La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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CARÊME 2016
avec
le Père Lenoir

Introduction

Le Père Lenoir

Le Père Lenoir

EN l’honneur du centenaire de la Grande Guerre nous avons admiré, en 2014, comment nos Poilus se convertirent à la foi catholique et offrirent courageusement leur vie pour la Patrie.

Si des milliers de soldats moururent dans de si beaux sentiments, ce fut grâce à leurs aumôniers. Ces derniers étaient dévorés du zèle du salut des âmes. Au moment même où la République les traitait de “ planqués ” et d’ “ embusqués ”, ils se dévouaient dans les postes les plus dangereux, se sacrifiant pour convertir et sauver leurs frères.

Le Père Lenoir en était. Son cœur brûlait d’amour pour Jésus-Hostie et la Très Sainte Vierge. Cette dévotion se traduisait par un unique désir  : sauver les âmes  !

Mettons-nous à son école et, puisque nous ne pouvons imiter sa vie au Front, demandons-lui de nous communiquer ce zèle ardent du salut des âmes.

Durant la guerre, il encourageait ses hommes à tenir bon, coûte que coûte, face aux Allemands.

Phalangistes de l’Immaculée, apprenons de lui cette endurance dans le combat contre le démon, l’ennemi de notre âme.

Le Père Lenoir

Avec les soldats dans la tranchée

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Mercredi 10 février – Mercredi des Cendres

AUMÔNIER DES MARSOUINS

NÉ le 14 février 1879 à Vendôme, Louis Lenoir appartenait à une famille catholique à la double origine tourangelle et mancelle. Après de brillantes études chez les Pères eudistes de Versailles, puis au collège Saint-Grégoire de Tours tenu par les jésuites, il entra, en septembre 1897, au noviciat des jésuites à Laval.

Le 24 août 1911, il était ordonné prêtre.

Trois ans plus tard, lorsque éclata la guerre, il quitta la Belgique où l’avaient exilé les lois de la République, et vint s’engager en France.

Désirant accomplir sa vocation missionnaire, il mit toute son ardeur à obtenir une charge d’aumônier. De l’entretien avec le général Colonna de Giovellina, il sortit aumônier titulaire au 1er corps colonial (aumônier des marsouins).

«  Le poste est dangereux, écrivit-il à son supérieur. En me remettant ce soir mes instructions, l’on m’a prévenu que les troupes auxquelles j’étais affecté étaient sacrifiées d’avance.  »

Dès le lendemain matin, 11 août, il partait rejoindre dans l’Est le Groupe de Brancardiers Divisionnaires (G. B. D.) auquel il était affecté.

«  En ces jours où la Patrie vous demande tous les sacrifices, où, pour elle, vous devez quitter vos familles, vivre dans les souffrances des tranchées, marcher à la mort, vous avez plus que jamais besoin de vous tourner vers Dieu, notre Souverain Maître.  » (Père Lenoir)

Pour tenir bon en ces temps d’apostasie, tournons-nous vers Jésus et Marie, particulièrement pendant ce Carême.

«  Jésus, Marie, je vous donne mon cœur  !  »

Colorier un instrument de la Passion.

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Jeudi 11 février

PRISONNIER

DÈS le premier jour, son sourire lui gagna les cœurs, mais aussi son courage. Comme il arrivait à Marolles un soir avec quelques hommes, un groupe de uhlans les encerclèrent et les conduisirent à Vitry-le-François.

Sur la place, des officiers les attendaient. L’un d’eux, une lampe électrique à la main, dévisage les prisonniers. Le Père Lenoir proteste contre l’arrestation de brancardiers munis de leurs brassards. Le uhlan ne l’écoute pas et s’écrie  : «  Où sont les Français  ? Dans quelle direction sont-ils partis  ?  »

Indigné, l’aumônier rétorque  : «  Pour qui nous prenez-vous, de nous poser pareilles questions  ?  »

Interloqué, l’officier allemand sort son revolver et le met sur la tempe du religieux  : «  Je vous demande dans quelle direction sont partis les Français. Ne savez-vous pas ou ne voulez-vous pas répondre  ?

– Je ne veux pas.  »

L’officier hésite, puis abaisse son arme et, faisant le salut militaire, il s’exclame  : «  C’est bien. Si j’étais votre prisonnier, j’aurais répondu la même chose.  »

Admirons le courage du Père Lenoir, et sachons au moins accepter moqueries et taquineries avec humilité.

«  Jésus souffleté et moqué, ayez pitié de nous.  »

Colorier une partie de la couronne d’épines.

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Vendredi 12 février

“ PRENEUR D’ÂMES ”

LE Père Lenoir appelait affectueusement les marsouins ses «  enfants  ». Eux-mêmes l’avaient surnommé le “ preneur d’âmes ”. L’un d’eux écrivit à sa famille  : «  Notre aumônier a le diable au corps pour faire aimer le Bon Dieu  !  »

«  Depuis mon départ, raconte le Père, les jours et les nuits ont été remplis par un travail apostolique à peu près ininterrompu et mille fois plus consolant que je n’osais l’espérer. La grâce opère des miracles. Les hommes reviennent à Dieu avec des sentiments de foi et de contrition qu’ils semblaient avoir abandonnés.

«  Je n’oublierai jamais les effusions de ces soldats me sautant au cou après une réconciliation de quinze, vingt ans (dans une seule matinée de dimanche, ils étaient une centaine de cette catégorie), ou le rayon de joie qui illumine les pauvres mourants quand, sur les champs de bataille, je leur ouvre le Ciel au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

«  Si ces consolations ne supposaient tant de douleurs, de séparations et de ruines, tant d’atrocités de toutes sortes, je vivrais maintenant la période la plus heureuse de ma vie. Hélas  ! C’est bien aussi la plus angoissée. Je reverrai toujours ces cadavres morcelés, ces villages en flammes où, sous le bruit ininterrompu du canon, nous cherchons les blessés. Mais j’entendrai toujours aussi leurs appels au prêtre, je sentirai toujours sur ma joue leurs derniers baisers sanglants. Et je reverrai toujours aussi ces confessions hâtives la nuit, durant la marche ou à la rencontre des chemins, près des obus qui éclatent  ; et ces communions données à toute heure grâce à votre précieuse custode que je porte continuellement. La grâce, l’amour de Notre-Seigneur tombent à profusion, et dans des circonstances si extraordinaires que je crois rêver  !

«  Quant aux fatigues du métier, ne me plaignez pas… J’ai des grâces d’état et plus de résistance qu’il ne semble.  »

Un officier supérieur, incroyant, confiait au Père Lenoir  : «  Je dois reconnaître que les meilleurs de mes soldats, les plus braves, les plus endurants, les plus disciplinés, sont ceux qui communient le plus souvent.  »

Pour devenir de bons instruments de l’Immaculée, communions le plus souvent possible ou, au moins, pensons plusieurs fois dans la journée à Jésus au Tabernacle.

Colorier le Calice.

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Samedi 13 février

BRISÉ DE FATIGUE

CEPENDANT, le colonel Thiry témoignera  : «  Je l’ai vu parfois bien fatigué. Un matin que j’allais aux tranchées, j’aperçus au bord de la piste, à quelques centaines de mètres de mon poste, un soldat qui somnolait, la tête appuyée sur son bâton. Le capitaine Mury, qui m’accompagnait s’exclama  : “ Faut-il que ce pauvre homme soit éreinté pour s’être endormi ainsi à deux pas du poste  !  ”

«  Je m’approchai et reconnus notre aumônier. Brisé de fatigue, il s’était assis avant de monter la dernière côte, le sommeil l’avait terrassé.

«  Je lui frappai doucement l’épaule en l’appelant. Il ouvrit les yeux, eut un instant de surprise, puis tout de suite son bon sourire… Oh  ! ce sourire du Père Lenoir  !… Eh bien  ! même ce jour-là, je n’ai pu obtenir de lui qu’il se repose. Pourtant nous nous y étions tous mis pour l’en persuader, une vraie conspiration. Jamais je n’y suis arrivé, jamais  ; il aurait fallu l’attacher…  »

Prenons l’habitude d’avoir toujours le sourire, même quand nous sommes tristes ou fatigués.

Colorier l’Hostie.

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Dimanche 14 février – 1er dimanche de Carême

LA “  VIE DE CHÂTEAU ”

Àses supérieurs, notre religieux avouera  : «  Les quelques heures de repos, rares et irrégulières, que nous pouvons prendre ne suffisent pas à refaire les forces. Le ravitaillement est difficile, surtout dans ces régions presque entièrement incendiées. Cependant, ma part de privations n’est rien à côté de celles de nos pauvres fantassins, toujours dans les tranchées, sous la pluie et la mitraille, n’ayant rien à manger.

«  Jour et nuit, les rats dansent des sarabandes à travers les vivres et dans la paille où l’on couche  », mais c’est encore trop de confort  ! «  Je mène une vie de château  !  » s’accuse-t-il. Songeant à ceux qui, à quelques kilomètres dorment dans la boue et mangent froide une soupe saupoudrée de terre, il se sent «  tout honteux  ».

Aussi notre jésuite n’a-t-il qu’un seul désir  : aller vivre dans les tranchées avec ceux qui souffrent. Quand le G. B. D. (Groupe des Brancardiers Divisionnaires), par suite des bombardements, s’éloigna des lignes, il commença sérieusement à s’inquiéter. Et quand, reculant encore, sa formation sanitaire s’installa auprès de Hans, il n’y tint plus. Vivre à quinze kilomètres du Front, n’était-ce pas renoncer à porter aux combattants le réconfort de ses visites  ?

Aujourd’hui, j’offrirai ma communion pour les chrétiens qui sont aux premières lignes de la Chrétienté, souffrant persécutions et martyre.

«  La Messe est la plus belle prière qui puisse être faite à Dieu, car c’est celle de Jésus lui-même. C’est Jésus qui prie aux intentions pour lesquelles la Messe est célébrée.  » (Notre Père)

Colorier une partie de la couronne d’épines.

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Lundi 15 février

DÉTACHÉ AUX LIGNES

TIMIDEMENT, le Père Lenoir exprime le désir de se consacrer au service d’un régiment. Mais ce poste n’est pas prévu par les règlements  ; on lui répond qu’en vertu de son titre officiel, l’aumônier est inséparable du G. B. D.

