. Ils ont forgé des gnoses, des doctrines nouvelles, des « fables juives » (Tt 1, 14) qu’ils voulaient répandre dans les communautés, et contre lesquelles les Apôtres s’élevèrent avec force : « Nombreux sont en effet les esprits rebelles, les vains discoureurs, les séducteurs, surtout chez les circoncis » (Tt 1, 10). Frère Bruno évoque des « chrétiens “ progressistes ”, “ antichrists ”, transfuges retournés au judaïsme » (B. A. H., t. 3, p. 83), dénoncés par saint Jean parce qu’ils « vont plus avant, sans demeurer dans la doctrine du Christ » (2 Jn 9). Ce sont des « séducteurs, qui se sont répandus dans le monde » (2 Jn 7). Mais le point focal de leur hérésie dénoncée par les Apôtres est le reniement de la foi en « Jésus-Christ venu dans la chair » (2 Jn 7, cf. 2 P 2, 1 et Jude 4).
MAIS LES PASTEURS DE L’ÉGLISE S’ÉLEVÈRENT POUR DÉFENDRE LA FOI.
Saint Pierre annonce ensuite le châtiment des fauteurs d’hérésie :
« 4 Car si Dieu n’a pas épargné les Anges qui avaient péché, mais les a mis dans le Tartare et livrés aux abîmes de ténèbres, où ils sont réservés pour le Jugement ; [...] 6 si, à titre d’exemple pour les impies à venir, il a mis en cendres et condamné à la destruction les villes de Sodome et de Gomorrhe, 7 s’il a délivré Lot, le juste, qu’affligeait la conduite débauchée de ces hommes criminels [...] 9 c’est que le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux et garder les hommes impies pour les châtier au jour du Jugement, 10 surtout ceux qui, par convoitise impure, suivent la chair et méprisent la Seigneurie. » (2 P 2, 4-10)
Ce chapitre deuxième est très proche de l’épître de saint Jude, dont elle reprend manifestement certaines expressions. Preuve, pour les exégètes modernes, que la seconde épître de saint Pierre n’est pas authentique !
Au contraire, éclairée par l’hypothèse de frère Bruno, cette proximité des deux épîtres est très compréhensible. Saint Jude se présente comme « frère de Jacques » (Jude 1), il est un des frères du Seigneur, c’est-à-dire un membre de la fraternité essénienne (cf. frère Bruno, Marie toujours Vierge, in B. A. H., t. 2, p. 60).
Sa brève épître a pour but de combattre les faux docteurs : « 3 Très chers, j’avais un grand désir de vous écrire au sujet de notre salut commun, et j’ai été contraint de le faire, afin de vous exhorter à combattre pour la foi transmise aux saints une fois pour toutes. 4 Car il s’est glissé parmi vous certains hommes qui depuis longtemps ont été marqués d’avance pour cette sentence : ces impies travestissent en débauche la grâce de notre Dieu et renient notre seul Maître et Seigneur Jésus-Christ. » (Jude 3-4)
Saint Jude est encore plus véhément que saint Pierre et sa lettre abonde en exemples tirés de l’Ancien Testament : « Ainsi Sodome, Gomorrhe et les villes voisines qui se sont prostituées de la même manière et ont couru après une chair différente, sont-elles proposées en exemple, subissant la peine d’un feu éternel. » (Jude 7)
Pour autant, ce texte est pleinement évangélique : « 20 Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l’Esprit-Saint, 21 gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle. 22 Les uns, ceux qui hésitent, cherchez à les convaincre ; 23 les autres, sauvez-les en les arrachant au feu ; les autres enfin, portez-leur une pitié craintive, en haïssant jusqu’à la tunique contaminée par leur chair. » (Jude 20-23)
Saint Jude représente la meilleure part des esséniens, ceux qui se sont vraiment convertis et ont persévéré dans leur foi en Jésus-Christ. Si des faux docteurs, semeurs d’hérésie et d’apostasie, se sont levés dans la communauté judéo-chrétienne, il lui revenait donc de les combattre, surtout après le martyre de Jacques, son frère.
Et si Pierre a écrit après Jude pour combattre les mêmes erreurs, peut-être pour le soutenir, avec toute son autorité de Chef des Apôtres, il n’est pas étonnant qu’il se soit inspiré de son épître. En ce temps-là, le collège apostolique était uni pour lutter contre l’hérésie...
