Méditations quotidiennes
Vendredi 30 octobre
Le chapelet est un instrument de salut pour les âmes tourmentées, comme disait cet imbécile de Luther. Il répondait par la foi, mais il détruisait tous nos sacrements, et notre vénération de la Vierge Marie était par lui souillée.
Je dis : au chapelet des épreuves, des ennuis de notre vie, répond l’autre chapelet qui s’égrène silencieusement entre les doigts de notre Mère du Ciel. Tout ce qui arrive à ce carrefour passe sous nos yeux, soulevant à chaque moment une incertitude, entraînant un doute, une peur. Qui n’a pas peur de ce que demain va nous apporter ? Quand tout d’un coup, nous jetons les yeux sur ce futur, nous savons que les yeux de la Vierge s’y posent avec nous, à notre demande et que nous n’avons qu’à nous cacher dans son Cœur pour être réconfortés, à l’abri.
Tous les saints l’ont chanté de toute manière et c’est là qu’il nous est demandé et prescrit de jeter nos soucis, dans le Cœur Immaculé de notre Mère chérie.
Notre Père, 8 août 1999
Samedi 31 octobre
Vigile de la Toussaint
Les réflexions de Notre-Seigneur mènent très loin. Il se vise lui-même, pour que les siècles admirent sa véritable vertu et que les chrétiens imitent leur Maître : « Car quiconque s’élève sera abaissé et quiconque s’abaisse sera élevé. » Les pharisiens hypocrites seront terriblement abaissés puisque Jésus leur annonce qu’ils iront jusqu’au fond de l’enfer, mais Lui, Jésus, qu’ils vont abaisser terriblement, qu’ils vont traiter comme un esclave, comme un criminel, lui-même recevra de son Père une gloire immortelle et montera plus haut que personne jamais ne montera. Quelle leçon !
Cet Évangile bien simple pourrait donner lieu à une salutaire méditation. Nous pourrions nous demander dans quelle mesure nous sommes un peu pharisiens ; si c’est le cas, nous devons nous en repentir et choisir d’être humiliés avec Jésus-Christ car la meilleure manière d’atteindre l’humilité, ce sont les humiliations. « Seigneur, donnez-moi des humiliations et qu’on connaisse mes humiliations plutôt que mon humilité », disait mon professeur de Saint-Sulpice du temps où j’étais au séminaire.
Notre Père, 19 septembre 1993
Les bouquets de ce mois de novembre sont consacrés à l’œuvre de saint François de Sales.
Dimanche 1er novembre
Toussaint
L’homme juste mourant subitement, ou accablé d’une maison qui lui tombe dessus, ou tué par la foudre, ou suffoqué d’un catarrhe, ou bien mourant hors de son bon sens par la violence de quelque fièvre chaude, il ne meurt certes pas en l’exercice de l’amour divin ; mais il meurt néanmoins en l’amour d’icelui, dont le Sage a dit : Le juste, s’il est prévenu de la mort, il sera en réfrigère [rafraîchissement ] ; car il suffit, pour obtenir la vie éternelle, de mourir en l’état et l’habitude de l’amour et charité. Plusieurs saints néanmoins sont morts non seulement en charité et avec l’habitude de l’amour céleste, mais aussi en l’action et pratique d’icelui. Saint Augustin mourut en l’exercice de la sainte contrition, qui n’est pas sans amour ; saint Jérôme exhortant ses chers enfants à l’amour de Dieu, du prochain et de la vertu ; saint Ambroise, tout ravi, devisant doucement avec son Sauveur soudain après avoir reçu le très divin sacrement de l’autel ; saint Antoine de Padoue, après avoir récité un hymne à la glorieuse Vierge mère, et parlant en grande joie avec le Sauveur (...). Presque tous les martyrs sont morts en priant Dieu : le bienheureux et vénérable Bède ayant su par révélation l’heure de son trépas, alla à vêpres (et c’était le jour de l’Ascension), et se tenant debout, appuyé seulement aux accoudoirs de son siège, sans maladie quelconque, finit sa vie au même instant qu’il finit de chanter vêpres, comme justement pour suivre son maître montant au ciel, afin d’y jouir du beau matin de l’éternité qui n’a point de vêpres. Traité de l’Amour de Dieu (7, 9)
Lundi 2 novembre
Commémoraison de tous les fidèles défunts
Il se faut attrister pour les fautes commises, d’une repentance forte, rassise, constante, tranquille, mais non turbulente, non inquiète, non découragée. Connaissez-vous que votre retardement au chemin des vertus est provenu de votre coulpe, or sus, humiliez-vous devant Dieu, implorez sa miséricorde, prosternez-vous devant la face de sa bonté, et demandez-lui-en pardon, confessez votre faute, et criez-lui merci à l’oreille même de votre confesseur, pour en recevoir l’absolution ; mais cela fait, demeurez en paix, et ayant détesté l’offense, embrassez amoureusement l’abjection qui est en vous pour le retardement de votre avancement au bien.