Mais le Père insiste. Au moulin de Virginy où loge l’état-major de la brigade, il en parle au capitaine Mury. Dans la grange qui sert de refuge aux blessés, il aborde le sujet avec le colonel Pruneau qui commande le 4e colonial. Celui-ci est conquis par ce prêtre «  si dévoué, si modeste et si crâne  ». Lentement, un projet s’élabore. Puisque le poste d’aumônier de régiment est impossible, le Père Lenoir ne pourrait-il pas être détaché aux lignes quatre ou cinq jours par semaine, tout en continuant d’appartenir administrativement au G. B. D.  ?

Le 9 novembre, le général approuve et, le soir même, notre jésuite commence son premier séjour aux tranchées.

Offrons notre chapelet pour les prêtres. Que le Cœur Immaculé de Marie embrase leurs cœurs du zèle du salut des âmes  !

Colorier un instrument de la Passion.

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Mardi 16 février

DANS LES TRANCHÉES

EN ces premiers mois d’hiver 1914, les journées du Père Lenoir sont bien remplies  : «  Le matin, Messe avec sermon dans une grange, pour les bataillons qui sont aux tranchées-abris. On y a transporté un harmonium, et des artistes de profession se chargent des cantiques. Toujours beaucoup de communions, parfois trois à quatre cents.

«  Puis je me rends aux tranchées de tir de la cote 191. Je me glisse de boyau en boyau, de créneau en créneau, de brasero en brasero, causant, blaguant, écrivant des lettres, essuyant les larmes, distribuant les cadeaux que me permet ma solde scandaleuse, et souvent, hélas  ! ramassant blessés ou morts…

«  Le seul fait de voir l’aumônier venir à eux et leur serrer la main suffit à les gagner. Beaucoup, à la dixième ou vingtième fois, en pleurent encore d’émotion. D’autres me font lire les lettres de chez eux  ; il faut voir la photographie des gosses, trouver qu’ils ressemblent au papa, qu’ils ont l’air militaires…  »

Et la grâce passe au milieu des balles, des marmites et des bombes  : l’un demande à se confesser, un brave qui part en patrouille veut recevoir la sainte communion.

Mortifions-nous en n’utilisant l’ordinateur que le temps nécessaire à notre travail. Ensuite, occupons-nous de nos frères et sœurs, et rendons service à nos parents.

Colorier trois rayons autour de l’Hostie.

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Mercredi 17 février

DANS LA BOUE

LA nuit tombée, «  je redescends, bienheureux je vous assure et bénissant Celui que je porte, pour tout le bien qu’il a daigné faire par ma misérable entremise. C’est lui, d’ailleurs, qui me garde  ; car la promenade est dangereuse, les chemins qui mènent aux tranchées sont repérés par les mitrailleuses allemandes… Tout du long on risque sa peau. D’ailleurs, je vous avoue humblement que si, dès la première bataille, j’ai pris sans peine l’habitude des balles je n’ai pas encore pu me faire aux marmites quand elles tombent à côté de moi  : et là-haut, c’est constant. J’ai honte de mon manque de confiance en Notre-Seigneur  ; il sauvegarde mon humilité, mais j’aimerais mieux avoir et l’humilité et la confiance.

«  Ce qui me coûte beaucoup plus, c’est l’eau et la boue. Il faut circuler sous la pluie battante, les pieds dans l’eau, de la boue jusqu’à la tête  ; d’où chaque matin une heure de nettoyage pour le plus gros, car je ne fais pas venir ici mon ordonnance.  »

Nettoyage d’autant plus difficile que notre aumônier gardait la soutane. «  Je la relève de mon mieux mais je reviens chaque soir blanc ou jaune, suivant les secteurs.  »

N’exigeons pas que notre habillement soit à la mode, surtout quand celle-ci va à l’encontre de la pudeur et de la modestie  !

Colorier les mots “ Jésus-Hostie ”.

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Jeudi 18 février

L’APÔTRE DE L’EUCHARISTIE

LE Père Lenoir était plein d’allant, de gaieté et de courage. Huit mots écrits sur son agenda au matin de l’Assomption nous révèlent la source de son ardeur  : «   Jésus-Hostie est avec moi  : force, vie, salut, victoire  !  »

Il considérait comme primordial que ses marsouins puissent communier le plus fréquemment possible.

«  Chez ces pauvres coloniaux, il y a bien des âmes abandonnées. Beaucoup n’ont pas la moindre notion d’une vie future. Parmi les jeunes recrues, façonnées par l’école sans Dieu, la plupart sont incapables de dire ce que représente mon crucifix  : “ Probablement quelqu’un qui avait fait beaucoup de mal  ”, me répondit l’un d’eux.

«  En revanche le travail de la grâce dans ces âmes, quand elles se laissent faire, est prodigieux  ! Hier encore j’enterrais un de ces enfants que la sainte communion, reçue aussi souvent que le permettaient les tranchées, avait transformé et sanctifié en quelques semaines. Quand il fut frappé par un obus, il demanda aussitôt Notre-Seigneur. Mais un énorme éclat avait pénétré l’abdomen et le faisait vomir sans cesse. Impossible de lui donner la sainte Hostie. Ce fut sa grande souffrance et il mourut peu après, en parlant du Ciel.  »

Vivons sous le regard de Jésus  : faisons souvent cette communion spirituelle  : «  Ô mon Jésus, je désire tant vous recevoir, venez dans mon cœur, j’ai tant besoin de vous  !  »

Colorier les mots “ est avec moi ”.

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Vendredi 19 février

CATÉCHISME

LE Père ne négligeait pas les leçons de catéchisme dont il tira jusqu’à sa mort un grand profit pour la conversion des âmes. Les soldats ne manquent aucune de ses “ causeries ”. Bien avant l’heure, les rares chaises de l’église sont occupées. On s’assied partout, sur les agenouilloirs, les bancs d’école, les marches de l’autel latéral, les tables. On chante, et de tout cœur. À la bénédiction, les vieux chrétiens s’inclinent. Les nouveaux, sans peur, regardent l’ostensoir avec intensité  ; il semble que Notre-Seigneur se dévoile à eux.

Le sermon est une conversation sous forme de ­questions-réponses. L’aumônier leur présente Notre-Seigneur comme l’Ami, le soutien, le confident… Les hommes boivent ses paroles. Pour beaucoup, ces choses sont neuves  ; pour d’autres, ils ne les ont jamais entendues exposées ainsi.

Dans l’église, un mouvement perpétuel  ; certains veulent avoir une bonne place et se faufilent jusqu’au premier rang  ; d’autres, pressés par une corvée, n’ont pas la possibilité de rester jusqu’à la fin. Ce va-et-vient ne trouble pas l’auditoire  ; plus rien n’existe pour lui que le prédicateur.

La cérémonie terminée, de fidèles adorateurs nombreux, très nombreux, restent au pied du Tabernacle, voulant s’entretenir avec Jésus-Hostie.

«  Le Père Lenoir est un apôtre, dira un marsouin  ; on ne discutait pas avec lui  ; il fallait se mettre à genoux.  »

Nous qui avons la grande grâce de recevoir de nos parents une éducation bien chrétienne, écoutons attentivement les leçons de catéchisme et apprenons-les bien par cœur. Elles nous instruisent de la vraie foi catholique et nous font comprendre les grandes réalités de la vie d’ici-bas, en vue du Ciel.

Colorier une partie de la couronne d’épines.

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Samedi 20 février

LE “ PETIT PATROUILLEUR ”

CERTAINES conquêtes furent rapides, comme celle du “ petit patrouilleur ”  : «  Pourquoi parut-il au moment précis où je passais dans cette tranchée  ?… Le clairon sonna la retraite  ; si pressé que je fusse, il fallut, bien à contrecœur, m’arrêter et me tapir dans le premier terrier venu. Cet engagé de vingt ans, Achille R., fils d’une mère juive et d’un père libre penseur, y fourbissait son fusil. Nous causâmes…

«  L’enfant avait grandi seul, sans affection, tour à tour mécanicien, dessinateur, garçon de café, aviateur, cherchant en vain à satisfaire aux besoins d’argent d’un père alcoolique et d’une mère frivole. La guerre lui avait apporté ses premières joies. “ Enfin j’allais pouvoir faire quelque chose de bon  !  ”

«  Blessé dès le mois d’août, il avait refusé l’ambulance  : “ Tenir bon, se battre, il n’y a rien de tel pour guérir de ses blessures  !  ”

«  Un mois auparavant, mis en faction derrière une meule de paille à Massiges, on l’avait oublié. Quatre jours et quatre nuits, il était resté sans vivres, épuisé, mais ne voulant pas quitter son poste. Ayant ramassé dans les ruines un livre de prières il l’avait lu et relu, gravant dans sa mémoire ce qu’il en comprenait… Larmes aux yeux. Nous sommes amis. Je l’adopte.  »

Ne cherchons pas sans cesse à attirer l’attention, à nous faire remarquer, à nous prendre pour le centre de la famille. Au contraire, sachons nous oublier pour faire plaisir aux autres.

Colorier un instrument de la Passion.

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Dimanche 21 février – 2e dimanche de Carême

“ SI J’AVAIS SU  ! ”

UN soir, le Père est appelé en toute hâte. Dans une grange, à côté, un enfant râle, un pauvre gosse de dix-sept ans, la poitrine maculée de sang. Le malheureux n’a plus sa connaissance. Rapidement – et combien anxieux  ! – notre aumônier lui donne l’absolution, l’extrême-onction… Peu à peu, le blessé semble reprendre vie et répond aux questions. Avant de s’en­gager, il faisait le pire des métiers…

«  Voyez, lui dis-je, comme c’est heureux que vous soyez encore en vie  ! Au lieu de vous punir, le Bon Dieu va vous pardonner toutes vos fautes.  »

Il me regarde d’un air qui ne comprend pas.

«  Au fond, mon petit, vous l’aimez bien, le Bon Dieu  ?  »

Dénégation de la tête, et toujours l’air de celui qui ne comprend pas. Je lui montre mon crucifix  :

«  Vous savez ce que c’est que cela  ?  »

Étonné, il ne répond rien.

«  Vous n’êtes jamais allé à l’église  ?

 Oh  ! non  ! proteste-t-il, comme si je lui parlais d’une mauvaise action.

– Savez-vous que nous ne mourons pas comme les chiens, qu’il y a quelque chose après la mort  ?

