Il est ressuscité !

N° 280 – Septembre 2026

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LIGUE

La Ligue

Chérir et chercher la Sagesse (Pr 8, 2)

PENDANT de ce funeste été, au cours duquel notre pays a descendu une nouvelle marche vers l’enfer par l’adoption d’une loi sacrilège, Jésus et Marie se sont choisi des âmes dans notre Phalange, pour intercéder en faveur de l’Église et de la France tellement coupables. Notre chère sœur Bénédicte de la Sainte Face, d’abord, décédée le 30 juillet, dans la cinquante-deuxième année de sa vie religieuse. L’époux des vierges est venu la chercher alors qu’elle descendait réciter les matines. La Providence a voulu lui associer Anne Nielly, rappelée à Dieu la veille, la mère de nos frères Michel et Grégoire, de nos sœurs Camille-Marie et Marie-Colombe. Le 3 août, une même cérémonie de funérailles les a réunies dans notre chapelle, trop petite pour accueillir leurs familles, toute la grande famille phalangiste accourue pour les entourer. Ces deux modèles de fidélité de notre deuxième et de notre troisième ordre attendent désormais ensemble la résurrection, non loin de la tombe de notre bien-aimé Père, frère Georges de Jésus-Marie. Que l’espérance chrétienne est belle, avivée par l’admirable liturgie des défunts ! Durant cette journée, notre communion phalangiste a resserré ses liens, sur la terre comme au Ciel.

De même, il a plu à notre très chéri Père céleste de rappeler à lui, cet été, Marthe Baligout, Gérard Desos, Gillette de Monterno, Martine Brost, Jeannine Hafner, Noëlle Ragot, Régine Favart. Oui, Jésus et Marie ont moissonné...

HISTOIRE VOLONTAIRE DE LA PHILOSOPHIE

Tel était le titre ambitieux de notre camp-retraite, du 16 au 27 août. Sans cloisonnement entre une raison autosuffisante et une foi extraterrestre, il s’agissait d’analyser et de juger le mouvement des idées, afin d’y discerner le dessein de Dieu et ses contrefaçons sataniques. Les idées menant le monde, nous espérions découvrir des clefs déterminantes pour mieux comprendre les évolutions religieuses, morales et politiques et mettre finalement en lumière la nécessité providentielle de la métaphysique relationnelle apportée par l’abbé de Nantes au vingtième siècle. Nous comptions spécialement sur l’assistance de sœur Bénédicte, du haut du Ciel, elle qui avait su nous enthousiasmer jadis pour Socrate et sa quête irrépressible de vérité. Le travail accompli, force est de reconnaître que son aide ne nous a pas fait défaut !

En introduction, frère Bruno nous indiqua le principe et la fin de notre étude : la divine Sagesse, lumière incréée baignant tout l’univers et illuminant nos esprits. Plutôt que de fermer nos yeux à cette lumière au nom de l’autonomie de la raison et de trébucher à chaque pas comme des philosophes païens ou impies, cette Vérité première guide toutes nos recherches, nous conduisant plus loin, plus profondément et plus haut dans la connaissance des êtres, sortis des mains de Dieu et destinés à proclamer la gloire de Jésus et Marie. Faisant nôtre la devise de saint Albert le Grand, nous voulons philosopher en Marie !

Frère Thomas mit en branle nos deux cents aspirants philosophes en nous transportant en plein cinquième siècle athénien, où brille la triade providentielle de Socrate, Platon et Aristote. Lorsque les Grecs quittent la scène de l’histoire, tous les éléments de la philosophie sont en place, ses intuitions les plus fécondes... comme ses erreurs les plus profondes.

Frère Michel nous montra ensuite comment la Révélation évangélique, en bouleversant l’ordre naturel et en subjuguant la raison, ne les piétine pas, mais les attire au contraire vers une vocation supérieure, surnaturelle. C’est ce que comprit l’Église, par ses Pères et ses Docteurs, recueillant la sagesse antique et la passant au crible de sa foi, afin de tout instaurer dans le Christ. C’est ainsi qu’elle bâtit la merveille de la Chrétienté médiévale, selon les principes de l’augustinisme philosophique et politique.

Ce chef-d’œuvre de foi, d’intelligence et d’ordre culmine au treizième siècle. Deux sagesses complémentaires s’épanouirent alors : saint Thomas d’Aquin, en s’appropriant la pensée d’Aristote, poussa au plus loin l’investigation rationnelle du réel jusqu’à le rapporter à son Créateur ; saint Bonaventure et le bienheureux Jean Duns Scot, fidèles disciples de saint François d’Assise, commencèrent par porter sur le monde un regard surnaturel, les conduisant plus vite, plus profondément, quoique moins systématiquement, à la découverte de son fin fond singulier, inépuisable et sacré. Frère Louis-Gonzague nous exposa cette “ Voie franciscaine ” avec tout l’enthousiasme de notre Père s’y engageant résolument à la fin de sa carrière.