Hélas ! mon Théotime, les âmes qui sont en purgatoire, y sont sans doute pour leurs péchés, qu’elles ont détestés et détestent souverainement : mais quant à l’abjection et peine qui leur en reste d’être arrêtées en ce lieu-là, et privées pour un temps de la jouissance de l’amour bienheureux du paradis, elles la souffrent amoureusement, et prononcent dévotement le cantique de la justice divine : Vous êtes juste, Seigneur, et votre jugement équitable. Attendons donc en patience notre avancement ; et au lieu de nous inquiéter d’en avoir si peu fait par le passé, procurons avec diligence d’en faire plus à l’avenir. Traité de l’Amour de Dieu, (9, 7)
Mardi 3 novembre
Saint Martin de Porrès, saint Hubert
Nous pouvons donc rendre raison de l’ordre des effets de la providence qui regarde notre salut, en descendant du premier jusques au dernier c’est-à-dire, depuis le fruit qui est la gloire, jusques à la racine de ce bel arbre qui est la rédemption du Sauveur ; car la divine bonté donne la gloire ensuite des mérites, les mérites ensuite de la charité, la charité ensuite de la pénitence, la pénitence ensuite de l’obéissance à la vocation, l’obéissance à la vocation ensuite de la vocation, et la vocation ensuite de la rédemption du Sauveur sur laquelle est appuyée cette échelle mystique du grand Jacob, tant du côté du ciel, puisqu’elle aboutit au sein amoureux de ce Père éternel, dans lequel il reçoit les élus en les glorifiant, comme aussi du côté de la terre, puisqu’elle est plantée sur le sein et le flanc percé du Sauveur, mort pour cette occasion sur le mont Calvaire.
En somme, tous ces effets dépendent absolument de la rédemption du Sauveur, qui les a mérités pour nous, en toute rigueur de justice, par l’amoureuse obéissance qu’il a pratiquée jusques à la mort, et la mort de la croix (Phi ; 2, 5-8) ; laquelle est la racine de toutes les grâces que nous recevons, nous qui sommes greffes spirituels, entés sur sa tige. Traité de l’Amour de Dieu, (3, 5)
Mercredi 4 novembre
Saint Charles Borromée
Voyez le grand saint Charles, lorsque la peste attaqua son diocèse. Il releva son courage en Dieu, et regarda attentivement qu’en l’éternité de la providence divine ce fléau était préparé et destiné à son peuple, et que emmi ce fléau, cette même providence avait ordonné qu’il eût un soin très amoureux de servir, soulager et assister cordialement les affligés, puisqu’en cette occasion il se trouvait le père spirituel, pasteur et évêque de cette province-là. C’est pourquoi se représentant la grandeur des peines, travaux et hasards qu’il lui serait force de subir pour ce sujet, il s’immola en esprit au bon plaisir de Dieu, et baisant tendrement cette croix, il s’écria du fond de son cœur, à l’imitation de saint André : Je te salue, ô croix précieuse ! Je te salue, ô tribulation bienheureuse ! ô affliction sainte, que tu es aimable, puisque tu es issue du sein aimable de ce Père d’éternelle miséricorde, qui t’a voulue de toute éternité, et t’a destinée pour ce cher peuple et pour moi ! ô croix ! mon cœur te veut, puisque celui de mon Dieu t’a voulue. Ô croix ! Mon âme te chérit et t’embrasse de toute sa dilection.
En cette sorte devons-nous entreprendre les plus grandes affaires et les plus âpres tribulations qui nous puissent arriver. Mais quand elles seront de longue haleine, il faudra de temps en temps, et fort souvent répéter cet exercice, pour continuer plus utilement notre union à la volonté et bon plaisir de Dieu, prononçant cette brève, mais toute divine protestation de son Fils : Oui, ô Père éternel ! je le veux de tout mon cœur, parce qu’ainsi a-t-il été agréable devant vous. Ô Dieu ! Théotime, que de trésors en cette pratique ! Traité de l’Amour de Dieu, (12, 9)
Jeudi 5 novembre
Sainte Sylvie, Saintes Reliques
Le voyage de Lorette est un grand voyage pour les femmes je vous conseille de le faire souvent en esprit, joignant par intention vos prières à cette grande multitude de personnes dévotes qui y vont honorer là Mère de Dieu, comme au lieu où premièrement l’honneur incomparable de cette maternité lui arriva. Mais puisque vous n’avez pas de vœu qui vous oblige d’y aller en présence corporelle, je ne tous conseille pas de l’entreprendre ; oui bien d’être de plus en plus zélée à la dévotion de cette sainte Dame, de laquelle l’intercession est si forte et favorable aux âmes, que pour moi je l’estime le plus grand appui que nous puissions avoir envers Dieu ; pour notre avancement et vraie piété ; et puis parler de cela pour en savoir plusieurs particularités remarquables. Qu’à jamais le nom de cette Sainte Vierge soit béni et exalté ! Amen.
« Avez-vous donc désir d’honorer la très sainte Mère de Dieu ? Dites Ave. Êtes-vous en doute de la manière particulière avec laquelle il la faut honorer ? Dites Ave ! » Lettre à une dame, 8 avril 1611
Vendredi 6 novembre
Premier Vendredi du mois, Bx Martyrs d’Espagne (1936-1939)
O Théotime, Théotime ! cette âme du Sauveur nous connaissait tous par nom et par surnom ; mais surtout au jour de sa passion, lorsqu’il offrait ses larmes, ses prières, son sang et sa vie pour tous, il lançait en particulier pour vous ces pensées de dilection : Hélas ! ô mon Père éternel, je prends à moi et me charge de tous les péchés du pauvre Théotime, pour souffrir les tourments et la mort, afin qu’il en demeure quitte et qu’il ne périsse point, mais qu’il vive. Que je meure, pourvu qu’il vive ; que je sois crucifié, pourvu qu’il soit glorifié. Ô amour souverain du Cœur de Jésus ! quel cœur te bénira jamais assez dévotement !