LES « FABLES JUIVES ».
« Audacieux, arrogants, ils ne craignent pas de blasphémer les Gloires, 11 alors que les Anges, quoique supérieurs en force et en puissance, ne portent pas contre elles devant le Seigneur de jugement calomnieux. » (2 P 2, 11)
Le judaïsme gnostique dénoncé par les Apôtres est caractérisé par de vains discours sur les Anges, les Gloires, les principautés et les puissances (cf. Jude 8-10). Saint Paul devait particulièrement insister, contre ses adversaires, pour montrer que le Christ était bien supérieur aux anges (Col 1, 16 ; 2, 10 ; 2, 15 et He 1). Aux Colossiens, il dénonce ceux qui se complaisent « dans un culte des anges : celui-là donne toute son attention aux choses qu’il a vues, bouffi qu’il est d’un vain orgueil par sa pensée charnelle » (Col 2, 18).
Cela offre encore un rapprochement possible avec l’hypothèse de frère Bruno, selon laquelle les faux docteurs étaient issus de l’essénisme. Car les juifs de Qumrân « avaient un culte extraordinaire pour les anges », comme le note le Père Jean Daniélou (Les manuscrits de la mer Morte, 1974, p. 105). Frère Bruno écrit qu’ils attribuaient aux esprits célestes « un rôle médiateur » (L’épître aux Hébreux d’aujourd’hui, dans B. A. H., t. 3, p. 98).
Si l’on ne peut connaître précisément la doctrine de ces hérétiques, saint Pierre les dénonce avec une force qui atteint les hérétiques de tous les temps, jusqu’aujourd’hui :
« 17 Ce sont des fontaines sans eau et des nuages poussés par un tourbillon ; l’obscurité des ténèbres leur est réservée. 18 Avec des discours gonflés de vide, ils allèchent, par les désirs charnels, par les débauches, ceux qui venaient à peine de fuir les gens qui passent leur vie dans l’égarement. 19 Ils leur promettent la liberté, mais ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption, car on est esclave de ce qui vous domine. 20 En effet, si, après avoir fui les souillures du monde par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils s’y engagent de nouveau et sont dominés, leur dernière condition est devenue pire que la première. » (2 P 2, 17-20)
Les païens convertis avaient fui les souillures du monde, mais, tout autant, les juifs convertis, comme saint Paul, ancien pharisien de stricte observance en a témoigné : « Quand nous étions dans la chair, les passions pécheresses qui se servent de la Loi opéraient dans nos membres afin que nous fructifions pour la mort. » (Rm 7, 5) Trahir Jésus-Christ, même pour retourner sous le joug de la Loi mosaïque, conduit toujours à retomber dans les souillures spirituelles et morales.
Saint Pierre continue, et le moins qu’on puisse dire est qu’il ne tenait pas en haute estime la “ dignité humaine ” des chrétiens apostats : « 21 Car mieux valait pour eux n’avoir pas connu la voie de la justice, que de l’avoir connue pour se détourner du saint commandement qui leur avait été transmis. 22 Il leur est arrivé ce que dit le véridique proverbe : Le chien est retourné à son propre vomissement, et : “ La truie à peine lavée se roule dans le bourbier. ” » (2 P 2, 21-22)
PERSÉVÉRER DANS L’ESPÉRANCE.
« 1 Voici déjà, très chers, la deuxième lettre que je vous écris ; dans les deux je fais appel à vos souvenirs pour éveiller en vous une saine intelligence. 2 Souvenez-vous des choses prédites par les saints prophètes et du commandement de vos apôtres, celui du Seigneur et Sauveur. » (2 P 3, 1-2)
Saint Pierre, écrivant à des chrétiens qu’il n’a pas tous évangélisés lui-même, leur recommande de rester fidèles aux commandements de leurs apôtres. Mais aussi au commandement du Seigneur et Sauveur, que ses chrétiens connaissaient par les évangiles, déjà rédigés et lus dans les communautés (cf. Une lecture historique, vivante et religieuse de l’Évangile, Il est ressuscité n° 248, octobre 2023, p. 4-17).
