La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 150 – Avril 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


TOUTE LA VÉRITÉ SUR MARTHE ROBIN,
MYSTÈRE D’APOCALYPSE

UN dossier de 17 000 pages concernant la vie et les œuvres de la célèbre mystique française née en 1902 et morte en 1981 a été analysé par les autorités romaines. Au terme de cette étude, les théologiens ont émis un décret proclamant l’héroïcité de ses vertus. Le pape François l’a signé le 7 novembre 2014. Un miracle a été retenu, rien ne s’oppose plus à sa béatification.

Quoi qu’il en soit de ce miracle ou de ceux à venir, ils seront toujours en deçà du miracle permanent que fut sa vie.

LA PLUS GRANDE SAINTE DE TOUS LES TEMPS…

Marthe Robin dépasse et de beaucoup les plus extraordinaires de nos mystiques catholiques.

1. Elle n’a ni mangé ni bu (inédie) pendant plus de cinquante ans  ! Sa seule nourriture fut l’Eucharistie qu’elle recevait une seule fois par semaine (exceptionnellement deux), et d’une manière miraculeuse puisqu’elle ne pouvait physiquement pas déglutir.

2. Stigmatisée depuis 1930, elle revivra chaque semaine la Passion du Christ. Celle-ci est suivie d’une période d’extase, qu’il ne faut pas confondre avec le sommeil, puisque le Christ en personne lui imposera la pénitence de ne plus jamais dormir.

3. Cette mystique est aussi une grande malade. Suite à une encéphalite léthargique contractée en 1918, elle est demeurée paralysée des jambes (1928) et des bras (1929).

4. En 1940, tétraplégique, inédique, et qui plus est privée de sommeil (agrypnie), elle demande à faire le sacrifice de ses yeux en expiation des péchés du monde. Le Père Finet, son directeur, accepte. Marthe devient aveugle. Mais comme ses yeux sont malgré tout restés très sensibles à la lumière, elle vivra depuis lors dans l’obscurité, sans jamais plus assister au Saint-Sacrifice de la messe.

5. Marthe Robin a eu des apparitions de la Sainte Vierge pendant soixante ans. La tendre intimité de ses relations avec Notre-Dame est sans comparaison possible avec celle des plus célèbres voyants  : sainte Catherine Labouré, sainte Bernadette ou les petits enfants de Fatima. La Sainte Vierge la caressait souvent en l’appelant «  mon trésor  », elle l’aidait à terminer ses broderies  ; elle allumait une bougie les jours d’orage afin qu’elle n’ait pas peur, etc.

6. Les démêlés du curé d’Ars avec le “ Grappin ” ne sont rien en comparaison des tourments que le Diable va faire endurer à Marthe durant toute sa vie, chaque semaine… Et quand le démon la jette par terre, c’est la Sainte Vierge qui la prend dans ses bras pour la remettre dans son lit, etc.

7. Tout disposait cette pauvre jeune fille aveugle et tétraplégique à une vie de solitude absolue dans la seule consolation de l’union à Dieu. Il n’en fut rien, car par l’ouïe et la parole, elle va, là encore, battre des records. Plus de cent mille personnes entreront dans sa chambre obscure et recevront d’elle des conseils. Marthe Robin est à l’origine de nombreuses conversions, elle a surtout activement participé à la vie de l’Église à une époque cruciale de son histoire…

PRÉCURSEUR DU PLUS GRAND CONCILE DE TOUS LES TEMPS  !

En effet, toutes les extraordinaires grâces mystiques de celle qui s’impose à nous comme la plus grande sainte de tous les temps ne sont que des moyens en vue d’une fin. Elles sont garantes d’une mission qui se résume en trois points qui n’en font qu’un  : la préparation et promotion du «  plus grand concile de tous les temps  », Vatican II.

Sa fondation des «  foyers de charité  » repose sur la promotion d’un laïcat consacré et envoyé en mission pour une nouvelle évangélisation…

«  La Pentecôte d’amour  » qui devait résulter de Vatican II, c’est Marthe qui l’a prophétisée bien avant les papes Jean XXIII et Paul VI. Prophète, elle fut aussi puissante en paroles et en œuvres. Les fruits du Concile, c’est elle  ; car c’est elle qui fut l’inspiratrice de la plupart des communautés charismatiques, plus connues désormais sous le vocable de “ communautés nouvelles ”…

Sa dévotion à la Sainte Vierge est en avant-garde de celle de Vatican II. Avec Marthe, la Sainte Vierge descend de cet empyrée où l’avait niché la théologie du concile de Trente, et la piété populaire à la suite des grandes apparitions mariales du dix-neuvième siècle. La “ Divine Marie ”, c’est fini  ; avec Marthe, la Vierge Marie redevient enfin plus proche et plus humaine que céleste et lointaine, plus Mère que Reine, c’est «  Maman-Marie  »…

La haine du démon ajoute encore au caractère surnaturel et authentique de sa mission. Aussi lorsqu’elle meurt dans la nuit du 5 février 1981, «  tuée par le démon  » et qu’on la retrouve au pied de son lit avec des chaussons usés aux pieds, personne ne s’étonne. Marthe est morte en livrant un ultime combat contre “ l’Adversaire ”, en fille de l’Église qu’elle a toujours été.

Ni les évêques de Valence ni les curés de Châteauneuf-de-Galaure n’ont douté de ses visions ou de sa vocation providentielle dans l’Église. Lors de ses funérailles, c’est déjà la gloire des autels qui se profile à l’horizon  : quatre évêques, plus de deux cents prêtres, six mille personnes y assistent.

LA BIOGRAPHIE DU POSTULATEUR.

Voilà l’essentiel de ce que l’on savait sur Marthe Robin avant la publication de la biographie réalisée par le postulateur de sa cause, le Père Bernard Peyrous, prêtre de “ l’Emmanuel ”, et la vice-postulatrice, Marie Thérèse Gille, membre des “ Foyers de charité ”. Cette biographie de 400 pages  : Vie de Marthe Robin, publiée en 2006, est un ouvrage de référence. On peut bien sûr signaler ses lacunes, ses omissions calculées, on peut s’étonner du portrait d’une Marthe Robin «  loin des excès prêtés aux mystiques  », «  désarmante de simplicité  », qu’elle veut nous imposer, mais on ne peut pas récuser les faits nouveaux qu’elle révèle sous prétexte que ses auteurs ne citent pas leurs sources. Si le postulateur ne les mentionne pas, c’est qu’en 2006 le dossier est encore à l’étude, couvert par le secret pontifical.

1902-1921  : UNE PAYSANNE BIEN ORDINAIRE

Marthe est née le 13 mars 1902 à Châteauneuf-de-Galaure dans la Drôme, une grosse commune très travaillée par l’anticléricalisme, et même la franc-­maçonnerie. Les Robin sont des paysans assez aisés, croyants, mais guère pratiquants.

Marthe est la sixième et dernière enfant de la famille, qui compte quatre filles et un garçon. En 1908, sa sœur aînée se marie  ; Marthe en est très affectée, et restera longtemps très jalouse de son beau-frère. D’un tempérament gai, volontiers espiègle, elle est souvent malade, sa scolarité s’en ressent.

À la différence de son frère Henri, Marthe ira quand même au catéchisme  ; mais «  Marthe est assez gênée quand elle doit réciter ses leçons par cœur, comme on le fait alors.  » (Peyrous p. 29; édition de poche) Confirmée en 1911, elle fait sa première communion le 15 août 1912.

Marthe Robin ne se distingue pas par sa piété… Le postulateur est bien en peine de nous apporter un fait édifiant, surnaturel, objectivement constaté par les gens du pays ou par son curé. Dans le village, les filles Robin ont la réputation d’être enjouées, faciles, elles aiment bien danser à la veillée avec les garçons invités pour la circonstance  ; la grand-mère Robin s’y entend pour mettre de l’ambiance. Marthe aimait beaucoup danser, et riait aux éclats, surtout quand elle racontait des histoires…

Les seize premières années de sa vie, sont donc banales, médiocres, honnêtes tout de même, comme pouvait l’être la vie d’une petite paysanne de cette époque, dans une famille sans guère de foi ni de piété. Si Marthe se distingue, c’est par une santé fragile  ; et pour tout dire en un mot, «  cette grande maigre  » a une propension à l’anorexie, elle mange très peu. Elle est aussi très sensible, le moindre changement de son univers relationnel l’angoisse. On a vu cela lors du mariage de sa sœur aînée, il va se produire la même chose, mais en grand, lors du départ pour la guerre de son frère Henri, en mai 1918.

1918-1921. LES GRANDES SOUFFRANCES D’UNE ÉTRANGE MALADIE.