Ainsi, dedans sa poitrine maternelle, son Cœur divin prévoyait, disposait, méritait, impétrait tous les bienfaits que nous avons, non seulement en général pour tous, mais en particulier pour un chacun ; et ses mamelles de douceur nous préparaient le lait de ses mouvements, de ses inspirations et des suavités par lesquelles il tire, conduit et nourrit nos cœurs à la vie éternelle. Les bienfaits ne nous échauffent point, si nous ne regardons la volonté éternelle qui les nous destine, et le Cœur du Sauveur qui les nous a mérités par tant de peines, et surtout en sa mort et passion. Traité de l’Amour de Dieu, (12, 12)
Samedi 7 novembre
Premier Samedi du mois, Dies natalis du Père Constant Lievens
Regardez, je vous prie, comme ce très saint et glorieux Enfant se laisse porter, tout simplement mais amoureusement, entre les bras du bienheureux saint Siméon : car il ne pleure point ni ne témoigne nulle répugnance d’être tiré des bras de sa très chère Mère, bras desquels il ressentait tant de suavités qu’il ne se peut dire. Quelle suavité, je vous prie, lorsque la très Sainte Vierge distillait dans la sacrée bouche de son Enfançon les gouttes de son très pur et céleste lait, faisant quant et quant de sa bouche des soupirs enflammés qu’elle lançait dans le Cœur du Sauveur, lequel, en échange, ouvrait ses petits yeux pour la regarder ; et par le moyen de ces regards, le Cœur de la très glorieuse Vierge demeurait presque pâmé des flammes de son amour. Que personne donc ne s’excuse plus d’aller à la Sainte Communion sur son indignité : Ô mon Dieu, comment oserai-je aller recevoir Notre-Seigneur si souvent comme les autres, vu que je suis si misérable ? – Ô Dieu, je n’oserais m’approcher de Dieu par le moyen de l’oraison ! – Hé, quelle tromperie ! ne voyez-vous pas que Notre-Seigneur va tout simplement entre les bras de saint Siméon, et quitte sa très chère Mère qui était toute pure et sans tache ? Quatorzième Entretiens, sur les Règles
Dimanche 8 novembre
Ste Élisabeth de la Trinité, Bx Jean Duns Scot
Si saint Joseph était si soigneux de tenir resserrées ses vertus sous l’abri de la très sainte humilité, il avait un soin très particulier de cacher la très précieuse perle de la virginité ; c’est pourquoi il consentit d’être marié, afin que personne ne le pût connaître, et que dessous le voile du mariage il pût vivre à couvert. Sur quoi les vierges et celles ou ceux qui veulent vivre chastement sont enseignés qu’il ne leur suffit pas d’être vierges si elles ne sont humbles, et si elles ne retirent leur pureté dans la poche précieuse de l’humilité ; car autrement, il leur arrivera tout ainsi qu’aux folles vierges, lesquelles, faute d’humilité, furent chassées des noces de l’Époux et, partant, contraintes d’aller aux noces du monde où l’on n’observe pas le conseil de l’Époux céleste qui dit qu’il faut être humble pour entrer aux noces, je veux dire qu’il faut pratiquer l’humilité car, dit-il, allant aux noces, ou étant invité aux noces, prends la dernière place. En quoi nous voyons combien l’humilité est nécessaire pour la conservation de la virginité, puisque sans cette vertu l’on doit être indubitablement rejeté du céleste banquet et du festin nuptial que Dieu prépare aux vierges en la céleste demeure. Vingtième entretien, pour le jour de saint Joseph
Lundi 9 novembre
Dédicace de la Basilique du Saint-Sauveur
Notre divin Sauveur fut affligé incomparablement en sa vie civile, condamné comme criminel de lèse-majesté divine et humaine, battu, fouetté, bafoué et tourmenté avec une ignominie extraordinaire ; en sa vie naturelle, mourant entre les plus cruels et sensibles tourments que l’on puisse imaginer ; en sa vie spirituelle, souffrant des tristesses, craintes, épouvantements, angoisses, délaissements et oppressions intérieures qui n’en eurent ni n’en auront jamais de pareilles. Car encore que la suprême portion de son âme fût souverainement jouissante de la gloire éternelle, si est-ce que l’amour empêchait cette gloire de répandre ses délices ni ès sentiments, ni en l’imagination, ni en la raison inférieure, laissant ainsi tout le cœur exposé à la merci de la tristesse et angoisse. Traité de l’Amour de Dieu (8, 5)
Mardi 10 novembre
Saint Léon le Grand, Saint André Avellin
Je vis les pleurs de ma pauvre Sœur [ Marie-Madeleine] et il me semble que toutes nos enfances ne procèdent d’autre défaut que de celui-ci : c’est que nous oublions la maxime des saints, qui nous ont avertis que tous les jours nous devons estimer de commencer notre avancement ou perfection ; et si nous pensions bien à cela, nous ne nous trouverions point étonnés de rencontrer de la misère en nous, ni de quoi retrancher. Il n’est jamais fait ; il faut toujours recommencer, et recommencer de bon cœur. Quand l’homme aura achevé, dit l’Écriture (Eccli 18, 6), alors il commencera. Ce que nous avons fait jusques à présent est bon, mais ce que nous allons commencer sera meilleur ; et quand nous l’aurons achevé, nous recommencerons une autre chose qui sera encore meilleure, et puis une autre, jusques à ce que nous sortirons de ce monde pour commencer une autre vie qui n’aura point de fin, parce que rien de mieux ne nous pourra arriver. Allez voir donc, ma chère Mère, s’il faut pleurer quand on trouve de la besogne en son âme, et s’il faut avoir du courage pour toujours aller plus avant, puisqu’il ne faut jamais s’arrêter, et s’il faut avoir de la résolution pour retrancher, puisqu’il faut mettre le rasoir jusques à la division de l’âme et de l’esprit, des nerfs et des tendons (He 4, 12). Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 1er mars 1615
Mercredi 11 novembre
Saint Martin
Qu’importe-t-il que la volonté de Dieu me soit présentée en la tribulation ou en la consolation, puisqu’en l’une et en l’autre je ne veux ni ne cherche autre chose que la volonté divine, laquelle y parait d’autant mieux qu’il n’y a point d’autre beauté en icelle que celle de ce très saint bon plaisir éternel.