Pourtant, le Père Spicq prétend que cette « Épître ne contient rien sur l’exemple et la vie de Jésus (si caractéristique de la I re Petri), et semble ignorer presque totalement la tradition synoptique, alors que le vrai Pierre ne faisait que transposer l’enseignement du Seigneur. » (p. 189) C’est pour lui l’argument décisif contre l’authenticité de cette épître. En cela, il fait preuve « d’étonnantes distractions », comme frère Bruno l’avait déjà remarqué (B. A. H., t. 3, p. 98). Car Pierre exhorte ses fidèles à une vraie connaissance de Notre-Seigneur, il leur parle de sa Transfiguration, et il s’inspire beaucoup de son discours eschatologique (2 P 2, 1 = Mt 24, 11 et 2 P 3, 5-7 = Mt 24, 37-39). N’est-ce pas là « la vie et l’exemple de Jésus », et la « tradition synoptique » ?
« 3 Sachez tout d’abord qu’aux derniers jours, il viendra des railleurs pleins de raillerie, guidés par leurs passions. 4 Ils diront : “ Où est la promesse de son avènement ? Depuis que les Pères sont morts, tout demeure comme au début de la création. ” »
Robinson commente : « La mort des chrétiens [avant le retour du Seigneur] avait toujours été un problème, comme nous le savons par les lettres aux Thessaloniciens et aux Corinthiens. Mais la crise réelle, pour l’Église, doit être survenue alors que cette première génération de la promesse mourait peu à peu et que rien encore ne se passait. Dans les années 60 toute une génération s’était écoulée » (op. cit., p. 245).
Mais les railleurs ne pouvaient plus parler ainsi après 70, et l’accomplissement du châtiment de Jérusalem annoncé par Notre-Seigneur.
En revanche, deux mille ans plus tard, tandis que notre Chrétienté semble s’enfoncer irrémédiablement dans l’apostasie, et qu’aucun signe d’espérance ne paraît à l’horizon, la même tentation pourrait bien nous assaillir. Lisons la réponse du Chef des Apôtres :
« 8 Mais voici un point, très chers, que vous ne devez pas ignorer : c’est que devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. 9 Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. 10 Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur ; en ce jour, les cieux se dissiperont avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée. » (2 P 3, 8-9)
Il a été donné à notre temps d’entendre de nouveau cet avertissement, grâce à la mystérieuse vision qu’eut la vénérable sœur Marie-Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé, avant sa rédaction de la troisième partie du grand Secret de Notre-Dame, le 3 janvier 1944 :
« Je sentis mon esprit inondé par une mystérieuse lumière qui est Dieu, et en Lui je vis et j’entendis – la pointe d’une lance comme une flamme qui se dégage, touche l’axe de la terre – celle-ci tremble : montagnes, villes, bourgs et villages avec leurs habitants sont ensevelis. La mer, les fleuves et les nuages sortent de leurs frontières, débordent, inondent et emportent avec eux dans un tourbillon maisons et gens en nombre incalculable ; c’est la purification du monde pour le péché dans lequel il est plongé. La haine, l’ambition provoquent la guerre destructrice ! Puis je sentis, parmi les battements accélérés de mon cœur et dans mon esprit, l’écho d’une voix douce qui disait : “ Dans le temps, une seule foi, un seul baptême, une seule Église, sainte, catholique, apostolique. Dans l’éternité, le Ciel ! ” » (cité par frère François, Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, p. 289)
Ainsi, l’avertissement de l’Apôtre est plus vrai que jamais : « La fin de toute chose est proche. » (1 P 4, 7). Quelle admirable continuité entre l’enseignement apostolique et le message de Notre-Dame !
En annonçant ainsi la fin du monde, saint Pierre faisait écho aux paroles du divin Maître (cf. Mt 24, 29). Mais s’il écrivait après le grand incendie qui ravagea Rome pendant neuf jours en juillet 64, cataclysme qui suscita quelques semaines plus tard la terrible persécution de Néron dans laquelle l’Apôtre allait rendre son témoignage, alors ces prophéties connaissaient déjà un accomplissement saisissant.