C’est un choc émotionnel pour Marthe. Elle y réagit par l’anorexie. Elle mange très, très peu, mais cette fois, elle dépasse les bornes. Le 1er décembre 1918, elle s’effondre et ne peut pas se relever. C’est vraiment la grande souffrance  : Elle ne supporte plus la lumière, elle a des maux de tête qui la font hurler de douleur, jour et nuit. Elle avoue à sa nièce  : «  Tu me plongerais dans ta lessive bouillante, je ne souffrirais pas davantage.  » (p. 33) Les médecins pensent tout d’abord à une tumeur cérébrale, puis à une encéphalite léthargique  ; le docteur Modrin, d’Hauterives, diagnostique tout de suite l’hystérie, et cela va se savoir…

La vie à la ferme est rude. Marthe est une bouche à nourrir qui ne «  gagne pas l’eau qu’elle boit  », comme disent son père et son frère. Elle voit bien que son père a plus d’égards pour son chien que pour elle, et elle en souffre beaucoup. En revanche, sa mère et ses sœurs l’aident bien, quelques amies aussi. Durant cette période de grandes souffrances entrecoupées de rémissions, elle reste très seule, sans soutien spirituel. C’est une pauvre fille qui souffre comme une bête, sans aucune idée de la valeur rédemptrice qu’elle pourrait donner à ses souffrances. Pour le moment, on ne peut pas dire que c’est une sainte, mais c’est assurément une grande malade, très éprouvée…

1921-1936  : LA MYSTIQUE DES MYSTIQUES

Le 25 mars 1921, selon certains auteurs, en mai 1921 ou le 25 mars 1922, selon Peyrous, Marthe Robin va tout d’un coup basculer dans un autre univers par l’irruption dans sa vie d’une personne, d’un esprit, de quelqu’un. «  Alice, sa sœur, qui couche dans sa chambre est réveillée par un grand bruit et elle voit une grande lumière. “ Oui la lumière est belle, lui répond Marthe, mais j’ai vu aussi la Sainte Vierge. ”  »

Quand on reçoit une apparition du Ciel, même si celle-ci ne s’exprime pas oralement, elle vous infuse des grâces, des lumières dans l’esprit, un enthousiasme au cœur qui vont déterminer une action résolue, une réorientation, une conversion radicale. Qu’observe-t-on dans la vie de Marthe  ? Apparemment rien de tel. Une chose change cependant  ; tous les auteurs le mentionnent, mais sa filleule, Bernadette Galichet, a le mérite de ne pas tricher avec la chronologie. C’est à partir de 1921 que «  Marthe lit beaucoup  » d’auteurs spirituels, de vies de saints, de mystiques surtout. «  En 1921, elle est marquée par une révélation reçue de Jésus par une visitandine italienne, sœur Benigna-Consolata Ferrero, décédée en 1916  :

«  “ Je prépare l’œuvre de ma miséricorde. Je veux une nouvelle résurrection dans la société et je veux qu’elle soit l’œuvre de l’amour… il ne faut pas mettre de limite à cette foi dans mon amour… C’est par le sacrifice que tu peux me donner des âmes. Le monde court au précipice. Moi, je l’arrêterai dans sa course vertigineuse au moyen de ce petit bataillon d’âmes généreuses qui combattent sous ma conduite ”.  » (Vénérable marthe robin, des témoins réagissent et parlent, p. 48) Ces paroles vont avoir, de fait, une très grande répercussion dans la vie de Marthe Robin.

Elle, pauvre petite jeune fille de la campagne, qui n’a même pas son certificat d’études, elle qui n’apprenait pas bien son catéchisme, elle qui, à vues humaines, n’a aucun avenir ici-bas, la voici qui sous l’impulsion d’une apparition de l’autre monde, va se mettre à dévorer, en autodidacte, les faits, les gestes, les dits des plus extraordinaires mystiques de l’Église catholique. Peyrous nous donne la liste impressionnante des ouvrages qu’elle a pu consulter à la bibliothèque paroissiale, sans compter ceux qu’elle a pu se procurer par ailleurs.

Ce sont ces lectures, qui dans les dix années à venir, vont peu à peu transformer «  Marthe la pauvre petite paysanne malade  » en «  Marthe la mystique des mystiques  ». Miracle de la grâce, diront les uns  ; non  ! objecteront les autres, c’est par une réaction hystérique qu’elle va les assimiler, les incorporer à sa propre personnalité… Constatons le fait, et remarquons qu’une telle métamorphose s’opère au début sans directeur de conscience, laborieusement, car celle qui nous dit avoir vu la Sainte Vierge en 1921, confiera aussi au docteur Assailly que les années 1923-1925 furent difficiles  : «  Je me suis débattue avec Dieu.  » (Marthe Robin, témoignage d’un psychiatre, p. 70)… Elle dira aussi un jour à des jeunes filles  : «  Tout le monde peut et doit accomplir sa vocation, mais pas moi… Je me suis débattue avec Dieu… je ne souhaite à aucune d’entre vous de lutter avec Dieu.  » (Peyrous p. 55)

1921-1930  : VIE CACHÉE

En 1921 Marthe songe à entrer au Carmel. Son père s’y oppose et cesse dès lors toute pratique religieuse. Marthe n’insiste pas davantage et renonce. Durant l’été, elle retrouve l’usage de ses jambes et se rend en pèlerinage à Notre-Dame du Chatenay le 15 août et à Notre-Dame de Bonne-Combe, le 8 septembre.

LES “ BON SAMARITAIN ” DE MARTHE ROBIN.

La Providence ne l’abandonne cependant pas. En 1923 Marthe va rencontrer deux saintes personnes, et même trois. «  La première est madame Du Baÿ, baronne d’Alboussière, dans l’Ardèche, qui est une femme de foi  ; avec une belle bibliothèque religieuse. Madame Du Baÿ est certainement touchée par cette jeune fille très malade, un peu perdue, qui ne sait comment “ intégrer ” sa maladie dans sa vie de foi. Elle lui a parlé de la Passion de Jésus. Cela a donné à Marthe une clef de compréhension et a eu sans doute de l’influence sur elle. La seconde amie est madame Delatour de Saint-Claude, dans le Jura, avec qui elle aura une correspondance très intime entre 1923 et 1928.  » (Peyrous, p. 44-45)

Si Marthe trouve auprès de madame Delatour une consolation tout humaine à sa solitude, une oreille attentive à ses grandes peines et à ses plaintes, madame Du Baÿ sera pour elle une compatissante, mais avisée première “ directrice spirituelle ”… Elle ne la guide pas à proprement parler, mais elle va l’orienter, l’entourer de son affection surnaturelle. Toutes les deux vont l’aider matériellement.

N’oublions pas l’instrument providentiel que fut le Père Faure, curé de la paroisse de Châteauneuf-de-­Galaure depuis 1923. Les biographes de Marthe s’accordent pour le juger “ saint homme ”, mais sans grand jugement spirituel  ; lui-même ayant l’humilité de reconnaître son incapacité, et son peu d’aptitude pour tout ce qui sort de la “ voie commune ”. Il n’empêche que de 1923 à 1930, il exercera sur Marthe, malgré elle, une certaine paternité. Celui qui a osé lui dire ses quatre vérités – qu’elle se laissait aller par exemple – ce fut le Père Faure. Ensuite, nous verrons dans quelles circonstances, un prodigieux renversement des rôles fera de lui le secrétaire des visions et élévations de Marthe…

Les siennes ou celle des mystiques qu’elle plagie  ? Tout le monde s’est posé la question. Ce fut un point épineux du dossier.

MALADE ET MYSTIQUE, VRAIE OU FAUSSE  ?

Le Père Peyrous qui a en main le dossier romain a bien compris dans quel dramatique état psychique se trouve Marthe Robin, et il explique son engouement pour la lecture des mystiques ainsi  :

«  Marthe, redisons-le, souffrait terriblement et d’une maladie terriblement déstructurante. Sa personnalité était à certains moments dans une grande tension. On peut sans doute dire qu’elle était alors comme perdue, ravagée intérieurement. Elle aurait pu tomber dans la folie ou dans la mort. Elle a dû se battre pour ne pas sombrer, pour tenir sa personne, et même pour recomposer son moi.  » (p. 98)

Dieu utile, indispensable médicament pour la recomposition du «  moi  » de Marthe Robin  ? Peyrous prévient le danger de cette explication. Il va tout bonnement nous affirmer que la pauvrette manque de vocabulaire pour rendre compte des effectives œuvres de Dieu en elle. C’est pour cette raison que Marthe emprunte, sans falsifier ni mentir, précise laborieusement Peyrous, les expériences des saints. Elle est donc une authentique mystique. C. Q. F. D.

Le postulateur redevient plus sérieux, et il nous met sur la voie d’une compréhension plus profonde de la personnalité de Marthe, en faisant appel au docteur Cuvelier, neuropsychiatre spécialiste en littérature mystique.

«   Marthe Robin passe de la mémorisation à la mémoration, c’est-à-dire que par le biais de sa maladie, elle incorpore à sa personnalité des souvenirs acceptés comme réalité actuelle. Un tel processus devrait aboutir à la confusion mentale alors qu’ici le “ moi ” en sort renforcé. C’est là à notre avis que se manifeste l’intervention de la grâce.  » (Peyrous, p. 102)

L’avis du docteur est très pertinent. Il y a, de fait, intervention d’un esprit supérieur qui va la diriger et l’empêcher de perdre la tête dans le dédale des expériences mystiques qu’elle intègre et incorpore au fur et à mesure de ses lectures, sans même y avoir été préparée par une vie chrétienne de piété et de vertus, ni même en faire preuve ensuite, ou pas guère.

UNE NOUVELLE SAINTE THÉRÈSE DE L’ENFANT-JÉSUS  ?

Marthe Robin signale l’année 1925 comme la fin d’un temps d’épreuve pour elle… Est-ce donc qu’elle ne se débat plus avec Dieu  ? Qu’elle lui a cédé  ? Le 15 août 1925, elle doit aller en pèlerinage à Lourdes  ; à la surprise générale, elle laisse finalement sa place à une autre jeune fille du pays… Tous les auteurs admirent le renoncement, mais Peyrous nous révèle le mécontentement du curé Faure, et donc la désobéissance qui est au principe de cet apparent acte de charité. Trois ans plus tard, une autre occasion se présente  ; elle refuse  ; elle refusera toujours de se rendre à Lourdes. C’est d’autant plus étrange qu’elle prétendra avoir mieux compris l’Immaculée ­Conception que tout le monde… Ce refus, quelle que soit l’interprétation qu’on en donne, engage Marthe sur un “ chemin neuf ”; elle s’y laisse conduire et commence une “ course de géant ”…

Le 15 octobre 1925, croyant qu’elle va bientôt mourir, Marthe rédige un acte d’abandon et d’Offrande à l’Amour et à la volonté de Dieu. Avant la biographie du postulateur, tous s’extasiaient devant tant de ferveur. Peyrous nous révèle qu’il est littéralement recopié d’un auteur spirituel. Elle le déchirera pour en rédiger un second, plus mystique, plagiat de sainte Thérèse de l’Enfant-­Jésus… Celle-ci est canonisée en 1925, on en parle beaucoup dans l’Église. Marthe a lu l’ “ Histoire d’une âme ” et s’en imprègne, comprenez qu’elle va devenir sous peu une autre sainte Thérèse.