Héroïque, mais plus qu’héroïque l’indifférence de l’incomparable saint Paul : Je suis pressé, dit-il aux Philippiens, de deux côtés, ayant désir d’être délivré de ce corps, et d’être avec Jésus-Christ, chose trop meilleure ; mais aussi de demeurer en cette vie pour vous. En quoi il fut imité par le grand évêque saint Martin, qui, parvenu à la fin de sa vie, pressé d’un extrême désir d’aller à son Dieu, ne laissa pas pourtant de témoigner qu’il demeurerait aussi volontiers entre les travaux de sa charge, pour le bien de son cher troupeau. Admirable indifférence de l’Apôtre ! admirable celle de cet homme apostolique ! Ils voient le paradis ouvert pour eux, ils voient mille travaux en terre, l’un et l’autre leur est indifférent au choix, et il n’y a que la volonté de Dieu qui puisse donner le contrepoids à leurs cœurs. Le paradis n’est point plus aimable que les misères de ce monde, si le bon plaisir divin est également là et ici. Les travaux leur sont un paradis, si la volonté divine se trouve en iceux ; et le paradis un travail, si la volonté de Dieu n’y est pas. Traité de l’Amour de Dieu (9, 4)
Jeudi 12 novembre
Saint Josaphat, Saint Martin Ier
Souvenez-vous, ma très chère fille, de bien faire la volonté de Dieu ès rencontres où vous aurez le plus de difficulté. C’est peu de chose de plaire à Dieu en ce qui nous plaît la fidélité filiale requiert que nous lui voulions plaire en ce qui nous déplaît, nous remettant devant les yeux ce que le grand Fils bien-aimé disait de soi-même Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé. Car aussi n’êtes-vous pas chrétienne pour faire votre volonté, mais pour faire la volonté de celui qui vous a adoptée pour être sa fille et son héritière éternelle.
Au reste, vous vous en allez, et moi je m’en vais aussi sans aucune espérance de vous revoir en ce monde. Prions bien Dieu qu’il nous fasse la grâce de vivre tellement selon son bon plaisir en ce pèlerinage, qu’étant arrivés en la céleste patrie nous nous puissions réjouir de nous être vus ici-bas, et d’y avoir parlé des mystères de l’éternité. En cela seul nous devons prendre joie de nous être aimés entre cette vie, que le tout a été pour la gloire de sa divine majesté et notre salut éternel. Conservez la sainte gaieté cordiale qui nourrit les forces de l’esprit et édifie le prochain. Lettre à une demoiselle demeurant dans le monde
Vendredi 13 novembre
Saint Brice, Saint Didace
Vous me demandez : Comment pourrai-je faire pour acquérir l’amour de Dieu ? – En le voulant aimer. Au lieu de vous appliquer à penser et demander : Comment pourrai-je faire pour unir mon esprit à Dieu ? mettez-vous en la pratique par une continuelle application de votre esprit en Dieu, et je vous assure que vous parviendrez bien plus tôt à votre prétention que non pas par aucune autre voie ; car, à mesure que nous nous dissipons, nous sommes moins ramassés, et partant plus incapables de nous unir et joindre avec la divine Majesté, qui nous veut tout sans réserve. Il y a certes des âmes qui s’amusent tant à penser comme elles feront, qu’elles n’ont pas le temps de faire ; et en ce qui regarde notre perfection, qui consiste en l’union de notre âme avec la divine Bonté, il n’est question que de peu savoir et beaucoup faire. Il faut aller grandement simplement en cette sainte besogne (...).
Voici une finesse qu’il faut que vous me permettiez de découvrir, sans toutefois vous offenser. C’est que vous voudriez que je vous enseignasse une voie de perfection toute faite(...). Il nous semble que la perfection est un art ; que si l’on pouvait trouver son secret, on l’aurait tout incontinent sans peine. Certes, nous nous trompons ; car il n’y a point de plus grand secret que de faire et travailler fidèlement en l’exercice du divin amour, si nous prétendons de nous unir au Bien-Aimé. Dixième entretien, sur le sujet de la modestie
Samedi 14 novembre
Saint Josaphat, Toussaint du Carmel, Saint Montan (Vivarais)
Pour résumer l’historique de cette grande œuvre [conversion du pays de Gex] en quelques mots, il y a douze ans, dans soixante-quatre paroisses voisines de Genève et, pour ainsi dire, sous ses murs, l’hérésie occupait des chaires publiques ; elle avait tout envahi ; à la religion catholique il ne restait plus un pouce de terrain. Aujourd’hui, dans les mêmes quartiers, l’Église Catholique étend de part et d’autre ses branches, avec des poussées si vigoureuses que l’hérésie n’y a plus de place. Jadis on avait peine à compter cent Catholiques entre toutes les paroisses réunies ; aujourd’hui on n’y verrait pas cent hérétiques. Partout l’on célèbre et l’on fréquente les mystères de la foi catholique ; chaque paroisse est pourvue de son curé ; enfin ces trois bailliages, que les clauses du traité ont remis au duc, sont tout à fait restitués à l’Église, et, ce qui importe le plus, c’est qu’après avoir recouvré la foi et la religion, leurs habitants ont persévéré sans que ni les persécutions des dernières guerres, ni les menaces des hérétiques aient jamais pu les ébranler. Voilà bien, certes, le seul et unique avantage que les guerres passées ont valu à ce diocèse.