«  Il me regarde ahuri. Je lui explique, tant bien que mal, l’existence de Dieu, la vie future, le péché, Notre-Seigneur Jésus-Christ, les sacrements. Le divin Maître, qui sait bien que le temps presse, éclaire l’âme de ce pauvre petit, victime de l’école sans Dieu. Rien ne lui fait difficulté. Sur la perspective du Ciel, il ouvre de grands yeux  : “ Oh  ! vrai  ?… ” Et voici qu’un mot sort de ses lèvres et revient sans cesse à mesure que je lui explique les beaux dogmes de l’Église catholique  : “ Ah  ! si j’avais su  !  ”

«  Séance tenante, il veut le baptême, que je lui confère… Il rayonne. Il veut aussi la sainte Eucharistie, qu’il a comprise comme le reste. J’hésite. “ Oh  ! si, monsieur, faites-moi faire ma première communion  ! Je me rappelle que mes camarades m’avaient parlé de ça, un jour… Et puisqu’il est si bon, le bon Jésus, je veux l’avoir  : faites-moi faire ma première communion  ! ” Mais les circonstances ne s’y prêtent pas… Il est prudent de patienter jusqu’au lendemain.  »

Aujourd’hui, j’offrirai des sacrifices pour que Jésus convertisse les schismatiques, les hérétiques, les juifs, les musulmans et les païens.

Colorier une partie de la couronne d’épines.

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Lundi 22 février

PREMIÈRE COMMUNION

DE bonne heure, «  je reviens le voir. Son regard guettait la porte. “ Ah  ! j’ai cru que vous ne viendriez pas  ! J’avais si grand peur de mourir sans faire ma première communion  ! J’y ai pensé toute la nuit  !  ”

«  Ensemble, nous faisons une petite préparation, bien facile. Dieu lui laissa ensuite quelques heures pour se mieux préparer au Ciel. Il ne parlait que “ d’aller voir le bon Jésus ”. Sans cesse il prenait mon crucifix pour le baiser. “ N’est-ce pas, monsieur, que le bon Jésus a été bon pour moi  ?  ”

«  Je lui avais donné une médaille miraculeuse. Il appelait à lui la Sainte Vierge comme un enfant appelle sa mère, posant sur elle mille questions naïves. Dans cette âme, que le baptême et l’Eucharistie venaient de régénérer, on ne voyait plus trace du passé.

«  Le soir venu, on tenta de le transporter à l’ambulance. Je lui donnai mes commissions pour le Ciel. Et, tandis qu’on l’emportait, il m’attira encore à lui pour m’embrasser  : “ Oh  ! oui, monsieur, quand je serai près du bon Jésus, vous pouvez être sûr que je veillerai bien sur le régiment. ”  »

Écoutons le Père Lenoir nous dire, comme à ses marsouins  : «  Jésus-Hostie sera le remède à toutes vos fautes. Il vous purifiera, Il vous préservera contre les tentations  : avec Lui, vous aurez la force de rester purs et de vous conduire en chrétiens, quel que soit votre entourage.  »

Colorier un instrument de la Passion.

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Mardi 23 février

L’IMPRENABLE COL DES ABEILLES

LE 27 décembre, le régiment reçut l’ordre de s’emparer du col des Abeilles, une vraie forteresse. À force de reconnaissances nocturnes, le “ petit patrouilleur ” Achille la connaissait dans tous ses détails. «  Nous y resterons tous, confia-t-il au Père, et nous ne la prendrons pas  : c’est imprenable. Mais comptez sur moi pour faire tout mon devoir. Donnez-moi seulement Notre-Seigneur.  »

L’aumônier avait redouté une affreuse tuerie. Ses prévisions furent, hélas  ! dépassées. Au soir de l’attaque, il apprit la mort de son “ petit patrouilleur ”. Montant vite aux Abeilles, il l’aperçut couché dans un linceul de boue  : un éclat d’obus lui avait fracassé le crâne.

D’un geste de son bras renversé, il semblait jeter une grenade, ses lèvres souriaient encore, tout son visage d’enfant disait la joie de mourir pour la France, avec Jésus en lui. C’était le 28 décembre, à l’heure où, parmi les joyeux chants de Noël, l’Église laisse tomber une note plaintive au souvenir du massacre des Innocents.

Offrons notre chapelet pour nos soldats en mission.

«  Très Sainte Vierge Marie, Reine de France, bénissez nos armes. Et puisque vous êtes notre Mère, veillez sur nous comme une mère veille sur son enfant. Écoutez les prières que nous faisons pour nos soldats, nous qui mettons en vous toute notre confiance.  » (Père Lenoir)

Colorier une partie de la couronne d’épines.

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Mercredi 24 février

CELUI QUI MANGE MA CHAIR

AU bas des tranchées, «  dans le cimetière que peuplent déjà d’innombrables petites croix de bois, nous lui creusâmes une tombe. Sur son brancard, on le couvrit de chrysanthèmes. Son parrain lui mit au cou une chaînette d’argent avec la médaille de la Vierge, qui, gravée en souvenir de son baptême, était arrivée le jour même de sa mort…

«  Aucun chant ne répondait aux prières. Seul, le canon tonnait. Mais, dans ce décor de ruines, au chevet d’une église effondrée, sous la pluie qui pénétrait les capotes, au pied de l’imprenable col des Abeilles, le sourire du “ petit patrouilleur ” disait encore, malgré tout, la certitude de la victoire. Bienheureux ceux qui purifient leurs vêtements dans le sang de l’Agneau… Celui qui mange ma chair a la Vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour.  »

«  À vous, écrivait notre jésuite à ses parents, je puis dire combien ce petit m’était attaché. Chaque fois que je le revoyais dans les tranchées, il m’accueillait avec une joie débordante et j’avais beaucoup de peine à le quitter. “ Quelque chose me manque quand vous n’êtes pas là ”, me disait-il naïvement. Et il ajoutait  : “ Vous êtes le premier qui m’ayez aimé  ; et je ne puis plus me séparer de vous. ” En réalité, chacune de ces rencontres lui apportait beaucoup de force, parce que je lui donnais la sainte communion  : “ Avec Notre-Seigneur, je suis fort, je ne crains rien. ”  »

Dans les tentations, prenons l’habitude de prier  :

«  Jésus-Hostie, je suis si faible, venez me rendre plus courageux  !  »

Colorier le mot “ Force ”.

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Jeudi 25 février

LA MAIN DE MASSIGES

NOTRE aumônier était toujours au milieu de ses hommes supportant avec eux attaques et contre-attaques. Comme aux abords de Massiges, la nuit du 3 février 1915. «  Les bataillons avancent peu à peu dans l’ombre. Tandis qu’ils attendent l’heure du carnage, je passe au milieu d’eux, purifiant les âmes. Enfin l’heure approche  ; ils mettent baïonnette au canon. La Providence m’a si bien placé que tous, au moment de s’élancer à l’assaut, défilent devant moi. C’était plaisir de les voir réciter un Ave, un Souvenez-vous, ou faire le signe de la croix. Mon âme débordait de reconnaissance envers le bon, l’excellent Maître.  »

Tandis que le bataillon de gauche réussissait à reprendre les tranchées, celui de droite, desservi par les pentes abruptes, était décelé par le clair de lune et pris sous le feu des mitrailleuses.

«  Quelle fournaise  ! Trois mille des nôtres sont restés là, trois mille de ces enfants que je commence à connaître et à aimer comme on aime le prodigue revenu à Dieu avec toute la sincérité de son âme…  »

Récitons le Souvenez-vous pour que la Vierge Marie nous aide à combattre notre défaut dominant.

Colorier une partie de la couronne d’épines.

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Vendredi 26 février

BLESSE

DANS la nuit, le Père releva les blessés, sous les bombardements. Vers 3 heures du matin, un obus éclata tout proche de lui, le blessant à l’épaule droite et tuant le malheureux qu’il portait. «  Les infirmiers n’étaient pas loin  ; on me pansa aussitôt, et la blessure était si légère que je pus continuer mon travail toute la journée. Entaille insignifiante, juste assez pour me rendre intéressant et me valoir les manifestations de sympathie les plus touchantes de mon entourage…  »

Ce n’était pas l’avis des médecins qui lui ordonnèrent de se soigner. Notre aumônier obéit et prit quelques jours de “ repos ”  : «  Je dis la Messe, confesse beaucoup et visite dans leurs cantonnements mes enfants du 4e et du 8e colonial.  »

Pour les Quarante Heures, «  l’église ne désemplit pas de toute la matinée. Il l’eût fallu au moins cinq fois plus vaste. Retours nombreux. Plus de mille communions. Dans un coin, tout un groupe d’officiers pleuraient d’émotion. Plus nous allons, plus la foi et la piété de nos régiments s’affirment.  »

Aujourd’hui, offrons ce qui nous coûte, pour que la France retrouve la foi de ses pères.

«  Père Éternel, je vous offre la Face de votre Fils pour attirer sur la France votre miséricorde.  »

Colorier un marsouin.

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Samedi 27 février

L’ŒUVRE DU PÈRE LENOIR

L’HÉROÏSME de notre jésuite dans les combats gagnait les cœurs des soldats. Le capitaine de Bélinay, prêtre de la Compagnie de Jésus, en témoigna. Entrant dans l’église de Courtémont pour y célébrer la Messe, quelle ne fut pas sa surprise de la voir pleine de soldats, pleine à ne pas s’y frayer un passage, et l’on y donnait la sainte communion  : cinq ou six cents peut-être, et ainsi à toutes les Messes, depuis le matin. Telle était l’œuvre du Père Lenoir.

«  Il avait pris sur les hommes une influence qu’il faut avoir vue pour la croire possible. Les coloniaux sont braves, débrouillards et bons camarades, mais ils n’ont jamais prétendu être de petits saints. Or, voilà des régiments, des brigades, une division qui, sous le rayonnement tout de surnaturel et de pureté du Père Lenoir, s’étaient transformés en peu de semaines. Ces âmes frustes et parfois dévoyées, souvent ignorantes de toute notion religieuse, s’ouvraient à la grâce par la charité d’un saint. Ces soldats ne montaient plus aux tranchées, ne partaient plus à l’assaut sans avoir communié.  »

Préparons notre cœur à la communion de demain, en récitant nos prières avec recueillement et attention.

«  La vraie marque d’amour à donner à Jésus-­Eucharistie, c’est d’aller à Lui, et, quand même alors vous ne sentiriez rien, soyez certains qu’en s’unissant à votre âme Il lui donne les plus grandes grâces qu’elle puisse recevoir.  » (Père Lenoir)

Colorier le mot “ Vie ”.