Le 3 octobre 1926, fête de la sainte, Marthe tombe dans le coma pendant trois semaines. C’est durant cet état pathologique que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus lui apparaît à trois reprises afin de l’assurer qu’elle ne va pas mourir, car elle, Marthe, doit prolonger sa mission, à elle Thérèse, et faire aussi aimer l’amour dans le monde entier. Mais quand le “ monde ” est farouchement anticlérical, cela n’est pas facile, Marthe va en faire l’expérience.

Un jour que le curé Faure lui apporte la communion, son frère Henri explose  : «  S’il revient ce curé je lui tire dessus…  » Peyrous nous révèle que cet homme n’était pas uniquement le timide que l’on présente ordinairement, il était dangereux. Alcoolique et anticlérical de surcroît, il lui arrivait de battre sa sœur. En 1951, il se tire un coup de fusil de chasse dans la tête  ; son corps est retrouvé au premier étage, Marthe n’a rien entendu. Ces étranges circonstances furent et sont toujours un des points noirs du dossier “ Marthe Robin ”. Le docteur Assailly témoigne que «  Marthe ne fut pas inquiète pour son éternité, bien qu’il n’ait pratiquement jamais communié au cours de sa vie.  » Personne ne s’inquiète, ni pour Henri ni pour Marthe… Toujours est-il que, pour l’heure, Marthe cède à la pression de son frère et demande au curé de ne plus revenir. Elle restera sans communier pendant longtemps, plusieurs semaines, plusieurs mois, on ne sait pas trop…

En 1927, au terme d’une année de grâces mystiques, d’apparitions de la Sainte Vierge et de sainte Thérèse encore, Marthe Robin ne mange presque plus. Elle voit aussi le démon [la petite Thérèse le faisait fuir], parfois avec les yeux du corps  ; il est nu. Marthe en fera souvent la confidence  : «  Si vous saviez comme il est beau  !  » mais le diable, insensible au compliment, la bat et la jette hors de son lit…

C’est à cette époque de “ grande ferveur mystique ” qu’elle écrit à madame Delatour  : «  La vie n’est qu’un noir cauchemar pour qui souffre (…). Que vous dire de moi et sur moi, vie toujours pareille, grise et monotone, apportant bien plus de tristesse que de joies  ; mais je crois que plus rien ne m’atteint maintenant, je vois bien que je suis destinée à boire tous les calices amers à longs traits.  » (Peyrous, p. 51)

«  C’est là, fait remarquer justement Peyrous, un langage d’une résignation extrêmement douloureuse plus que d’offrande décidée.  » Nous reviendrons sur cette indifférence affichée, mais avant de nous enfoncer plus avant dans les profondeurs du mystère de Marthe Robin, respirons un peu l’air frais de la bonne odeur du Christ en sa petite Thérèse  : «  La souffrance devint mon attrait, elle avait des charmes qui me ravissaient sans les bien connaîtreJe sentais le désir de n’aimer que le Bon Dieu, de ne trouver de joie qu’en Lui.  » Alors, quelle est la plus grande sainte des temps modernes, celle-ci ou celle-là  ?

En 1928, Marthe est définitivement paralysée des jambes, l’année suivante ce sont les bras. Elle accepte cet état sereinement. Une telle indifférence à la souffrance peut être l’indice d’une éminente sainteté, comme aussi une réaction hystérique caractérisée, bien connue des psychiatres  : «  Marthe vit ses accès successifs de paralysie dans une sorte de bonheur tranquille  : “ Tout s’est passé pour ainsi dire avec le sourire. ” Cela n’est plus de la résignation, mais la reconnaissance d’un événement qui est dans la nature des choses, qui devait arriver, qui est proche de l’indifférence de l’hystérique pour qui la limitation des possibilités corporelles est vécu avec détachement.  » (cf. docteur Gonzague Mottet  : Marthe Robin, la stigmatisée de la Drôme, p. 44)

MARTHE ET SAINT FRANÇOIS D’ASSISE.

Le 3 décembre 1928, deux capucins, le Père Marie-Bernard et le Père Jean prêchent une retraite  ; ils vont visiter Marthe Robin. Ils reviennent enthousiastes et disent au curé Faure qu’il a une sainte dans sa paroisse. Peyrous nous apprend que le curé Faure leur a répondu tout naturellement  : «  Je ne vois pas de qui vous parlez.  »

Marthe est subjuguée par le Père Marie-Bernard. Peyrous nous apprend que ce religieux va bouleverser la vie de Marthe. Il lui propose d’entrer dans le tiers ordre de saint François. Elle accepte.

Vous pouvez deviner ce qui va arriver, à proportion des deux chocs qu’elle vient de recevoir, des deux personnes qui l’ont impressionnée  : le Père Marie-Bernard, et saint François d’Assise. Deux jours plus tard, Jésus lui apparaît et lui demande si elle veut bien souffrir pour la conversion des pécheurs. Il veut aussi que le Père Faure devienne son directeur spirituel, et qu’elle ait avec lui une grande union d’âme. Tout cela n’est que le fidèle écho de la sage direction du Père Marie-Bernard. À chaque réponse positive de Marthe, un glaive s’enfonce dans son cœur… L’abbé Faure qui ne se faisait pas d’illusion sur sa paroissienne est flatté de l’invite. Et lui qui était réticent, sérieux, va devenir peu à peu le secrétaire des révélations de Marthe, perdre son bon sens, mais pas son humilité, avouant bien simplement être «  dépassé par les événements  ».

STIGMATISÉE PAR LE CHRIST EN PERSONNE  !

Début octobre 1930 (la fête de saint François se célèbre le 4 octobre), Jésus lui demande  : «   Veux-tu être comme moi  ?  » Elle dit oui, et c’est le Christ en personne qui la stigmatise. Elle raconte comment. Jésus est là devant elle dans son humanité douloureuse, il lui demande d’offrir ses pieds. Elle déplie ses jambes paralysées qui sont recroquevillées sous elle et les met dans la même position que celle du Crucifié. Alors du cœur de Jésus part un dard qui les transperce  ; pareillement pour les mains. Marthe est bras en croix, jambes étendues  : «  Jésus m’invita à lui présenter mon cœur, ou plutôt ma poitrine (sic)…  » et la voilà transpercée de nouveau…

Madame Robin qui ne s’étonne pas des intimes relations de sa fille avec la Sainte Vierge est cette fois bien surprise ou feint de l’être, car le sang coule. Personne ne veut que cela se sache, Marthe la première, mais la nouvelle va se répandre comme une traînée de poudre.

Désormais elle va revivre la Passion chaque semaine. Jésus lui dit  : «  C’est toi que j’ai choisie pour vivre ma Passion le plus pleinement après ma Mère [sic]. En outre, personne après toi ne la vivra aussi totalement et pour que tu souffres [sic] jour et nuit, tu ne dormiras pas, jamais plus  !  » (L’Alouette, mars 1986, p. 30)

Elle ne se nourrit plus que de l’Hostie consacrée qu’elle reçoit une fois par semaine, seulement. Peyrous rassure son lecteur et ose évoquer un sujet tabou  : Marthe n’a donc pas assisté au saint Sacrifice de la Messe pendant plus de cinquante ans  ?  ! «  Elle est intransportable. À l’époque, nous explique-t-il, seuls des religieux Camilliens ont le droit de dire la messe dans la chambre des malades. Il n’y en a pas dans la région.  » Et personne n’a demandé de dispense, ni avant, ni pendant, ni après le concile Vatican II  ? Dispense qui aurait été évidemment accordée si on l’avait demandée  ?  !…

Désormais ce sont ses stigmates qui lui tiennent lieu de vertu, Marthe est un autre Christ  ; la Messe  ? C’est elle qui la revit, il paraît donc bien mesquin de lui opposer la loi de l’Église. Depuis saint François d’Assise les stigmates fascinent le peuple chrétien toujours avide de voir pour croire. Mais dans ce domaine-là aussi, et surtout, les contrefaçons diaboliques abondent.

Il faut savoir que seuls les stigmates formant des «  excroissances cutanées  », des plaies profondes traversant les membres de part en part, comme ceux de saint François d’Assise, laissent le corps médical sans voix. Il n’en va pas de même pour «  les stigmates superficiels ou de saignements sur peau saine.  »

«  Les auteurs, affirme le docteur Mottet, s’accordent tous à reconnaître l’existence d’une suggestibilité anormale…  » Celle-là même propre aux hystériques. Les stigmates de Marthe sont de cette dernière sorte, et c’est pourquoi ils n’impressionnaient pas du tout l’ami de Marthe, le psychiatre Paul-Louis ­Couchoud. Quand il embrassait Marthe sur le front avant de la quitter, il observait qu’une goutte de sang perlait aussitôt après… Cela ne l’empêchait pas de dormir, son amie était une grande malade, voilà tout. Ignorant des choses religieuses, il ne se doutait pas que ce genre de maladie mentale était aussi le terrain de prédilection du démon.