Et maintenant, Très Saint Père, cette restauration catholique, importante à coup sûr et digne de considération, (1 Tm 1, 15) ce prince qui en a été l’heureux instrument, ce diocèse tout entier qui mérite la sympathie à tant de titres, attendent du Siège Apostolique, des marques sérieuses de sollicitude, des témoignages de tendresse et votre bienveillante protection. C’est avec de très humbles et très vives instances que je les sollicite de la clémence de Votre Sainteté, et, dans l’espoir de les obtenir, je prie le Christ de vous être toujours propice. Lettre au pape Clément VIII, 15 novembre 1603
Dimanche 15 novembre
Saint Albert le Grand, Bse Marie de la Passion
Il ne faut point tenir pour inspiration les choses qui sont hors de la Règle (...) Les Chartreux tiendraient pour une très grande tentation de désirer d’être employés au salut des âmes par le moyen de la prédication. Il ne faudrait pas qu’un d’entre eux pensât faire un grand service à Dieu de vouloir aller, sous le prétexte que les autres Pères n’en sauraient rien hormis le Supérieur, prêcher en quelque village où il penserait faire beaucoup de fruit et accroître la gloire de Dieu par le salut de ces âmes ; voire même quand il serait fort capable et aurait pour prétexte de ne vouloir pas enfouir le talent que Dieu lui a donné pour la prédication : car nonobstant que toutes ses intentions fussent très bonnes et pieuses, l’acte ne serait pourtant pas bon en l’exécution, d’autant que cela serait contre leur coutume et le train ordinaire de leur Communauté. Je trouve que c’est un très grand acte de perfection de se conformer en toutes choses à la Communauté et de ne s’en départir jamais par notre propre choix ; car outre que c’est un très bon moyen pour nous unir avec le prochain, c’est encore nous cacher à nous-mêmes notre propre perfection.
Il y a une certaine simplicité de cœur en laquelle consiste la perfection de toutes les perfections, et c’est cette simplicité qui fait que notre âme ne regarde qu’à Dieu et se tient toute ramassée et resserrée en elle-même pour s’appliquer, avec toute la fidélité et perfection qui lui est possible, à l’observance de sa Règle, sans s’épancher à désirer ni vouloir entreprendre de faire plus que cela. Quatorzième entretien sur les Règles
Lundi 16 novembre
Sainte Gertrude, Sainte Marguerite d’Écosse
C’est peu de chose que cette séparation corporelle, aussi bien la faudra-t-il faire un jour, veuillons-le ou non ; mais la séparation des cœurs et désunion des esprits, c’est cela seul qui est à redouter.
Or, quant à nous autres, non seulement nous demeurerons toujours unis par ensemble, mais bien plus, car notre union s’ira toujours perfectionnant dans les doux et aimables liens de la charité et sera toujours de plus en plus renouée à mesure que nous nous avancerons en la voie de notre propre perfection, car nous rendant plus capables de nous unir à Dieu, nous nous unirons davantage les unes aux autres ; et à chaque Communion que nous ferons notre union sera rendue plus parfaite, car nous unissant avec Notre-Seigneur nous demeurerons toujours plus unies ensemble ; aussi la réception sacrée de ce Pain céleste et de ce très adorable Sacrement, s’appelle Communion, c’est-à-dire commune union. Ô Dieu, quelle union est celle qu’il y a entre chaque Religieux d’un même Ordre ! union telle, que les biens spirituels sont autant pèle-mêlés et réduits en commun comme les biens extérieurs. Les Religieux n’ont rien en particulier, à cause du vœu sacré qu’ils ont fait de la pauvreté volontaire ; et par la profession sainte qu’ils font de la très sainte charité, toutes leurs vertus sont communes, tous sont participants des bonnes œuvres les uns des autres, et jouiront des fruits d’icelle, pourvu qu’ils se tiennent toujours en charité et en l’observance des Règles de la Religion en laquelle Dieu les a appelés. Sixième entretien sur les fondations
Mardi 17 novembre
Ste Élisabeth de Hongrie, St Grégoire le thaumaturge
Celui qui, pour suivre l’inclination que Notre-Seigneur a témoigné d’avoir que l’on secourût les pauvres, voudrait aller de ville en ville pour les chercher, qui ne sait que tandis qu’il sera en l’une il ne servira pas ceux qui sont en l’autre ? Il faut aller en cette besogne en simplicité de cœur ; faire l’aumône quand j’en rencontre l’occasion, sans m’aller amusant par les rues, de maison en maison, pour voir s’il n’y en a point quelqu’un que je ne sache pas. De même quand je m’aperçois que la Supérieure désire quelque chose de moi, il faut que je me rende prompte, sans aller épluchant si je pourrais connaître qu’elle ait quelque inclination que je fasse autre chose ; car cela ôterait la paix et tranquillité du cœur, qui est le principal fruit de l’obéissance amoureuse. Douzième entretien, de la vertu d’obéissance
Mercredi 18 novembre
Dédicace des basiliques des Saints Pierre et Paul, Bses Visitandines de Madrid, Ste Rose-Philippine Duchesne
La confession de la foi n’est pas tant un acte de l’entendement et de la foi, comme c’est un acte de la volonté et de l’amour de Dieu. Et c’est pourquoi le grand saint Pierre, gardant la foi dans son âme au jour de la Passion, perdit néanmoins la charité, ne voulant pas avouer de bouche pour son maître celui qu’il reconnaissait pour tel en son cœur. Mais pourtant il y a eu des martyrs qui moururent expressément pour la charité seule : comme le grand précurseur du Sauveur, qui fut martyrisé pour la correction fraternelle ; et les glorieux princes des apôtres, saint Pierre et saint Paul, mais principalement saint Paul, moururent pour avoir converti à la sainteté et chasteté les femmes que l’infâme Néron avait débauchées ; les saints évêques Stanislas et Thomas de Cantorbéry furent aussi tués pour un sujet qui ne regardait pas la foi, mais la charité. Et enfin une grande partie de saintes vierges et martyres furent massacrées pour le zèle qu’elles eurent à garder la chasteté, que la charité leur avait fait dédier à l’époux céleste (...).