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Dimanche 28 février – 3e dimanche de Carême

UN “ TYPE ÉPATANT ”

LES coloniaux parlaient avec admiration de leur jeune aumônier qui, jour et nuit, circulait dans les tranchées pour le réconfort de tous  : «  Un type épatant, merveilleux, toujours dans les tranchées ou les boyaux, canne à la main, sans le moindre souci des balles et marmitages. Malheureusement, il se fera tuer, y a pas de doute  ; mais celui-là, quoi qu’il arrive, peut être sûr qu’on ne le laissera pas aux Boches. Blessé à l’épaule par un obus, pas évacué. Un coup de pied de cheval aux côtes, pas évacué. Connu de tous, familier avec chacun. Et toujours des cigares, des cigarettes, des gâteries. Et la prière du soir aux tranchées  ! En voilà un évêque  !  »

Le colonel Pruneau assurait que «  jamais chef de corps ne trouva auxiliaire aussi précieux pour assurer le bon moral des troupes en temps de guerre  ».

Quant au général Gouraud, il répétait volontiers que «  le Père Lenoir faisait à lui seul, pour une grosse part, la force de son régiment  ».

«  Pour vous préparer à la sainte communion et pour faire votre action de grâces, la meilleure manière est de causer avec Notre-Seigneur comme avec un Ami, intimement, sans formules, selon les besoins de votre cœur.  » (Père Lenoir)

Offrons notre communion pour les prêtres et les religieux.

Colorier le Père Lenoir.

Lundi 29 février

LÉGION D’HONNEUR

LE 17 mars, notre jésuite était occupé à confesser ses hommes lorsqu’on lui apporta l’ordre de se rendre immédiatement à Hans. Le général Gouraud l’attendait pour lui remettre la croix, devant toutes les troupes  ! En écrivant à son supérieur qu’il avait été obligé d’accepter sans avoir demandé sa permission, le religieux ajoutait  :

«  Ma grande joie est que la décoration s’est trouvée attachée officiellement sur le Saint-Sacrement même qui, dans l’occurrence, la méritait seul. J’en suis bienheureux aussi pour ma mère, la Compagnie, à qui en remonte la petite, toute petite gloire.  »

La citation était ainsi libellée  :

«  Depuis le début des opérations, provoque chaque jour l’admiration des hommes et des officiers par son courage et son abnégation.

«  Dans tous les combats a toujours été aux premiers rangs pour se porter au secours des blessés, se prodiguant à tous indistinctement, soit qu’il s’agisse de l’accomplissement de son ministère, soit qu’il s’agisse de seconder les brancardiers.

«  Vient d’être blessé, le 5 février, d’un éclat d’obus, alors qu’il transportait un blessé au poste de secours.

«  Signé  : Joffre.  »

Ne faisons rien sans en demander d’abord la permission à nos parents. Ainsi, nous sommes assurés de faire la volonté de Jésus.

Colorier le mot “ Victoire ”.

Mardi 1er mars

LA GRANDE FORCE DU SOLDAT

LE dimanche de Pâques 1915, le Père Lenoir prononça un sermon qui marqua tant ses enfants qu’ils lui en demandèrent une copie  : «  La foi catholique dit au soldat que ses devoirs – d’obéissance aux chefs, de bravoure dans le combat, d’endurance, de sacrifice total de soi au pays, – sont des devoirs sacrés, auxquels il ne peut se soustraire sans désobéir à Dieu même.

«  De plus, la foi catholique, – la vraie foi, celle qui passe dans les actes, – donne au soldat le réconfort nécessaire aux heures où faiblirait son patriotisme. Par la prière et la confiance en Dieu, par la sainte communion où le Corps du Christ communique à notre âme sa force divine, elle centuple la valeur d’un homme, et souvent d’un défaillant fait un héros.

«  Rappelez-vous ce petit engagé qui vint un jour se jeter dans mes bras en sanglotant  : “ Mon Père, c’est plus fort que moi, j’ai peur. ” Mais après avoir communié, il rayonnait de gaieté  : “ Mon Père, devinez ce qu’a fait en moi Notre-Seigneur  ? Je n’ai plus peur du tout. ” À l’assaut qui suivit, il tombait en pleine gloire dans la tranchée allemande conquise.

«  La foi catholique, concluait le Père, exalte le patriotisme, parce que au-delà du sacrifice suprême elle nous promet une vie meilleure, infiniment plus heureuse que les plus heureuses d’ici-bas, où, sans séparation, sans guerre, sans larme aucune, se retrouveront pour toujours ceux qui se sont aimés et que la mort a momentanément séparés si, du moins, ils meurent dans l’amitié de Dieu, la conscience pure. Voilà pourquoi, en ces Pâques de 1915, je dis que la résurrection de cette foi dans nos âmes est le plus sûr gage de notre résurrection nationale.  »

En ce premier jour du mois consacré à saint Joseph, demandons-lui de mouvoir le cœur du Pape, afin qu’il consacre la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Récitons la prière pour les causes difficiles (F 12).

Colorier le mot “ Salut ”.

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Mercredi 2 mars

LA GUERRE, NÉCESSAIRE CHÂTIMENT

UNE autre homélie sur le sens de la guerre galvanisa particulièrement ses braves marsouins  : «  C’est une loi de l’humanité que toute insulte grave appelle une effusion de sang. Les peuples comme les individus sont soumis à cette loi. La nation outragée peut et doit se faire elle-même justice. C’est la guerre, mal terrible mais nécessaire, où nous les insultés avons le devoir strict de verser le sang de l’ennemi jusqu’à ce qu’il soit hors d’état de nuire, à nous et à nos enfants  : la charité chrétienne doit céder à la justice chrétienne.

«  Dans ce conflit décisif de deux civilisations, la défaite de la France serait la ruine du catholicisme  : l’âme française est faite de deux éléments principaux  : l’esprit clair et le cœur généreux… L’esprit de nos adversaires, tout à l’opposé, est nébuleux  : en poésie comme en musique et en philosophie  ; il aime le rêve, le vague et le diffus…

«  D’ailleurs, l’histoire atteste que l’esprit allemand a toujours faussé le dogme chrétien  : les trois grandes hérésies des temps modernes, protestante, janséniste, moderniste sont nées de lui.

«  La lutte engagée n’est pas seulement entre l’âme de deux peuples, entre deux civilisations, elle est entre le catholicisme et la négation du catholicisme. Or, l’Église catholique a les promesses de la Vie éternelle. Donc la France triomphera.  »

Préparons notre confession du premier samedi, en suivant ce conseil du Père Lenoir  :

«  Rappelez-vous comment Notre-Seigneur, dans l’Évangile, parle de la joie du berger qui retrouve sa brebis perdue, du père qui retrouve son enfant prodigue  ; si vous revenez de loin vous aussi, la joie du prêtre sera d’autant plus grande.  »

Colorier une partie de la couronne d’épines.

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Jeudi 3 mars

“ ASSOMPTION MANQUÉE ”

LES difficultés en période de repos ne manquaient pas. «  L’insouciance de ces coloniaux est incroyable et me désole, constate le Père. Si vous saviez quelle angoisse me prend et quel cafard aussi parfois  !… Ignorance ou indifférence de la masse, hostilité de certains… Et la mort est tout près  !  »

Il espérait que l’Assomption 1915 serait l’occasion d’un renouveau de vie chrétienne dans son régiment. Mais «  cette belle fête du 15 août a été sabotée par le diable. Le colonel avait réclamé une grand-messe en musique, j’escomptais jusqu’à huit cents communions.

«  Subitement, en pleine nuit, l’ordre a été donné de partir. Il nous fallait occuper une forêt de chênes, séparée des Allemands par un marécage, donc en sécurité à peu près complète, mais d’une étendue considérable  : impossibilité pour les soldats de venir me trouver à leurs rares moments de loisir, et donc suppression de presque toutes ces communions diurnes et nocturnes. Aucun ne put assister à ma Messe, sauf quelques rares unités.

«  Alors je suis reparti, avec Notre-Seigneur sur moi, comme toujours. J’ai pu voir quelques compagnies, donner çà et là, dans les taillis, le divin contenu de ma Custode. La nuit est venue, sans que j’aie pu aller là-bas, à l’autre bout, voir quelques enfants qui, la semaine dernière, m’avaient supplié de leur porter Notre-Seigneur s’ils étaient aux tranchées pour le 15 août. N’est-ce pas navrant  ? Et pour comble, en cette misérable tournée de l’Assomption, j’ai ramassé sous les créneaux, quelques mauvais livres et images obscènes.  »

Comme le Père Lenoir, notre espérance est dans le Cœur Immaculé de Marie, qui triomphera malgré le démon qui se déchaîne contre cette Reine Immaculée.

«  Nous savons bien que vous ne nous avez pas abandonnés, que l’aide refusée aujourd’hui nous sera donnée un jour. Seigneur Dieu, faites que ce jour soit proche  ! Et ne permettez pas qu’aucun de nous se décourage  ! Cœur Sacré de Jésus, j’ai quand même confiance en vous  !  »

Colorier un instrument de la Passion.

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Vendredi 4 mars – 1er vendredi du mois

LA COMMUNION DES SAINTS

LE triste et pauvre aumônier s’interroge  : «  Pourquoi cette malédiction du Bon Dieu sur notre 15 août  ? Pourquoi n’a-t-il pas pu venir à ces centaines d’âmes qui, dans quelques jours, paraîtront devant lui  ?  »

Et il craint d’avoir été lui-même l’obstacle aux grâces nécessaires  ; il se sent si inférieur à la tâche, alors qu’il y a tant d’âmes à sauver. Cependant, une éclaircie ne tarda pas à briller, le consolant un peu de son “ Assomption manquée ”  :

«  Il est minuit  ; je reviens de porter Notre-Seigneur à plusieurs kilomètres d’ici, à travers notre forêt, à deux enfants fraîchement convertis qui, n’ayant pu le recevoir ces derniers jours, se mouraient de faim. Et je rentre, le cœur un peu moins serré, en pensant que l’amour généreux de quelques âmes peut compenser aux yeux du bon Maître l’infidélité de beaucoup. J’étais même tout réjoui par la ferveur de ces deux petits agenouillés en plein bois, tandis que des rafales d’obus passaient par-dessus nos têtes. En partant, ils me disaient  : “ C’est si bon  ! C’est le Ciel  ! ” et me suppliaient de ne pas les laisser un jour “ sans Lui ”. Mais le temps de voir trois mille cinq cents hommes épars sur le front immense  ?…  »

En ce premier vendredi du mois, récitons cette invocation du Père Lenoir  :

«  Ô Jésus, présent et vivant dans le Très Saint-Sacrement de l’Eucharistie, nous voici prosternés à vos pieds pour offrir à votre Cœur Sacré, en notre nom et au nom de la France, nos hommages et nos supplications.  »

Colorier le drapeau du Sacré-Cœur.