Nous allons le voir à l’œuvre, en ses petites et basses œuvres, celles qui sont bien connues et font toujours recette, mais remarquons bien jusqu’où cet esprit puissant va conduire notre pauvre Marthe, et à sa suite notre malheureuse Église, en sa tête et en ses membres. Car ce n’est rien de moins que la désorientation du dogme de la foi et de la pastorale de l’Église catholique qu’il poursuit en cette affaire…

1930-1936  : VIE PUBLIQUE

La nouvelle de sa stigmatisation et des Passions qui se renouvellent chaque semaine va se répandre, et attirer aux Moïlles une foule de gens… L’intuitif Guitton caractérise parfaitement l’ipséité de la situation. On va affluer vers Marthe avec le même engouement que jadis les Grecs allant consulter la Pythie… Comme à Delphes, Marthe va être entourée d’un rituel, d’une liturgie domestique, d’une grande simplicité apparente, mais qui comporte bien des aspects surprenants.

Ces visites deviennent une entreprise familiale, car c’est madame Robin qui organise les visites, et qui gère aussi les petits cadeaux que les gens laissent. Comme Marthe ne mange pas, ce n’est pas de la nourriture… C’est ce qu’on a appelé pudiquement la “ corbeille de Marthe ”, car évidemment tous ces cadeaux sont réexpédiés au profit des pauvres. Peyrous est plus explicite, il dit la vérité toute nue et scandaleuse, mais en trouvant toujours les mots pour l’habiller des plus beaux atours de la charité. Il est fort ce bon Père, il n’a pas fini de nous surprendre  :

«  Comment trouver quelques ressources, au moins pour faire la charité, pour aider des prisonniers ou des missionnaires, qui devienne très vite l’objet de son attention  ? Elle se livre donc, pendant quelques années, à un petit commerce de piété qui lui procure de maigres revenus.  » (p. 81)

LES PREMIERS OPPOSANTS.

Trop, c’est trop, et si le Père Faure a été retourné par Marthe au point qu’à partir de 1931, personne ne peut désormais la voir sans sa permission, il y en a un qui prend peur et qui s’estime responsable de tout, c’est le Père Marie-Bernard. Il demande conseil à Mgr Saudreau, aumônier des sœurs du Bon Pasteur d’Angers, réputé dans le discernement des esprits.

«  Pour percer à jour sa vanité, dira le Père Marie-Bernard, je lui conseillai de se faire photographier  : deux photographies furent prises. L’une où elle était affreuse, l’autre où, revêtue sur le front d’une dentelle valencienne, elle ressemblait à Sarah Bernhardt plus qu’à la pauvre petite paysanne qu’elle était. La tentation de vanité et de coquetterie l’emporta  : elle m’offrit Sarah Bernhardt et oublia de me donner son vrai portrait.  » Peyrous sourit de la naïveté d’un tel procédé… mais la simplicité du test était tout à fait adaptée à celle qui allait revivre la Passion du Christ chaque semaine, dans l’obscurité de sa chambre, mais aussi sous les flashs des photographes…

Le Père Marie-Bernard désavoue Marthe Robin, il la quitte ainsi que cette chère madame Du Baÿ, et madame Delatour probablement. Mais rien n’empêchera plus désormais les foules d’accourir.

QUAND DES CURÉS DÉMOCRATES DISCERNENT LES ESPRITS.

En moins de dix ans, Marthe Robin s’est constitué un impressionnant réseau de relations. À cause de sa maladie qui émeut à juste titre, et surtout à cause de l’aura qui se dégage d’elle en raison de sa promotion d’autodidacte en «  mystique supérieure  ». Elle s’est imposée, notamment à Lyon dans le milieu assez particulier des personnes dévotes et mystiques. Marthe devient peu à peu une autorité religieuse, que l’on vient consulter. Des prêtres, des théologiens viennent aussi  ; au début, ils sont soupçonneux, mais ils repartent enthousiastes, et rendent compte à leurs supérieurs de ce qu’ils ont vu et entendu…

Le Père Betton par exemple, professeur au séminaire de Saint-Paul-Trois-Châteaux  : «  C’est un intellectuel versé dans la théologie mystique [un disciple enthousiaste de Bergson]. C’est aussi une âme spirituelle, qui a des “ antennes ” en ce domaine.  » (Peyrous, p. 81-82) Le Père Betton sait ce que nous savons, le voici qui entre dans la chambre de Marthe  : «  “ Je suis arrivé dans cette chambre et tout de suite j’ai senti une telle présence du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint que je me suis senti tout petit, tout petit. ” Dans sa première conversation avec Marthe, il lui a montré une impropriété théologique dans une de ses descriptions, et elle s’est soumise à son jugement avec humilité et sans détour. À cette humilité, l’abbé Betton a jugé Marthe comme une authentique mystique.  » Il va ensuite faire le professeur “ je sais tout ” et apprendre à Marthe les différents types de visions  : «  intellectuelles, imaginatives, sensibles  ». Marthe l’écoute avec un ravissement semblable à celui du Bourgeois gentilhomme découvrant que tout ce qui n’est pas vers est prose, et vice versa… Elle retiendra bien la leçon… On reste confondu d’une telle puérilité de la part d’un homme d’Église, et qui plus est professeur de séminaire…

François de Muizon dans Marthe Robin, le mystère décrypté, nous apprend que «  l’évêque de Valence demande à un curé de la vallée, de formation philosophique [peut-être est-ce l’abbé Betton ?], de lui faire un rapport. Il sera favorable. Aucun excès n’est à noter. Ni chez Marthe, ni de la part de sa famille, ni de la part des prêtres qui l’entourent. L’évêque est rassuré.  » On croit rêver  !

Parmi les sommités consultées et qui joueront un rôle déterminant par la suite, signalons ceux que mentionnent Peyrous  : «  l’illustre jésuite, Albert Valensin, une des têtes pensantes de la Compagnie, en France.  » Réputé pour la certitude de sa théologie mystique, ce bon Père l’est plus encore pour son opposition farouche à l’Action française  ; cela le postulateur le néglige.

Peyrous nous parle de l’abbé Charles Thellier de Poncheville (1875-1956)  : «  l’un des prêtres de France les plus connus, rédacteur au journal catholique français La Croix, c’est l’un des fondateurs des Semaines sociales, et un orateur apprécié et demandé partout prêchant une religion d’amour, d’espérance et de paix, d’inspiration salésienne  ». Il ajoute que c’est un proche de l’abbé Finet, mais Peyrous ne dit pas que Thellier est plus encore ami et inconditionnel partisan de Marc Sangnier. C’est avec «  Marc  » et de nombreux curés et laïcs engagés, tous apôtres de la démocratie chrétienne, qu’il continue sous le couvert de L’âme française, à répandre dans l’Église l’idéologie démocratique du Sillon pourtant si lumineusement condamnée par saint Pie X en 1910 (cf. Ernest Pezet, Chrétiens au service de la cité, p. 70).

Nous ne pouvons pas faire ici, dans le cadre de cette étude, une analyse plus approfondie et exhaustive des idées ecclésiales des clercs enthousiastes de Marthe Robin. Mais vous ne rencontrerez pas de disciple de saint Pie X à l’intelligence pénétrante, à la sagesse consommée, au zèle apostolique éclairé. Ce sont tous des démocrates-chrétiens. Ce sont leurs idées, condamnées par saint Pie X, qui vont s’imposer par le biais de l’Action catholique spécialisée de Pie XI. C’est ce parti, les hommes et les idées de ce parti, qui vont s’imposer au concile Vatican II, menés par un Esprit commun qui les entraîne avec puissance, Marthe Robin en tête, pour la plus grande désorientation de l’Église.

1933-1981  : FONDATRICE ET MÉDIATRICE

Après la lecture des mystiques, les rencontres providentielles, les grâces mystiques et surtout celle de la stigmatisation, la «   mécanique-mystique Marthe Robin  » est parfaitement au point. Mais il manque à ce bolide un chauffeur capable de la conduire là où l’Esprit qui l’anime le veut, jusqu’à une rénovation de l’Église par une Pentecôte d’amour.

LES FOYERS DE CHARITÉ.

Pour atteindre ce but, une étape préliminaire. Jésus lui apparaît en 1933 pour l’en instruire. Le Christ lui demande de fonder des «  Foyers de charité  ». Rien de moins que de faire vivre dans un même ensemble de bâtiments, des laïcs, hommes et femmes, en familles ou célibataires, désireux de suivre l’exemple des premiers chrétiens et de former entre eux une communauté. Ils seront dirigés par un prêtre  : «  le Père  ». Sous sa direction le foyer doit devenir un foyer de charité, de lumière et d’amour...

Jésus appelle cela la «  grande œuvre de son amour  ». C’est à Châteauneuf que doit se fonder le premier foyer, à commencer par la création d’une école libre pour les filles.

François de Muizon souligne avec raison ce que Peyrous ne mentionne pas (nous comprendrons bientôt pourquoi)  : «  Jésus insiste dans son message à Marthe sur l’originalité et les liens du Mouvement avec Marthe et lui-même  : “  Je veux faire ici quelque chose de nouveau et de très grand pour notre Gloire, à cause de toiÀ cause de tout ce que je fais et veux faire avec toi, et par toi en qui je veux me glorifier à l’infini  !  ”  »

«  J’étais interdite  !… À peine si j’osais croire aux divines paroles du Seigneur, tant j’avais peur de me tromper, devinant toute la gravité et les conséquences inouïes d’une telle communication. Et ce que je n’arrivais pas du tout à comprendre, c’était la participation directe qui m’était imposée dans tout cela. Mais je n’avais pas à discuter les ordres de Dieu, je n’avais plus qu’à m’incliner et obéir puisque je devais faire part tout de suite de ce qui m’avait été dit. Quel martyre et quel supplice était le mien  !… Je suffoquais d’angoisse à la seule pensée de ce que j’avais à dire tellement je redoutais de parler. Mais le Seigneur ayant insisté avec une telle autorité cette fois, je ne pouvais attendre davantage.