Ô Dieu ! Théotime, que cette mort est heureuse ! Que douce est cette amoureuse sagette, qui, nous blessant de cette plaie incurable de la sacrée dilection, nous rend pour jamais languissants et malades d’un battement de cœur si pressant, qu’enfin il faut mourir. Traité de l’Amour de Dieu, (7, 10)
Jeudi 19 novembre
Sainte Mechtilde, Saint Tanguy, Sainte Élisabeth de Hongrie
Ô ma fille quand serons-nous unis à notre Dieu, de l’union parfaite ? quand aurons-nous des cœurs embrasés de son amour ? Courage, ma chère fille ; nous sommes destinés à cette heureuse fin ! Ne nous troublons point des stérilités, car les stérilités enfanteront enfin ni des sécheresses, car la terre sèche se convertira en sources d’eaux vivantes.
L’autre jour en l’oraison, considérant le côté ouvert de Notre-Seigneur, et voyant son Cœur, il m’était avis que nos cœurs étaient tout alentour de lui, qui lui faisaient hommage, comme au souverain roi ! Lettre à sainte Jeanne de Chantal, fin 1608
Vendredi 20 novembre
Saint Edmond, Saint Félix de Valois
La méditation n’est autre chose qu’une pensée attentive, réitérée ou entretenue volontairement en l’esprit afin d’exciter la volonté à des saintes et salutaires affections et résolutions.
La sainte parole explique certes admirablement en quoi consiste la sainte méditation par une excellente similitude. Ézéchias voulant exprimer eu son cantique l’attentive considération qu’il fait de son mal : Je crierai, dit-il, comme un poussin d’hirondelle, et je méditerai comme une colombe. Car, mon cher Théotime, si jamais vous y avez pris garde, les petits des hirondelles ouvrent grandement leur bec quand ils font leur piaillement, et au contraire les colombes entre tous les oiseaux font leur grommellement à bec clos et enfermé, roulant leur voix dans le gosier et poitrine sans que rien en sorte que par manière de retentissement et résonnement, et ce petit grommellement leur sert également pour exprimer leurs douleurs comme pour déclarer leurs joies. Ezéchias donc, pour montrer qu’emmi son ennui il faisait plusieurs oraisons vocales : Je crierai, dit-il, comme le poussin de l’hirondelle, ouvrant ma bouche pour pousser, devant Dieu, plusieurs voix lamentables ; et pour témoigner d’autre part qu’il employait aussi la sainte oraison mentale : Je méditerai, ajoute-t-il, comme la colombe, roulant et contournant mes pensées dedans mon cœur par une attentive considération, afin de m’exciter à bénir et louer la souveraine miséricorde de mon Dieu, qui m’a retiré des portes de la mort, ayant compassion de ma misère. Ainsi, dit Isaïe, nous rugirons ou bruirons comme des ours, et gémirons méditant comme des colombes ; le bruit des ours se rapportant aux exclamations par lesquelles on s’écrie en raison vocale, et les gémissements des colombes à la sainte méditation. Traité de l’Amour de Dieu, (6, 2)
Samedi 21 novembre
Présentation de la Très Sainte Vierge Marie
Dès sa Présentation au Temple, la Vierge Marie « s’offrit et dédia avec tant de ferveur, d’amour et d’humilité que les anges et les plus hauts séraphins qui se promenaient sur les balustres et galeries du ciel pour la regarder en demeuraient tout ravis, s’étonnant qu’en la terre il se pût trouver une créature si pure et qu’une âme revêtue d’un corps humain pût faire une offrande et oblation si parfaite et agréable à Dieu.