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Samedi 5 mars – 1er samedi du mois

LE CIEL SEUL COMPTE

Àl’automne 1915, le 4e R. I. C. participa à la bataille de Champagne. De nouveau, il s’agissait d’enlever la Main de Massiges, formidable position fortifiée allemande. À l’approche de l’offensive, l’aumônier encouragea ses hommes à accomplir vaillamment leur devoir  :

«  Je sais bien que tous vous voulez le faire… Si nous devons y tomber, tant pis  !… Tant mieux  ! bien plutôt, car les camarades passeront sur nous.

«  Dites-moi s’il est mort plus belle que celle-là, un matin de victoire, en ouvrant la brèche par où passera le drapeau et, avec lui, l’âme de la France rendue au grand air de la liberté  !

«  Cependant, mes chers amis, pour nous prémunir contre toute défaillance, il nous faut implorer le secours de Dieu  : Lui seul peut nous assurer que, quoi qu’il arrive, nous ne faiblirons pas…

«  Si nous l’avons avec nous, la mort n’a plus rien d’effrayant  : elle nous transportera au Ciel où nous retrouverons pour toujours ceux que nous aimons, dans une affection plus entière et plus douce encore qu’ici-bas.  »

Pour obtenir à l’holocauste de ses enfants un plus grand mérite, notre jésuite leur proposait la plus héroïque des prières.

«  Ensemble nous nous abandonnions avec confiance à la volonté du bon Maître  ; puis, protestant de notre volonté de lui rester toujours fidèles, nous lui demandions, au cas où nous devrions plus tard manquer de parole et perdre le Ciel pour l’enfer, de nous prendre tout de suite.  »

Consolons le Cœur Immaculé de Marie en accomplissant pieusement nos exercices du premier samedi. À la suite du Père Lenoir, invoquons Notre-Dame  :

«  Ô Marie, écoutez les supplications que nous vous adressons pour notre patrie. Protégez-la dans les terribles épreuves qu’elle traverse  ; obtenez-lui la victoire sur tous ses ennemis.  »

Colorier l’autel.

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Dimanche 6 mars – Lætare

BRAVOURE DES COLONIAUX

L’ATTAQUE avait été fixée au 25 septembre, à 9 h 15. Après une journée occupée à circuler parmi les soldats pour les préparer et les encourager, le Père avait célébré sa Messe à minuit. À l’aube, il rejoignit les troupes. Il tombait une pluie fine formant une boue visqueuse et lourde.

«  Debout sur les gabions, le colonel Pruneau scrute les positions ennemies  ; puis, consultant son chronomètre, il se retourne vers ses hommes  : “ Mes p’ tits, vous pouvez y aller. Montez là-bas l’arme à la bretelle, je vous suis. ” Les “ p’ tits ” ne se le font pas dire deux fois. À quelques mètres les uns des autres, les marsouins s’élancent, il faut les retenir.

«  De sérieux renforts vinrent soutenir les Allemands. Aussi, de notre côté, n’entendions-nous que ce cri  : “ Faites passer des grenades  !  ”

«  Nos coloniaux ont dépassé tout ce que l’on pouvait attendre de leur vaillance. Vous n’avez pas idée de l’enfer que fut la Main de Massiges durant la journée du 25. Et là-dedans le plus joyeux enthousiasme avec l’irrésistible volonté de vaincre. Ils ont vaincu, mais à quel prix  !… Il est vrai que la plupart avaient communié les jours précédents.  »

Le Père Lenoir écrira  : «  Combien de soldats de l’armée coloniale, dont la communion quotidienne a fait des héros, m’ont constamment répété  : “ Donnez-moi le Corps du Bon Jésus, avec Lui nous ferons notre devoir jusqu’au bout. ”  »

À notre tour, communions avec ferveur pour être forts et rester fidèles à Jésus, malgré ce monde si mauvais.

Colorier un marsouin.

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Lundi 7 mars

NOUVELLE BLESSURE

LE Père Lenoir, quant à lui, était parti avec les premières vagues afin de secourir blessés et mourants. S’apercevant qu’une des compagnies n’avait plus un seul officier et se montrait déroutée, il en prit le commandement et la conduisit au but assigné. Vers les 5 h du soir, non loin du col des Abeilles, où il avait, neuf mois auparavant pleuré son “ petit patrouilleur ”, une balle l’atteignit à la cuisse gauche, la traversant de part en part.

Un soldat le pansa aussitôt «  avec une sollicitude de maman  ». Mais il refusa l’aide des brancardiers, leur disant de s’occuper des autres blessés. Il resta encore quelque temps dans les lignes mais bientôt, la jambe s’engourdissant, il dut redescendre. Au poste de secours, les majors refirent très soigneusement le pansement. Le cœur navré, le Père Lenoir dut ensuite prendre le chemin de l’évacuation. Le surlendemain, il débarquait à Autun.

Offrons notre chapelet pour une personne malade de notre entourage. À son intention, récitons cette prière  :

«  J’offre mes souffrances à Notre-Seigneur  : Il a souffert pour moi et plus que moi. Je les offre pour l’Église et pour la France, afin qu’elle redevienne plus chrétienne et qu’elle continue à faire le bien, comme par le passé.  » (Dernière prière d’un sergent blessé, octobre 1914).

Colorier un instrument de la Passion.

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Mardi 8 mars

 SAUVER LES ÂMES  !

DELICATESSE de la Providence  : l’hôpital où est évacué le Père est le seul, parmi les sept fonctionnant à Autun, qui soit dirigé par des religieuses. Vraies filles de la Charité, elles sont aux petits soins pour tous.

L’une d’elles commence par débarrasser le blessé de ses vêtements en loques, couverts de sang et de boue. En soulevant cet amas informe, la sœur, stupéfaite, s’exclame  :

«  Mais enfin, monsieur, êtes-vous Français  ?

 Eh  ! oui, répondit-il avec son fin sourire, aumônier français…  »

«  Elle était bien excusable, remarquait-il, car vraiment je ne ressemblais à rien  !  »

Le religieux refusa une chambre particulière. On l’installa donc dans la salle commune  ; et dès lors, comme l’écrit la supérieure de l’hôpital, «  son lit devint une chaire vivante, où notre Révérend Père donnait de précieux exemples de courage et de résignation  ».

«  La blessure sera vite guérie, croyait-il. J’espère bien être remis sur pied et être à mon poste avant huit jours.  »

Hélas  ! Après la visite du docteur Huot, il informa son supérieur  :

«  Ce n’est plus la blessure heureuse, qui permet de rester au poste… Le major déclare que je ne pourrai quitter l’hôpital avant trois semaines  !  »

Il était “ furieux ” de ne pouvoir aider ses pauvres enfants à mourir. «  Vous devinez mon angoisse, ma désolation, mon impatience de retourner là-bas… Ce­pendant, je vous avoue que, si ma blessure ne m’éloignait du régiment à l’heure où il y a tant à faire pour aider les mourants et encourager les survivants dont la lutte va continuer extrêmement dure, je concéderais sans peine à la bonne Providence qu’elle a bien choisi son moment pour me donner du repos forcé.  »

Faisons nôtre cette prière du Père Lenoir  : «  Mon Dieu, bénissez mes camarades, pardonnez à ceux d’entre eux qui vous offensent  ; ils ne savent pas ce qu’ils font. Attirez-les tous à vous, pour que leurs âmes soient sauvées, et donnez-moi la grâce d’en aider beaucoup à ce retour dans le bon chemin  ; je vous promets de m’y appliquer de mon mieux, par amour pour vous.  »

Colorier un instrument de la Passion.

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Mercredi 9 mars

AU SECOURS  !

LA nostalgie du front le poignait à chaque courrier qui arrivait du 4e colonial  : «  Depuis votre départ nous n’avons pas de cérémonies religieuses et ça nous manque  !… Je suis persuadé que si vous étiez là, demain dimanche nous aurions notre Messe  !…  »

Un caporal poussait ce cri de désespoir  :

«  Bientôt un mois et demi que je n’ai vu aucun prêtre  !… Toutes ces belles fêtes de la Toussaint passées tout juste avec une petite prière… Ah  ! M. l’Aumônier, que faire  ?… Comme vous me manquez  ! Pardonnez-moi  ; je viens vous faire de la peine, moi qui devrais faire le contraire. Et pourtant que voulez-vous que je dise  ? Mon âme est pleine de tristesse. Je comprends par votre lettre que votre blessure s’aggrave… Maintenant, vous me dites que vous êtes sage comme un enfant à l’hôpital. Permettez-moi d’en douter  ; je vous vois en train de discuter avec M. le major, si oui ou non vous ne sortirez pas bientôt de là  : ne dites pas le contraire…  »

À peine avait-il lu cette lettre que le jésuite décida de retourner au front  :

«  Je pars jeudi. Là-bas, on meurt de plus en plus et les survivants me réclament… Je puis suffisamment marcher pour leur donner le Bon Dieu, donc j’y vais  !  »

«  Très Sainte Vierge Marie, refuge des pécheurs, Porte du Ciel, aidez-moi à être apôtre, aidez-moi à rester toujours fidèle, à devenir tous les jours meilleur, à remplir toujours mieux mes devoirs de chrétien.  » (Père Lenoir)

Colorier un instrument de la Passion.

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Jeudi 10 mars

UN LIVRE DE PRIÈRES

APRES une nuit et une matinée occupées à courir d’une gare à l’autre, l’aumônier rejoignit son régiment qui le reçut à bras ouverts. Le lendemain, un dimanche, l’église était comble. Tous les anciens, échappés aux massacres, s’y trouvaient. Parmi les nou­veaux, beaucoup voulaient entendre ce petit curé barbu qui, simplement en marchant appuyé sur sa canne, avait déjà pris leurs âmes.

Mais au bout de cinq jours, pendant lesquels il avait distribué un millier d’hosties, la blessure que l’on croyait guérie s’envenima. La mort dans l’âme, le Père Lenoir reprit le chemin de l’ambulance.