«  À ce moment Jésus ouvrit les bras en un geste glorieux de bénédiction et d’amour, les yeux baissés sur la terre qu’il couvrait majestueusement de son ombre (sic  !) en la considérant avec une tendresse et une complaisance ineffables. Après un moment de cette attitude, il me désigna l’endroit précis où il désirait son Œuvre, et qu’il fallait acquérir.  » (de Muizon, p. 111-112)

Marthe confie cette mission à l’abbé Faure qui se récrie. Il consulte ses confrères, tous sauf un lui disent que c’est de la folie. Malgré tout, il se lance dans l’aventure  : l’achat et la restauration du château en ruine de Châteauneuf-de-Galaure.

MADEMOISELLE ÉMILIE BLANK.

Cette demoiselle, âgée de soixante ans en 1935, va jouer un rôle discret, mais beaucoup plus capital, inquiétant surtout, que l’on pense. Elle appartient, nous dit Peyrous, à ce «  milieu mystique  » dont le «  clergé lyonnais se méfiait  » à cause son «  goût pour les choses extraordinaires  » (p. 115). Elle dirigeait l’œuvre de propagande du Sacré-Cœur et était en lien avec la Visitation de Côme où avait vécu Consolata Ferrero. Tout comme Marthe, elle aspirait au règne de l’amour miséricordieux du Sacré-Cœur, et Peyrous ajoute qu’elle voulait «  fonder quelque chose  ». Elle passe plusieurs jours avec Marthe qui qualifie ce séjour de «  divine impression  ».

Marthe est tellement (pathologiquement) subjuguée qu’elle ira même jusqu’à reconnaître finalement que l’idée des Foyers de charité «  est venue de mademoiselle Blank  », et qu’elle lui proposera son aide (  ?  !)… Marthe a-t-elle déjà oublié les paroles d’amour de Jésus, les volontés de son Seigneur  ? Peyrous atténue la bizarre impression que l’on ressent face à tant d’indifférence, en la mettant sur le compte de son humilité  ; d’autres y voient plutôt un signe de son dérangement mental

En fait, Peyrous révèle, tout en le dissimulant, qu’elles s’entretiennent ensemble de ce qui manque le plus à l’œuvre et à Marthe  : un homme qui soit d’une autre envergure mystique et administrative que le pauvre abbé Faure. Celui-ci ayant fait à mademoiselle Blank confidence de son incapacité à diriger spirituellement Marthe, la mademoiselle en a parlé au petit cercle de ses amies, et leur choix s’est porté sur l’abbé Finet, directeur d’âme et vice-directeur de l’enseignement libre du diocèse de Lyon. Mais comment le rejoindre  ? Peyrous avoue ingénument  : «  Il est possible qu’à cette occasion ait été montée une petite opération.  » (p. 120)

«  L’occasion  » est ce tableau de Marie-­Médiatrice que Marthe veut installer dans l’école de Châteauneuf. Mais comme elle avait des idées très particulières sur cette représentation, mademoiselle Blank s’en chargea  : «  J’ai ce qu’il vous faut.  » Une de ses amies se charge d’en faire une copie, et on demande à l’abbé Finet, grand dévot de la Vierge Marie, d’aller le porter à une pauvre infirme, de surcroît stigmatisée. Cela ne se refuse pas.

LE PÈRE FINET
(6 septembre 1898 – 14 avril 1990)

Les quelques pages (p. 121-136) que le postulateur lui consacre forcent l’admiration. Tout ce qu’il nous dit de sa famille, de son enfance, de l’éclosion de sa vocation  ; de l’officier d’artillerie pendant la Première Guerre mondiale  ; du jeune prêtre tellement soucieux du salut des âmes des plus pauvres et de la meilleure manière de s’en faire aimer  ; de sa carrière ecclésiastique qui se déroule sans ambition, dans l’obéissance et en parfaite concorde avec ses confrères  ; de sa dévotion à la Sainte Vierge, tout cela rend hommage à ce catholicisme généreux qui se vivait dans l’Église de France avant la Seconde Guerre mondiale. Georges Finet est donc un fils de la grande bourgeoisie lyonnaise, mais démocrate-chrétienne, ne l’oublions pas, ce qui signifie rupture vis-à-vis de la sagesse ecclésiale du pape saint Pie X, ouverture aux modes du monde et à ses désorientations…

«  Quand l’abbé Finet rencontre Marthe Robin, c’est déjà une personnalité riche et construite. Il a beaucoup reçu de sa famille. Par le sacerdoce, puis dans le cadre des Prêtres du Sacré-Cœur, il a fait un choix de vie radical. Son amour de Marie [puisé chez saint Louis-Marie Grignion de Montfort] lui a donné une voie spirituelle féconde. Il a bénéficié de l’exemple d’hommes et de femmes remarquables. Il commence à avoir l’expérience des âmes. Il a peu à peu élaboré une doctrine théologique joyeuse et libérante, où Dieu est présenté comme un Père, le Christ comme un frère, un proche et un ami. Ses responsabilités à l’armée et dans l’enseignement libre lui ont donné la capacité de diriger.

«  C’est un tempérament enthousiaste, confiant, qui a gardé et gardera toute sa vie des aspects de l’esprit d’enfance. C’est un vivant, un optimiste, qui voit les côtés positifs des choses et des personnes, doué d’une excellente capacité d’adaptation (…). La tête et le cœur sont bien équilibrés. Il y a chez lui un refus de tout repliement  : il veut construire et avancer. C’est l’homme qu’il faut pour une fondation. Il ira jusqu’au bout.

«  Les défauts sont le revers des qualités. Engagé tout entier, tête et cœur dans une entreprise, il peut manquer de distance, d’esprit critique à l’égard de lui-même et des autres. Il a du mal à se remettre en cause.  »

LA PREMIÈRE RENCONTRE.

Le 10 février 1936, c’est cet homme qui se dirige vers Châteauneuf-de-Galaure. Il passe d’abord par le presbytère du Père Faure, pense déposer le tableau et partir. Le curé le persuade d’aller voir Marthe, le Père Finet se laisse convaincre, il n’y tient pas outre mesure. L’abbé Faure a d’abord un entretien avec elle, puis il sort en s’adressant à son confrère  : «  Marthe veut que vous lui apportiez vous-même le tableau.  » Première prise de contact  ; entre lui et elle, cet étrange tableau  ; un merci, une prière, et rendez-vous est pris pour l’après-midi. Là, “ le feu prend ”, trois heures d’entretien.

Une heure sur la Sainte Vierge  : «  Moi qui faisais des conférences mariales, j’étais ébloui de sa manière de parler de la Sainte Vierge. Elle l’appelait sa “ maman chérie ”. Je supposais alors qu’elles se connaissaient bien toutes les deux.  » (p. 138) Une heure sur le nouvel apostolat des laïcs  : «  Elle m’a dit que l’Église allait totalement se rajeunir par l’apostolat du laïcat (…). Ce sera quelque chose de tout nouveau dans l’Église  ; ça ne s’est encore jamais fait. Ce sera du laïcat consacré, ce ne sera pas un ordre religieux.  » Durant la troisième heure, ils parlèrent de la Pentecôte d’amour  : «  Le monde sera sauvé, lui dit Marthe, car le Bon Dieu interviendra par la Sainte Vierge et le Saint-Esprit  » afin de réaliser la prophétie d’Isaïe sur «  l’union des cœurs et l’unité des peuples  » (François de Muizon, p. 101).

Puis Marthe lui adresse cette demande sur un ton d’autorité  :

«  J’ai une demande à vous adresser de la part de Dieu. C’est vous qui devez venir ici à Châteauneuf pour fonder le premier foyer de charité (…).

– Pour quoi faire  ? rétorque stupéfait l’abbé Finet.

– Notamment pour prêcher des retraites. Dieu le veut  !

L’abbé Finet se récrie, il est du diocèse de Lyon, pas de Valence.

– Ne vous tourmentez pas, rétorque Marthe, la Vierge y veillera  ! ” et sans plus attendre, elle fixe la date du 7 septembre pour la première retraite.

«  Finet est conquis, abasourdi aussi  : “ J’en parlerai à mes supérieurs. ”  » (cf. de Muizon, p. 101)

LE MOT D’ORDRE DE LA MAFFIA DÉMOCRATE-CHRÉTIENNE.

 Mgr Bornet, directeur des écoles chrétiennes du diocèse de Lyon, l’écoute attentivement et lui répond  : «   Vous devez accepter  !  » Même avis du vicaire général, Mgr Rouche.

Le très démocrate jésuite, Albert Valensin, son Père spirituel, lui affirme  : «  Marthe Robin, c’est Catherine de Sienne. Elle ne vous trompera jamais, elle est d’Église  ! Vous devez faire tout ce qu’elle vous dira, elle ne vous trompera jamais. Je serai toujours avec vous pour vous aider, vous soutenir, et à l’occasion, vous défendre, marchez  !  » Lui aussi a passé trois heures en compagnie de Marthe, amené là par le propre évêque de Valence, Mgr Pic. Quant à ce dernier, il bénit évidemment le projet  ; celui-là même pourtant que le cardinal Louis-Joseph Maurin – il n’a plus que quelques mois à vivre – jugeait «  fou  »  ! Le vieil archevêque de Lyon, disciple de saint Pie X et sympathisant de l’Action française, était «  sceptique vis-à-vis de Marthe  » (p. 183).