« Le divin amour croissait à chaque moment dans le Cœur virginal de notre glorieuse Mère mais par des croissances douces, paisibles et continues, sans agitation, ni secousse, ni violence quelconque. Oh ! non, il ne faut pas mettre une impétuosité d’agitation en ce céleste amour du Cœur maternel de la Vierge : car l’amour, de soi, est doux, gracieux, paisible et tranquille... » Traité de l’Amour de Dieu, (7, 14)
Dimanche 22 novembre
Fête du Christ-Roi de l’Univers, Sainte Cécile
Le cœur indifférent est comme une boule de cire entre les mains de son Dieu, pour recevoir semblablement toutes les impressions du bon plaisir éternel : un cœur sans choix, également disposé à tout, sans aucun autre objet de sa volonté que la volonté de son Dieu, qui ne met point son amour ès choses que Dieu veut, ains en la volonté de Dieu qui les veut. C’est pourquoi, quand la volonté de Dieu est en plusieurs choses, il choisit, à quelque prix que ce soit, celle où il y en a plus. Le bon plaisir de Dieu est au mariage et en la virginité : mais parce qu’il est plus en la virginité, le cœur indifférent choisit la virginité, quand elle lui devrait coûter la vie, comme elle fit à la chère fille spirituelle de saint Paul, sainte Thècle, à sainte Cécile, à sainte Agathe et mille autres. La volonté de Dieu est au service du pauvre et du riche, mais un peu plus en celui du pauvre ; le cœur indifférent choisira ce parti. La volonté de Dieu est en la modestie exercée entre les consolations, et en la patience pratiquée entre les tribulations ; l’indifférent préfère celle-ci, car il y a plus de la volonté de Dieu. En somme, le bon plaisir de Dieu est le souverain objet de l’âme indifférente ; partout où elle le voit, elle court a l’odeur de ses parfums, et cherche toujours l’endroit où il y en a plus, sans considération d’aucune autre chose. Traité de l’Amour de Dieu (9, 4)
Lundi 23 novembre
Saint CLément Ier, Saint Colomban
C’est donc Dieu qui fait cet accroissement en considération de l’emploi que nous faisons de sa grâce, selon qu’il est écrit : A celui qui a, c’est-à-dire qui emploie bien les faveurs reçues, on lui en donnera davantage, et il abondera. Ainsi se pratique l’exhortation du Sauveur : Amassez des trésors au ciel, comme s’il disait : Ajoutez toujours de nouvelles bonnes œuvres aux précédentes ; car ce sont les pièces desquelles vos trésors doivent être composés, le jeûne, l’oraison, l’aumône. Or, comme au trésor du temple les deux petites pièces de la pauvre veuve furent estimées, et qu’en effet, par l’addition des petites pièces, les trésors s’agrandissent et leur valeur s’augmente d’autant ; ainsi les moindres petites bonnes œuvres, quoique faites un peu lâchement, et non selon toute l’étendue des forces de la charité que l’on a, ne laissent pas d’être agréables à Dieu, et d’avoir leur valeur auprès de lui ; de sorte qu’encore que d’elles-mêmes elles ne puissent causer aucun accroissement à l’amour précédent, étant de moindre vigueur que lui ; la Providence divine toutefois qui en tient compte, et par sa bonté en fait état, les récompense soudain de l’accroissement de la charité pour le présent, et de l’assignation d’une plus grande gloire au ciel pour l’avenir. Traité de l’Amour de Dieu (3,2)
Mardi 24 novembre
Saint André Dung-Lac et ses compagnons, Saint Théophane Vénard, Saint Jean de la Croix
Les éclairs, tonnerres, foudres, tempêtes, inondations, tremble-terres et autres tels accidents inopinés excitent même les plus indévots à craindre Dieu ; et la nature prévenant le discours en telles occurrences, pousse le cœur, les yeux et les mains même devers le ciel pour réclamer le secours, de la très sainte Divinité, selon le sentiment commun du genre humain, qui est, dit Tite-Live, que ceux qui servent la Divinité prospèrent, et ceux qui la méprisent sont affligés. En la tourmente qui fit périller Jonas, les mariniers craignirent d’une grande crainte, et crièrent soudain un chacun à son Dieu. Ils ignoraient, dit saint Jérôme, la vérité ; mais ils reconnaissaient la Providence, et crurent que c’était par jugement céleste qu’ils se trouvaient en ce danger ; comme les Maltais, lorsqu’ils virent saint Paul échappé du naufrage, être attaqué par la vipère, crurent que c’était par vengeance divine. Aussi les tonnerres, tempêtes, foudres sont appelés voix du Seigneur par le Psalmiste, qui dit de plus qu’elles font la parole d’icelui, parce qu’elles annoncent sa crainte, et sont comme ministres de sa justice. Traité de l’Amour de Dieu (11, 18)I
Mercredi 25 novembre
Sainte Catherine d’Alexandrie
Ma très chère Fille, si Notre-Seigneur pense en vous et s’il vous regarde avec amour ? Oui, ma très chère Fille, il pense en vous, et non seulement en vous, mais au moindre cheveu de votre teste (Mt 10, 30 ; Lc 21, 18) : c’est un article de foi, et n’en faut nullement douter. Mais je sais bien aussi que vous n’en doutez pas, mais seulement vous exprimez ainsi l’aridité, sécheresse et insensibilité en laquelle la portion inférieure de votre âme se trouve maintenant. Vraiment, Dieu est en ce lieu, et je n’en savais rien, disait Jacob (Gn 28, 16) ; c’est-à-dire, je ne m’en apercevais pas, je n’en avais nul sentiment, il ne me semblait pas. J’ai parlé de ceci au livre de l’Amour de Dieu, traitant de la mort de la volonté et des résignations ; je ne me souviens pas en quel Livre (TAD 9, ch 3-11-13).
Et que Dieu vous regarde avec amour, vous n’avez nul sujet d’en douter ; car il voit amoureusement les plus horribles pécheurs du monde, pour peu de vrai désir qu’ils ont de se convertir. Et dites-moi, ma très chère Fille, n’avez-vous pas intention d’être à Dieu ? ne voudriez-vous pas le servir fidèlement ? Et qui vous donne ce désir et cette intention, sinon lui-même en son regard amoureux ? D’examiner si votre cœur lui plaît, il ne le faut pas faire, mais oui bien si son Cœur vous plaît ; et si vous regardez son Cœur, il sera impossible qu’il ne vous plaise, car c’est un Cœur si doux, si suave, si condescendant, si amoureux des chétives créatures, pourvu qu’elles reconnaissent leur misère, si gracieux envers les misérables, si bon envers les pénitents ! Et qui n’aimerait ce Cœur royal, paternellement maternel envers nous ? Lettre à la sœur de Blonay, 18 février 1618
Jeudi 26 novembre
Bse Delphine, Saint Jean Berchmans, Saint Sylvestre
De la retraite de la Pentecôte 1616 est sorti le Traité de l’amour de Dieu. Ce Traité enseigne un tel amour de Dieu, tellement supérieur à tout, que saint François de Sales a compris qu’il fallait mettre le sceau de l’authenticité à ce livre.