Il en profita pour composer un Livre de prières pour le soldat catholique, qui lui demanda un gros travail et connut un très grand succès.

On y lisait en exergue  : «  Les hommes batailleront et Dieu donnera la victoire.  » De la victoire finale, il ne doutait pas. Quand il disait sa Messe, il plaçait toujours près de l’autel un drapeau français portant l’image du Sacré-Cœur avec l’inscription “ Cœur de Jésus, sauvez la France ”, que lui avait offert le général Gouraud.

Cependant la plaie de la jambe refusait obstinément de cicatriser. Le Major ordonna de prolonger l’hospitalisation. Résigné, le Père Lenoir utilisa cette convalescence pour un autre genre de travail. Le 16 décembre, il entrait en retraite.

Faisons de notre journée une petite retraite, en consacrant à Jésus et Marie toutes nos actions  :

«  Je m’offre tout à vous et, pour vous prouver mon dévouement, je vous consacre aujourd’hui mes regards, mes conversations, mon corps et mon âme.  » (Père Lenoir)

Colorier un marsouin.

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Vendredi 11 mars

LE PAIN DE SES FRÈRES

L’ABBE Lenoir «  s’était donné. Il avait fait le sacrifice complet de sa vie. Oui, donnédonné  », confiera le général Berdoulat. Son supérieur provincial confirmera  : «  Il y aurait à mettre en lumière surtout ce don incomparable de lui-même dans son apostolat. C’est là la note caractéristique du Père Lenoir.  »

Mais lui se sait inférieur à son immense tâche d’aumônier. Il se reproche son manque de charité, les mille services que, par égoïsme, il n’a pas rendus et qui auraient permis à Notre-Seigneur de toucher les âmes.

«  Pardon, mon divin et très bon Maître, pardon  ! Les fautes jalonnent toutes les étapes de ma campagne, elles en couvrent toutes les journées, toutes les heures. Je vous ai trompé  ; mais, connaissant votre inlassable amour, sûr qu’il m’enveloppe encore et veut toujours se servir de moi, je compte sur vous…  »

Et il prend de bonnes résolutions  : abnégation, prière, patience, zèle. De ces quatre points, «  la consigne première est celle de la prière, puisqu’elle assure la liaison continuelle, intime, intelligente avec le chef… Donc prendre pour matière d’examen particulier les exercices de piété tels que Notre-Seigneur me les a fait régler.  »

Nous aussi, faisons notre examen de conscience et demandons-nous si nous sommes un exemple pour nos frères et sœurs, si nous savons nous dévouer pour eux.

Colorier un instrument de la Passion.

Samedi 12 mars

PRENDRE LA PENSÉE DU CHEF

IL médite sur la mort  : «  La plaine, dans la bataille ou la tranchée, ou un abri bombardé, ou une salle d’ambulance comme ici. Des souffrances  ? Probablement. De la connaissance  ? Pas sûr. Avec la grâce de mon bon Maître, j’ai confiance d’être prêt. Il me recevra bien. Il m’aime tant  ! Jésus, gardez-moi jusqu’au bout cette confiance, ne la laissez pas s’obscurcir dans la fumée des obus, que rien alors ne me fasse perdre votre paix. Notre-Dame de la Paix, souriez-moi, ­enveloppez-moi.  »

Une seule chose l’inquiète  : «  Aurai-je réalisé tout le plan de Jésus sur moi  ?  » Les âmes à sauver, le règne de Jésus-Hostie à étendre sur terre  ; voilà sa préoccupation.

«  Pour lui, je voudrais vivre jusqu’à la fin du monde, dans n’importe quelles souffrances. Et, à cause de lui aussi, je crains la mort  : j’ai peur de ne pas avoir accompli ma tâche. Là encore, confiance. Il est certain que je ne l’ai pas remplie jusqu’ici  ; mais le Sacré-Cœur peut et veut réparer tout. M’abandonner à lui en toute confiance, en tout amour. Et croire aussi que jusqu’au bout il suppléera à mes déficits et à mes lâchetés.  »

Cette foi en la suppléance de Jésus n’est pas une foi luthérienne, qui n’agit point. C’est une foi au service de Jésus et Marie. Toujours, le Père est guidé par une seule préoccupation, dont il a trouvé le modèle chez les meilleurs officiers, la veille des attaques  :

«  Prendre toute la pensée du chef. Tout plutôt qu’un ordre mal exécuté, tout plutôt qu’une manœuvre de Jésus faite à ma façon au lieu de la sienne, qu’une modification, si minime soit-elle, apportée à son plan d’attaque par mon jugement propre, ma lâcheté ou mes préférences personnelles.  »

Accomplir en tout les moindres préférences de Jésus devint la touche propre de sa spiritualité  ; nous la retrouverons au moment même de sa mort.

«  Il y a bien des manières d’obéir, notait le Père. On peut obéir en rechignant, alors on est esclave. Le véritable obéissant est celui qui s’applique à exécuter ce qu’on lui a demandé aussi parfaitement que possible et sans critiquer.  »

Colorier un instrument de la Passion.

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Dimanche 13 mars – 1er dimanche de la Passion

LE JEUNE “  PARIGOT  ”

ENFIN, le 27 janvier 1916, le Père quittait l’hôpital. Le 4e colonial, alors dans le secteur de Maucourt, au nord-ouest de Troyes, l’accueillit avec enthousiasme.

Parmi les conversions de cette période, celle du jeune “ Parigot ” est des plus typiques.

«  Un Parisien de dix-sept ans, non baptisé, ignorant tout de notre religion, charmant par ailleurs, très ouvert, arrive au régiment la semaine dernière. Dimanche matin, un autre gamin de dix-sept ans, à qui j’avais recommandé d’amener des camarades, aborde le nouveau venu  : “ Tu viens à la Messe avec moi  ?  ” Estomaqué, l’autre cède en curieux. Il ne comprend rien à la cérémonie ni à mon sermon, sinon qu’il faut se mettre bien avec le Bon Dieu. Pour ce dernier motif, il va communier avec les autres.

«  Or, à peine a-t-il reçu la sainte Hostie, qu’il entend une voix intérieure  : “ Fais-toi baptiser  !  ”

«  Après la Messe, la voix le poursuit, l’obsède, jusqu’à ce qu’il se décide à venir me voir. L’instruction a été vite faite, car le gosse est intelligent comme un Parisien, et le baptême a été des plus touchants, avec le chef de bataillon pour parrain… Et moi donc, si heureux d’avoir ce fait, scandaleux pour certains, mais bien probant de l’action de Jésus dans l’Eucharistie  ! Cette âme est déjà si transformée que je soupçonne le bon Maître de vouloir la ciseler rapidement.  »

«  Jésus-Hostie sera votre consolation. C’est l’Ami tout bon et tout-puissant à qui vous confierez vos peines, vos souffrances, vos désirs intimes  ; Il vous rendra la paix, la joie. Il sera votre suprême espoir, le gage de votre ­bonheur éternel. Car Il a dit  : “ Celui qui mange ma chair a la Vie en lui et je le ressusciterai au dernier jour. ”  » (Père Lenoir)

Colorier les cierges.

Lundi 14 mars

MUTINERIE APAISÉE

EN juillet 1916, le 4e colonial se battit sur la Somme, à l’ouest de Péronne. Les combats furent acharnés… Un mois après, à Biaches, la percée n’était toujours pas faite. Il fallut repartir à l’assaut.

Trois fois, le colonel Pruneau présenta des objections, faisant remarquer l’état de fatigue de ses hommes, la situation désavantageuse qu’il occupait, alors qu’il était pris en enfilade par les pièces du Mont-Saint-Quentin et même à revers, par celles des environs de Cléry. Malgré tout, l’ordre était formel  : il fallait attaquer  ! Dans deux com­pagnies, il s’ensuivit un commencement de mutinerie, dont l’apaisement revint à «  la grosse autorité morale de l’aumônier du régiment  ».

Très simplement, le jour de l’attaque, le jésuite se plaça parmi les mutins de la veille. Ayant béni le champ de bataille avec son grand crucifix, il cria  : «  Mes ­enfants, en avant  !  » Et il partit en tête. Puis, lorsqu’on se replia, il resta pour évacuer tous les blessés.

«  Très Sainte Vierge Marie, qui vous teniez debout au pied de la Croix dans la plus angoissée des douleurs, aidez-nous à rester debout, fermes de corps et d’âme dans l’épreuve, fidèles plus que jamais au devoir et confiants dans l’avenir.  » (Père Lenoir)

Colorier un instrument de la Passion.

Mardi 15 mars

DIEU LE VEULT  !

QUELQUES mois après, le 2 novembre, une grande nouvelle filtra  : on partait pour Salonique  ! Le Père Lenoir y vit la volonté de Dieu. Le bourg de Sommereux, où se trouvaient les hommes, avait jadis possédé une Commanderie de Malte. Notre jésuite sut en tirer parti  :

«  Il y a huit cents ans vivaient ici des Chevaliers de Malte. Moines-guerriers, ils répandaient leur charité dans le pays  ; puis, quand l’heure sonnait, ils partaient pour les Croisades, expéditions bien plus pénibles et plus longues que nos voyages d’aujourd’hui  ; de lents et frêles navires, les dangers de peste et de maladies… Sous ces voûtes mêmes a retenti le cliquetis de leurs armes et leur chant  : Dieu le veut  !

«  Dieu le veut  ! Ces mots étaient une affirmation et une prière.

«  Affirmation que leur cause était sacrée  : reprendre la Terre sainte qui, comme telle, était française… Prière pour obtenir force et constance dans le sacrifice et pour faire leur devoir…

«  Aujourd’hui, même cri, même prière.  »

Récitons notre chapelet pour la conversion des mu­sulmans. Faisons quelques sacrifices à cette intention.

Colorier le Missel (sur l’autel).

Mercredi 16 mars

DÉPART POUR L’ORIENT

LE Père Lenoir se démena pour qu’on lui permette d’accompagner ses marsouins en Orient. Dans ce but, il obtint de passer aumônier de la 16e division coloniale. Le 27 novembre, avec le 1er bataillon du 4e colonial, il s’embarquait à Marseille, sur le Britannia.

Afin de lui faciliter son ministère, le commandant de bord mit une cabine à sa disposition. À l’aide de tentures, deux sapeurs de ses fidèles la transformèrent en chapelle. On s’y succédait pour prier, causer et recevoir le Viatique.