Cela expliquerait la suite du texte, qui nous interpelle tout autant, puisque Notre-Dame de Fatima nous a adressé les mêmes avertissements :
« 11 Puisque toutes ces choses se dissolvent ainsi, quels ne devez-vous pas être par une sainte conduite et par les prières, 12 attendant et hâtant l’avènement du Jour de Dieu, où les cieux enflammés se dissoudront et où les éléments embrasés se fondront. 13 Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice habitera. » (2 P 3, 11-13)
Voilà toute notre espérance, bien rappelée par Notre-Dame à la fin de la vision de sœur Lucie : une terre nouvelle par la restauration de la seule Église, sainte, catholique, apostolique. Et dans l’éternité, le Ciel !
« 14 C’est pourquoi, très chers, en attendant, mettez votre zèle à être sans tache et sans reproche, pour être trouvés en paix. 15 Tenez la longanimité de notre Seigneur pour salutaire, comme notre cher frère Paul vous l’a aussi écrit selon la sagesse qui lui a été donnée. 16 Il le fait d’ailleurs dans toutes les lettres où il parle de ces questions. Il s’y rencontre des points obscurs... »
Qui le nierait, puisqu’il arrivait à Paul, dans la flamme de son discours, de ne pas finir ses phrases ! (cf. Ep 3, 18-19) Il n’empêche que le Père Spicq est gêné par ce détail concret, d’un trop grand réalisme historique. « Comment admettre que l’auteur du “ Discours de la Pentecôte ” et de la Ia Petri déclare les écrits pauliniens “ difficiles à comprendre ”, alors que sa propre théologie, aussi profonde, est d’un accès tout aussi ardu. Cette notation se comprendrait beaucoup mieux sous la plume d’un didascale, disciple de Pierre, désorienté par les axes de la théologie rabbinique (sic) paulinienne. » (p. 186)
Mais encore faut-il lire la phrase jusqu’au bout : « Il s’y rencontre des points obscurs, que les gens sans instruction et sans fermeté détournent de leur sens – comme d’ailleurs les autres Écritures – pour leur propre perdition. » (2 P 3, 14-16)
Pierre ne dit pas qu’il ne comprend pas la « théologie paulinienne », il dit que des esprits faux profitent de certaines obscurités des épîtres de saint Paul pour appuyer leurs hérésies ! Et puisqu’il les accuse de les détourner de leur sens, il faut conclure qu’il a lui-même une certaine compréhension de ces points obscurs.
CONCLUSION
« 17 Vous donc, très chers, étant avertis, soyez sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des criminels, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. »
La seconde épître de saint Pierre est l’un des textes du Nouveau Testament qui répond le mieux aux nécessités actuelles de l’Église et des fidèles, menacés par l’envahissante apostasie de notre siècle. C’est sans doute une des raisons pour laquelle son authenticité est si combattue.
Saint Pierre affrontait non seulement l’hérésie, mais aussi le schisme, la rupture de la charité de l’Église, la haine froide que les judaïsants nourrissaient contre Paul et contre lui-même. Cette haine devint homicide, comme en témoigne le récit de la persécution de Néron dans les Annales de Tacite, citées par frère Bruno :
« “ On saisit d’abord ceux qui avouaient [sous-entendu : être chrétiens]. Puis, sur leurs indications, une grande multitude. ” L’identité de ces “ indicateurs ” se laisse facilement deviner si l’on se souvient de saint Clément attribuant les massacres ordonnés par Néron “ à la jalousie ”, mot clé de la haine des juifs s’acharnant d’abord contre Pierre (Ac 5, 17), puis contre Paul (Ac 13, 45 ; 17, 5). » (B. A. H., t. 3, p. 109)
Prions, prions beaucoup pour que notre Saint-Père Léon XIV, légitime successeur de Pierre, cesse d’exalter la dignité de l’homme pour défendre la vraie connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ contre les hérésies qui ravagent l’Église. Ainsi suivra-t-il son Saint prédécesseur, peut-être jusqu’à témoigner de sa foi en mourant martyr au pied « d’une grande Croix de tronc brut, au sommet de la montagne escarpée ».
Pour qu’advienne ainsi le triomphe du Cœur Immaculé de Marie, et que nous soyons fidèles à le servir en persévérant au cœur de l’Église, suivons l’ultime recommandation de l’Apôtre :
« 18 Croissez dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ : à lui la gloire maintenant et jusqu’au jour de l’éternité ! Amen. » (2 P 3, 18)
frère Joseph-Sarto du Christ Roi.