L’ENTHOUSIASME DES DÉBUTS

L’abbé Finet s’engage comme cofondateur des Foyers de charité avec la puissance de travail, l’enthousiasme qu’on lui connaît. La première retraite qu’il prêche à Châteauneuf-de-Galaure du 7 au 13 septembre 1936, est encore sur le modèle de celle qu’il prêchait précédemment, toute mariale avec en point d’orgue la consécration à Jésus par Marie.

Mais c’est surtout par sa prédication sur l’amour du Père du Ciel, si bon, si tendre, si maternel, etc., que l’abbé touche les cœurs, tandis que Marthe fait découvrir à tous, au gré des visites que chacun peut lui rendre, «  le côté si maternel et merveilleux de Marie  ». Cependant les difficultés de tous ordres ne manquent pas. Des manifestations diaboliques ont lieu dans la nuit  ; le lendemain, l’abbé manque de se faire étrangler par une hystérique, rien ne l’étonne, il est toujours de bonne humeur. Il s’occupe de tout, tambour battant  : la direction de l’école, le recrutement des institutrices, la construction du premier foyer de charité, en pleine guerre, alors qu’il n’a pas un sou en poche. L’abbé fonce. Une telle imprudence est-elle sur le point d’être sanctionnée par une faillite retentissante  ? Un gros chèque arrive juste à temps. L’abbé ne manquera jamais d’argent. On ne voit cela que dans la vie des saints… pas uniquement, hélas  !…

L’IDYLLE.

Châteauneuf dans ces années d’avant-guerre, c’est l’idylle galiléenne… L’abbé Finet est depuis la première retraite «  le Père  » de Marthe, ils donnent à tous l’heureux spectacle du plus pur amour filial et paternel. On entend bien des hurlements affreux, des gémissements du côté de la ferme, mais on se dit que c’est le démon qui tourmente Marthe, ou encore que c’est Marthe qui revit la Passion de Jésus, c’est dans l’ordre des choses, personne ne s’affole… La vie coule donc ainsi, paisible, heureuse, parfois embaumée des suaves odeurs qui se répandent mystérieusement  ; bonne odeur céleste qui outrepasse celle des corbeilles de fruits qui se trouvent dans la chambre de Marthe. C’est surtout par la parole, et une parole pénétrante de sagesse, de finesse, de simplicité, ou de haute considération philosophique aussi, que Marthe et le Père touchent les cœurs. Ils sont tous les deux, chacun à leur manière, pétillants d’intelligence, vraiment très sympathiques  !

Cependant, sachant que «  nul n’est prophète en son pays  », cela n’étonne personne de constater la sourde hostilité des gens de Châteauneuf vis-à-vis de la famille Robin et de Marthe en particulier. Personne ne prêtera donc attention à leurs allégations. Pourtant même les meilleurs et les plus chrétiens des paysans d’alentour ne se sentiront jamais à l’aise à Châteauneuf dans la compagnie de ces gens de la “ ville ”, ces gens de la “ haute ” qui viennent de Valence ou de Lyon et même de Paris…

LE JOUR ET L’HEURE DE VÉRITÉ

De 1936 à 1944-1945, les archevêques de Lyon, Maurin et Gerlier, ont exigé que l’abbé Finet passe au moins deux jours par semaine à Lyon. Il ne peut donc se consacrer totalement à l’œuvre des Foyers de Charité, mais il s’y donne à fond. Jusqu’en novembre 1940, c’est madame Robin qui monte la garde auprès de sa fille. Ensuite le Père Finet va veiller sur elle, jour et nuit, pour ainsi dire, grâce à deux mystérieuses et très discrètes demoiselles  : Henriette Portier et Thérèse Rissoan. Ce sont les «  gardiennes  » de Marthe, elles sont à la dévotion du Père Finet et elles lui obéissent religieusement…

En 1942, le Père Finet, pour des raisons de commodités, nous dit-on, décide de faire construire une nouvelle chambre pour Marthe, plus au calme. Le 7 août 1943, une habile mise en garde de Mgr Pic, renvoie dos à dos les opposants et les partisans exaltés de Marthe Robin. L’évêque ne veut pas que de vulgaires pamphlets mettent «  fort indiscrètement en cause les plus respectables théologiens et même cardinaux  ».

«  Dorénavant, nous explique François de Muizon, le Père Finet va sécuriser un dispositif très strict de diffusion de l’information, il devient, sous l’autorité de l’évêque, le seul porte-parole de Marthe. Tous les visiteurs qui sont autorisés à rencontrer Marthe Robin dans sa chambre se voient interdire de parler d’elle, même dans leur propre famille. La loi du silence s’impose. Telle sera la règle jusqu’à la mort de Marthe.  » (de Muizon, p. 137)

Que se passe-t-il  ? François de Muizon nous relate ces faits dans un chapitre au titre surprenant, mais fort évocateur  : “  La tentation du surnaturel ”.

LE MENSONGE «  FINET-ROBIN  »

Le 10 février 1936, ce n’est pas la première tentation, celle du “ démon de midi ” que l’abbé Finet a rencontré, mais la deuxième, celle de l’extravagance, de l’extraordinaire. Avec Marthe, il allait attirer des foules dans les Foyers de charité, leur apprendre comme le Bon Dieu est bon et comme nous devons l’aimer… Et à partir de là rénover la France, recomposer le tissu de la Chrétienté. Toutes ces théories d’apostolat, dont il s’entretenait avec son zélé confrère le chanoine Joseph Babolat, allaient prendre corps, et esprit puisque, avec Marthe, le Seigneur serait avec lui, sans nul doute… Belle perspective de carrière pour un apôtre hyper actif et généreux. Mais il y avait un prix à payer pour s’y engager, le Père Finet ne s’y attendait pas du tout, à ce qu’il semble.

Un jour d’entre les jours, il n’a pas pu faire autrement que de découvrir cette redoutable vérité inscrite noir sur blanc dans la positio, sur la foi des témoins. Le Père Peyrous l’a révélée au monde, mine de rien, en l’enrobant du mieux qu’il a pu. Cette vérité, c’est le mensonge de Marthe Robin sur son inédie et sa paralysie, sans parler de la dure réalité de son hystérie  :

«  La maladie de Marthe est faite d’évolutions, mais aussi d’involutions, de périodes de récupération. Même si ses jambes sont paralysées, il est certain que Marthe tente de se déplacer quand ses bras lui répondent (…). Elle se traîne sur le plancher de sa chambre pour satisfaire parfois ses besoins intimes. Elle n’est pas dans un milieu porteur  : elle agit donc ainsi la nuit, dans les périodes où cela est possible. Elle garde de la sorte, même si ce déplacement est très limité, une part de liberté. Il est probable qu’elle récupérera cette possibilité, à certaines périodes au moins, jusqu’à la fin de sa vie.  »

Autrement dit  : Marthe se nourrissait, juste ce qu’il faut pour assurer un minimum vital.

LE DILEMME DU PÈRE FINET.

Le Père Finet se trouve à la croisée des chemins, de ces chemins qui vous orientent pour la vie entière, y compris la vie éternelle. Dans les années quarante, tout était encore possible. Finet aurait pu avertir ses supérieurs, consigner Marthe Robin dans une maison de repos médicalisée, jeter le “ manteau de Noé ” sur toute cette affaire qui sentait déjà mauvais… Mais quelle honte sur lui et sa famille  ?  ! Pour un bourgeois lyonnais, cela compte…

Georges Finet, était surtout tellement engagé dans l’œuvre des foyers de charité que le défaut dominant de son riche tempérament, fort bien ciblé par Peyrous l’a emporté  : «  Engagé tout entier, tête et cœur dans une entreprise, il peut manquer de distance, d’esprit critique à l’égard de lui-même et des autres. Il a du mal à se remettre en cause.  »

LE MENSONGE ROBIN-FINET FACE À LA FACULTÉ.

Dans la vie de Marthe, on rencontre trois classes de médecins. Les malheureux qui sont affolés par les symptômes de la maladie, et il y avait de quoi. Les psychiatres de grand renom, les uns catholiques convaincus, les autres non. La plupart ont conclu à l’hystérie, et partant à la supercherie des apparitions de Marthe, mais sans oser la dénoncer. Le seul examen officiel commandité par Mgr Pic a été fait en 1942 par des médecins amis ou apparentés à la famille du Père Finet. Ils vont ausculter Marthe, analyser son cas pendant quelques heures seulement  ; examen et observation dont ils ne tirent aucune conclusion, prenant pour argent comptant ce que dit leur patiente. Parmi les médecins amis, il faut signaler un psychiatre hors norme, le docteur Alain Assailly. Il est arrivé à Châteauneuf en 1949, avec la ferme résolution d’en remontrer à un de ses confrères, catholique, qui lui avait dit  : «  Ne vous fourvoyez pas dans cette affaire, vous vous feriez le complice d’une supercherie magistrale et notre Église n’y gagnerait pas  !  »

Pour montrer à son ami qu’il a tort, Assailly veut faire examiner Marthe dans un hôpital pendant un mois afin de surveiller son inédie, le fait qu’elle vive sans manger ni boire. Là, c’est sérieux. Marthe va se dérober avec une habileté prodigieuse, qui suppose aussi une grande complicité du Père Finet…

Marthe jure à Assailly qu’elle est prête à tout, que sa règle est l’obéissance, et qu’elle fera ce que son confesseur, son évêque ou le Saint-Père demanderont.

Le docteur, qui est bon catholique, baisse la garde, il est devant une sainte  ! Marthe lui explique qu’il n’arrivera pas à convertir son ami, pas plus que les miracles de Lourdes n’ont converti les médecins athées…

«  Vous en connaissez-vous  ?

 Non mademoiselle.