De temps à autre, le Père s’échappait pour parcourir les cales. Comme dans les tranchées, il distribuait des cigarettes aux bien portants, ou tirait de sa fameuse boîte de pharmacie des pilules infaillibles contre le mal de mer.

Lorsque, sa journée finie, il se retrouvait seul auprès du petit Tabernacle, luttant contre le sommeil, il confiait ses an­goisses à Jésus-Hostie.

«  Je pars le cœur gros  ; la plupart de mes hommes ne sont pas prêts, ils le sont moins que jamais. La nuit rôdent quelques Nicodèmes. Mais qu’est-ce que tout cela à côté des centaines d’indifférents  ? Nous avons reçu au moment même du départ de sérieux renforts, des inconnus  : pas moyen de les aborder  ! Et je n’ai à bord que douze cents de mes hommes  ! Les deux mille trois cents autres sont derrière, sans aumônier  !  »

Luttons contre notre paresse, en nous levant promp­tement le matin. Offrons cet effort pour les missionnaires.

Colorier un instrument de la Passion.

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Jeudi 17 mars

TÉMOIN DE JÉSUS-CHRIST

LA France apportait son secours à la Serbie, envahie par la Bulgarie. En novembre, une attaque permit à la Serbie de reprendre Monastir. Le 4e colonial devait achever cette offensive.

En décembre, le régiment débarqua à Salonique. L’hiver était rude, les marches harassantes. Le Père Lenoir se multiplia. Chaque soir, il plantait sa tente au milieu de ses hommes pour qu’ils puissent venir le voir plus facilement. Les derniers soldats partis, vers 22 h, notre aumônier se mettait à sa volumineuse correspondance.

S’il ressentait vivement le froid – pour sa toilette du matin, il devait percer la glace de son seau  ! – il souffrait davantage des brimades dont les plus fervents marsouins étaient victimes. Le 2 février, au cours d’un Salut solennel du Saint-Sacrement, il encouragea ses enfants  :

«  Si vous voulez être chrétiens, vous serez des signes de contradiction… Mais prenez courage. Dieu aura le dernier mot, le triomphe, vous avec Lui. Quand on attaque la religion du Christ, où sont ses témoins  ? Les uns se cachent, rougissent  ; ce sont des lâches. Les autres croient sage de se taire. “ Pas d’histoires  ! Je suis mon chemin. J’ai ma religion pour moi. ”

«  Non, pas pour vous. Votre religion, pour Dieu  ! Ce qui est attaqué, ce n’est pas votre religion à vous, c’est la religion de Jésus-Christ. Si vous aimez Jésus-Christ, vous devez vous lever pour le défendre. Si on in­sultait votre mère, vous tairiez-vous  ? Non. Eh bien  ! on insulte votre Dieu, celui qui vous aime plus que votre mère, à qui vous devez plus encore qu’à votre mère.  »

Faisons nôtre cette pensée du Père Lenoir  : «  Catholiques, soyez profondément convaincus de votre supériorité, parce que catholiques. Par les lumières que l’Église vous donne, par les vertus qu’elle vous impose et qu’elle vous aide à pratiquer, par la Vie divine dont elle vous pénètre… Votre seul titre de catholiques pratiquants vous met au- dessus des autres. Soyez donc fiers, très fiers de votre foi.  »

Colorier un instrument de la Passion.

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Vendredi 18 mars

APOSTOLAT DE NUIT

BIENTOT, le 4e R. I. C., rassemblé dans la région de Monastir, passa à l’attaque dans le secteur du Piton Jaune. Mais il fallait tout improviser et de nuit, car le jour on ne pouvait se montrer  : pas de lignes à proprement parler, aucun autre abri que les niches individuelles ou des appentis  ; aucune tranchée de soutien, aucun boyau de communication.

Dans une pareille situation, qu’allait faire le Père Lenoir  ? Eh bien  ! il circulera de nuit  ! Et non pas trois ou quatre heures, mais la nuit entière, depuis 7 h du soir jusqu’à l’aube. Il s’apercevra bientôt des difficultés du terrain  : des pistes coupées de ravineaux, de tourbières et de ruisseaux.

On lui objecte que seul, il glissera, tombera, se perdra. Il écoute avec un fin sourire, hoche la tête, remercie, mais ne revient pas sur sa décision  : «  Les Bulgares se chargent de l’éclairage, assure-t-il  ; ils ont des fusées, sûrement allemandes, qui illuminent magnifiquement.  »

Durant vingt et une nuits de suite, il accomplit sa tâche, rentrant même parfois après le lever du soleil, et sous les balles ennemies, forçant l’admiration des coloniaux les plus durs.

Malgré les moqueries de mes camarades, je suivrai ce conseil du Père Lenoir  :

«  Soyez fiers d’aller à l’église, de prier Dieu, de vous approcher de Lui dans la communion. Tenez bon, imposez-vous, affirmez nettement votre volonté de vous conduire en catholiques  !  »

Colorier trois rayons (autour de l’Hostie).

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Samedi 19 mars – Fête de saint Joseph

UN RÉGIMENT DE SAINTS

SON secret  ? L’angoisse du salut des âmes. Le Ciel ou ou l’enfer  : «  L’enfer, dogme effrayant, disait-il dans un de ses derniers sermons, qui déconcerterait, s’il n’était pas affirmé solennellement par Dieu  ; dogme qu’il ne faut pas envisager sans nous souvenir que nul ne tombe en enfer sinon par sa faute, et jamais sans avoir offensé Dieu gravement. Et cela, malgré les sollicitations de la grâce, malgré les bienfaits divins, malgré Jésus-Christ mort sur la Croix pour l’arracher à cet enfer, et dont il a, jusqu’au bout, méprisé l’amour… Insensés qui courez à l’abîme les yeux bandés  !

«  Un jour, – bientôt, – tous nous serons d’un côté ou de l’autre… Je vous supplie de faire aujourd’hui les sacrifices nécessaires pour vous retrouver tous au Ciel, pour y reconstituer vos familles et notre régiment… Le 4e colonial est un régiment de héros. Ah  ! s’il pouvait être aussi un régiment de saints  ! Je donnerais ma vie pour cela. Je la donnerais pour un seul d’entre vous.  »

«  Pour un seul  »  ! Ce cri explique la vie du Père Lenoir… et sa mort.

En cette fête du glorieux saint Joseph, patron de la bonne mort, demandons-lui d’assister les mourants et de leur accorder les grâces nécessaires au salut de leur âme.

«  Jésus, Marie, Joseph, qu’ils meurent en paix en votre sainte compagnie.  »

Colorier un instrument de la Passion.

Dimanche 20 mars – Dimanche des Rameaux

DERNIER ADIEU

TROUVANT que les nuits ne suffisaient plus à son apostolat, le Père Lenoir passait encore une partie de ses journées dans les lignes. Le récit de Joseph Hugon, son ordonnance, est ici des plus précieux  :

«  Le matin du 7 mai, en célébrant sa Messe, notre aumônier fléchit de fatigue. On voyait qu’il sommeillait. Vers les 9 h, on le demanda pour deux enterrements. Et, ce jour-là, comme il y avait un semblant d’attaque, il repartit aux tranchées dans l’après-midi. À son retour, il me dit  : “ Je ne sais comment nous ne sommes pas en bouillie. Où nous étions, nous avons eu une pluie d’obus. Enfin, il n’y a pas eu d’accident. ”

«  Le lendemain (8 mai 1917) toute la matinée, après sa Messe, il s’occupa de sa correspondance, puis repartit aux tranchées. Il revint pour dîner, mit dans la poche de sa capote un quart de pinard, un petit bout de pain sans oublier un bidon de vin  : “ Si ça ne sert pas pour moi, ça servira pour les camarades. ” Je connaissais son bon cœur et je croyais qu’il les donnerait à quelqu’un qui aurait faim.

«  Une fois toutes ses affaires en ordre, il prit le Saint-Sacrement, récita une prière, saisit sa canne et me dit bonsoir.

«  Au moment de partir il se retourna  : “ Je ne sais quand je vous reverrai. Merci bien, Joseph, de tout ce que vous avez fait pour moi et la chapelle. Le Bon Dieu vous le rendra. ” Voilà les dernières paroles qu’il m’a dites, et que ça m’a serré le cœur.  »

Pour être bien recueillis durant cette Semaine Sainte, méditons avec le Père Lenoir la Passion de Notre-Seigneur  :

«  Sainte Vierge Marie, Mère de Jésus et notre Mère, donnez-nous quelque chose des sentiments que vous aviez en suivant votre divin Fils sur cette route sanglante.  »

Colorier un instrument de la Passion.

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Lundi saint 21 mars

L’ATTAQUE DU PITON JAUNE

LE 9 mai, «  un peu avant l’aurore, témoigne un marsouin, l’aumônier me réveilla  : “ Mon cher petit, je viens t’apporter Notre-Seigneur, afin qu’il te donne le courage d’accomplir vaillamment ton devoir de soldat chrétien, et qu’il te reçoive directement au Ciel s’il veut que tu tombes dans cette attaque. Ne dis rien à tes camarades pour ne pas les décourager  ; mais on ne réussira pas… Tous sont unanimes  : la préparation est insuffisante… Fais tout de même ton devoir  ; montre que tu es soldat du Christ. Je te dis adieu, car peut-être nous ne nous reverrons qu’au Ciel. Je pars rejoindre les compagnies d’attaque  ; je veux monter avec elles. ”

«  Là-dessus, il monta, calme et souriant, vers les premières lignes.  »

À l’heure fixée, sans aucun signal, d’un même bond, toutes les vagues d’assaut surgirent de leurs trous. Aussitôt, les Austro-Bulgares sortirent de leurs repaires. Leurs crêtes apparurent plus fortement organisées qu’on ne l’avait soupçonné. De hardis marsouins s’approchèrent assez près des tranchées pour voir que des créneaux étaient creusés jusque dans l’épaisseur de la pierre  !

Bien vite, le 4e colonial, à qui l’on avait confié, au centre de cet amphithéâtre de feu, le poste d’honneur, compta de lourdes pertes. En moins d’un quart d’heure, sur les quatre capitaines, trois étaient tués.

Le Père se trouvait au sein de la 6e compagnie prise de front et de flanc, et même à revers. Avec sa parfaite connaissance du secteur d’attaque, il avait prévu qu’il y aurait de ce côté plus de travail. Il s’y dépensa plusieurs heures auprès des mourants.