Hélas, après mille ans de Chrétienté, il fallait que Satan soit relâché de sa prison. Il commença par infester les intelligences, pour mieux prendre le contrôle des institutions et des cœurs. Plutôt que de recueillir le patrimoine commun de la sagesse et de l’enrichir, les philosophes, cédant à l’orgueil, voudront désormais “ faire table rase du passé ” et fonder chacun un nouveau système, sur la base d’une intuition nouvelle, en forgeant leur propre vocabulaire. Frère François nous montra en Descartes le précurseur d’une philosophie rationaliste et idéaliste ou le moi devient la mesure de l’univers. Les prétendus philosophes du dix-huitième siècle fixèrent sa direction antichrist. Kant, enfin, par sa mortelle critique de la connaissance, interdit à l’intelligence de remonter jusqu’à Dieu. Depuis lors, la philosophie est la chasse gardée des impies qui édifient en systèmes de plus en plus monstrueux la haine de Dieu et de l’humanité créée à son image : Hegel, Marx, Freud, Nietzsche... Nos jeunes gens suivaient très bien ces mises au point salutaires, avides de recevoir des jugements précis et vrais sur tant d’auteurs dont ils doivent ingurgiter les doctrines empoisonnées tout au long de leur terminale.

Peut-être vous demandez-vous comment il est possible d’attirer des jeunes ordinaires à un camp de vacances en ne leur proposant que de la prière et des cours de philosophie ? Les prêtres qui vinrent nous dire la messe chaque jour en furent stupéfaits. Ce n’est pas en vain que notre Père nous a donné pour devise “ Nôtre est le vrai ! ” D’une génération à l’autre, il semble que le goût de la vérité passe dans l’éducation et jusque dans le patrimoine génétique des phalangistes. De telle manière que nous avons été agréablement surpris de la proportion de jeunes adolescents qui comprirent l’intérêt de cette étude et s’y passionnèrent, emportant leurs carnets de notes jusqu’en promenade pour ne pas perdre une miette des périodes de questions.

Celles-ci furent pour beaucoup dans le succès du camp. Frère Michel les mena de main de maître, sous l’œil satisfait de frère Bruno. Après avoir résumé les conférences précédentes, montré leur enchaînement, réexpliqué simplement les points les plus difficiles et mis en lumière leurs implications religieuses, morales, sociales et politiques, il commençait par interroger lui-même son auditoire afin de susciter en retour ses questions. Il tenait spécialement à lui inculquer la certitude de l’existence du monde extérieur, dont la négation, ou du moins la mise en doute, constitue la base de tant de philosophies modernes.

Sous les ombrages dignes de ceux du lycée d’Aristote, nos péripatéticiens en herbe se prirent vite au jeu et leurs questions fusèrent si nombreuses que nos entretiens s’allongèrent souvent inconsidérément, pour la plus grande inquiétude de frère Henry qui voyait se rétrécir les répétitions musicales de l’oratorio !

D’ailleurs, cet oratorio sur Madame Élisabeth ne nous éloignait pas beaucoup de notre étude philosophique, puisque la Révolution française, satanique, est la transcription politique des monstruosités philosophiques des prétendues “ Lumières ”. Cet oratorio, commenté chaque matin par frère Bruno pendant l’oraison, répété tout au long du camp et enregistré les deux derniers jours ne nous a pas seulement donné une sainte horreur de la Révolution, mais il nous a de plus communiqué l’amour de notre religion royale, telle qu’elle resplendit dramatiquement dans les vertus, la sagesse et le sacrifice de cette sainte princesse. Avec son neveu, le petit roi martyr, elle demeure le meilleur gage de la renaissance de la France !

Comment remédier à la corruption des esprits ? Frère Michel défila dans un dernier chapitre les courants qui tentèrent une restauration dans l’ordre de l’intelligence après la Révolution et, spécialement, le renouveau thomiste promu par l’Église. L’effort fut vain, faute d’une clef permettant d’ouvrir la synthèse thomiste séculaire à la considération du singulier, de la vie, de l’histoire, selon les aspirations modernes.

Cette clef, il revenait à notre frère Bruno de nous la livrer en conclusion, en racontant le parcours philosophique du jeune Georges de Nantes. Il s’agit d’une intuition mystique et théologique, principe d’une métaphysique relationnelle, d’une doctrine totale, capable de servir de fondement à la Chrétienté restaurée de demain. Elle tient en une phrase : « Les personnes humaines ne devraient-elles pas se définir à l’image et ressemblance des personnes divines plutôt qu’à l’opposé de leur admirable perfection ? »

Rendez-vous l’an prochain pour tirer toutes les conséquences d’une telle question, à l’école du plus grand théologien et philosophe du vingtième siècle !

Une telle étude est attendue impatiemment jusque bien au-delà de nos frontières. En témoigne cette lettre reçue d’Irlande :

« Je suis lecteur et étudiant des écrits de l’abbé de Nantes et de ses frères religieux depuis 1986 et ce sont un grand phare dans ma vie. Il y a deux choses que je suis particulièrement reconnaissant d’avoir apprises grâce à tous ces écrits. La première, c’est que la seule réponse légitime à “ Vatican II et tout ça ”, c’est la voie d’accusation. La seconde, c’est le caractère absolument indispensable de la métaphysique relationnelle de l’abbé, que j’ai découverte dans la CRC anglaise de septembre-octobre 1987. Je ne l’ai jamais oubliée, car je l’ai trouvée indispensable pour situer correctement l’étude de l’histoire au sein de ce que j’appelle la “ cathédrale du savoir universel ”. C’est donc avec une grande joie que j’ai appris, à la lecture de la Ligue de juillet-août que nous, vos lecteurs, allons désormais pouvoir profiter d’une année entière d’essais sur la métaphysique relationnelle ! »

frère Guy de la Miséricorde.