 Appelez-moi Marthe ça me fera plaisir… on va collaborer…  »

Et de fait ils vont collaborer…. Pour ce neuropsychiatre catholique qui doit traiter des cas de possessions diaboliques, cela va se révéler très intéressant. Assailly en oublie sa demande, et il lui envoie des patients. Marthe les aide et participe de loin, mais très efficacement, à leur guérison, à leur exorcisme même… Mais en attendant, elle échappe à un mois d’hôpital sous haute surveillance… Elle est très, très forte la petite Marthe…

Nous comprenons désormais pourquoi le Père Finet n’a jamais voulu faire contrôler l’inédie de Marthe, pourquoi aussi dans le décret promulguant l’héroïcité de ses vertus, il n’en est même pas question  ?  ! Nos théologiens romains ont-ils donc perdu toute conscience  ?

MARTHE ET SON ESPRIT DIRECTEUR.

Le Père Finet et Marthe sont désormais complices, à la vie, à la mort. Il est donc vain de disserter sur l’influence de l’un sur l’autre, surtout quand on connaît l’hypersensibilité de Marthe à la moindre parole d’une personne qu’elle chérit comme un envoyé de Dieu.

Mais l’esprit qui menait Marthe modulait ses effets par le truchement de sa voix qui a tant charmé Guitton  : «  Voix gamine, parfois espiègle. Voix discrète, voix toujours très affectueuse (…). Mais soudain, et sans crier gare, cette voix chétive prenait du volume  : elle devenait forte, capable de remplir toute la chambre, comme si Marthe avait prêché la Croisade. Alors, c’était une voix ferme, volumineuse, pythique.  » (Jean Guitton  : Portrait de Marthe Robin, p. 71-72)

En voici trois exemples parmi tant d’autres.

Le Père Finet n’était pas du tout opposé à la reconnaissance canonique des Foyers de Charité, il en avait parlé très tôt avec le chanoine Babolat. Les fondations se multipliant à un rythme accéléré, Finet, homme d’Église, comprenait bien qu’il fallait assurer la pérennité de l’entreprise, même s’il y voyait des inconvénients d’ordre personnel. Marthe s’opposa toujours catégoriquement à cette mesure. En 1952, le chanoine Naz, célèbre canoniste, proposa aux Foyers de Charité le statut d’institut séculier, ce qui assimilait ses membres à des quasi-religieux, soumis à la juridiction de la Congrégation romaine des religieux et instituts religieux. Marthe garda longtemps le silence, puis elle explosa  : «  Un Foyer de charité, ce n’est pas un machin ajouté à un autre machin. C’est quelque chose de très nouveau dans l’Église. C’est à l’Église de nous prendre tels que nous sommes.  »

«  Jamais de constitutions dans les Foyers. Les Cons­titutions nous limiteraient et nous assimileraient à des ordres religieux.  » (cf. Peyrous, p. 291-292)

Si Marthe fit objection sur cette question d’ordre purement canonique, notre mystique paysanne fut beaucoup moins scrupuleuse pour soustraire le “ cher argent ” des Foyers de charité aux contrôles du fisc. Qui leur a rendu ce “ cher argent ”  ? Qui a permis qu’il transite sans souci  ? (cf. Marthe Robin, Le mystère décrypté, p. 154) Un futur bienheureux lui aussi (cf. Il est ressuscité n° 149, mars 2015, p. 35-36), ce qu’à Dieu ne plaise, tant il a de sang sur la conscience, épurateur en 1944, barbouze ministre de la justice du général de Gaulle pendant la guerre ­d’Algérie  : Edmond Michelet  ! «  Marthe l’aimait bien  »…

Au début des années cinquante, Mgr Urtasun successeur de Mgr Pic s’inquiétait de voir cette mystique dans une perpétuelle noirceur, et il était résolu à ne pas s’en laisser compter. L’avenir de l’œuvre était en danger. Le Père Finet et Marthe le comprirent. L’évêque monta à La Plaine, et tous volets ouverts, il vit Marthe en pleine lumière. Cette fois-là, exceptionnellement, Marthe ne hurla pas de douleur. François de Muizon, ce grand naïf, se demande pourquoi personne n’a pensé à lui donner des lunettes de soleil… Marthe, parfaitement possédée par l’esprit qui la dirige, fit les yeux doux à Monseigneur et lui offrit la suavité d’une telle conversation qu’il redescendit de la ferme ravi, conquis…

LE PÈRE FINET, DIRIGEANT DIRIGÉ.

Le vin était tiré, il fallait le boire. Le Père Finet n’eut pas d’autre alternative que de reprendre les livres de chevet de Marthe  : Catherine Emmerich, Gemma Galgani, Dina Bélanger, Lucie-Christine, etc., de réécrire avec elle le roman pseudo-mystique de sa pauvre vie. Peut-être finit-il par y croire  ? En tout cas en 1949, c’est ce qu’il prêche à soixante-dix prêtres venus l’écouter (cf. Vénérable Marthe Robin, p. 129)… et dans le prolongement de cette vie, la fondation des Foyers, une nouvelle façon de vivre et de penser, qu’ils vont tous deux initier dans l’Église avant qu’elle ne reçoive ses lettres de noblesse et d’obédience lors du concile Vatican II.

Depuis novembre 1940, c’est Finet qui organise les visites, préside aux “ passions ” de Marthe. C’est lui seul qui sera capable de la faire revenir de ses extases ou de chasser le démon… Il va prêcher des retraites à Châteauneuf, et présider à la fondation de nouveaux foyers de charité, plus d’une soixantaine à la mort de Marthe. C’est vraiment une grosse entreprise.

Dans ses retraites, le Père Finet insiste beaucoup sur l’amour miséricordieux et quasi inconditionnel de Dieu… C’est très pieux, très dégoulinant d’amour  ; la moindre velléité de pénitence, d’austérité est taxée de jansénisme, etc. Cela va séduire les bons catholiques traditionalistes, les désorienter aussi en les rendant insensibles aux appels de Notre-Dame de Fatima.

C’est cette religion radicale, évangélique, traditionnelle qui était encore prêchée par les Pères de ­Chabeuil, à proximité de Châteauneuf-de-Galaure. Notre Père, qui les a bien connus, nous a toujours dit que ces bons Pères faisaient de nombreuses et solides conversions, et combien Châteauneuf avait beaucoup nui à leur apostolat, sans produire les mêmes bons fruits…

TOUS DEUX PRÉCURSEURS DE VATICAN II.

Grâce aux relations du Père Finet, le rayonnement de Marthe va prendre une dimension nationale de haut niveau… Des évêques par dizaines, des prêtres par centaines, des théologiens, des philosophes viennent voir Marthe, et ils sortent de l’entrevue enthousiastes. Le pape Pie XII s’intéresse à son cas. Il envoie le Père Garrigou-Lagrange. Elle lui parle de la Sainte Vierge, le bon Père en ressort les larmes aux yeux, confondu de sa propre ignorance, admiratif de la sagesse de Marthe.

La stigmatisée de Châteauneuf va surtout être l’inspiratrice de nombreuses communautés charismatiques… Si certaines ont donné et donnent encore du scandale, ce n’est pas en raison de la seule faiblesse humaine… mais c’est à cause d’une conception quiétiste de l’amour de Dieu et du prochain apprise dans les retraites de Châteauneuf. Le Père Marie-­Dominique Philippe a prêché à Châteauneuf, c’était un ami de Marthe et du Père Finet. C’est elle qui l’a poussé à fonder les Frères de saint-Jean. Il en va des conversions faites à Châteauneuf, comme de ces communautés nouvelles, elles participent de la même “ faiblesse. ”..

Lors du concile Vatican II et face aux désordres qui en ont résulté, Marthe et le Père Finet prennent le parti de l’ordre, mais de l’ordre conciliaire. Ce ne sont pas les progressistes qui vont à Châteauneuf, mais des catholiques plutôt traditionalistes, comme ceux de la tendance “ Homme Nouveau ”, des autorités morales dans l’Église comme les Pères abbés de Fontgombault qui la consultèrent à propos de la réforme liturgique. Marthe a même encouragé Mgr Lefebvre au tout début… Notons en passant qu’elle soutient les apparitions de Garabandal, pourtant condamnées par l’Église.

Marthe pratique à sa manière un singulier œcuménisme  ; l’unité des chrétiens, elle entend cela comme Vatican II, bien avant le Concile. Peyrous nous révèle qu’elle dissuade les pasteurs protestants qui viennent la voir de se convertir au catholicisme. Ils ont le chapelet à la main, ils veulent abjurer solennellement leur hérésie. Nous sommes sous le pape Pie XII, avant le Concile donc, Marthe leur dit  : «  Ce n’est pas le moment.  » Après le Concile, elle change d’avis. Car lorsqu’il s’agit du pasteur Gérard ­Croissant, plus connu sous le nom de frère Éphraïm, pas de soucis  : «  Le moment est venu.  » (p. 377)

MARTHE ROBIN RIVALE DE L’IMMACULÉE  ?

Retraçons l’histoire du singulier cœur à cœur de Marthe et de sa «  maman Marie  » à la lumière des faits objectifs qui la jalonnent, dûment constatés par des témoins. De cette grande lumière de 1921 ou 1922, et des deux pèlerinages qu’elle fit ensuite, nous ne savons rien  ; nous savons seulement qu’elle refusa à deux reprises de se rendre à Lourdes, en 1925 et 1928. Étrange. Inquiétant. Il faut attendre 1935 pour qu’elle formule un désir des plus louables. Son cœur bat d’amour pour Marie-Médiatrice, elle veut donc avoir un tableau qui représente ce privilège de Notre-Dame. Mais elle ajoute aussitôt  : «  Pas comme on en voit partout…  »

Fait-elle allusion à “ ce que l’on voit partout ” depuis les grandes apparitions mariales du dix-neuvième siècle  : l’Immaculée Conception, frappée à l’avers de la Médaille miraculeuse  ? Toute la lumière de la grâce vient de Dieu et se répand sur la terre en passant par les bras abaissés et les mains tendues d’une grande et toute céleste Vierge Marie, tandis que son pied écrase la tête du serpent.