«  En tombant, entraîné par la Croix trop lourde, en vous déchirant aux pierres du chemin, vous voulez, ô divin Sauveur, expier toutes nos chutes. Tant de fois nous sommes tombés dans le péché  ! Pardon, Seigneur, pardon pour nos fautes qui vous ont coûté si cher  !  » (Père Lenoir)

Colorier un marsouin.

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Mardi saint 22 mars

ACCOMPLIR LA VOLONTÉ DE DIEU

UN peu avant 2 h, le Père revint dans les lignes  : «  Sa physionomie, écrit Joseph Alaux, révélait la tristesse et la désolation. M’ayant aperçu, il vint s’asseoir à mes côtés  :

«  “ J’arrive du 2e bataillon. C’est affreux  ; tout près des ennemis gisent des blessés qu’on ne peut secourir et qui sont voués à une journée d’horribles souffrances. D’autres sont là-haut, derrière les quelques rochers isolés… Deux fois, je suis descendu et remonté avec des bidons pour porter à boire à ceux qui me le réclamaient. Maintenant, il faut que j’aille vers les 1re et 3e compagnies… ”

– N’y allez pas, s’écrie un marsouin, sinon vous êtes un homme mort  ! ”

«  L’adjudant-chef Masson parla de même  ; le terrain qu’il fallait traverser était absolument découvert, constamment battu.  »

L’aumônier sembla abandonner son projet et descendit à une source. Après avoir écouté les hommes, il allait à l’écart prêter l’oreille à la voix plus intime qu’il avait coutume de consulter.

Quelques jours auparavant, il avait écrit à l’un de ses amis  : «  Demandez au bon Maître de m’envoyer son Esprit-Saint, avec sa lumière pour me montrer la meilleure utilisation des circonstances, et sa force pour réaliser généreusement ses moindres préférences…  »

«  Ô Jésus, nous voulons vous aider à porter votre Croix, comme le Cyrénéen. La grande souffrance de votre Cœur fut de voir tant d’âmes refuser le bienfait de votre Rédemption. Nous voulons vous gagner des âmes afin que votre Précieux Sang n’ait pas coulé en vain.  » (Père Lenoir)

«  Père Éternel, donnez-moi autant d’âmes que votre Fils a versé de gouttes de sang dans sa Passion.  »

Colorier un instrument de la Passion.

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Mercredi saint 23 mars

MORT RÉDEMPTRICE

PARMI les blessés, il en est un qui a fait souffrir le Père Lenoir par ses sentiments antireligieux. C’est un des très rares anticléricaux du régiment. Le Père songe  : cette âme n’est-elle pas dans une indigence profonde  ? Et n’est-elle pas du nombre des brebis perdues pour qui le bon pasteur donne sa vie  ?… Dès lors sa résolution est arrêtée, définitive.

Quelques minutes après, le lieutenant Gréau aperçoit notre aumônier sur les pentes du Piton Jaune. «  Sans nouvelle de ma compagnie, puisque la deuxième vague avait dû s’arrêter bien en arrière de la section, je guettais anxieusement un agent de liaison m’apportant des ordres. Vers 2 h de l’après-midi, je vis pointer un casque dans les blés à une soixantaine de mètres de ma ligne. Le couvre-casque ressortait très distinctement parmi les épis verts. Aussi, immédiatement, une mitrailleuse crépita, fauchant les herbes autour de l’imprudent. Ce dernier recula, sans avoir été touché, pour reparaître deux minutes plus tard, quelques mètres à gauche. Cette fois, la mitrailleuse qui était déjà pointée le serra de près, dès les premiers coups. Au quatrième ou cinquième, je vis celui que je croyais être un agent de liaison tomber sur le côté gauche, et rester immobile les mains croisées sur la poitrine. En même temps sa tête s’inclinait lentement, comme dans un geste d’ardente prière.  »

Le sacrifice était consommé. Le bon ouvrier était tombé, la face sur le sillon, dans la moisson verte  ; l’apôtre de la Communion, parmi les blés eucharistiques…

Il était le cent trente et unième jésuite mort pour la France, depuis le commencement de la guerre.

«  Ô notre bon Maître, par un miracle de votre délicatesse, vous avez voulu récompenser sainte Véronique en imprimant sur son linge les traits de votre Visage. Imprimez-les aussi dans nos âmes  : faites-nous à votre ressemblance plus doux, plus patients, plus obéissants, plus purs.  » (Père Lenoir)

Colorier une partie de la couronne d’épines.

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Jeudi saint 24 mars

POUR DIEU ET LA PATRIE

LA douloureuse nouvelle se répandit bien vite. Ce fut une consternation. Après trois nuits de vaines recherches, les brancardiers, guidés par le lieutenant Gréau, parvinrent à l’endroit où le Père Lenoir était tombé. Il était seul. Officiers et soldats tués auprès de lui avaient été enlevés. «  Il n’avait pas été fouillé, mais on l’avait remué. Je le retrouvai presque sur le dos, le casque à une trentaine de centimètres de la tête, et le crucifix hors de la poitrine. Tout me fait supposer qu’ayant reconnu un prêtre, on n’osa pas y toucher, par respect.  »

La sainte Eucharistie était là également. Entourant la custode comme autant de linges sacrés se trouvaient trois documents, – trois reliques, – imprégnés de son sang  : son contrat d’alliance avec Dieu, les résolutions de retraite de Noël 1915; pour sa famille, une lettre d’adieu  ; enfin pour son régiment, un “ au revoir ” suprême, que le colonel s’empressa de transmettre par la voie du rapport.

«  Ô Jésus, vous tombez une deuxième fois  ! Et c’est à coups de fouet, à coups de pied, qu’on vous relève  ! Si nous avons le malheur de tomber, donnez-nous la force de nous relever sans jamais nous décourager.  » (Père Lenoir)

Colorier un instrument de la Passion.

Vendredi saint 25 mars

AU CIEL, NOUS NOUS REVERRONS  !

AU régiment, il écrivait  : «  En cas de mort – Je dis au revoir à tous mes enfants bien-aimés du 4e colonial. Je les remercie de l’affectueuse sympathie et de la confiance qu’ils m’ont toujours témoignées  ; et si parfois, sans le vouloir, j’ai fait de la peine à quelques-uns, je leur en demande bien sincèrement pardon.

«  De tout mon cœur de Français, je leur demande de continuer à faire vaillamment leur devoir, à maintenir les traditions d’héroïsme du régiment, à lutter et à souffrir tant qu’il faudra, sans faiblir, pour la délivrance du pays, avec une foi inconfusible dans les destinées de la France.

«  De tout mon cœur de Prêtre et d’ami, je les supplie d’assurer le salut éternel de leurs âmes, en restant fidèles à Notre-Seigneur Jésus-Christ et à sa loi, en se purifiant de leurs fautes, en s’unissant à Lui dans la sainte Communion aussi souvent qu’ils le pourront.

«  Et je leur donne à tous rendez-vous au Ciel, où nous nous retrouverons pour toujours dans la vraie Vie, la seule heureuse, pour laquelle Dieu nous a faits.

«  Pour eux, à cette intention, j’offre joyeusement à notre Divin Maître Jésus-Christ le sacrifice de ma vie.

«  Vive Dieu  ! Vive la France  ! Vive le 4e colonial  !  »

«  Ô Jésus mourant pour nous, vous dont le Cœur est ouvert par la lance du soldat, faites que nous profitions de ce Sang qui sauve. Faites-le couler en nous tous par l’absolution, par la communion. Gardez-nous toujours fidèles  : que rien désormais ne nous sépare de vous, jusqu’au Ciel.  » (Père Lenoir)

Colorier la Croix (sur l’autel).

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Samedi saint 26 mars

CITATION POSTHUME

LES sapeurs du régiment, qui avaient si souvent dressé l’autel de leur aumônier, firent son cercueil et l’y enfermèrent. L’inhumation eut lieu à Cegel. Près de la fosse, le commandement de “ Portez armes  ! ” retentit. On donna l’absoute. Il n’y eut pas de discours  : l’émotion était trop vive. Lui seul parlait.

Le 21 juin 1917, le général Grossetti, commandant l’armée française d’Orient, signait cette citation à l’ordre de l’armée  :

«  LENOIR Louis, aumônier du G. B. D. / 16, détaché au 4e Régiment d’Infanterie Coloniale  :

«  Après avoir durant trente mois, passé ses jours et ses nuits à faire pénétrer dans les cœurs son ardente foi patriotique et à réconforter ceux qui souffraient  ; après avoir accompagné les vagues d’assaut à toutes les opérations du régiment, adoré et admiré de tous, est tombé mortellement atteint au cours d’une attaque, en se rendant, au mépris du danger, en plein jour et à découvert, auprès des survivants d’une fraction avancée, soumise à un feu violent de mitrailleuses.  »

«  Ô Sainte Vierge Marie, Notre-Dame des Douleurs, agenouillée près du Corps inanimé de votre Fils, nous vous prions de nous recevoir un jour dans vos bras maternels  !  » (Père Lenoir)

Colorier un instrument de la Passion.

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Dimanche 27 mars

PÂQUES

PENDANT ce temps, au “ nid familial ”, une enveloppe était arrivée  : «  Mes parents bien-aimés, si cette lettre vous parvient, c’est que notre Divin Maître vous aura fait un très grand honneur  : après avoir donné à votre fils les grâces de la vocation religieuse et sacerdotale, Il lui aura donné de mourir en servant à la fois Dieu et la France. Remerciez-Le avec moi de cette dernière marque de prédilection et ne pleurez pas.

«  Je suis au Ciel avec tous les membres de la famille qui vous ont déjà quittés et qui, comme vous, m’ont montré le chemin de l’honneur. Près d’eux, je vous attends… Vos souffrances de la terre passeront vite et vous nous rejoindrez dans le bonheur parfait, définitif, que Dieu nous a préparé et que nous vivrons ensemble, en reprenant pour toujours notre délicieuse vie de famille infiniment plus douce encore qu’au “ nid  ” d’ici-bas.

«  Courage. Souffrir passe… En souffrant, nous méritons le Ciel, et le Ciel est si beau  !…  »

«  Ô Jésus notre Sauveur, nous croyons que vous êtes ressuscité. Nous vous supplions de ressusciter bientôt notre France  » (Père Lenoir), par l’intercession du Cœur Immaculé de Marie  !

Colorier trois rayons (autour de l’Hostie).

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