Ce livre était le témoignage de ce dont il avait vécu, de ce dont il avait appris à vivre à son épouse mystique, sainte Jeanne de Chantal. Ce livre, étant leur témoignage, avait le sceau de l’authenticité de leurs deux saintetés, encore fallait-il qu’ils poussent cet Amour de Dieu jusqu’au comble. Tout cela dans l’inspiration du Saint-Esprit, ils sont allés jusqu’au bout du sacrifice, comme Abraham et Isaac, au même moment où ils en donnaient dans ce livre toute la théorie. Ce n’est pas une théorie, c’est leur chair et leur sang, c’est leur cœur, c’est leur esprit. Cela s’appelle le trépas de la volonté, cela s’appelle l’Amour de Dieu qui va dans l’obéissance jusqu’au terme, et le terme c’est le mont Calvaire : c’est le pied de la Croix pour elle, c’est la Croix même pour lui. C’est le dernier chapitre du dernier livre douzième du Traité de l’amour de Dieu. Notre Père, automne 1995
Vendredi 27 novembre
Médaille Miraculeuse
Notre-Dame s’est donnée et totalement dédiée au service de Dieu et à l’exercice du saint amour dès l’instant même de sa Conception. Je sais que la Sainte Vierge n’a point été mordue du serpent infernal. C’est chose toute claire et manifeste que la sacrée Vierge n’a point eu de péché originel ni actuel, d’autant qu’elle a été privilégiée par-dessus toutes les créatures humaines d’un privilège si grand et si singulier qu’il n’y en a aucune qui ait jamais reçu la grâce en la façon que l’a reçue cette sainte Dame, notre glorieuse Maîtresse, et n’y en aura jamais aucune qui ose prétendre ni aspirer à un si particulier bénéfice.
Il destina pour sa très sainte Mère une faveur digne de l’amour d’un Fils qui, étant tout sage, tout puissant et tout bon, se devait préparer une Mère à son gré... en suite de quoi, comme un jardin d’élite qui devait porter le fruit de vie, elle fut rendue florissante en toutes sortes de perfections. Traité de l’Amour de Dieu (II, 6)
Samedi 28 novembre
Sainte Catherine Labouré
Notre maison de la Visitation est, par sa grâce, assez noble et assez considérable pour avoir ses armes, son blason, sa devise et son cri d’armes ; j’ai donc pensé, ma chère Mère, si vous en estes d’accord, qu’il nous faut prendre pour armes un unique cœur percé de deux flèches, enfermé dans une couronne d’épines, ce pauvre cœur servant dans l’enclavure à une croix qui le surmontera, et sera gravé des sacrés noms de Jésus et de Marie. Ma Fille, je vous dirai à notre première vue mille petites pensées qui me sont venues à ce sujet : car vraiment notre petite congrégation est un ouvrage du Cœur de Jésus et Marie ; le Sauveur mourant nous a enfantés par l’ouverture de son sacré Cœur. Il est donc bien juste que notre cœur demeure par une soigneuse mortification tous-jours environné de la couronne d’épines qui demeura sur la teste de notre Chef, tandis que l’amour le tient attaché sur le trône de ses mortelles douleurs. Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 10 juin 1611
Dimanche 29 novembre
1er dimanche de l’Avent, Saint Sernin
Vous entendrez encore mieux ce qu’est l’Incarnation par cette similitude. (...) Imaginez-vous donc une grande éponge qui aurait été créée dans la mer et qui n’aurait jamais servi à l’usage d’une créature. Si vous regardez cette éponge dans cette mer, vous verrez qu’en toutes ses parties il y a de l’eau : la mer est au dessus et en dessous et il n’y a pas la moindre partie qui n’en soit détrempée ; néanmoins l’éponge ne perd pas sa nature, ni la mer la sienne. Mais remarquez ceci, bien que la mer soit dans toutes les parties de l’éponge, celle-ci n’est point dans toute l’étendue de la mer, car la mer est un grand et vaste océan qui ne peut être compris par l’éponge. (...) L’éponge figure l’humanité sacrée de Notre-Seigneur, la mer sa divinité, laquelle a tellement imbu l’humanité qu’il n’y a pas une petite partie au corps ni en l’âme de Notre-Seigneur qui n’ait été remplie de la divinité, sans que pour cela cette nature humaine ait laissé d’être ce qu’elle était. Sermon aux visitandines d’Annecy, décembre 1920
Lundi 30 novembre
Saint André
Notre cher Sauveur vit à l’instant de son Incarnation tous les fouets, tous les clous et épines, toutes les injures et blasphèmes que l’on devait vomir contre lui, en somme tout ce qu’il devait souffrir. Alors il étendit ses bras sacrés, et s’offrant avec une dilection non pareille à pâtir toutes ces choses, il les embrassa et mit sur son Cœur avec tant d’amour qu’il commença dès cet instant à ressentir tous les tourments qu’il devait par après endurer au temps de sa Passion. Il se priva dès lors, par une entière soustraction, de toutes les consolations qu’il pouvait recevoir en cette vie, ne se réservant que celles dont il ne se pouvait priver, faisant que la partie inférieure de l’âme souffrit et fut sujette pour notre salut et rédemption aux tristesses, peines, craintes, appréhensions et frayeurs ; et tout cela, non par force ni pour ne pouvoir faire autrement, mais volontiers et de son plein gré à fin de nous montrer son amour. Sermon, 24 décembre 1620