Mademoiselle Blank comprend tout à fait Marthe  : «  J’ai ce qu’il vous faut.  » Et elle lui fait parvenir, par le Père Finet, un tableau qu’elle gardera toujours dans sa chambre. Une énorme inscription en bas du tableau vous inspire confiance  : Marie Médiatrice.

C’est une grande Sainte Vierge couronnée qui a la terre sous ses pieds, mais n’écrase pas la tête du serpent. La Vierge est dans une position d’orante, de suppliante telle que représentée dans les temps antiques. Le plus étonnant, c’est que de la terre ou du serpent s’élance un lis surmonté d’une hostie qui va jusqu’au cœur de la Vierge.

Guitton a été intrigué par ce tableau que Marthe persistait mystérieusement à trouver beau. Il ne peut pas avoir été peint, comme le note de Muizon, par le peintre Elis Romagnolis, celui-ci est âgé de dix ans en 1935..

FATIMA ENGLOBÉ, DÉPASSÉ.

Le 1er août 1942, l’année de la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie par Pie XII, une vision fournit à Marthe une autre représentation de la Sainte Vierge. Elle va la décrire avec une précision de couturière pendant des pages, mais en voici l’essentiel  :

«  Cette Vierge clôt une étape et en ouvre une autre. Elle clôt l’étape des avertissements suppliants, des menaces mêmes de Dieu au cours de ses multiples apparitions, en France et ailleurs, des derniers siècles. Elle ouvre le temps des débordements de la miséricorde de Dieu en faveur de ses enfants qui n’ont compris ni ses avertissements ni ses menaces. N’ayant pas écouté les prévenances divines, nous avons subi les châtiments annoncés par la Vierge. La miséricorde est inlassable, et la Vierge, sans tenir compte de nos fautes, se fait l’expression, voire même le sacrement de la miséricorde de Dieu…  »

La vision de Marthe nous transporte très habilement dans un univers autre que celui de Fatima. Habilement, car elle prend acte de toutes les apparitions mariales, et même des châtiments de Dieu, mais c’est pour mieux les intégrer dans sa synthèse charismatique, qui évacue la sainteté de justice de Dieu et qui galvaude sa sainteté de miséricorde

Marthe Robin, c’est l’anti-Lucie de Fatima, et sa prétendue Vierge est une rivale de Notre-Dame de Fatima, la “ médiatrice ” d’un amour charismatique qui ne vient pas de Dieu. Nous avons ici affaire à une désorientation du dogme de la foi qui outrage le plus sacré de la Révélation, l’amour de Dieu en ses Saints Cœurs de Jésus et de Marie. C’est pour la prévenir que Notre-Dame de Fatima est descendue sur terre, qu’elle est apparue à trois authentiques saints petits enfants, Jacinthe, François et Lucie…

ROME CONNAÎT LA VÉRITÉ

Nous savons que le promoteur de justice, “ l’avocat du diable ”, Mgr Pierre Bouvier a bien fait son travail, il a scrupuleusement compilé les objections qui pouvaient faire obstacle à la béatification de Marthe Robin. Ce dossier a été confié aux théologiens romains qui ont promis d’analyser une à une les questions soulevées. Il résulte que dans la positio de Marthe (2 000 pages) «  la partie réservée traditionnellement aux questionnements est trois fois plus longue que celle que l’on trouve habituellement dans les dossiers de béatification, ce qui signifie clairement que les interrogations soulevées sont nombreuses  » (de Muizon, p. 20). Celle-ci a été publiée en 2010, le promoteur de justice n’en pas eu connaissance (  ?  !), l’évêque de Valence, l’ordinaire du lieu, l’a en main depuis quelques semaines seulement (  ?  !  !), Tout ce qui touche la vie de Marthe est décidément atypique.

LES AMIS DE MARTHE VOIENT ENFIN LA VÉRITÉ EN FACE.

En décembre 2014, paraît un livre  : “ La vénérable Marthe Robin, des témoins réagissent et parlent. ” Ce sont plusieurs auteurs, des amis de Marthe scandalisés par les allégations de Peyrous. Ils ont tout de suite vu le problème  : «  Si Marthe Robin satisfait son corps en le nourrissant et dissimule ce fait en mentant, elle ne vit pas de l’Hostie, elle n’est pas maintenue en vie par le Christ, qui y repose selon la foi catholique. Elle n’a donc aucune mission véritable pour fonder les Foyers de Charité. Il ne me semble pas que ce soient là des conclusions de peu d’importance dans un ouvrage qui veut être la biographie d’une femme dont la réputation de sainteté a justifié aux yeux des autorités ecclésiastiques que l’on ouvre à son sujet un procès de béatification en cour de Rome.  »

Pour réfuter Peyrous ces auteurs font appel à un personnage central dans toute cette histoire  : le démon. De fait. C’est le démon qui prenait les apparences de Marthe et qui se déplaçait dans sa chambre… Ils nous donneront accès à certains documents, mais qui finalement sont encore plus à charge  ! En voici quelques exemples  :

1. Le rapport des exorcistes signale que «  du vivant de Marthe… le verrou intérieur de sa chambre était à 40 cm de hauteur  !  » (p. 76) et donc à sa portée.

2. On interroge sa famille  : «  Marthe connaissait bien les tiroirs de sa commode. Quand on cherchait, dans la demi-obscurité, elle disait  : Mais non, c’est à côté...  » (p. 184) Pour une personne aveugle et surtout paralysée depuis plus de cinquante ans, oui vraiment, c’est “ héroïque ”…

3. Ce livre nous livre quelques bribes du témoignage d’une gardienne, Thérèse Rissoan  : «  … Marthe aurait pu être ennuyée que je l’ai découvert  »… «  Impression que je gênais, je me retirais après un moment  »… «  Je ne me posais pas de problèmes.  » Toutes dévouées à l’abbé Finet, les «  gardiennes  » (p. 77) n’ont rien dit. Elles faisaient confiance au Père Finet lorsqu’il leur disait, que sous les apparences de Marthe, c’était le démon qu’elles voyaient…

LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE DE MARTHE

C’est le chapitre douzième du livre de l’Apocalypse qui s’y est revécu, celui d’une femme et du Dragon. Cette femme, l’esprit pénétrant de Jean Guitton l’a saisie dans un prodigieux instantané. Elle ne gémit pas dans les douleurs de l’enfantement, mais elle ne s’en trouve pas moins dans une singulière position… Elle enfante aussi, à sa manière. Guitton observe la position de ses jambes paralysées, recroquevillées, les talons reposant sur le haut des cuisses, en forme de M renversé, note-t-il. Marthe figure à ce coup, la prodigieuse icône de l’inversion diabolique du revers de la Médaille Miraculeuse, et du mystère eucharistique et marial qu’il figure, tandis que le tableau de Marie-Médiatrice figure l’avers.

Cette chambre a été témoin du mensonge de toute une vie, mais aussi de deux homicides. Celui de son frère Henri, qu’elle n’a étrangement pas entendu, et le sien propre, quelque mois avant de subir un examen médical approfondi, d’ordre de son évêque. Un hurlement déchira la nuit du 5 février 1981, celui de Marthe qui mourut «  sans saigner  », dans des conditions sordides, par terre, la bouche ouverte, hagarde, comme le serpent de nos Immaculée Conception. Qu’elle ait été «  tuée par le démon  » qui l’avait prévenue  : «  Je t’aurais jusqu’au bout  !  » ou bien qu’elle soit morte de mort naturelle, peu importe, abandonnons les détails de cette enquête aux policiers…

LE MYSTÈRE DE LA TOMBE DE MARTHE ROBIN.

Il est au moins aussi suffocant que celui de sa chambre, et se fonde aussi sur le roc du témoignage. Lors de l’exhumation du corps «  Marthe Brosse, sa nièce, a observé que le cercueil était au fond du caveau, par terre, alors qu’il avait été mis en haut, lors de la sépulture du 12 février 1981  » (cf. p. 190). Signe fort et sévère avertissement aux postulateurs de sa cause…

VÉRITÉ – CHARITÉ – CRC

La révélation de la plus grande imposture mystique et apostolique de tous les temps, et qui plus est par le postulateur chargé de prouver la sainteté de celle qui s’en est rendue coupable, est le signe fort que le Bon Dieu est toujours à l’œuvre dans son Église. Quoi qu’il en soit des groupes de pression qui dominent la Curie romaine, et celui du Renouveau charismatique n’est pas le moindre, la lumière de la vérité a dissipé les ténèbres de la chambre obscure de Marthe Robin, elle est désormais connue de tous les hommes de bonne volonté, rien ne pourra arrêter son élan.

Les hommes d’Église ne pourront pas faire l’économie du grand procès doctrinal demandé par l’abbé de Nantes, notre Père. Car la désorientation, et les scandales d’argent ou de mœurs générés par le charismatisme, procèdent d’un esprit diabolique de schisme et d’hérésie qui est entré dans l’Église à la faveur du concile Vatican II. Quand le pape François le réalisera dans toute son ampleur, il n’hésitera pas à prendre les moyens appropriés pour en délivrer sa chère sainte Mère, l’Église “ catholique et hiérarchique ”.

Prions, prions pour le Saint-Père  !

frère Philippe de la Face de Dieu.